Aventurière de choc
Par bourgisa - publié le dimanche 19 avril 2009 à 17:33 dans 007-Plumes agiles
Aventurière de choc-” Maman... Maman... “
Pas de réponse. Ma mère ne m'écoutait pas. Elle était plongée dans sa cuisine.
-” Maman, recommençais-je. Tu m'écoutes ? “
J'eus l'impression qu'elle s'intéressait plus à ses légumes qu'à moi, sa propre fille.
-” Maman, insistai-je. Maman... “
Bon, un changement de tactique s'imposait. Je pris un ton suppliant.
-“ Maman, s'il te plaît... Ma petite maman... “
Est-ce qu'elle se fichait de moi ?
Cette fois, je criai :
-” Eh maman !!! “
Elle daigna enfin me regarder.
-” Tu sais quoi?
- Mmm...
- Je connais ma vocation.
- ...
- Je serai aventurière ! déclarai-je avec fierté.
-Très bien ma chérie, lâcha-t-elle sans conviction.
Et elle se mit à éplucher une carotte.
Je repris vivement :
-” Mais attention, pas une aventurière de pacotille ! Une vraie !
- Oui oui mon ange... “
Elle avait déjà décroché. Mais je ne me décourageai pas pour autant.
-” Je n'aurai peur de rien, assurai-je. Même pas des meutes de loups affamés, des requins aux dents tranchantes ou des crocodiles gigantesques.”
Et je continuai de plus belle :
-” Je combattrai l'ours à mains nues, rivaliserai de force avec le plus gros des gorilles, et dompterai le plus féroce des tigres.
Je n'hésiterai pas à m'embarquer pour l'océan à bord d'un frêle radeau de fortune, fait de quelques planches de bois pourries, trouvées sur le chemin.
Je marcherai tout le jour. Qu'il fasse une chaleur accablante, étouffante, écrasante, un soleil de plomb qui vous tape sur les épaules. Ou bien un froid mordant, frigorifiant, qui vous transperce jusqu'aux os, vous glace le sang, engourdissant tous vos membres gelés et tout votre être.
Et à la nuit tombée, lorsque toutes mes forces m'auront abandonnée, je m'écroulerai épuisée sur le sol. Et là, sur un lit de terre battue, avec pour seule couverture un entrelacs de fougères, je sombrerai dans un profond sommeil amplement mérité.
Quant à ma nourriture, il faudra bien que je me débrouille toute seule.
A mon avis, la forêt regorge de ressources.
Je partirai à la recherche de champignons, de noix, de châtaignes.
Je dénicherai bien quelques arbres fruitiers ou des baies sauvages.
Je me fabriquerai des pièges pour capturer des lapins et des marcassins. Je pêcherai dans les étangs avec une canne à pêche improvisée : un bâton auquel j'aurai attaché un fil tiré de mon vêtement devrait convenir. Pour l'hameçon, je me contenterai d'un bout de fil de fer. Et pour appâter le poisson, un ver de terre fera l'affaire.
Je monterai aux arbres pour dérober des œufs d'oiseaux.
Et si jamais je n'ai plus de provisions, je peux toujours avoir recours aux racines.
Ah ! Que j'ai hâte d'être aventurière !
- Ma chérie, intervint pour la première fois ma mère. Veux-tu bien aller me chercher du pain avant que la boulangère ne ferme sa boutique ?
- Mais maman ! protestai-je. Est-ce que tu te rends compte ? Il fait vraiment trop noir, je suis fatiguée. Et puis je serai obligée de passer devant la maison de Madame Bestile : son chien est redoutable ! En plus, la boulangère est méchante avec moi. “
Ma mère, alors ! Elle me ferait prendre des risques considérables, juste pour une baguette de pain !
Isabelle en 5e6
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