Des mots pour le dire

LA 4 La planète des singes

Par vadministrateur - publié le vendredi 9 novembre 2018 à 09:08 dans Textes pour l'EAF

Zaïus revint quelques jours plus tard et sa visite fut le signal d’un bouleversement dans l’ordonnance de la salle. Mais il me faut d’abord conter comment, pendant ce laps de temps, je me distinguai encore aux yeux des singes.

Le lendemain de la première inspection de l’orang-outan, une avalanche de nouveaux tests s’était abattue sur nous ; le premier, à l’occasion du repas. Au lieu de déposer les aliments dans nos cages, comme ils le faisaient d’ordinaire, Zoram et Zanam, les deux gorilles dont j’avais fini par apprendre les noms, les hissèrent au plafond dans des paniers, au moyen d’un système de poulies dont les cages étaient munies. En même temps, ils placèrent quatre cubes en bois, d’assez gros volume, dans chaque cellule. Puis, s’étant reculés, ils nous observèrent.

C’était pitié de voir la mine déconfite de mes compagnons. Ils essayèrent de sauter, mais aucun ne put atteindre le panier. Certains grimpèrent le long des grilles, mais, parvenus au sommet, ils avaient beau étendre le bras, ils ne pouvaient saisir les aliments qui se trouvaient loin des parois. J’étais honteux de la sottise de ces hommes. Moi, est-il besoin de le mentionner, j’avais trouvé du premier coup la solution du problème. Il suffisait d’empiler les quatre cubes l’un sur l’autre, de se hisser sur cet échafaudage et de décrocher le panier. C’est ce que je fis, d’un air détaché qui dissimulait ma fierté. Ce n’était pas génial, mais je fus le seul à me montrer aussi subtil. L’admiration visible de Zoram et de Zanam m’alla droit au c½ur.

Je commençai à manger, sans cacher mon dédain pour les autres prisonniers, qui étaient incapables de suivre mon exemple, après avoir été témoins de l’opération. Nova, elle-même, ne put m’imiter ce jour-là, quoique j’eusse recommencé plusieurs fois mon manège à son intention. Elle essaya cependant – elle était certainement une des plus intelligentes du lot. Elle tenta de placer un cube sur un autre, le posa en déséquilibre, fut effrayée par sa chute et alla se réfugier dans un coin. Cette fille, d’une agilité et d’une souplesse remarquables, dont tous les gestes étaient harmonieux, se montrait comme les autres d’une maladresse inconcevable dès qu’il s’agissait de manipuler un objet. Elle apprit pourtant à exécuter le tour au bout de deux jours.

Ce matin-là, j’eus pitié d’elle et lui lançai deux des plus beaux fruits à travers les barreaux. Ce geste me valut une caresse de Zira, qui venait d’entrer. Je fis le gros dos comme un chat sous sa main velue, au grand déplaisir de Nova, que ces démonstrations mettaient en rage et qui se mit aussitôt à s’agiter et à gémir.

Je me distinguai dans bien d’autres épreuves ; mais surtout, écoutant avec attention, je réussis à retenir quelques mots simples du langage simien et à en comprendre le sens. Je m’exerçais à les prononcer quand Zira passait devant ma cage et elle paraissait de plus en plus stupéfaite. J’en étais à ce stade quand eut lieu la nouvelle inspection de Zaïus.

Il était encore escorté de sa secrétaire, mais accompagné aussi d’un autre orang-outan, solennel comme lui, comme lui décoré et qui causait avec lui sur un pied d’égalité. Je supposai qu’il s’agissait d’un confrère, appelé en consultation pour le cas troublant que je représentais. Ils entamèrent une longue discussion devant ma cage, avec Zira qui les avait rejoints. La guenon parla longtemps et avec véhémence. Je savais qu’elle était en train de plaider ma cause, mettant en relief l’acuité exceptionnelle, qu’on ne pouvait plus contester. Son intervention n’eut d’autre résultat que de provoquer un sourire d’incrédulité chez les deux savants.

Je fus encore incité à subir devant eux les tests où je m’étais montré si adroit. Le dernier consistait à ouvrir une boîte fermée par neuf systèmes différents (verrou, goupille, clé, crochet, etc.). Sur Terre, Kinnaman, je crois, avait inventé un appareil semblable pour évaluer le discernement des singes et ce problème était le plus compliqué que certains eussent réussi à résoudre. Il devait en être de même ici, pour les hommes. Je m’en étais tiré à mon honneur, après quelques tâtonnements.

Zira me tendit la boîte elle-même et je compris à son air suppliant qu’elle souhaitait ardemment me voir faire une brillante démonstration, comme si sa propre réputation était engagée dans l’épreuve. Je m’appliquai à la satisfaire et fis jouer les neuf mécanismes en un clin d’½il, sans aucune hésitation. Je ne m’en tins pas là. Je sortis le fruit que contenait la boîte et l’offris galamment à la guenon. Elle l’accepta en rougissant. Ensuite, je fis étalage de toutes mes connaissances et prononçai les quelques mots que j’avais appris, en montrant du doigt les objets correspondants.

Pour le coup, il me paraissait impossible qu’ils pussent avoir encore des doutes sur ma véritable condition. Hélas ! je ne connaissais pas encore l’aveuglement des orangs-outans ! Ils esquissèrent de nouveau ce sourire sceptique qui me mettait en fureur, firent taire Zira et recommencèrent à discuter entre eux. Ils m’avaient écouté comme si j’étais un perroquet. Je sentais qu’ils s’accordaient pour attribuer mes talents à une sorte d’instinct et à un sens aigu de l’imitation. Ils avaient probablement adopté la règle scientifique qu’un savant de chez nous résumait ainsi : « In no case may we interpret an action as the outcome of the exercise of a higher psychical faculty if it can be interpreted as the outcome of one which stands lower in the psychological scale . 1 »

Pierre Boulle, La planète des singes, 1963


1.Nous ne devons en aucun cas interpréter un acte comme la conséquence de l’exercice d’une haute faculté psychique, si cet acte peut être interprété comme dicté par une faculté située en dessous de celle-ci dans l’échelle psychologique. (C.L. Morgan.)

Coetzee

Par vadministrateur - publié le vendredi 9 novembre 2018 à 08:42 dans 1ère
L’auteur:  Coetzee
Ecrivain sud-africain John Michael Coetzee, Prix Nobel de littérature 2003, âgé de 64 ans, est légendairement réticent à toute intervention médiatique. Pour l’approcher, mieux vaut se glisser dans ses cours de littérature à l’université d’Adélaïde ou de Chicago, ou lire les deux volumes d’un cycle autobiographique (Scènes de la vie d’un jeune garçon, 1999 et Vers l’âge d’homme, 2003). Son écriture sèche et sa lucidité désespérée sont à l’oeuvre dès son premier roman paru en 1974, Terres de crépuscule, puis dans En attendant les barbares (1980), qui lui valent une reconnaissance internationale. Seul auteur à avoir reçu le prestigieux Booker Prize britannique à deux reprises - en 1983 pour Michael K, sa vie, son temps et pour Disgrâce, en 1999 -, il fait de son oeuvre une méditation sur la violence des relations humaines et les désagrégations des êtres. (extrait d’un article de L’express)

Intrigue

Elizabeth Costello est écrivain, elle est née en 1928, ce qui lui fait soixante-six ans, bientôt soixante-sept. Elle a écrit neuf romans, deux recueils de poèmes, un livre sur la vie des oiseaux et d’innombrables articles de journaux. Elle est australienne de naissance. Elle est née à Melbourne et y vit toujours, bien qu’elle ait séjourné de 1951 à 1963 à l’étranger, en Angleterre et en France. Elle a été mariée deux fois. Elle a deux enfants, un de chaque mariage.

A travers une succession ingénieuse de huit discours ou "leçons" qu’elle est amenée à prononcer en public, Elizabeth Costello, romancière australienne vieillissante, nous dévoile peu à peu sa vie et ses pensées intimes. Nous la suivons dans ses déplacements aléatoires au gré des invitations : remise de prix en Pennsylvanie, conférence sur un bateau de croisière pour riches retraités, intervention sur les droits des animaux au Massachusetts, visite en Afrique du Sud pour la remise d’une distinction universitaire à sa soeur missionnaire, participation à un colloque sur le mal à Amsterdam (extrait de Sens critique)

Explication Doc compl 2

Par vadministrateur - publié le vendredi 9 novembre 2018 à 04:37 dans 1ère

Descartes expose sa théorie des « animaux-machines ».


« […] ceux qui, sachant combien de divers automates, ou machines mouvantes, l’industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces, à comparaison de la grande multitude des os, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de chaque animal, considéreront ce corps comme une machine qui, ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée et a en soi des mouvements plus admirables qu’aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes. (L’homme est une machine complexe inventée par Dieu)Et je m’étais ici particulièrement arrêté à faire voir que, s’il y avait de telles machines qui eussent les organes et la figure extérieurs d’un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n’aurions aucun moyen pour reconnaître qu’elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux ; au lieu que, s’il y en avait qui eussent la ressemblance de nos corps et imitassent autant nos actions que moralement il serait possible, nous aurions toujours deux moyens très certains pour reconnaître qu’elles ne seraient point pour cela des vrais hommes. Dont le premier est que jamais elles ne pourraient user de paroles ni d’autres signes en les composant, comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées. Car on peut bien concevoir qu’une machine soit tellement faite qu’elle en profère quelques-unes à propos des actions corporelles qui causeront quelques changements en ses organes, comme si on la touche en quelque endroit, qu’elle demande ce qu’on veut lui dire; si en un autre, qu’elle crie qu’on lui fait mal, et choses semblables (L’animal répond au stimuli = instinct) ; mais non pas qu’elle les arrange diversement pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence, ainsi que les hommes les plus hébétés peuvent faire ( différent de la parole raisonnée). Et le second est que, bien qu’elles fissent plusieurs choses aussi bien ou peut-être mieux qu’aucun de nous, elles manqueraient infailliblement en quelques autres, par lesquelles on découvrirait qu’elles n’agiraient pas par connaissance, mais seulement par la disposition de leurs organes. Car, au lieu que la raison est un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres, ces organes ont besoin de quelque particulière disposition pour chaque action particulière ; d’où vient qu’il est moralement impossible qu’il y en ait assez de divers en une machine pour la faire agir en toutes les occurrences de la vie de même façon que notre raison nous fait agir. Or, par ces deux mêmes moyens, on peut aussi connaître la différence qui est entre les hommes et les bêtes. Car c’est une chose bien remarquable, qu’il n’y a point d’hommes si hébétés et si stupides, sans en excepter même les insensés, qu’ils ne soient capables d’arranger ensemble diverses paroles, et d’en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées ; et qu’au contraire il n’y a point d’autre animal tant parfait et tant heureusement né qu’il puisse être, qui fasse le semblable. Ce qui n’arrive pas de ce qu’ils ont faute d’organes, car on voit que les pies et les perroquets peuvent proférer des paroles ainsi que nous, et toutefois ne peuvent parler ainsi que nous, c’est-à-dire, en témoignant qu’ils pensent ce qu’ils disent ; au lieu que les hommes qui, étant nés sourds et muets, sont privés des organes qui servent aux autres pour parler, autant ou plus que les bêtes, ont coutume d’inventer d’eux-mêmes quelques signes, par lesquels ils se font entendre à ceux qui, étant ordinairement avec eux, ont loisir d’apprendre leur langue. Et ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais qu’elles n’en ont point du tout. (…) Et on ne doit pas confondre les paroles avec les mouvements naturels, qui témoignent des passions, et peuvent être imités par des machines aussi bien que par les animaux; ni penser, comme quelques anciens, que les bêtes parlent, bien que nous n’entendions pas leur langage; car s’il était vrai, puisqu’elles ont plusieurs organes qui se rapportent aux nôtres, elles pourraient aussi bien se faire entendre à nous qu’à leurs semblables. »                                    


=> Le propos de Descartes est plus nuancé que ce que reprend Voltaire, il le caricature pour servir son argumentation


Descartes, Discours de la méthode, V, 1637


Mamoon, court-métrage en projection-mapping

Par vadministrateur - publié le jeudi 1 novembre 2018 à 19:06 dans Cultivons-nous


Portfolio culturel

Par vadministrateur - publié le mardi 30 octobre 2018 à 08:55 dans 2de
Vous allez devoir constituer un dossier pour l’oral de 1è qui garde traces de vos "rencontres" culturelles de la 2de à la 1è.
Voici quelques pistes d’écrits possibles:

- Un abécédaire

- Une réécriture d’un passage en précisant les choix faits (changement de point de vue, d’époque…)

- Une citation

- 5 questions à l’auteur et ses réponses

- Le choix d’un extrait

- Une nouvelle couverture et son explication

- Un document vidéo qui accompagnerait la lecture

- Une musique pour illustrer le livre

- Une ½uvre picturale

- Un enregistrement audio d’un extrait

- Faire une carte des lieux évoqués

- Passage le plus ennuyeux, mystérieux...

- Casting de l’adaptation cinématographique



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