A quoi ça rime? | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Dom Juan par Daniel MesguichDans sa mise en scène, Mesguich ne fait pas une lecture de la pièce strictement tragique ou comique et ne se contente pas de suivre les instructions et la pièce de Molière à la lettre. Il y ajoute d'autres interprétations aux scènes ainsi que des éléments dans le jeu.
La première différence se situe dans les costumes qui sont résolument contemporains, avec un Sganarelle en clown, un Dom Juan habillé de cuir, un Don Luis aux allures mafieuses dans son costume 3 pièces...
Tout commence par Sganarelle surgissant du public et nous introduisant la pièce que nous allons voir sur scène par l'éloge du tabac, bien qu'interrompu par les 3 coups à plusieurs reprises. Lorsque le rideau se lève, Gusman, double de Sganarelle est figé renforçant l'idée que le valet jouait jusqu'à présent hors du temps. S'ensuit une farce jouant sur leur mimétisme dû à leur condition de valet. En fond de scène, des déménageurs bougent et installent les éléments du décor sur une musique. Ces personnages ne sont pas accessoires puisqu'ils interagissent avec les deux autres personnages à travers des dialogues simulés. Une autre interaction les singularise, c'est le fait qu'ils brisent le 4ème mur en se cachant du public que Sganarelle remarque. Les expressions d'indignation que montrent les deux valets envers Dom Juan finissent par devenir une moquerie contre lui, mêlée à une certaine admiration. Les procédés comiques de cette scène se retrouvent dans les actes suivants avec par exemple un jeu de chaise musicale et une rencontre surprenante entre Sganarelle en infirmière et Gusman habillé de même au milieu de la forêt.
Des scènes comme celle-ci se voient encore plus comiques mais certaines ont leur dimension comique amoindrie voir enlevée.
Dans l'acte II, la campagne paysanne devient un atelier de peinture onirique dans les tons bleus. Charlotte est un modèle de peinture figée dans en danseuse sur des livres et Pierrot, un Pierrot peintre dormant sur un croissant de lune. Quant à Mathurine, elle est identique à Charlotte signifiant à quel point elles sont identiques. L'humour ne repose plus sur l'accent paysan mais sur les intrusions des personnages secondaires ou le comportement de Charlotte avec les roses qu'on lui offre. On joue sur le comique de répétition. L'amour non réciproque de Pierrot devient pathétique. Cette rêverie avec ces personnages naïfs est quelque peu interrompue par l'arrivée de Dom Juan se retrouvant comme le loup dans la bergerie. Mais la violence physique, n'est pas là pour autant car les claques que reçoit Pierrot sont des baisers dans le coup de sa fiancée. Mais l'effet reste le même pour lui, et la douleur est cette fois-ci partagée avec le spectateur éprouvant de la compassion pour lui.
Autre grand changement, la scène du pauvre est entourée d'une aura mystique. Que ce soit dans l'ambiance créée sur scène par l'éclairage faible mais coloré, le brouillard et la « musique » ou alors par l'apparence du pauvre. Le pauvre, nu, est couvert par la boue, des brindilles, il ne fait qu'un avec la forêt qui l'entoure. Sa démarche lente, sa droiture le rend statuaire et le place dans une dimension supérieur à celle de Dom Juan. Cela pousse le libertin à plier devant lui. La scène avec M.Dimanche perd tout du comique, Mesguich y voyant une violence pré-fasciste. Il fait ainsi de ce marchand et sa famille, une famille juive. Dom Juan se joue de lui comme avec une proie, tourne autour des siens, les effrayant. L'escorte de M.Dimanche se transforme à une conduite vers un camp de concentration, une rafle nazi par le fond sonore composé de bruits de parades hitlériennes, alarmes et de cris d'officiers nazis. Les torches évoquent le feu d'un bûcher et par extension celui des foyers.
La dernière grande relecture est dans la scène finale. La statue du commandeur est remplacée par 3 statues féminines consumant Dom Juan dans son propre pêché avec un certain plaisir. Elles annonçaient avant ce dénouement le châtiment qu'il recevrait lorsqu'il les vit dans la forêt. Par l'attention qu'il manifesta à ce moment-là , il avait dû le comprendre.
La mise en scène de Mesguich reste fidèle à la pièce de Molière , même avec les ajouts et modifications. Les grandes idées sont là et l'œuvre conserve sont équilibre faisant d'elle une Tragicomédie. Et jusqu'à la fin, Dom Juan est un libertin fier bravant Dieu et le monde. { Page précédente } { Page 142 sur 192 } { Page suivante } |
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