LE BOUSTROPHEDON

les exilés

Par veigaf - publié le jeudi 18 mars 2010 à 19:08

Les exilés



Les exilés sont des gens qui sont obligé ou expulsé de vivre or de sa patrie (gramm / ortho)

Ecris une petite introduction pour expliquer pourquoi tu as choisi chacun de ces textes.

Les écumes de l'exil" par Gabriel





Sous l'astre délaissé comme un fruit trop amer,
parce qu'il fallait fuir ce monde à l'agonie,
le vaisseau qu'on nomma « l'Idéal » prit la mer
sans signe d'au revoir et sans cérémonie.
S'éloignèrent alors les murs de la cité
et leur incandescent volcan de cheminées.
Ainsi notre cercueil par la brise invité
s'enleva dignement sur les mers inclinées.
Nous voguâmes, bravant les périls, nous frayant
un destin, prolongeant notre ultime croisière;
Et notre arche grinçait son soupir effrayant
et d'arrière en avant, et d'avant en arrière.
Notre journal de bord, encré de nos sueurs,
aux presses du roulis multipliait ses tomes.
Nous flottions dans la brume aux étranges lueurs
où tantôt nous croisaient d'autres drakkars fantômes;
De nouveau l'horizon sanglant nous rattrapât;
Et nous vîmes là-bas des pêcheurs de sirènes.
A la proue suspendu, le mousse était l'appât
qui embrasse et puis mord comme font les murènes.
Des pavillons en feu nous en avions vu cent;
Et puis ce capitaine, arqué sur sa béquille,
qui pourtant seul à bord, n'écopait que du sang;
Et toujours la tempête emportait notre quille;
Et jamais d'autre Éden… Nous voulions renoncer,
quand nous vîmes au loin une très petite île
lovée dans le brouillard comme un œuf enfoncé
sous son immense oiseau de brume volatile.
S'approchant, notre proue ne reçu d'autre accueil
que l'affront –semblait-il- d'une lame de roche,
ce récif assassin, cet implacable écueil
qui se fait éventreur de tout ceux qui l'approchent.
Notre esquif résolu, plein de fougue, agressif,
cravaché par l'éther, fendit sa trajectoire,
effleura les assauts du fantasque récif,
pour jeter au limon sa superbe victoire.
Nous sentîmes l'horreur à nos cœurs accoster.
Le navire défait de ses vergues solides
s'effondrait à présent sur un sol dévasté
fait de mille vaisseaux vainqueurs et invalides.



Victor Hugo

Exil

Si je pouvais voir, ô patrie,
Tes amandiers et tes lilas,
Et fouler ton herbe fleurie,
Hélas !

Si je pouvais, - mais, ô mon père,
O ma mère, je ne peux pas, -
Prendre pour chevet votre pierre,
Hélas !

Dans le froid cercueil qui vous gêne,
Si je pouvais vous parler bas,
Mon frère Abel, mon frère Eugène,
Hélas !

Si je pouvais, ô ma colombe,
Et toi, mère, qui t'envolas,
M'agenouiller sur votre tombe,
Hélas !

Oh ! vers l'étoile solitaire,
Comme je lèverais les bras !
Comme je baiserais la terre,
Hélas !

Loin de vous, ô morts que je pleure,
Des flots noirs j'écoute le glas ;
Je voudrais fuir, mais je demeure,
Hélas !

Pourtant le sort, caché dans l'ombre,
Se trompe si, comptant mes pas,
Il croit que le vieux marcheur sombre
Est las.






Vassil, 20 ans, arrivé en France en 1999, raconte sa survie quotidienne :
«Je suis venu pour faire de l'argent»

Par Gilles WALLON

mercredi 31 août 2005 (Libération - 06:00)

«Je suis arrivé à Paris en 1999, à 14 ans. Je viens de Certeze, dans la région de
Satu Mare (grande région d'exode, au nord de la Roumanie). J'habitais avec ma
mère et ma grande sœur. Mon père était déjà en France. Mon grand frère l'avait
rejoint l'année d'avant, à 16 ans. Je voulais les rejoindre pour travailler, faire de
l'argent.

Le squat, je ne m'attendais pas à ça

En Roumanie, il n'y a pas d'avenir. Ma mère voulait que je reste. Je suis parti
quand même. Il fallait payer 1 000 francs. Le car faisait le tour de tous les pays
d'Europe : Italie, Espagne, Portugal, France. On était une quinzaine. J'avais peur.
Quand je suis descendu, mon père et mon frère m'attendaient. Ils m'ont emmené
là où ils habitaient, un squat à côté de la Défense, à La Garenne-Colombes. Sans
eau, sans électricité. Je ne m'attendais pas à ça. J'étais choqué. J'ai pleuré.
J'avais été trompé. Mon père m'avait envoyé une photo, mais il l'avait prise d'un
angle particulier, qui rendait bien l'endroit...

La débrouille, on apprend vite

Il y avait beaucoup de jeunes comme moi, des garçons de 14-15 ans. Au total on
était trois cents. C'est beaucoup, mais le squat était grand, sur deux étages. Au
premier, les chambres pour les couples. Au-dessus, des grands salons, où les
jeunes dormaient ensemble. Mon père, lui, habitait dans un autre squat, en face.
Mais il buvait beaucoup, j'aimais pas le voir comme ça.

Au début, on apprend à se débrouiller. Après, ça va vite. Pour se laver, on allait
dans les chantiers, le soir, le week-end dans les préfabriqués. Mon père me
disait d'ailleurs qu'il travaillait là, au noir. J'étais trop jeune pour travailler avec
lui.

La journée, on allait souvent à la Défense, dans le centre commercial ou à
Auchan. Voler des vêtements, j'ai essayé, juste une fois parce que je me suis fait
prendre. Si tu ne te fais pas attraper la première fois, ensuite tu continues.
Dans une cabine, j'avais enfilé plusieurs tee-shirts en dessous du mien. Ça a
sonné quand je suis sorti. J'ai pas couru assez vite.

Les parcmètres, ça prend cinq minutes

Les parcmètres, quand je suis arrivé en France, c'était déjà une combine qui
marchait bien. Il y a une serrure. Tu achètes 1 000 francs une perceuse
puissante, avec des mèches. Tu prends un tournevis bien pointu. Tu creuses un
trou, tu pousses avec le tournevis, quand c'est bon, ça fait un petit bruit. Et tu
ramasses. Ça prend cinq minutes. Avant, faut quand même vérifier qu'ils ont de
l'argent. Tu mets une pièce et tu écoutes le bruit. On s'y est mis vite. Les grands
dirigeaient les petits. Il fallait ramener 2000-3000 francs par jour. On faisait ça
les nuits, et partout dans Paris. Surtout dans le XVe et le XVIe. On rentrait avec
le premier métro, on dormait la journée. Des fois, j'ai pas vu le soleil pendant
deux semaines. Si on faisait pas d'argent la nuit, il fallait revenir la journée, et là
c'est beaucoup plus dur.

La police, je donnais un faux nom

Quand on tirait 1000-2000 francs, on le cachait à des coins précis, surtout si tu
veux pas tout donner aux grands. Si tu leur disais : "J'ai rien aujourd'hui, je me
suis fait arrêter", ça passait. En tout cas, quand je voulais acheter un truc, je
devais le faire tout de suite pour ne pas garder l'argent avec moi. Le soir, on se
retrouvait près des stations-service,parfois jusqu'à cinquante. On buvait des
cocas.

Les policiers avaient du mal à nous arrêter. Mais plusieurs fois, on a été en garde
à vue. J'ai vraiment eu peur, la première fois, des menottes. Mais vu qu'on n'avait
pas l'argent sur nous, ils nous laissaient repartir. En plus, on parlait à peine
français. Je donnais un faux nom, toujours le même.

Et puis au bout de huit mois de squat, la police nous a annoncé la démolition de
l'immeuble. Une assistante sociale nous a proposé d'aller dans un foyer. Il y avait
dix places à la Fondation d'Auteuil (association d'aide aux jeunes en difficulté,
ndlr) au château des Vaux, près de Chartres. On a hésité, et puis on a dit oui. On
y a passé trois ans. Là, j'habite dans un studio à Chartres, mais je suis toujours
encadré par la Fondation d'Auteuil.

La motivation, devenir français

La motivation, d'abord, c'était d'avoir des papiers. Devenir français. Quand tu es
pris en charge pendant trois ans par l'ASE (Aide sociale à l'enfance), tu peux les
avoir. Mais moi, je suis devenu majeur après 2 ans et 11 mois. Donc c'était foutu.
J'ai fait appel mais ça ne sert à rien. J'ai juste une carte de séjour d'un an,
renouvelable.

A Chartres, il y avait des jeunes, des Noirs, des Arabes. Ça s'est mal passé, au
début. On se sentait enfermés comme des animaux. Je me suis mal entendu avec
des éducateurs. Trois d'entre nous sont partis. Et puis on s'habitue. Un
éducateur roumain est arrivé. On apprenait la langue et un métier. On s'est
orientés vers la plomberie, en se disant que ça pourrait servir en Roumanie. Mais
j'ai envie de rester en France, surtout parce qu'on sait qu'ici, il y a besoin de
plombiers. J'ai pu passer un CAP. C'est comme avec les parcmètres : j'aime bien
bricoler avec de la ferraille.»




Veiga fabien




 


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Un "boustrophédon" est un texte qui s'écrit de gauche à droite sur la première ligne, puis de droite à gauche sur la seconde et ainsi de suite... Ce mouvement qui consiste à repasser dans l'autre sens d'une ligne à l'autre image l'idée que nous nous faisons de ce journal réalisé par des élèves du collège Les Perrières, à Annonay, dans le cadre du cours de français. Ce blog accompagne l'édition papier. Les travaux qui sont déposés sont relus et retravaillés par les élèves ; ils ne sont pas exempts d'erreurs ou de maladresses, mais ils résultent d'un vrai effort de tous. Le blog n'est plus actif. Il résulte de 3 ans d'expériences menées en collège avec des classes de 6è et de 5è et un peu en 3è (ils étaient moins impliqués..). L'idée d'une "classe journal" m'est venue de la pédagogie Freinet. Il m'a semblé possible et intéressant d'en transférer les principes au collège pour mieux prendre en compte la diversité des élèves. Ils travaillaient par ateliers, sur des sujets qu'ils choisissaient, (dans une liste que je suggérais) en relation avec les entrées du programme de français. Les articles déposés dans les différentes rubriques sont le résultat de leurs recherche sur ces thèmes, le reflet de leurs lecture et l'aboutissement de leurs travaux d'écriture. Il faut ici rendre hommage à la collaboration d'une qualité exceptionnelle de notre formidable professeure de documentation de l'époque, Elise. Tout au long de l'année, nous expérimentions les différentes types et genres de textes, les stratégies de lecture pour mieux comprendre ce qu'on lit, la lecture et l'utilisation des images pour comprendre leurs fonctions et leurs significations. L'apprentissage de la langue française se faisait en pratique, à partir des articles à écrire, relus par des comités de lecture constitués d'élèves qui demandaient aux journalistes en herbe des révisions de textes. L'intégralité du projet pédagogique est consultable dans la rubrique 008 - La vie du Boustrophédon.
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