Penser après les cours...!

Comment Wang-Fo fut sauvé (2nde2)

Par cyberblaise - publié le vendredi 5 février 2010 à 10:03 dans 2nde2 (2009-2010)

 Pour vous donner des idées pour le concours de nouvelles,- 

Imaginez une nouvelle dans laquelle le « bleu » d'un oeuvre d'art joue un rôle central.

Surprenez le lecteur, effrayez-le, faites-le sourire ou encore réfléchir !-

je vous ai lu "Comment Wang-Fo fut sauvé" (nouvelle de 16 pages)de Marguerite Yourcenar et vous avez dû réfléchir au rapport entre le titre et la nouvelle et à sa structure. Voici quelques notes supplémentaires pour bien clarifier les choses.

(D'après étude sur Les Nouvelles Orientales, par Catherine Barbier.)

Conte poétique et philosophique qui s'interroge sur le pouvoir de l'art.

Structure du récit :

Voyage du maître et du disciple

Vie de Ling : retour en arrière

Voyage du maître et du disciple

Arrestation : élément perturbateur

Le palais : montée du danger

Vie de l'Empereur : retour en arrière, attente

Sentence, mort de Ling, sommet du danger

La dernière œuvre : retournement de situation

L'arrivée de al barque : montée du merveilleux, Ling mort adjuvant

Disparition, dénouement

Double gradation : longue exposition (p11à 15) thèmes majeurs art, amitié, voyage

Arrestation qui arrête la marche et menace la vie des personnages.

Paliers successifs sur un danger croissant : arrivée au palais, salle du trône, réquisitoire de l'Empereur, sentence, mort de Ling

Retournement de situation qui apporte une issue imprévue ; ce qui devait perdre le peintre le sauve : basculement dans le merveilleux. Tracé ascensionnel : Apothéose du récit : les limites du tableau s'effacent, les frontières de la vie et de la mort sont abolies, enfin le peintre entre dans son œuvre, s'y fond, s'perd, s'y sauve.

Pas d'intervention magique : Seuls les pouvoir créateur de l'artiste et le sublime dévouement du disciple expliquent l'entrée dans le merveilleux.

Conception de l'homme et du monde qui intègre l'échec, le renoncement ou la chute.

Structure enrichie par les récits rétrospectifs : vie de Ling et celle de l'Empereur ; brièveté de la nouvelle contredite par les deux biographies. Passé qui nourrit le présent. Remontée aux sources de l'existence. Expliquer un mystère, une passion, un choix. Pourquoi Ling, riche héritier d'un marchand de jade est-il devenu un vagabond ? Pourquoi l'Empereur a-t-il fait arrêter le peintre ? L'énigme appelle un récit, qui l'éclaire et la résout. Raconter, c'est expliquer, retour en arrière qui donne une épaisseur, une complexité aux personnages ; malgré la condensation qu'impose la nouvelle, le lecteur voit le héros grandir, changer, se métamorphoser…comme dans un roman.

 

Structuration autour des lieux : ouvert /fermé

Cf. Ling qui quitte la maison de ses parents et referme derrière lui «  les portes de son passé » opposé à l'Empereur qui a 16 ans franchit pour la première fois le seuil de son palais/ « A seize ans, j'ai vu se rouvrir les portes qui me séparaient du monde » .portes : changement définitif : passage à la vie adulte vécue par l'un comme une deuxième naissance, par l'autre comme une mort brutale de ses illusions.

Structuration autour de leitmotive : la mort belle et cruelle.

Images et symboles qui se font échos  souvent trois fois répétés  cf. mort de la jeune épouse pendue au prunier, rôle de l'écharpe qui annonce celle de Ling.

Tête coupée qui évoque une fleur : et la tête de Ling se détacha de sa nuque, pareille à une fleur coupée Et la tâte pâle de l'Empereur  flottait comme un lotus : souffrance écartée au profit d'une image onirique.

Cf. flottement

Ling délivré de trois peurs : orage, insecte et visage des morts

Wang peint trois tableaux : la princesse au luth, le prince tirant de l'arc, la jeune épouse en costume de fée, le dernier est présage de mort. Cf. conte.

Triade de héros : un vieillard et deux jeunes gens unis et opposés par une même fascination pour l'art. Au sommet du triangle Wang, le créateur. A ses côtés le disciple ami et serviteur vit dans le dévouement et l'adoration du maître. En face l'Empereur, l'esthète désenchanté, transforme l'amour de l'art en haine de l'artiste, et la soif de perfection en désir de mort.

Supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir matériel.

Maître et disciple au terme de la quête deviennent égaux : c'est Ling qui guide Wang, formule les dernières paroles de sagesse. Mais Wang reste le maître que l'on aborde respectueusement et que l'on protège.

Rôle du peintre dans la vie des deux autres : entré dans leur vie comme un cataclysme : effet dévastateur.

Révélation de la beauté bouleverse leur vie mais conduit à des choix opposés : celui qui a compris la force de l'art ne peut que servir ou détruire.

Thème récurrent aussi des larmes alors que le récit n'organise aucun pathos. A peine évoquées, elles sont effacées. Sourire,  ce qui était pour lui une façon tendre de pleurer. Retenue qui est à la fois une esthétique et une éthique.

Mais voix de la narratrice : maximes, sentences. Sagesse, tradition du conte oriental.

Signification allégorique du conte : sens de la vie : éloge de la ferveur.

Quelle est la vérité de l'art ? L'art donne-t-il sens à la vie ? Chaque personnage apporte par sa vie même une réponse ;

Empereur : magnifique critique d'art : magie d'une transfiguration, supériorité de l'art sur la vie. L'ordre s'oppose au désordre, l(harmonie au chaos ; l'éternité à l'éphémère, mais l'art ment parce qu'il idéalise.

Pour Ling l'art dévoile le réel, apporte une connaissance : voir ce qu'il n'a jamais vu, perception neuve qui est comme le don d'une seconde vie.

Pour Wang : monde : perpétuel objet d'étude et d'émerveillement, prête attention à tout, sollicitude passionnée : contemple tout, même ce qui le menace et la mort. Regard : unique manière de vivre, de connaître et d'aimer. Inhumain ?

Philosophie taoïste du renoncement, anéantissement des désirs, mais pas refus du monde, amour fervent. Paradoxe: "il aimait l'image des choses et non les choses elles mêmes". Pas de possession matérielle : représentations. Détaché et attaché mais pas copier le réel, interpréter pour atteindre la vérité, détour : cf. un homme pour peindre une princesse.

En pénétrant au cœur de la réalité, l'artiste la dépasse. Richesse du réel et liberté du créateur. Quête de l'Absolu.



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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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