Un roman historique écrit par des collégiens, un auteur et Raphaël Elizé

Commentaire d'image

"C'est comme au théâtre, la photo de Sablé est en arrière-plan. C'est le décor. Il veut montrer l'intérêt qu'il a pour sa ville. Il veut donner de lui une image de sérieux car son regard est tout entier concentré sur la feuille qu'il tient en main. Le majeur et l'index posés sur la tempe. La lampe éclairée me permet de penser qu'il travaille la nuit. Un cadre est posé à sa droite, sans doute sa femme ou sa fille : il montre qu'il est soucieux de sa famille. Il s'est pris en photo tout seul à l'aide d'un retardateur, pour mieux se mettre en scène, à la façon d'un comédien".

Aurélia, 10 mars 2010


"Derrière Raphaël Elizé, il y a la ville de Sablé. Il a le regard concentré sur une feuille qu'il tient en main. A côté de lui, à gauche, il y a une photo posée sur son bureau. Sa femme ou sa fille. Il travaille souvent quand il fait nuit dans son bureau. Il veut donner de lui l'image d'un homme sérieux, soucieux de sa ville et de sa famille."

Angélique, 10 mars 2010

 

"Sur cette photo, Raphaël Elizé veut montrer qu'il travaille la nuit pendant que tout le monde dort. Le tableau derrière lui montre son amour pour sa ville. Il veut donner de lui l'image d'un homme sérieux, soucieux aussi de sa famille avec le cadre au premier plan à gauche."

Simplice M., 4 mars 2010. 


"Raphaël Elizé, comme un comédien, se met en scène. Il veut donner de lui l'image d'un homme sérieux. On le voit à son regard concentré et à son index et son majeur posés sur sa tempe. Il veut aussi donner de lui l'image d'un homme soucieux de sa ville et de sa famille : on le voit au cadre posé devant lui à gauche et au tableau derrière lui. Il veut aussi faire voir qu'il est passionné par son travail."

Mathieu C., 4 mars 2010




"Elizé par lui-même dans son fauteuil de maire... Je n'étais pas pressé de plancher là-dessus bien que - ou plutôt parce que - cette image nous livre une clé maîtresse de la personnalité de notre héros: elle possède toutes les composantes d'un roman en soi, ayant une histoire, une dramaturgie, une esthétique, et même une doctrine.

Mes premiers mots seront pour évoquer la tension qui s'en dégage. On se dit à le voir que le candidat qui se présentera contre lui est foutu : l'énergie est trop forte qui jaillit du courant lumineux papier-visage-papier, courant si dense qu'il paraît affranchi de sa source première, la lampe, laquelle n'est plus que le troisième coin du triangle de lumière. Les deux doigts appliqués sur la tempe droite sont comme les deux fusibles de ce champ électrique. Après la pause du penseur de Rodin, Elizé invente celle du décideur. (En un sens, c'est une photo très politique.) Cela se fait selon une scénographie d'autant plus  marquante qu'il en est à la fois le metteur en scène, le décorateur, l'éclairagiste ET l'acteur, sans qu'on puisse relever la moindre fausse note à son interprétation dramatique. Qui prétendra qu'il "joue faux"? Et un acteur (un "vrai") ferait-il mieux dans les dix ou vingt secondes imparties par le retardateur? On pourrait presque donner aux élèves l'énoncé suivant: "Faites votre autoportrait photographique en imaginant vous-même la mise en scène. Cet exercice, une fois achevé, vous a-t-il éclairé sur la performance scénographique de Raphaël Elizé?"
Pour tout le reste, je paraphraserai Emmanuel: le clair-obscur, le téléphone, la délicieuse photo de sa femme ou de sa fille qu'on devine par transparence comme un écran subtil, diaphane, à son intimité: Elizé exhibe un bonheur familial tout en le cachant, sublimant par un coup de génie esthétique la dichotomie vie publique/vie privée... le triptyque, la grand-rue peinte par lui-même... mais j'arrête là, faute de quoi Emmanuel dans son blog m'attaquera pour plagiat.
A noter que l'appareil de Raphaël - un Contax - est tout à l'image de son propriétaire: 20 ans d'avance sur son temps, disent les connaisseurs, petit format, 24X36, etc., optique Zeiss Ikon, mieux qu'un Leica, pour tout renseignement composez OBERKAMPF 95-64, l'une des 6 lignes de l'importateur agréé, à l'époque. La pub aussi est une page de roman!
Lu dans un forum, et il y a là matière à rêverie:
"Par Michel HUG
Contax II Zeiss Jena 1936
Bonjour,
Cet appareil nécessite une bonne connaissance photographique : dépourvu de cellule, il faut en disposer d'une à main et faire les reports de réglage sur l'appareil. Cependant, les choix de prise de vue sont uniquement ceux du photographe (durée d'exposition, profondeur de champ...) : une liberté plus qu'une contrainte !
La qualité des optiques 50 et 125 est fantastique; le 28 mm est plus moyen.
une fois habitué à la télémétrie pour les réglages de distance (ce n'est pas toujours évident, surtout si vous avez des problèmes de vue), il faut bien centrer son sujet, car il y a un petit écart de cadrage entre la visée et l'optique.
la vitesse maximale d'obturation (1250) n'a rien à envier aux derniers argentiques, ni même à certains numériques.
l'ergonomie générale est bien connue des photographes, car c'est un appareil qui a tout anticipé (ou presque) : retardateur, double exposition, prise flash (mon flash contemporain fonctionne), optiques interchangeables, pellicule 24x36 avec chargement arrière...
J'ai réalisé certaines de mes plus belles photos avec cet appareil, en particulier en format diapo et notamment des diapos noir et blanc en 25 ASA : quelle lumière et quel grain!
cordialement,
MH" (fin de citation)"
 

Y.Gauthier, 25 février 2010

 


 

"Cette image (peut-être recadrée ? rognée ? Il faudrait retrouver l'original et sa date*) me rappelle a priori beaucoup de tableaux de maîtres, par son traitement de la lumière artificielle et/ou son lien à la lecture (De la Tour, Le Greco, Picasso, Renoir ... on y attise le feu, on y lit LE livre, on y lit des lettres, donc le sujet devient la personne absente, on est absorbé dans la lecture, l'identification ...)
Mais vite, je me dis que c'est bien une photographie qu'Elizé nous a offerte. Un autoportrait réalisé avec un retardateur. Un support moderne sur le plan technologique, moderne aussi en ce sens où il tient un discours sur lui-même. Photographie d'une aventure, celle d'Elizé, premier maire noir de France. Et aventures d'une photographie.  Elizé est très soucieux de l'image qu'il nous renvoie, au point de ne pas même confier à un photographe professionnel (Claude Lambert, monument de la photographie locale de Sablé, auteur du petit portrait que nous utilisons Arnaud dans l'en-tête de chacune de nos séances) le soin de faire son portrait "officiel". Individualisme forcené, orgueilleux, au service de la communauté.
Avant tout, ce qui me marque dans cette image, c'est son format, en rupture avec les portraits de maires de Sablé. Jeu de mots facile : Raphaël a choisi le format "paysage", non "portrait". Paysage comme son bureau rectangle et surtout la fresque en arrière-plan, ce fameux triptyque représentant Sablé. Je pense écrire à MM. Communeau et Riouffreyt pour leur demander qui l'a peint. Et je passe sur cette très romanesque anecdote rapportant le vol d'une des trois parties par une conseillère municipale dans les années 50 ! Le format portrait (nous l'utilisons pour nos feuilles A4 et revenons au format paysage pour la bannière du blog) aurait empêché Raphaël de se mettre en scène en tant que maire, aurait sans doute trop mis l'accent sur l'homme, sans souligner son lien à sa communauté. Je me souviens de la rupture de ce portrait officiel de Giscard par Lartigue. C'était le drapeau tricolore, de biais, qui servait d'arrière-plan. Avec Elizé, c'est Sablé-sur-Sarthe. J'aime beaucoup cet arrière-plan : non seulement le triptyque, mais également, à droite, en entier, une oeuvre de Raphaël lui-même, représentant la grand-rue. Je crois qu'on en trouve la reproduction dans le bouquin de Passé-Simple. En tant que premier administrateur de la ville, je m'occupe de son urbanisme, je (re)dessine ses rues ...Vous avez sans doute fait l'expérience de poser l'appareil sur une chaise, un meuble pour rapidement vous placer devant l'objectif et retrouver une posture naturelle, immobile : la cadrage est alors très soigneusement choisi. Peu de place pour le hasard. La précision de la mise en scène est éloquente et construite sur une mise en abîme. A la façon de Magritte (le "Ceci n'est pas une pipe" date de 1929), Elizé sous forme de clin d'oeil (on ne voit pas ses yeux contrairement au portrait officiel classique) nous dit que ceci n'est pas Raphaël Elizé, ceci n'est pas Monsieur le Maire de Sablé ... Jeu avec la représentation, l'image dans l'image, la vache qui rit. Les cadres dans le cadre ... N'oublions pas celui de gauche, qu'on ne peut pas lire, mais qui propose sans doute l'image, prise par lui-même, de sa fille chérie, sa femme. Je me souviens de Bettina Rheims représentant pour la première fois un président en extérieur, du style, "Je suis le premier magistrat de France, mais je suis également un citoyen, un homme comme vous". Tout en restant à l'intérieur de son bureau, Elizé est le premier devant Sablé, comme Chirac, par Bettina Rheims, devant l'Elisée. Et Mitterrand, par Gisèle Freund, devant la bibliothèque, arrière plan cliché du portrait officiel présidentiel, mais quand même derrière Montaigne, Les Essais, qu'il tient en main. Quelqu'un m'a d'ailleurs dit que ce portrait de Mitterrand était une petite révolution, en ce sens, où le président s'y représentait assis, pour la première fois, depuis Louis XIV par Hyacinte Rigaud. Cours de latin pour rappeler que la position debout renvoie (stare) à l'Etat, tandis que celle, assise (prae-sidere) désigne le président. Modernité aussi en ce sens où Elizé, assis à son bureau, lit un rapport d'urbanisme, un projet d'arrêté, les minutes d'un conseil municipal à la lumière d'une lampe électrique. Oui, le Maire travaille tard le soir dans son bureau mais il le fait grâce à l'électricité. Court-circuit qui me conduit à ton anarchiste de grand-père, Yves et à Gleb Travine lors de l'inauguration en 1928 de la première centrale du Kamtchatka. Et grâce à ce gros téléphone posé à côté de la lampe ...Le clair-obscur sur le visage d'Elizé est formidablement réussi et met bien en relief les deux doigts posés sur la tempe. Photo d'identité aussi. La lumière artificielle a été travaillée par un photographe noir ! par un photographe de sujets noirs ! Habitué à prendre des clichés de mes enfants et de ma belle-famille, je peux vous dire combien il est compliqué et passionnant de prendre en photo cette peau. D'ailleurs, en distribuant les photocopies vendredi dernier à nos 4F, je me demandais si les personnes qu'ils vont interroger se rendront compte d'emblée que le sujet est noir, ou métisse*. Peut-être à ses cheveux seulement, comme Alexandre Dumas dans ses portraits connus. Avez-vous saisi au vol la boutade de Depardieu face aux critiques "Pourquoi n'avoir pas choisi un comédien métisse pour jouer dans l'Autre Dumas ?" ... "L'identité nationale, je m'en fous !".  "

 

E.VASLIN, 19 février 2010

 

* Patrick Communeau, interrogé, me répond dans un message du 12 mars "Pour la photo, elle date du second mandat de Raphaël Elizé. Soit 1935/1940. Concernant l'électricité, c'est le jeudi 15 septembre 1898 que la ville de Sablé est éclairée à l'électricité. Les journaux de l'époque raconte "que le nouvel éclairage produit un très bel effet; la place des Halles (place de la Mairie) surtout est superbe". La première pierre de la Mairie de Sablé est posée le 15 août 1838 lors du comice agricole."

* Exactement 5 interviewés sur 27 n'ont pas remarqué qu'il s'agissait d'un sujet noir, métisse.


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Une classe de 4ème du collège Anjou à Sablé (Sarthe) travaille à la rédaction d'un roman historique autour de la figure emblématique de Raphaël Elizé, premier maire noir de France. Ce blog vise à faire connaître ce projet ...

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