LE LABO DES LETTRES | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
L.A n° 3 sur Bajazet - Acte Iv, scène 3
Par proflettres - 17:59, vendredi 26 février 2010
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L.A n°3 : Bajazet, IV, scène 3, la ruse de Roxane.
Éléments pour l'introduction : - mise en contexte : la lettre, un procédé théâtral peu courant chez Racine mais qui va se développer au théâtre. - présentation de l'œuvre : Bajazet, turquerie au cours de laquelle le stratagème de la lettre va être utilisé 2 fois. Roxane l'emploi ici dans le but de faire se trahir Atalide, qui lui cache son amour pour Bajazet. (annoncé III, 8) - présentation de l'extrait : confrontation entre les deux femmes. Roxane, impassible amène Atalide à se trahir. Celle-ci oscille entre raison et passion et finit pas ne plus maîtriser son amour face à ce que lui apprend Roxane. - problématique : Comment s'opposent raison et passion dans cet extrait ?
I] Des personnages régis par leur raison. A) La mise en place du stratagème par Roxane. * cacher des informations. Roxane, dans la première partie de la scène, introduit une inquiétude chez Atalide en l'informant peu à peu de sa ruse. - Décalage entre ce que sait Atalide et ce que sait Roxane. Chez Roxane, la détention de l'information la met dans une position de force dont elle est tout à fait consciente. Elle feint de vérifier les connaissances d'Atalide, on note de nombreuses questions de la part de Roxane. Chez Atalide au contraire le manque d'informations est le plus important : « le reste est un secret qui ne m'est pas connu » v. 1168. Refus d'avouer son ignorance, utilise une litote Importance des questions qui montrent sa soumission à Roxane. (v. 1171 ; 1175) aussi bien que son étonnement. - Roxane distille les informations de façon graduelle. 1ère partie de la scène est fondée sur le fait qu'Atalide n'a pas d'information. Atalide doit poser des questions, se mettre en danger pour acquérir des informations. - gradation dans l'annonce des informations. Jusqu'à la lecture de la pièce, Roxane a plus d'informations qu'Atalide.
* Feindre la soumission face à Amurat Roxane, qui n'a pas décidé de tuer Bajazet, veut au contraire faire croire à Atalide qu'elle va se soumettre à la puissance d'Amurat. - Elle met en évidence la puissance d'Amurat qui la condamne à obéir Lexique marquant la domination d'Amurat : « sa volonté suprême » v. 1181 ainsi que dans la lettre d'Amurat : « ma puissance » v. 1185 ; « mon ordre souverain » v. 1190, « mes ordres absolus » v. 1186 Insistance sur la puissance d'Amurat : « sous ses lois Babylone est rangée » v. 1170 ; « le sultan » v. 1174 ; « vainqueur » v. 1179, « sa rigueur » v. 1181 ; « Babylone asservie » v. 1189 Amurat est décrit comme un homme autoritaire auquel il faut se plier.
- L'annonce de sa volonté d'obéir à Amurat est scénarisée par Roxane. On remarque les nombreux termes marquant l'accélération des actions et la fuite du temps : c'en est fait » v. 1173 ; « est parti sur ses traces » v. 1174 ; « à grand pas » v. 1176 ; « promptement » v. 1178, « déjà » v. 1204 Insistance sur le destin : « la fortune est changée » v. 1169. → L'arrivée imminente du sultan est utilisée par Roxane comme un artifice pour forcer Atalide à se trahir, mais il s'agit d'un élément effectif dont elle n'a pas conscience. Roxane joue avec le tragique mais ne le maîtrise pas. Cette annonce intervient à la fin de la scène. Roxane ne l'annonce pas tout de suite. Elle commence par le sous-entendre : « je voudrais le sauver, je ne le puis haïr » v. 1199 encore une fois utilisation d'une litote pour ne pas dire qu'elle l'aime. C'est face à la question directe d'Atalide v. 1200 qu'elle répond. L'annonce est en fin de vers, ce qui le met particulièrement en valeur, d'autant plus que le vers est découpé entre les deux femmes. Réponse laconique de Roxane accentue son caractère définitif. De même, elle confirme son choix « il le faut » v. 1204
B) L'argumentation maîtrisée d'Atalide * Insister sur la cruauté d'Amurat. Atalide cherche en premier lieu à décrire Amurat comme un sultan autoritaire qu'il convient de renverser. - Amurat est présenté comme un sultan autoritaire. Atalide utilise elle aussi un lexique confirmant la puissance d'Amurat. Cependant, celui-ci vise à montrer que les deux femmes doivent au contraire s'opposer. Représentation opposée d'Amurat « cruel Amurat » et Bajazet « prince sans appui » v. 1195
- Jouer sur le caractère politique du complot Atalide marque elle aussi l'accélération de l'action « Qu'il est nécessaire // d'achever promptement ce que vous comptiez faire » v. 1177-1178
* S'appuyer sur les sentiments de Roxane Atalide va tenter de réagir en utilisant sa raison, elle cherche donc à persuader Roxane. - Feindre l'apitoiement On remarque l'importance dans le vocabulaire de la deuxième personne du singulier « vous » qui désigne Roxane. Stratagème d'Atalide pour ne pas montrer qu'elle est parti prenante. Elle se place donc clairement comme confidente. D'ailleurs l'interrogation de Roxane v. 1194 semble lui accorder ce rôle.
- L'argumentation d'Atalide Elle prend place surtout dans la réplique v. 1194-1198, interrompue par Roxane. Elle insiste sur l'amour qui existerait entre Roxane et Bajazet : « l'amour » v. 1195, « qu'une âme » v. 1196 Elle feint de croire que l'amour de Roxane est plus fort que ce qu'il est réellement et qu'elle est prête à mourir pour Bajazet : « Que plutôt, s'il le faut vous mourrez » v. 1198. (Menace d'Amurat : « si vous avez soin de votre propre vie » v. 1189) Aveuglement d'Atalide qui est interrompue par Roxane. Dernier argument : elle condamne un homme qui s'est voué à elle v. 1203.
ð Atalide et Roxane se confrontent violemment dans ce passage. Il s'agit cependant d'une confrontation voilée, chacune cherchant à tromper l'autre dans son propre intérêt. Ainsi, Roxane veut apprendre exactement si on s'est servi d'elle et Atalide souhaite au contraire cacher son amour avec Bajazet. Cependant, ses deux femmes, aussi habiles soient elles ne réussissent pas à juguler complètement leurs passions.
II] Des femmes soumises à leur passion. A) La jalousie de Roxane * Le machiavélisme dont elle fait preuve Roxane dans cette scène est menée apparemment par sa raison alors qu'elle est en réalité soumise à sa fureur jalouse. - Rendre crédible sa ruse Utilisation d'une lettre qu'elle a effectivement reçue. On note la recherche d'authentification de ce qu'elle donne : « Vous connaissez, Madame et la lettre et le sein » v. 1183 Pousse la cruauté jusqu'à la faire lire par Atalide (même s'il s'agit aussi d'un artifice pour informer le spectateur) La lecture de la lettre par Atalide est d'autant plus cruelle qu'elle n'était pas forcément nécessaire dans la mesure où la plupart des informations sont déjà connues.
- Pousser Atalide à se trahir Elle mène le débat. Elle pose les questions face à Atalide qui ne réussit pas à se reprendre (v. 1193 ; 1194 ; 1201) et à se mettre vraiment dans le rôle de la confidente, conseillère. Joue le rôle d'une femme soumise au pouvoir d'Amurat. Anaphore de « il le faut » v. 1202 ; 1203 marque de la soumission finale de Roxane à Amurat et au destin.
- Utiliser la défaillance d'Atalide Dernière réplique marque la maîtrise de soi dont Roxane a fait preuve dans cette scène afin de découvrir si sa jalousie est fondée. Sa passion s'exprime dans l'aveu prémonitoire de la condamnation de Bajazet.
* L'inconscience de Roxane face à un danger réel. Elle réussit donc très bien à piéger Atalide mais n'a pas conscience du réel danger qui la guette. - ironie tragique de la situation qu'elle utilise. Roxane n'a pas conscience du réel danger qui pèse sur elle et dont la lettre d'Amurat est porteuse. La lettre menace explicitement Roxane. Il lui rappelle son rang et est la lettre d'un maître à son esclave.
- Aveuglement de Roxane La lettre a été reçue entre l'acte III et l'acte IV. Mais, Roxane ne se rend pas compte de l'urgence de la situation. Elle se condamne donc elle-même aussi bien que les autres personnages en ne terminant pas le complot. Dès cet instant, le spectateur peut imaginer le dénouement. La jalousie l'aveugle donc et l'empêche de s'occuper de son propre intérêt.
B) Atalide se trahit. * La perte progressive de la maîtrise de soi Atalide va au cours de la scène être amené à trahir ses réels sentiments - Sa souffrance et sa consternation face à ce que lui apprend Roxane Elle est marquée par de nombreux apartés et la modalité exclamative. (v. 1173 ; 1180 ; peut-être 1201) Elle ne réussit pas toujours à cacher ses réactions : nombreuses questions qui expriment son désarroi, sa stupeur : v. 1171 ; 1175 ; 1200. Elle passe d'une exclamation étonnée à la souffrance la plus absolue « Quel revers ! » v. 1173 ; « Ô ciel ! » v. 1180 ; « cache tes pleurs, malheureuse » v. 1193 ; « Je me meurs » v. 1205. On note que le personnage réussit tout d'abord à se maîtriser puis est confrontée à une souffrance trop forte. L'exclamation finale est prémonitoire de la mort d'Atalide.
- Du contrôle à la perte de contrôle Atalide réussit à tenir son rôle jusqu'à ce qu'elle se trahisse réellement. On note une aggravation dans ses erreurs. 1ère erreur : elle prend trop à cœur ce qui arrive à Roxane et Bajazet. 2ème erreur : elle ne réussit pas à commenter tout de suite la lettre d'Amurat et parle d'amour alors qu'elle aurait dû commenter la menace faite par Amurat. 3ème erreur ; elle confond ses sentiments et ceux de Roxane (v. 1198) lorsqu'elle la croit capable de se sacrifier pour Bajazet. On remarque d'ailleurs la promptitude de Roxane à la détromper. 4ème erreur : Elle marque la stupeur face à la décision de Roxane d'obéir. 5ème erreur : la plus grave. Bajazet est « aimable ». v. 1202. Elle voit d'ailleurs cette erreur puisqu'elle s'interrompt. On ressent dès lors son trouble.
* Une échappatoire : l'évanouissement Cet évanouissement clôt la confrontation entre les deux femmes sans qu'elle soit réellement arrivée à terme. - L'expression d'une perte de contrôle extrême ? - ou une stratégie pour gagner du temps ? Il peut s'agir aussi d'une ruse de la part d'Atalide pour plusieurs raisons : - ne plus se trahir davantage - avoir le temps de la réflexion - pouvoir contacter Bajazet - cacher la lettre de Bajazet qu'elle porte sur elle.
* Éléments pour la conclusion Bilan : Ces deux femmes cherchent à se contrôler. Elles rusent l'une face à l'autre et les différentes tromperies se retournent les unes contre les autres. Cependant, leurs passions les amènent à se mettre en danger. Roxane en ne se rendant pas compte de la portée de la lettre d'Amurat accélère sa perte et celle des autres personnages. Obnubilée par sa jalousie elle ne va s'inquiéter jusqu'à la fin que de savoir si elle a été trompée ou non. Atalide, au contraire, se perd totalement dans cette scène. Prise au dépourvue par la ruse de Roxane, elle ne réussit pas à cacher ses sentiments et à rester dans son rôle de conseillère. Dès lors, le sort des personnages semblent scellé à leur insu. Ouverture : la découverte de la lettre par Roxane qui va encore une fois se servir de cet artifice dans l'acte V, 4 pour faire avouer à Bajazet son amour pour Atalide.
Notions à connaître pour analyser correctement cette scène : double énonciation : situation du dialogue théâtral où les personnages s'adressent les uns aux autres sur scène tout en s'adressant aussi au public. aparté : Ce qu'un acteur dit à part soi sur la scène, et qui est censé n'être entendu que des spectateurs. didascalie interne : il s'agit d'indications scéniques qui sont contenues par le texte et non par une didascalie. Il s'agit d'une chose que l'on trouve assez souvent dans le théâtre classique, lequel propose peu de didascalies. ex : « vous voyez dans mes mains sa volonté suprême » v. 1181 Roxane montre à Atalide la lettre d'Amurat. litote : on feint d'atténuer une vérité que l'on affirme implicitement avec force
Les héros raciniens et la jalousie : Dans les affres de la jalousie, ils deviennent les bourreaux d'eux-mêmes. 1. lucidité : discernement des raisons de souffrir, des nuances de la douleur. 2. imagination : cette douleur devient presque physique lorsqu'ils évoquent le bonheur partagé et dont ils sont exclus. 3. orgueil : humiliation de se voir préférer une rivale (souvent inférieure) et de s'être abaissé dans un aveu inutile ] La jalousie rend le héros racinien impitoyable pour son rival et pour l'être aimé. Il veut faire souffrir autant qu'il souffre.
Le conflit racinien : jalousie → retournement de l'amour → haine → désir de vengeance. L'âme jalouse est déchirée entre amour et haine. La jalousie est toujours fatale à l'être aimé et à l'amante.
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Le projetBlog destiné aux élèves de Mme Déchance du lycée Marie Curie. Ce blog a pour mission de proposer une préparation complémentaire pour le bac de français et aussi d'inciter à découvrir la littérature et ses charmes.
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