Paris dans la Curée
Introduction
I. Les tableaux des différents lieux de Paris faits par Zola (l'impressionnisme du paysage)
- Le Café Riche
- La serre
- Le boulevard
II. Paris comme personnage vivant du roman
- Le Paris de l'incipit : la galerie des mondains
- Paris dans le chapitre II du roman :
- Une personnification : l'animal de la curée
- Une ville d'Orient
- Une autre personnification : la ville-femme
- Paris dans la suite du roman
III. Paris, un lieu de débauche
- Les différents lieux de débauche dans La Curée
- La débauche des personnes du Second Empire exprimée à travers le personnage de Renée dans La Curée
IV. La géographie de Paris présente dans le roman
Conclusion

Introduction
Dans La Curée, deuxième volume de la série Les Rougon-Macquart, écrit par Emile Zola et paru en 1972, toute l'histoire se déroule dans la ville de Paris.
Plusieurs de ses lieux y sont décrits à la manière impressionniste de façon à dresser de ces paysages des tableaux impressionnistes, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas décrits avec le plus de réalisme possible mais plutôt selon les impressions qu'on peut y ressentir.
Cela dans le but de montrer aux lecteurs la ville de Paris comme un personnage vivant du Second Empire et enfin un lieu de débauche de cette société.
I. La façon dont Zola voit Paris
Bien que Zola se définisse lui-même comme un auteur naturaliste, on trouve dans le roman “La Curée” plusieurs passages qui font plus penser à de l'impressionniste qu'à du réalisme. Ces passages impressionnistes vont même jusqu'à rappeler certains tableaux impressionnistes de l'époque du XIXème siècle.
A. Le café Riche
Dans le passage, où Maxime et Renée se trouvent au café Riche par exemple, peut être associé à un tableau de Pissarro, Boulevard Montmartre, Effets de Nuit. En effet que ce soit, sur le tableau ou dans le roman l'impression de flou est très présente.
Zola joue beaucoup sur l'ombre et la lumière : “une bande obscure ", " une raie d'ombre ", " une illumination colossale ", " éclat assourdi ", on voit des " trous de ténèbres ", et il insiste sur les " lanternes de voitures ". On pourrait facilement se croire en pleine journée, alors que l'on est en pleine nuit.
Quand au tableau de Pissarro, les sensations sont pratiquement les mêmes. Son auteur jour lui aussi, sur le contraste de l'ombre et de la lumière. Les points clairs qu'il fait apparaître pourraient être les lanternes de voitures sur lesquelles Zola insiste. Quant à l'impression de voir une population sans pouvoir distinguer les gens renforcent l'effet de flou.
B. La serre
Un autre des passages où l'impressionnisme est très présent est celui de la description des nuits de Renée et de Maxime dans la serre, situé à la fin du chapitre IV. La grande énumération de plantes présente dans le passage le rend plus réaliste. Mais c'est surtout l'utilisation d'expressions faisant référence à des impressions. Zola nous parle de ce que ressentent les personnages, “l'air alourdit”.
Le nouveau contraste entre la lumière et l'ombre nous fait quasiment oublier la présence de végétations dans la scène. On ne distingue plus les plantes, seulement un “entrelacement”.
Avec cette impression le passage du roman, peut être mis en parallèle avec un tableau de Manet, intitulé, Dans La Serre. Cependant le rapprochement ne peut être fait que pour le fond du tableau qui correspondrait parfaitement avec l'entrelacement dont parle Zola.
C. Le boulevard
Dans le passage où Renée et Maxime vivent leur passion et où l'on nous décrit une de leurs courses en voiture dans la ville de Paris, il y a de nombreux éléments de description qui peuvent nous faire penser à un tableau impressionniste, intitulé Sur le boulevard, de Jean Béraud.
Tout d'abord Zola nous décrit les bâtiments ainsi que la rue : " Les maisons hautes, à grandes portes sculptées, chargées de balcons, où luisaient en grandes lettres d'or des noms, des enseignes, des raisons sociales ", " Les bandes grises des trottoirs, larges, interminables, avec leurs bancs, leurs colonnes bariolées, leurs arbres maigres "
Zola crée à nouveau une impression de floue, avec la lumière. " Cette trouée claire qui allait au bout de l'horizon se rapetissant et s'ouvrant sur un carré bleuâtre du vide ", " Les gaietés du soleil riaient sur les façades neuves, allumaient les vitres " Il y a ensuite l'impression qu'il y a beaucoup de monde : " Ces courants de foule piétinant et bourdonnant ", " pas affairés de la foule ".
II. Paris comme un personnage vivant du roman
L'impressionnisme fait par Zola des différents lieux de Paris a pour but de nous montrer Paris sous différentes formes, personnages etc.
Ces images symboliques de Paris faites par ces descriptions impressionnistes font alors l'objet de plusieurs procédés utilisés par l'écrivain comme les métaphores, les comparaisons, les personnifications…
Au fil du roman, Paris est perçu différemment, il change d'apparence pour montrer au lecteur les idées principales qu'il faut qu'il retienne puisque Paris est en fait le milieu qui va influencer les personnages d'après la théorie du naturalisme faite par Zola. En effet, d'après Zola, les phénomènes humains sont influencés par l'hérédité et le milieu qui les entoure.
A. Le Paris de l'incipit : la galerie des mondains
L'incipit nous décrit le retour pour Maxime et Renée du Bois de Boulogne, lieu mondain de cette époque, “réussite du Baron d'Haussmann“ perçue évidement autrement par Zola.
En effet, dans cet incipit, censé décrire le paysage, le lieu en lui-même du Bois de Boulogne, seuls les personnages, les voitures et tout autre matériel s'y trouvant y sont décris de façon très détaillée comme le montre la description du cortège des voitures par exemple. Cet oubli volontaire fait par Zola de décrire le paysage a pour symbole de montrer Paris comme un lieu non naturel, c'est ici seulement la galerie de cette société, les gens y viennent seulement pour se montrer, se comparer, se critiquer.
Le but de cette “non-description“ du paysage a alors une dimension satirique de cette société superficielle du XIXème siècle.
B. Paris dans le chapitre II du roman
Dans le chapitre II de La Curée, Saccard, l'ambitieux spéculateur, évoque ses premiers marchés : ce chapitre est l'annonce de la future spéculation à outrance qui touchera la ville.
La capitale se métamorphose alors sous les yeux du prédateur.
1. Une personnification : l'animal de la curée
Saccard, dans ce chapitre, évoque le futur découpage de Paris (futurs travaux d'Haussmann). Lui, apparaît alors comme le boucher de la ville, puissant et déterminé, tandis que cette ville, si grande, apparait alors comme la proie du personnage ne pouvant pas lutter face à lui et tous les autres ambitieux de cette époque. Cette personnification explique alors le choix du titre du roman.
2. Une ville d'Orient
Saccard, seulement intéressé par l'enrichissement possible grâce à cette ville, va la voir comme une ville faite d'or, plusieurs évocations à cela seront faites tout au long du chapitre (par exemple, les poussières d'or de la destruction des maisons). Elle se métamorphose alors fantastiquement en ville comme dans le conte des Mille et une nuits, une cité de bijoutiers.
3. Une autre personnification : la ville-femme
Saccard étend ses désirs à Paris qu'il voit comme une femme, il utilise alors plusieurs termes qui personnifient la capitale. Saccard révèle, suggère le thème de la débauche, lié dans le roman à celui de l'argent. La ville, sous le regard de Saccard, apparaît comme une femme selon les stéréotypes féminins de l'époque, c'est-à-dire une femme passive et sensuelle.
Ces différents aspects de Paris ont donc une vision symbolique : ils montrent la violence qui existe dans ce roman dont les acteurs sont des spéculateurs prêts à tout et totalement absorbés par l'idée de s'enrichir en détruisant. La réussite dans cette société du Second Empire est le fruit d'une violence faite à cette ville.
Ce chapitre annonce le futur que la ville va subir…
Le regard motivé du héros, ici, Saccard, y projette ses rêves prémonitoires et métamorphose donc Paris en lieu d'argent et de plaisir qui impose la vision de l'avenir : Le Paris d'Haussmann sera le théâtre de spéculations où vont s'édifier de colossales fortunes dont la sienne.
C. Paris dans la suite du roman
Dans les chapitres suivants, Renée va flirter et enfin commettre l'inceste avec Maxime, elle va donc culpabiliser mais en fait finalement accepter sa faute…
Renée n'est, dans le chapitre IV, celui de l'inceste, décrite par Zola que comme un corps, elle n'a pas de réflexion, elle est uniquement guidée par ses sensations d'où l'importante influence de Paris qui est ici une ville complice aux vices qui va la pousser à accepter son tort. Des sensations envoûtantes ressentis par Renée viennent de la ville comme des chaleurs, des odeurs etc. La capitale est, comme certaines autres villes comme Babylone, le symbole du Mal jusqu'à la fin de ce roman où d'ailleurs l'on peut fréquemment trouver différentes métaphores qui se succèdent évoquant la puissance de la ville et donc ici sa puissance dans le Mal.
Paris est “le Paris de la débauche“…
III. Paris, un lieu de débauche
Mais paris est aussi vu comme un lieu de débauche. La débauche correspond au fait de s'adonner uniquement au plaisir avec excès. Ici, la ville de Paris peut donc être vu comme un lieu où les personnes du second empire exprimait leurs excès de jouissances sexuelles. Dans un premier temps, nous verrons quels sont les différents lieux de débauche dans la Curée, puis, dans une seconde partie, nous verrons que la débauche des personnes du second empire est exprimée dans la Curée à travers le personnage de Renée.
A. Les différents lieux de débauche dans La Curée.
La débauche est présente dans tout Paris cependant, on observe des lieux privilégiés où elle est plus exposée.
Dans le chapitre 3, Zola nous présente ce qu'il nomme « la grande débauche ». Il montre à travers la seine, fleuve traversant tout Paris, que le vice se propage par l'eau. La Seine transporte des objets de débauche en faisant des mouvements cycliques et verticales. Toujours dans le chapitre 3, on remarque une continuité de la débauche lors du Bal aux Tuileries où Renée montre de plus en plus de désir incontrôlables envers son beau-fils Maxime.
Ensuite, dans le chapitre 4, lors du bal chez Blanche Müller, malgré sa déception, Renée exprime toujours des désirs aussi forts pour Maxime. Puis, c'est surtout dans le café riche que vient la consommation de l'inceste, sommet de la débauche et excédant de plaisir pour les deux personnages de Renée et Maxime. Le café riche était considéré au second empire comme un endroit où les hommes amenait leurs amantes, souvent des femmes provocantes venues cherché un excès de plaisirs sexuels. Le café riche était donc un lieu propice à la débauche.
Encore dans le chapitre 4, on a ensuite la scène de la serre où Renée et Maxime se vouent pleinement à leur plaisir et s'offre une nuit d'amour folle. La serre est située dans l'hôtel Saccard, or on sait que les gens aimaient y exposer des femmes nues ce qui pourrait être favorable à l'envie et au désir. De plus, on sait que les premiers désirs de Renée ont été exprimés dans la serre, ce qui ajoute un argument pour penser que la serre, qui est un endroit confiné et rempli d'exotisme avec ces plantes, permet de développer les désirs sexuels.
Dans le chapitre 5, la débauche se montre surtout lors de la soirée au théâtre Italien où Renée n'arrête pas de penser à ses nuits d'amour avec Maxime. Cela fait environ un an qu'ils consomment sans cesse le plaisir. La débauche est donc pleinement présente lors de cette année dont profite parfaitement les deux amants. L'on peut donc penser que le théâtre est aussi un lieu qui peut créer le désir en sachant que c'était considéré comme un divertissement mondain au second empire.
La représentation parfaite de cette débauche est représenté surtout par Renée dans La Curée.
B. La débauche des personnes du second empire exprimée dans La Curée à travers le personnage de Renée.
Tout au long du roman, on se rend compte que Renée est celle qui représente surement le plus la débauche.
Déjà au chapitre 1, on remarque chez elle un désir « net et cuisant » et on remarque donc que son but principal est de séduire Maxime afin de gouter avec lui aux jouissances sexuelles dont elle a envi. Puis, au chapitre 3 elle prépare l'inceste et ressent énormément de plaisirs à être aux cotés de Maxime. Au chapitre 4, elle consomme l'inceste et tombe donc dans un excès de plaisirs
sexuels avec son partenaire Maxime. Ensuite, au chapitre 5, elle s'imagine en pleine nuit d'amour avec son amant, consommant un excès de désir et d'envie.
On remarque donc que pendant toute l'histoire, le personnage de Renée ne vit que dans la débauche. On peut alors la nommer comme représentante des femmes riches du second empire sachant que Zola voulait dénoncer les méfaits de cette société. Elle nous montre ce côté plutôt négatif de cette société puisqu'on se rend compte que Renée ne fait que se soûler de soirées nocturnes où son unique but est de coucher avec des hommes et donc de gouter inlassablement au plaisir et de tomber pleinement dans la débauche. On se rend compte que le personnage ne prend pas forcément conscience qu'elle fait de mauvais choix ce qui contribue à ne pas réagir lorsque par exemple elle consomme l'inceste qui est un geste impardonnable et punissable. Elle ne pense donc qu'à son bonheur et son envie personnelle sans se préoccuper du monde qui l'entoure. Elle ne vit que pour ces jouissances qu'elle s'accorde très souvent et veut seulement un plaisir intense dans la durée.
Pour conclure, différents lieux dans Paris sont donc propices à la débauche que le personnage de Renée représente parfaitement. Cette débauche peut être liée à celle de l'assommoir, roman d'Émile Zola paru en 1877, le septième des Rougon-Macquart.
IV. La géographie de Paris présente dans le roman
Paris est présent tout au long du roman également d'un point de vue géographique. En effet, toute la série des Rougon-Macquart dont La Curée est le deuxième roman des vingt autres, se situe dans la ville de Paris.
Dans le chapitre I, la scène se déroule principalement dans le bois de Boulogne et dans l'hôtel Monceau qui se trouve dans la rue Rivoli,
où Saccard, sa femme Renée et son fils Maxime résident. Avant, Saccard vivait dans un petit logement rue Saint-Jacques avec sa première femme Angèle. Il est nommé commissaire voyer adjoint à l'hôtel de Ville. Sa sœur Sidonie occupe, pas loin de l'hôtel de Ville, un petit entresol et une boutique près de la rue Faubourg-Poissonnière. Dans le chapitre II, c'est justement un retour en arrière de la vie de Saccard, quand il travail encore a l'hôtel de Ville.
Dans le chapitre III, il y a un évènement, un bal aux Tuileries, mais la reste du chapitre se déroule principalement à l'hôtel Monceau.
Dans le chapitre IV de l'œuvre, Renée se rend au café Riche de Paris (18 boulevard des Italiens) avec son beau-fils Maxime après avoir passé une première partie de la soirée à un bal masqué chez l'actrice Blanche Muller, rue Basse-du-Rempart.
L'hôtel Monceau est le lieu principal où se déroule les scènes du chapitre V, c'est-à-dire l'histoire de l'affaire Charonne.
C'est dans le chapitre VI que Saccard un fastueux bal costumé à l'hôtel Monceau, c'est à cette soirée que Renée se perd dans ses remords après la découverte de la relation incestueuse par Saccard.
Ainsi dans le dernier chapitre de ce roman, le VII, Renée se rend sur les lieux de son enfance, à l'hôtel Béraud du Châtel qui se trouve dans la rue Saint-Louis-en-l'Ile. Saccard gagne donc l'affaire des terrains de Charonne et Renée meurt quelques temps après, endettée.
Conclusion:
Dans le roman, Paris est donc vu de différentes façons, il est d'abord vu par Zola tel un tableau peint à la manière impressionniste, on peut donc dire vu avec beaucoup de raffinement. Puis, il est personnifié de manière tout aussi raffinée quand il l'est à une femme mais beaucoup plus brutal quand on personnifie la ville comme un animal ou un morceau de viande par exemple. Paris est aussi vu comme malsain quand il est assimilé à un lieu de débauche. Et, pour finir, la géographie de Paris est présente partout dans le roman.
LAFRETTE Présilia
SCHOENY Mélanie
SONNTAG Joy
JOUVENOT Julie