Réussir le français au lycée

Texte 2- Pascal- disproportion de l'homme.

Par ezbynovsky - publié le jeudi 7 janvier 2010 à 10:53 dans 11wTextes EAF 1ES1

Blaise Pascal

Disproportion de l'homme.

 

Que l'homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu'il éloigne sa vue des objets bas qui l'environnent. Qu'il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit et qu'il s'étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une pointe très délicate à l'égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais si notre vue s'arrête là, que l'imagination passe outre ; elle se lassera plutôt de concevoir, que la nature de fournir. Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C'est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin, c'est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée.
           Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix.
            Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ?
             Mais pour lui présenter un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicates. Qu'un ciron lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ses jambes, du sang dans ses veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ses humeurs, des vapeurs dans ces gouttes ; que, divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces en ces conceptions, et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours ; il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature.

            Je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau. Je lui veux peindre non seulement l'univers visible, mais l'immensité qu'on peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de ce raccourci d'atome. Qu'il y voie une infinité d'univers, dont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la même proportion que le monde visible; dans cette terre, des animaux, et enfin des cirons, dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné ; et trouvant encore dans les autres la même chose sans fin et sans repos, qu'il se perde dans ses merveilles, aussi étonnantes dans leur petitesse que les autres par leur étendue; car qui n'admirera que notre corps, qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit à présent un colosse, un monde, ou plutôt un tout, à l'égard du néant où l'on ne peut arriver ?
            Qui se considérera de la sorte s'effraiera de soi-même, et, se considérant soutenu dans la masse que la nature lui a donnée, entre ces deux abîmes de l'infini et du néant, il tremblera dans la vue de ces merveilles ; et je crois que, sa curiosité se changeant en admiration, il sera plus disposé à les contempler en silence qu'à les rechercher avec présomption.
Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et l'infini où il est englouti.

 

Les Pensées (1670),  fragment 185 extrait (édition M.Le Guern)

 

texte 1- Montaigne-

Par ezbynovsky - publié le jeudi 7 janvier 2010 à 10:51 dans 11wTextes EAF 1ES1

« Que philosopher, c'est apprendre à mourir »

 

Ils vont, ils viennent, ils trottent, ils dansent, de mort nulles nouvelles. Tout cela est beau : mais aussi quand elle arrive, ou à eux ou à leurs femmes, enfants et amis, les surprenant en dessoude et au découvert, quels tourments, quels cris, quelle rage et quel désespoir les accable ? Vîtes vous jamais rien si rabaissé, si changé, si confus ? Il y faut pourvoir de meilleure heure : Et cette nonchalance bestiale, quand elle pourrait loger en la tête d'un homme d'entendement (ce que je trouve entièrement impossible) nous vend trop cher ses denrées. Si c'était ennemi qui se pût éviter, je conseillerais d'emprunter les armes de la couardise : mais puis qu'il ne se peut ; puis qu'il vous attrape fuyant et poltron aussi bien qu'honnête homme […],et que nulle trempe de cuirasse vous couvre […] apprenons à le soutenir de pied ferme, et à le combattre : Et pour commencer à lui ôter son plus grand avantage contre nous, prenons voie toute contraire à la commune. Ôtons- lui l'étrangeté, pratiquons le, accoutumons- le, n'ayons rien si souvent en la tête que la mort : à tous instants représentons- la à notre imagination et en tous visages. Au broncher d'un cheval, à la chute d'une tuile, à la moindre piqûre d'épingle, remâchons soudain : «  Et bien quand ce serait la mort même ? » et là dessus, raidissons- nous, et efforçons-nous. Parmi les fêtes et la joie, ayons toujours ce refrain de la souvenance de notre condition, et ne nous laissons pas si fort emporter au plaisir, que par fois il ne nous repasse en la mémoire, en combien de sortes cette nôtre allégresse est en butte à la mort, et de combien de princes elle la menace. Ainsi faisaient les Egyptiens, qui au milieu de leurs festins et parmi leur meilleure chère, faisaient apporter l'Anatomie sèche d'un homme, pour servir d'avertissement aux conviés.

Omnem crede diem tibi diluxisse supremum,
Grata superveniet, quæ non sperabitur hora.[1]

Il est incertain où la mort nous attende, attendons- la par tout. La préméditation de la mort, est préméditation de la liberté. Qui a appris à mourir, il a désappris à servir. Il n'y a rien de mal en la vie, pour celui qui a bien compris, que la privation de la vie n'est pas mal. Le savoir mourir nous affranchit de toute subjection et contrainte.

Montaigne

Essais (1580- 1595)

Livre I, chapitre XX.

 

 

 



[1] « Persuade-toi que le jour qui s'est mis à luire est ton dernier jour : l'heure qui viendra de surcroît, sans être espérée de toi, te sera précieuse. » Horace, Epîtres.

semaine du 04 au 08 janvier en seconde 7

Par soniamonnier - publié le lundi 4 janvier 2010 à 21:44 dans 08wCahier de textes : 2°7

Lundi : rendu du DST et répartitition des groupes pour la séquence argumentation. (débats)

Mardi : cours : "Démontrer, convaincre, persuader", notions essentielles. Lancement du 1er thème : "Vous avez dit poésie ? ".

Jeudi : Introduction aux Fleurs du mal. Poèmes : L'albatros, Correspondances.


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Ce blog est à destination de l'ensemble des élèves de seconde du lycée Saint-Vincent à Senlis et plus largement ouvert à tout élève de lycée. Il a pour but de prolonger le cours en ligne pour les enseignants et de permettre aux élèves de devenir acteurs du cours en participant au blog.
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