Question préalable sujet p367 (seconde 2)
Sujet p367
Réponse à la question 1
Le corpus est composé d'un tableau de Matisse ,datant de 1944, Liseuse à la table jaune, de deux extraits de roman appartenant à des époques différentes, un extrait du Don quichotte de Cervantes et un autre de Madame Bovary de Flaubert et d'un extrait de l'essai très polémique de Julien Gracq, La littérature à l'estomac. Chaque document nous présente une figure particulière de lecteur qui s'adonne d'une manière très intense à sa passion. Nous verrons comment la ferveur, l'enthousiasme de ses différents personnages sont traduits.
Le tableau de Matisse nous montre une jeune femme blonde tranquillement assise, absorbée dans un livre illustré, un léger sourire aux lèvres. Les couleurs du tableau, plutôt froides- bleu et vert- dans la partie supérieure du tableau, jaune intense pour la table qui soutient le livre, suggèrent une atmosphère sereine et gaie. Le moment de lecture, les fleurs et fruits posés sur la table à côté du livre évoquent un moment de bonheur intense dans lequel le personnage est plongé et que la présence du peintre ne semble pas le moins du monde perturber. Nous retrouverons cette capacité de la lecture d'absorber tout l'être du lecteur dans les deux extraits de romans, en effet la passion de Don Quichotte pour la lecture se traduit par le fait qu'il abandonne à son profit toutes les autres tâches de la noblesse, la chasse et l'administration de son domaine, et qu'il consacre presque toute sa fortune à l'achat de romans de chevalerie et son temps à la compréhension de leur style alambiqué, comme le prouvent les citations qui figurent dans l'extrait. La passion pour le livre s'exprime à travers le champ lexical valorisant de l'amour : « affection, goût, perles à ses yeux » et par une subordonnée de conséquence de la ligne 2 à 8 qui en souligne l'exclusivité. Emma, elle, s'identifie tellement aux personnages dont elle lit les aventures qu'elle laisse sa vie être totalement envahie par les romans de chevalerie à la manière de Walter Scott qui la font pleurer et rêver de vivre dans le cadre spatio-temporel du Moyen Age à la manière des châtelaines qui « passent leurs jours, le coude sur la pierre et le menton dans la main, à regarder venir du fond de la campagne un cavalier à plume blanche qui galope sur un cheval noir », comme le décrit , non sans ironie décelable aux clichés accumulés, le narrateur flaubertien. La vie réelle s'efface là aussi au profit de l'univers romanesque qui prend toute la place dans l'esprit de la lectrice.
Julien Gracq exprime la passion du lecteur différemment, bien qu'il s'agisse toujours d'une forme d'absorption exclusive, en utilisant une métaphore sportive : le lecteur est « happé » par la lecture comme le stayer aspiré dans le sillage de la moto qui l'entraîne. Il s'agit d'un sentiment très fort qui subsiste dans le souvenir comme une expérience vitale qui fait du lecteur ainsi touché par une œuvre « un prosélyte fanatique » c'est-à- dire un être qui n'a de cesse de convertir ses proches à l'admiration du livre lu, quitte à multiplier les offrandes du livre en question. L'enthousiasme pour la lecture se traduit alors par l'énergie avec laquelle le lecteur parle de l'ouvrage et incite les autres à le lire. Gracq va jusqu'à utiliser le vocabulaire de la maladie en parlant de « porteurs de virus » qui « contaminent le public ».
Dans l'ensemble du corpus, la ferveur pour la lecture s'exprime d'une façon très forte par le fait qu'elle absorbe toute l'énergie vitale du lecteur.