Sarrasine : 3 paragraphes de commentaire pour le portrait du vieillard (1ère grande partie)
Ce vieillard est-il un être humain ou un être monstrueux ?
D'emblée, une première interrogation peut saisir le lecteur à la découverte des nombreuses expressions qui désignent le vieillard. Cet « être sans vie », cette « créature sans nom dans le langage humain » ou encore « cette forme sans substance » créent le doute sur l'humanité même du personnage. Ces désignations, familières dans la littérature fantastique, renvoient directement à ce registre. Registre renforcé par la peur que suscite le personnage.
En effet, l'effroi provoqué par la vision du vieillard ne cesse de croître au fil de la lecture. Ainsi, au premier doute sur l'humanité du vieillard, vient s'attacher un autre sur sa réalité même. Est-il vivant ou mort ? Le portrait est de fait émaillé de nombreuses expressions appartenant au champ lexical de la mort. La maigreur extrême du personnage dont on décrit les jambes tels « deux os mis en croix sur une tombe », ou son rire « implacable et goguenard comme celui d'une tête de mort » inspirent d'emblée un « sentiment de profonde horreur pour l'homme ». Le thème du monstre mi-vivant, mi-mort va d'ailleurs se trouver renforcé à la fin du portrait.
Effectivement, sous le regard du narrateur, une « chimère hideuse à moitié, divinement femelle par le corsage » va surgir. Issue des pensées embrouillées du narrateur qui observe successivement Mme de Rochefide et le vieillard, cette chimère mêle, d'un côté la vie, avec la jeune femme « suave et fraîche », qui illumine l'espace de sa blancheur et de ses formes rebondies et de l'autre côté « les débris humains » du vieillard. Cette création fantasmagorique achève de semer le trouble sur ce portrait qui se construit constamment sur le thème du double.
Bientôt, la question de l'humanité du vieillard est supplantée par une autre…
Ce vieillard est-il un homme ou une femme ?