A quoi ça rime?

Dom Juan par Mesguich

Par amelie1L2 - 14:41, mercredi 4 mars 2009 .. Rubrique : DOM JUAN .. commentaires : 0 .. Lien

Dom Juan vu par Mesguich


La pièce de Daniel Mesguich est basée sur celle de Molière. On y retrouve les mêmes personnages et lieux, tout en ayant des modifications apportées par la lecture qu'en a fait le metteur en scène.


Dès le début de la pièce, Mesguich a fait le choix de placer Sganarelle dans le public. Cela rappelle que ce personnage sert, en quelque sorte, de lien entre le public et Dom Juan. Ainsi, c'est par le biais du valet que l'on comprend, lors du premier acte, les vices du maître.

La discussion avec Gusman, le valet d'Elvire, est, dans cette adaptation, plutôt comique. En effets, les deux acteurs sont vêtus de la même façon et semblent tous les deux endosser un rôle de pitre. Leur jeu de scène, leurs déplacements et mouvements, donnent à la scène une dynamique qui captive, dès le premier acte.

Le personnage d'Elvire semble, au contraire d'être drôle, plutôt pitoyable. L'actrice prend une voix pleine de sanglots, le personnage paraît indécis, partant pour revenir, cherchant à croire encore à l'amour de Dom Juan, sans se résoudre à accepter la vérité. Elle est habillée en blanc, ce qui rappelle une robe de mariée, et pourrait résumer le fait que Dom Juan soit parti peu après le mariage. Mesguich fait donc d'Elvire une victime déchirée, rabaissée, et qui semble ne faire que se lamenter, comme le montre également l'acte IV , où elle revient le visage maculé de larmes, exagérément sale, et suppliante. Dans cette version de Dom Juan, il est difficile d'admirer Elvire, car elle nous apparaît plus comme une femme pitoyable.

Dom Juan quant à lui, paraît distant. On remarque qu'il est habillé de façon assez contemporaine: une chemise, et un long manteau noir, une couleur rappelant le mal, l'ombre. Néanmoins, ce costume se fond plutôt bien avec l'idée que la scène se jouerait à l'époque de Molière. Moralement, Dom Juan semble moins intraitable que le laisserait penser la pièce originale. Il lui arrive de sourire aux pitreries de Sganarelle (mais peut-être est-ce seulement une action de l'acteur), de se perdre dans ses pensées, comme dans la tirade de l'inconstance, où il paraît perdre la façade soigneusement étudiée, et cherche ses mots, comme pour se convaincre lui-même. Dans la scène du pauvre, il en vient même à s'agenouiller en disant « pour l'amour de l'humanité ». Il fait de même dans la scène avec M. Dimanche, bien que l'on puisse supposer qu'il s'agit d'une mise en scène à l'intérieur même de la pièce. Néanmoins, cela prouve que Dom Juan n'hésite pas à se rabaisser et à apitoyer les gens pour parvenir à ses fins.

On peut également dire que l'interprétation du pauvre est, ici, plutôt intéressante. Celui-ci, comme chez Molière, est peu vêtu. Pourtant, chez Mesguich, il ressemble d'une certaine façon à un être inhumain, qui se déplace et s'exprime avec lenteur, comme s'il portait le poids du monde sur ses épaules. Sa gestuelle rappelle celle d'un arbre ou d'une statue. Il est aussi très tenté de prendre le Louis d'or qu'on lui tend.

Le frère d'Elvire, dom Alonse, semble entretenir dans cette adaptation une relation plutôt ambiguë avec Dom Juan. Il paraît réellement déchiré, et grimace volontiers à l'idée de le tuer. On sait que le donjuanisme est aujourd'hui une maladie psychologique, qui pousse un homme à enchaîner les conquêtes féminines pour refouler son homosexualité. Or, on constate que les rapports entre don Juan et don Alonse sont ici très tactiles et émotifs. Peut-être Mesguich a-t-il perçu une relation sentimentale entre les deux hommes ? Cela pourrait expliquer d'une seconde manière le déchirement du frère d'Elvire à l'idée de la mort de Dom Juan.

En ce qui concerne les paysans, leur mise en scène est assez originale : Charlotte sert de modèle pour un peintre, alors que Pierrot est lui même artiste. Leur discussion au début de l'acte deux et constamment interrompue par les autres, peintre et modèle, ce qui montre leur emportement, et l'envie qu'ils ont de poursuivre cette conversation. On remarque que les deux paysannes, Charlotte et Mathurine, sont habillées de la même manière, ce qui les rapproche, et peut être montre que leurs situations vis à vis de Dom Juan sont identiques. Pierrot, quant à lui, est habillé en pierrot, ce qui attire l'attention sur lui, et lui donne un air de mélancolie et de tristesse que doit probablement ressentir le personnage, affecté par le « vol » de sa fiancée Charlotte.

Monsieur Dimanche, autre victime de Dom Juan, apitoie également le public, par la présence de sa famille, femme et enfants, dans la scène où il se fait berner par le libertin. Mesguich l'a habillé en juif, car il considère que M. « Dimanche » est un pseudonyme, et que le créancier est en vérité juif. Cela se comprend lorsqu'on entend le ton avec lequel Dom Juan prononce ce nom: en serrant des dents et en l'accentuant bien, comme pour marquer une forme d'ironie.

Ici, le bourgeois ne semble pas se faire berner, mais paraît plutôt apeuré par son hôte, et se sent obligé de lui obéir. Ce personnage inspire la sympathie, car il n'a d'autre choix que de s'incliner devant Dom Juan, alors que la situation est particulièrement injuste.

On peut également parler de Dom Louis. Celui ci est habillé dans un costume moderne, blanc (couleur « candide », qui peut exprimer la naïveté ou l'innocence). Cet habit lui donne un certain aspect mafieux, qui peut impressionner, et la couleur, semble témoigner de la scène où il croit en la rédemption de son fils.

Enfin, la statue du commandeur est ici absente. Il ne s'agit que d'une voix, de bruitages, qui la laisse deviner. A sa place, agissent des statues de femmes nues, qui forment d'ailleurs le décor, et permettent parfois de montrer la passion de dom Juan pour les femmes. A la fin de la pièce, lors de sa mort, Dom Juan ne sert pas la main du commandeur, mais disparaît sous les draps de son lit avec plusieurs de ses femmes de pierres, qui sous le pouvoir divins, se sont mises à bouger, et semblent se livrer avec lui à un dernier plaisir charnel, ou peut être lui font elles du mal pour le punir de ses crimes (ont les voit bouger et on les entend rire). Lorsque le drap est soulevé, Dom Juan n'est plus qu'un tas de cendre. Cela rappelle l'expression « brûler en enfers ».


La pièce de Mesguich reste donc très fidèle à Molière, et bien que certains personnages aient étés interprétés de façon inattendue (Pierrot, M. Dimanche...), cela s'adapte néanmoins bien à la pièce d'origine.





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