Commentaire sur Dom Juan
La pièce de Don Juan était originale. Je ne m'attendais pas à cela, j'ai été surpris. Ce choix aide les spectateurs à comprendre ce qui se passe pendant les répétitions et que l'intonation des paroles prononcées est très importante pour se faire respecter et respecter les catégories sociales ( Don Juan => Sganarelle) ou pour mentir ( Sganarelle => Don Juan) ou pour comprendre le sens. Je m'attendais à voir tous les personnages qui sont présents dans Dom Juan et je pensais pas que cela allait avoir lieu sous forme de répétitions. J'ai découvert qu'avec des choses simples, on peut former un décor et que la scène est jouée différemment selon la longueur de la scène. Je pensais aussi que la pièce allait être jouée entièrement.
Pourquoi ce choix de mise en scène?
Représentation de Dom Juan
La façon dont la troupe de théâtre a décidé de jouer Molière, était très intéressante, puisqu'en effet, elle ne l'a pas joué de manière « classique » comme c'est souvent le cas pour la plupart des pièces de théâtre. Les acteurs ont choisi de mettre en scène leurs répétitions, tout en jouant certaines scènes en entier. Ce qui était un bon choix, puisque cela a permis de voir ce que le spectateur normalement ne voit pas, à savoir les conditions dans lesquelles ils répètent, les différentes manières qu'ils testent pour interpréter au mieux chacun de leurs personnages, tout en restant divertissant. Ainsi cela permet de mieux comprendre les personnages, leur caractère, comment ils se sentent dans les différentes situations auxquelles ils sont confrontés, et donc de mieux comprendre l'histoire, le message à faire passer. Mais, aussi, cette mise en scène a permis de connaitre et comprendre, des notions propres au théâtre, telles que côté cour et côté jardin.
Quelques questions.
La réécriture de la pièce de molière est très intéressante. On croit facilement aux personnages, Don Juan était fascinant, Sganarelle était très amusant tandis que les paysannes, même si on ne les comprenait pas toujours étaient très attachantes. Contrairement à la pièce de Molière qui doit être dure à regarder dans son intégralité, la réécriture n'était pas ennuyeuse et bien utile pour la récente épreuve de bac blanc de français qui portait sur le même thème. J'ai cependant plusieurs questions pour le metteurs en scène. Comment choisir les scènes que l'on garde et celles que l'on abandonne? Jusqu'où peut aller l'interprétation des textes et la marge de liberté du metteur en scène par rapport au texte initial ? Comment choisir les décors et savoir si il y en a trop ou pas assez ? Pour les bruitages et la musique vous fiez-vous uniquement au script ou là encore pouvez-vous librement adapter suivant le reste de la mise en scène ? Enfin savez-vous à l'avance comment chaque acteur doit jouer son rôle ou décidez-vous au fur et à mesure en fonction du jeu des acteurs ?
Commentaire sur Dom Juan
La représentation que nous sommes allés voir au lycée Valéry Larbaud était vraiment très intéressante avec du sérieux mais aussi avec beaucoup de comique. Cette représentation nous permet de mieux comprendre l'adaptation d'une pièce par un metteur en scène et met en avant les différentes possibilités de jouer une pièce.
Quelques questions.
J'ai trouvé la mise en scène de cette pièce assez originale car elle permet de traiter ses différents aspects, en jouant la même scène de plusieurs façons.Cependant, je pense que la répétition a été un peu pesante lors des scènes rejouées trois ou quatre fois. Tous les sentiments exacerbés participent au comique de la pièce mais sont à mon goût parfois trop accentués.
Question au metteur en scène: Pourquoi avez-vous choisi cette pièce en particulier?
Pensez-vous donc que Dom Juan est une tragédie ou une comédie?
Pourquoi avez-vous choisi de répéter autant de fois certaines scènes?
Incipit
Ce n'est pas une journée comme les autres , aujourd'hui nous sommes le 25 Décembre et c'est pour moi le plus beau jour de l'année. Je m'appelle Marine, j'ai 10 ans et j'habite dans un petit hameau avec toute ma famille, au milieu de la campagne savoyarde. Dehors, le paysage est blanc, le ciel est triste et les arbres recouverts de neige, le temps est comme figé. Nous sommes tous réunis autour d'une grande table, une immense bûche brûle dans la cheminée, une dinde est posée au centre de la table sur un plateau d'argent. Le dîner est copieux et l'ambiance festive, tout le monde rit à cœoeur joie. Mais au fond tout le monde est triste. J'aimerais que ce jour soit éternel car aujourd'hui la douleur est moins grande, mais Noël est éphémère comme toutes les personnes assises à cette table. Oui aujourd'hui est un beau jour, mais cette année, il nous manque quelqu'un à table...
L'orphelinat éphémère (incipit)
« -Encore une dure journée! » Will se jeta sur son lit. Un repos bien mérité qui ne sera toutefois qu'éphémère. Dans ce hameau qui trônait au cœur de la Forêt des Hautes Plaines du Crépuscule, depuis déjà des décennies vivaient de jeunes orphelins et le directeur de cet institut. Parmi eux, Will était le plus jeune, ce qui ne l'empêchait pourtant pas d'être le plus débrouillard. Du haut de ses 12 ans, il usait de précautions, d'agilité et de volonté de telle sorte que tout ce qu'il entreprenait était souvent couronné de succès. Il était 18h30 et le soleil rayonnait encore en ce beau jour d'été. Will se changeait lorsque son ami Horace, plus connu sous le pseudonyme de « La Dinde » ; son alimentation n'étant pas en rien dans ce surnom ; accourut vers lui : « Will ! Un p'tit vieux rabougri vient d'apporter une lettre au dirlo! -Et ? » L'interrogea Will en enfilant un tee-shirt qui faisait parfaitement ressortir le bleu azur de ses yeux. « Et d'après ce que Jenna a pu entendre de leur conversation, cette lettre parle de toi Will! -Mon dieu, La Dinde, tu ne pouvais pas me le dire plus tôt ?! -Eh non Freluquet! dès que j'ai su, j'ai accouru pour te le dire. -D'accord merci beaucoup Horace! Il enfila à une vitesse folle le reste de ses vêtements et descendit les marches quatre à quatre. Il arriva dans le réfectoire. Le sang de Will ne fit qu'un tour lorsqu'il vit le directeur partir avec une lettre dans son bureau au 5ème étage. C'était décidé, Will irait chercher cette lettre ce soir même et peu importe le nombre d'étage qu'il faudra escalader!
Incipit.
C'était l'hiver, il neigeait à gros flocons. Les chemins sinueux menant à Saint-Ange étaient recouverts de ce blanc manteau. J''ai d'ailleurs bien failli me perdre à plusieurs reprises. Aux abords du hameau, tout était calme, cela m''a surpris. D'habitude, on entendait toujours les rires ou les cris des enfants, mais là rien. On pouvait presque entendre la nature respirer, la neige tomber. Au crépuscule, lorsque j''arrivai sur la place du village, elle était totalement déserte, la vie semblait l'a'voir quittée. Quand soudain : -« Pssst, pssst ! Par-là, par-là ! » chuchote une petite voix derrière moi. Je me retourne, et j''aperçois une frimousse, au teint rosé, dépasser de l'entrebâillement de la porte d'une maisonnette bancale. Je m''avance vers elle, je rentre, elle referme précipitamment derrière moi, et pousse un amoncèlement d''objets pour bloquer la porte. Cette poupée aux jolies boucles blondes, au nez retroussé semblait effrayée. Ces grands yeux bleus se tournèrent ensuite vers moi, et me dévisagèrent des pieds à la tête. -« Qui es-tu, et que fais-tu là ? » -« Je suis Anna Pak, j''ai grandi dans ce village, et je viens en visite dans ma famille. Et toi qui es-tu ? » -« Je m''appelle Sofie, et je suis la dernière survivante ! » -« La dernière survivante, … je ne comprends pas ? » La petite s''agite, un flot de paroles ininterrompues m'explique : « Depuis trois mois, des enfants disparaissent. Le premier Eric le fils de la couturière, puis Adèle et Marie les filles du libraire, une dizaine d'autre encore, et dernièrement Simon le fils du boucher. Nous les avons tous cherchés partout. La panique et la peur ont commencé à gagner l''ensemble des parents. La majorité n''a trouvé comme solution que de quitter le village pour protéger leurs enfants. » -« Mais toi Sophie, pourquoi es-tu encore là ? » -« Mon grand-père et les quelques adultes restant sont encore à la recherche de mes camarades. La dernière fois, où j''ai eu de leurs nouvelles ils suivaient toujours la piste des plumes d''oiseaux.» -« Des plumes d''oiseaux ! » En effet, lors de la disparition d''Eric et des autres, les villageois ont toujours retrouvé, comme seul indice, un amalgame de plumes. Après renseignement auprès d'un ornithologue, il s''agit sans nul doute d''un plumage de dinde.
incipit
Un petit garçon prénommé Jean, âgé de seulement huit ou neuf ans, vivait dans un hameau non loin d'ici. C'était un hameau sans histoire perdu au milieu des champs avec juste cinq ou six maisons. Il habitait chez son oncle et sa tante car pour une raison encore inconnue ses parents l'avaient confié au frère et à la belle-soeur du père lorsqu'il était encore trop petit pour s'en souvenir. Il avait pour habitude d'aller tous les jours voir son grand-père qui habitait à deux maisons de chez lui. C'était un homme assez petit, plutôt maigre et très patient. A chaque fois, son grand-père, Paul, lui offrait trois petits gâteaux et un verre de lait. Pendant que l'enfant mangeait, Paul lui racontait les histoires d'une dinde.C'était la seule dinde de la ferme où vivait Paul quand il était petit. Elle était selon lui une dinde magique, elle pouvait communiquer avec lui. Il lui racontait tout, c'était sa seule amie.La dinde qui s'appelait Célia fut enlevée et Paul ne l'a jamais retrouvée. Une journée d'été, alors que Jean était chez son grand-père et qu'il écoutait comme d'habitude les histoires de Célia. Il vit son grand-père s'effondrer sur le fauteuil, il comprit vite que c'était la fin pour Paul. Il lui fit alors la promesse de retrouver la dinde et de continuer l'histoire de Célia.
Incipit
La première fois que j'ai su que j'étais destiné à devenir boucher, je devais avoir à peu près onze ans. A ce moment-là, j'habitais dans une cité appelée la Forêt, puisqu'elle était située juste à côté d'une forêt. Cette cité était plutôt paisible mais quelques fois la police venait jeter un coup d'œil parce que les bâtiments commençaient à tomber en ruine, il y avait beaucoup de fuites de gaz et quelques coupures de courant. Beaucoup de gens venaient dans notre cité, surtout ceux des hameaux d'à coté, qui aimaient venir tout de marques vêtus, jouer sur le terrain de foot, les balançoires et même faire du toboggan. Les grandes personnes se réunissaient quand il faisait beau et commençaient leurs commérages hebdomadaires. Un jour un de ces « pavillonneurs » m'a proposé de se joindre à eux pour Thanksgiving. Je ne savais pas du tout ce que c'était. Il m'a expliqué que c'est une fête que célèbrent les américains et que le but est de partager un repas tous ensemble. Je l'ai ensuite remercié pour son invitation. Le soir même, vers 19 heures, je m'étais pointé chez eux avec une bouteille de Coca Cola et à l'entrée j'ai entendu le cri d'un animal qui n'était pas un chat ni un chien mais une dinde !
incipit
J''étais souvent seul à errer dans mon hameau qui se composait d''une dizaine de maisons à l''orée des champs et bordé par les montagnes. Étant le petit dernier d''une famille nombreuse, je restais seul dans mon coin. Je m'exilais et passais des heures et des heures à trainer, car du haut de mes 8 ans, je ne pouvais aider ni mes frères et mon père dans les champs, ni ma mère et mes sœoeurs à la maison. Je suis toujours resté seul et sans amis du moins jusqu''à mes 9. Je m''en souviens encore, c''était le printemps, je m'étais levé avant le soleil et j''étais sorti faire un tour dans les champs. Quand la rosée perlait avec les premiers rayons du soleil, je le vis là devant moi seul dans les hautes herbes de la taille d''un poing .Un tel sentiment de solitude m''habitait que je fus contraint de le prendre avec moi et de le ramener. Arrivée chez moi, je l''ai emmitouflé dans des couvertures pour le garder au chaud. Afin de le dissimuler à ma famille, je l''avais caché dans du foin, dans une des granges. Je l''admirais des heures durant, à la fois fasciné et impatient, je voulais à tout prix savoir ce qui allait sortir de cet oeœuf aussi gros .Quelques semaines plus tard ce fut chose faite: mon œoeuf avait éclos .Je ne vous cache pas ma déception quand je vis que c'était une dinde, mais cela avait peu d''importance pour moi, enfin je n''étais plus seul. En effet, cette dinde me prenait pour sa mère et me suivait partout. Mais je n'avais pas réfléchi aux problèmes que me poserait mon nouvel ami. Au début, c'était si compliqué car il fallait la nourrir et la protéger de ses prédateurs. Quelques mois plus tard elle avait grandi et était capable de se nourrir seule. Le temps qui passait et son poids furent des ennemis de taille car plus elle grandissait plus il était difficile de la dissimuler à ma famille sans compter que la période des fêtes approchait et comme le veut la tradition à Noël le plats principal est la dinde.
Incipit
DefSemiHidden="true" DefQFormat="false" DefPriority="99" LatentStyleCount="267"> « Où sont encore passés ces petits chenapans ? » pensa Adèle. Elle sortit de son poulailler et s'aventura dans l'air glacial du matin. La dinde commença à marcher vers le groupement de fermes. Adèle habitait un poulailler situé à pas plus de cinq mètres de la maison où logeaient les humains qui s'occupaient d'elle. Ils étaient attentionnés et la nourrissaient très bien. Elle n'avait pas peur des humains sauf d'un ! Il s'appelait Edward (mais tout le monde l'appelait Ed), il était plus petit que les autres et plus jeune. Quand ce jeune garçon s'ennuyait, il ne trouvait rien de mieux à faire que de courser Adèle avec une fourchette dans les mains. Pour lui échapper, elle devait se cacher dans un coin sombre et attendre plusieurs minutes que le garçon s'en aille. Elle avait d'ailleurs très peur que ses enfants ne soient tombés sur lui.
Incipit
Il avait neigé ce jour là. Oui, je m'en souviens. C'était les premières neiges de l'année et il faisait tellement froid que la serrure avait gelé. Ce jour-là, j'avais dû me lever tôt, il y avait de la route jusqu'à Lyon. Ma mère qui d'habitude faisait preuve d'une grande douceur pour me sortir de mon sommeil, ce matin-là a brusquement ouvert les volets en sortant juste un ''Debout!'', vous savez celui qui ne vous met pas vraiment dans de bonnes dispositions du matin... De toute façon je ne l'aurais pas été. Je n'avais pas envie de me lever, mais il le fallait. Mes parents étaient paniqués. La neige avait bouleversé tous leurs plans et maintenant, on était en retard. Après en être arrivé à utiliser le sèche cheveux pour dégeler la serrure, il a fallu enlever la neige et le gel de la voiture. Pendant qu'ils faisaient des allées et retours pour remplir des seaux d'eau chaude, mes parents m'avaient posé devant la télé... ''Il sera dans nos pattes!'' avait dit mon père. J'étais donc là, assis, devant la télé, au milieu du salon. A l'approche des fêtes on commençait à diffuser les émissions de cuisine. Le glaçage des bûches, la préparation du homard, le bourrage des dindes...Je m'en léchait les babines. Je m'étais dis un jour que je deviendrais un grand chef, comme ça, mon frère ne se plaindrait plus jamais de la nourriture chez lui. Je sais ce que vous allez me dire, que les jeunes d'aujourd'hui ne mangent que des pâtes,de steaks hachés et des hamburgers, mais vous savez, dans l'endroit où vit mon frère ils font vraiment pas d'effort pour tout ce qui est nourriture... Quand mes parents ont eu fini d'enlever la neige, ils m'ont dit de m'installer dans la voiture et de les attendre sagement parce que ils avaient déjà assez de choses à régler comme ça. Je regardais par la fenêtre. On habitait dans un petit hameau à la montagne. Ça aurait été très calme si les voisins, et en particulier, les voisines, n'avaient pas été de véritables langues de vipères... D'ailleurs! Elle étaient la, dès l'aube, à regarder mes parents faire des allées et des retours de leur fenêtre et à préparer leurs hypothèses sur ce qu'il se passait de si important aujourd'hui... On m'avait dit que ces gens-là s'ennuyaient... Moi je dis que ce n'est pas une raison. Les derniers préparatifs avant le départ faits, on est enfin parti. On avait plus d'une heure de retard... Pas super, surtout pour aujourd'hui. Mon nom à moi c'est Nicolas et, je me souviens très bien de ce jour là, parce que ce jour là, c'était celui du procès de mon frère.
Incipit
C'était le 24 décembre 2001, cette après midi là il se mit à neiger à gros flocons pour la première fois depuis que l'hiver avait commencé. Julien avait alors cinq ans, et ce noël allait être son tout premier, pourquoi son tout premier ? Alors disons son premier vrai noël, puisque Julien, abandonné à la naissance et vivant jusqu'ici en foyer, avait été adopté quelques mois auparavant par une famille qui vivait dans un hameau près de Bruxelles. Dans ce hameau, il y avait seulement quatre maisons, dont une était une grande ferme avec toute sorte d'animaux. Ce jour-là, la famille préparait donc le réveillon de noël, et avait réservé une dinde à la ferme d'en face, qu'il fallait aller récupérer. C'est alors que Julien demanda à sa mère s'il pouvait s'en charger comme il n'avait jamais fait cela, ce qu'elle accepta, tant elle faisait tout pour le rendre heureux. Il prit donc le chemin de la ferme. Là bas, le fermier l'attendait, il lui avait préparé la dinde avec une laisse autour du cou pour qu'il puisse la ramener chez lui. Il le remercia, et commença à se diriger vers la sortie de la ferme, quand soudain, la laisse lui glissa des mains et la dinde lui échappa. Ce petit garçon de cinq ans, insouciant, n'aurait jamais pu imaginer ce qui allait lui arriver.
Ecriture d'un début de roman
DefSemiHidden="true" DefQFormat="false" DefPriority="99" LatentStyleCount="267"> Cette nuit-là, je fis ce rêve. Toujours le même. A chaque fois, la même scène se déroulait sous mes yeux. La lueur rouge du ciel m'indiquait que le soleil venait de se lever, le brouillard matinal commençait à se dissiper et le paysage reprenait ses couleurs que la nuit avait effacées. C'était la campagne, dans un hameau, deux petites maisons qui se faisaient face et autour d'elles, des champs à perte de vue. Un ruisseau coulait au milieu de cette vaste étendue verte, tournant entre les collines. Peu à peu mes yeux se détournaient de ce magnifique spectacle qu'était ce lever de soleil pour se concentrer sur une des deux maisons qui formaient ce petit hameau. Une vieille maison de pierre, des fenêtres dont la peinture des volets commençait à s'écailler, une porte en bois datant probablement d'un autre siècle, tout laissait à penser que cette maison avait été construite il y avait de ça bien longtemps. A l'arrière se trouvait une petite basse-cour où il y avait toutes sortes de volatiles. Mais ce qui retenait toujours mon attention, c'était le petit garçon, un jeune enfant blond dont je ne connaissais pas le prénom mais dont le visage m'était familier. Il courait après une petite dinde qui paraissait affolée. Mais au moment où l'enfant allait la saisir, les images se brouillaient et je me réveillai en sursaut…
Incipit ( obligatoire )
C'est l'histoire d'un livre. Un livre écrit par une jeune femme du nom de Arya durant l'année 1992. Elle vivait à Paris à cette époque, elle avait toujours voulu écrire un livre, et l'a fait. Arya habitait dans un petit appartement du septième arrondissement : "le coeur de Paris" qu'elle disait. Pourtant, elle n'y passait pas deux jours d'affilés dans son "coeœur", à cause de son travail. Elle travaillait pour une entreprise appelée Global Incorporation, où elle passait tous ses week-ends. Je lui disais tout le temps qu'elle travaillait trop et elle me répondait qu'un jour on partirait d'ici. Son rêve, c'était d'aller se la couler douce et de tout laisser tomber. Elle adorait l'Auvergne, elle disait que les auvergnats étaient des gens bien et sympathiques, pour moi, c'étaient que des bouseux mais bon, j'y connais rien, moi. On avait fait des recherches pour savoir où on pourrait aller. On avait trouver la ville de Vichy. Elle avait dit que Vichy était parfaite car c'était une ville très réputée pour ses produits de beauté et ses thermes. Les thermes, c'est des endroits où l'on va pour se reposer et Arya elle en avait vraiment besoin, à cause de son travail qui lui prenait du temps. Et une fois, en me promenant, je suis tombé sur une affiche qui représentait Vichy: sa rue principale, la Rue de Paris, ses thermes, et ses produits de beauté. Je l'avais prise pour la montrer à Arya et quand elle l'a vue, elle a tout de suite reconnue Vichy, elle l'a même accrochée dans son appartement. Tous les soirs, elle la regardait avec des yeux rêveurs, et moi ça me faisait vraiment plaisir de la voir comme ça, parce que d'habitude, elle avait toujours son regard triste et sérieux.
Incipit
Si l'on ne prêtait pas attention à elle, on pouvait la prendre pour ce qu'elle paraissait, une simple sans abri traversant la rue de Paris pour chercher un endroit où dormir ou bien trouver de quoi manger. Mais derrière sa longue veste marron usée, son pantalon trop grand, ses chaussures en piteux état et ses cheveux ébouriffés, je devinais sans peine un beau visage. Le visage de cette jeune femme ne pouvait être celui d'une SDF. Elle avait les traits fins et sa mine ne semblait pas fatiguée, comme l'on s'attend à trouver chez une personne qui dort chaque soir dans un lieu différent. Elle avait à la main un sac dans lequel je devinais la forme d'un livre ce qui confirmait mon premier sentiment. Je ne dis pas que les sans-abris ne sont pas cultivés ou ne s'intéressent pas à la littérature, mais le peu d'argent qu'ils ont leur sert plutôt à acheter des produits de première nécessité. J'ai donc décidé de la suivre afin de vérifier mon intuition et de comprendre, si celle-ci est bonne, pourquoi une femme se ferait passer pour une vagabonde. Un tas de questions se bousculaient dans ma tête et j'espérais pouvoir y répondre. Mais je ne me doutais pas que ce que j'allais découvrir allait bousculer ma vie…
Incipit
C'était une jeune femme simple, intelligente, agréable mais malgré tout cela, bien solitaire. Elle ne se plaignait pas, elle aimait être seule parce que les personnes autour d'elle ne lui correspondaient pas. Elle habitait à Vichy dans un grand appartement dont la chambre donnait sur l'Allier. Elle se baladait souvent dans le centre ville, elle regardait les vitrines sans jamais entrer dans un magasin. Elle se rendait toujours dans le même café où elle avait ses habitudes. Ce jour-là il neigeait beaucoup et à l'approche de noël tout était illuminé. La jeune femme, assise dans son café préféré, voyant la nuit tomber, décida de rentrer chez elle. Elle marchait dans la rue de Paris, évitant les bousculades de la foule agitée par l'engouement des fêtes de fin d'année. Elle regardait le sol, fixant ses pieds. Elle s'arrêta lorsqu'elle vit un livre par terre, légèrement recouvert de neige. Elle n'osa l'ouvrir de peur que l'humidité qui avait déjà commencé à abîmer la quatrième de couverte et quelques pages, ne s'attaque au reste. Elle continua sa route, protégeant le livre sous son manteau, la tête haute et affichant un large sourire. Une fois arrivée chez elle, elle laissa le livre sécher un peu pendant qu'elle préparait le dîner. Elle ne put attendre un moment de plus, la confection du repas inachevée, elle alla ouvrir le livre. Les pages étaient toute gondolées, elle l'ouvrit avec minutie comme un manuscrit dont l'on prend le plus grand soin. Sur la première page elle vit le portrait de l'auteur. Surprise, elle jeta le livre par terre : elle crut reconnaître son père, qu'elle n'a pas vu depuis cinq ans.
incipit
Jamais je n'aurais imaginé ça. Installé sur le banc public au coeœur de Vichy dans la rue de Paris, la pluie battante, une jeune femme sous ses airs mystérieux s'approcha de moi. Que me voulait-elle? Je ne sais guère. Mais la seule chose que je savais, c'est qu'elle me marquerait à jamais. Sa silhouette fine marquait parfaitement ses hanches, la couleur de ses habits rappelait le teint mat de sa peau, ses yeux étaient d'un tel bleu. Avançant vers mon banc, oui mon banc car depuis exactement cinq ans je venais là chaque soir à la même heure et je regardais la ville s'endormir, elle m'a donné un livre. Aucune écriture, seulement des pages blanches entre deux couvertures de couleur rouge. Je ne connaissais même pas cette femme, mais quel message voulait elle me faire passer? L'amour, le sang, la passion, le feu, le diable.? Tout me passait par la tête. Et puis j'étais bien moi, assis sur mon banc, seul, avec mon sac de voyage, mon chapeau, et ma guitare. Je n'avais besoin de personne. S'éloignant dans la foule, je la regardais et j'ai tout de même tenté de la rattraper désespérément mais étouffé par ce tohu-bohu je la perdis de vue. Le ciel devenait de plus en plus sombre et moi dans ce mystère et cette atmosphère pesante je ne savais que faire.
Ecriture d'un incipit (accpe)
Il m'a dit que c'était un mardi, mais je sais que ses souvenirs lui jouaient des tours de temps à autre. D'après ce qu'il m'a raconté, ce mardi n'était pas un jour commun aux autres jours, aux semaines, aux mois qui passaient, sans même qu'il ait eu le temps de s'en apercevoir. Il n'avait plus l'habitude de sortir, mais ce jour là, il avait oublié que sa mémoire était de plus en plus défaillante. Il serait donc descendu dans la rue de Paris, en plein cœur de Vichy. Il prétendait ne plus reconnaître la ville, comme s'il l'avait vraiment connue un jour... Puis il m'a avoué qu'il avait demandé son chemin à une jeune femme, mais il ne savait plus où aller, il ne savait pas non plus d'où il venait. Je me doutais bien qu'il ne me disait pas réellement la vérité, mais ça m'était égal car cela lui faisait plaisir de pouvoir enfin raconter quelque chose. Lorsqu'il eut fini de me conter ses aventures qui le rendait si vivant; j'ai compris que cet homme ne demandait rien à personne. Il désirait uniquement quitter son quotidien qu'il revivait sans cesse. Je lui ai donc apporté ce livre, chose que je n'aurai jamais dû faire... C'est à ce moment précis que tout a basculé, son état s'empirait, il ne dissociait plus le vrai du faux. Tout est de ma faute. Lui qui voulait seulement vivre tant qu'il le pouvait encore. Je me sens coupable de lui avoir présenté cette maudite fiction. Je suis coupable... Mais comment aurai-je pu deviner que comme la plupart des gens, il avait rêvé, un jour, de devenir un héros ?
Le XIXe siècle : le triomphe du roman et de ses personnages
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Le XIXe siècle : le
triomphe du roman et de ses personnages
1.
L'idéalisation du personnage romantique
René et Chateaubriand ‑ L'emploi
du «je » chez Chateaubriand dans Atala et encore plus dans René ne laisse que peu de place à
l'autonomie fictive du personnage, au point que le statut romanesque de ces
textes, revendiqué néanmoins par l'auteur, demeure problématique. Le personnage
exprime sa sensibilité avec une telle force qu'il paraît difficile de le
détacher de la personne réelle qui lui a donné naissance.
L'intérêt du
personnage romantique est qu'il s'enrichit d'une réelle intériorité. L'analyse
des sentiments n'avait jamais été poussée à un tel degré jusqu'ici en même
temps que la relation à l'autre apparaît plus complexe, plus tourmentée. Le
personnage évolue dans un cadre naturel qui lui fait mesurer sa solitude,
qu'elle soit choisie ou forcée : cf extrait 1
Le personnage
romantique se complaît volontiers dans un état où sa tristesse se mêle au
plaisir de se sentir tout près de la nature. À cet étrange désenchantement se
joint également le sentiment de la mort.
Le personnage
semble alors un élément privilégié du roman, un élément moteur, par la
perception aiguë qu'il a de lui-même, des autres, du cadre qui l'entoure.
L'action devient secondaire.
Le romantisme a
donc permis au personnage d'enrichir encore sa personnalité, même si ses états
d'âme parfois complaisants peuvent faire sourire ou agacer le lecteur
d'aujourd'hui. Il acquiert peu à peu une réelle épaisseur psychologique qui ne
cessera de s'affirmer tout au long du siècle.
Victor Hugo (1802-1885), à travers ses romans, en
revient à une conception épique du roman : l'auteur est une sorte de
conscience des peuples, qui doit accentuer, dramatiser les événements, pour
leur donner un sens symbolique, en procédant par scènes et tableaux. Dans Les
Misérables, Hugo élève jusqu'au mythe le personnage du forçat Jean Valjean,
et deux enfants, Cosette, image de l'innocence persécutée, et Gavroche, emblème
du courage et de la liberté. Celui-ci meurt sur les barricades et Hugo lui rend
hommage à travers un oxymore célèbre : « Cette petite grande âme
venait de s'envoler ».
2. La modernité
du personnage réaliste
On
a donné à Balzac (1799-1850) le titre de « père du roman
moderne. » Le projet titanesque de la
Comédie humaine est inspiré de l'Histoire naturelle de Buffon.
Puisque la société ressemble à la nature, il veut établir une
« comparaison entre l'Humanité et l'Animalité ». Les
personnages sont donc présentés comme autant de « types humains ».
Mais son projet a aussi un aspect politique ; il met en valeur dans son
œuvre les principes auxquels il tient : l'éducation, la religion
catholique, la monarchie sont présentés comme les fondements de la vie sociale.
La série des « Etudes de mœurs », dans laquelle on trouve Eugénie
Grandet (1833) a pour but de décrire les types humains dans leur
environnement social (la vie privée, politique, militaire, parisienne…)
L'
idéal romanesque de Flaubert tend à la représentation fidèle de la vie. Son
effort d'objectivité est perceptible dans ses romans. Parfois, les personnages
disparaissent même derrière les objets qui les entourent et dont ils ne
semblent être qu'un prolongement : comme dans la longue description de la
casquette de Charles Bovary, au début du livre, mais aussi dans la célèbre
scène de la calèche où Emma s'offre à Léon, son amant. Les faits ne sont pas
décrits, mais on lit le scandale dans le regard des passants, qui voient « […]
une voiture à stores tendus et qui apparaissait ainsi continuellement, plus
close qu'un tombeau et ballottée comme un navire ». (Emma Bovary)
Flaubert met en avant l'importance du style, et chez lui, l'esthétique, la
quête du beau est essentielle.
3. Le
personnage expérimental du roman naturaliste
Zola
veut analyser dans ses romans l'interaction entre l'individu et son milieu. Il
s'agit pour lui de présenter à travers ses personnages certaines données
généralisables, tout en empruntant directement à la réalité la matière de ses
livres. Pour le chef de file des naturalistes, le roman est un véritable
« document humain » scientifique. Zola s'est d'ailleurs beaucoup
inspiré des doctrines de Claude Bernard en matière de médecine expérimentale.
L'imagination qui était autrefois célébrée comme une qualité chez un romancier,
est, selon Zola, devenue un défaut, le sens du réel devenant la qualité
première des auteurs. Il fait l'éloge de la description parce qu'elle permet de
dresser « un état du milieu qui détermine et complète l'homme ».
« Montrer le milieu
peuple et expliquer par ce milieu les mœurs peuple ; comme quoi à Paris,
la soûlerie, la débandade de la famille, les coups, l'acceptation de toutes les
hontes et de toutes les misères vient des conditions mêmes de l'existence
ouvrière, des travaux durs, des laisser-aller, etc. » (Zola, préface de l'Assommoir)
CN : En quête de vraisemblance
Le personnage au XIXe, même s'il
devient un élément de vastes entreprises romanesques chez Balzac ou Zola, même
s'il est au service d'un propos assez démonstratif, a gagné en réalisme, en
proximité avec la vie réelle.
Au XIXe siècle, le roman, grâce à Balzac
ou Zola, s'impose comme un genre qui permet une meilleure représentation de la
vie et, en cela, qui a toute sa place dans la littérature. Il n'a plus de
complexe par rapport aux genres dits nobles : aucun d'entre eux ne peut le
remplacer. Son évolution à cette époque se caractérise par le souci de lui
faire gagner encore en vraisemblance.
Dès la période
romantique, par exemple, la manière dont le personnage perçoit ce qui l'entoure
prend de l'importance.
- La technique
de la focalisation interne permet au
lecteur d'entrer dans son intimité, et de le sentir vivre davantage. Plus tard,
Maupassant nous invitera à voir à travers Jeanne l'existence qui l'attend après
son voyage de noces en Corse : « Alors elle s'aperçut qu'elle n'avait
plus rien à faire, plus jamais rien à faire. [...] Oui, c'était fini
d'attendre ». (Une vie)
- La technique du monologue intérieur
qu'inaugure Édouard Dujardin à la fin du siècle ouvre une nouvelle voie pour
approcher au plus près la sensibilité du personnage, elle constitue une
nouvelle étape. Avec le monologue
intérieur, le personnage peut exister autrement, on découvre son langage
intime, ces mots qui le plus souvent ne montent pas à la surface, qui demeurent
dans l'agitation plus ou moins vaine de la conscience. La puissance du
procédé réside à coup sûr dans le refus de manifester une maîtrise de la
fiction et plus encore du personnage lui‑même.
Présenté à
l'état brut avec ses faiblesses et ses contradictions, son agitation dérisoire,
le personnage est une représentation de la personne humaine d'autant plus
crédible. Le monologue intérieur connaitra un succès important au XXe siècle.
LAUTREAMONT - Les Chants de Maldoror - Chant I -Strophe 6
On doit laisser pousser ses ongles pendant quinze jours. Oh ! comme il est doux d'arracher brutalement de son lit un enfant qui n'a rien encore sur la lèvre supérieure, et, avec les yeux très-ouverts, de faire semblant de passer suavement la main sur son front, en inclinant en arrière ses beaux cheveux ! Puis, tout à coup, au moment où il s'y attend le moins, d'enfoncer les ongles longs dans sa poitrine molle, de façon qu'il ne meure pas ; car, s'il mourait, on n'aurait pas plus tard l'aspect de ses misères. Ensuite, on boit le sang en léchant les blessures ; et, pendant ce temps, qui devrait durer autant que l'éternité dure, l'enfant pleure. Rien n'est si bon que son sang, extrait comme je viens de le dire, et tout chaud encore, si ce ne sont ses larmes, amères comme le sel. Homme, n'as-tu jamais goûté de ton sang, quand par hasard tu t'es coupé le doigt ? Comme il est bon, n'est-ce pas ; car, il n'a aucun goût. En outre, ne te souviens-tu pas d'avoir un jour, dans tes réflexions lugubres, porté la main, creusée au fond, sur ta figure maladive mouillée par ce qui tombait des yeux ; laquelle main ensuite se dirigeait fatalement vers la bouche, qui puisait à longs traits, dans cette coupe, tremblante comme les dents de l'élève qui regarde obliquement celui qui est né pour l'oppresser, les larmes ? Comme elles sont bonnes, n'est-ce pas ; car, elles ont le goût du vinaigre. On dirait les larmes de celle qui aime le plus ; mais, les larmes de l'enfant sont meilleures au palais. Lui, ne trahit pas, ne connaissant pas encore le mal : celle qui aime le plus trahit tôt ou tard... je le devine par analogie, quoique j'ignore ce que c'est que l'amitié, que l'amour (il est probable que je ne les accepterai jamais ; du moins, de la part de la race humaine). Donc, puisque ton sang et tes larmes ne te dégoûtent pas, nourris-toi, nourris-toi avec confiance des larmes et du sang de l'adolescent. Bande-lui les yeux, pendant que tu déchireras ses chairs palpitantes ; et, après avoir entendu de longues heures ses cris sublimes, semblables aux râles perçants que poussent dans une bataille les gosiers des blessés agonisants, alors, t'ayant écarté comme une avalanche, tu te précipiteras de la chambre voisine, et tu feras semblant d'arriver à son secours. Tu lui délieras les mains, aux nerfs et aux veines gonflées, tu rendras la vue à ses yeux égarés, en te remettant à lécher ses larmes et son sang. Comme alors le repentir est vrai ! L'étincelle divine qui est en nous, et paraît si rarement, se montre ; trop tard ! Comme le cœur déborde de pouvoir consoler l'innocent à qui l'on a fait du mal : "Adolescent, qui venez de souffrir des douleurs cruelles, qui donc a pu commettre sur vous un crime que je ne sais de quel nom qualifier ! Malheureux que vous êtes ! Comme vous devez souffrir ! Et si votre mère savait cela, elle ne serait pas plus près de la mort, si abhorrée par les coupables, que je ne le suis maintenant. Hélas ! qu'est-ce donc que le bien et le mal ! Est-ce une même chose par laquelle nous témoignons avec rage notre impuissance, et la passion d'atteindre à l'infini par les moyens même les plus insensés ? Ou bien, sont-ce deux choses différentes ? Oui... que ce soit plutôt une même chose... car, sinon, que deviendrai-je au jour du jugement ! Adolescent, pardonne-moi ; c'est celui qui est devant ta figure noble et sacrée, qui a brisé tes os et déchiré les chairs qui pendent à différents endroits de ton corps. Est-ce un délire de ma raison malade, est-ce un instinct secret qui ne dépend pas de mes raisonnements, pareil à celui de l'aigle déchirant sa proie, qui m'a poussé à commettre ce crime ; et pourtant, autant que ma victime, je souffrais ! Adolescent, pardonne-moi. Une fois sortis de cette vie passagère, je veux que nous soyons entrelacés pendant l'éternité ; ne former qu'un seul être, ma bouche collée à ta bouche. Même, de cette manière, ma punition ne sera pas complète. Alors, tume déchireras, sans jamais t'arrêter, avec les dents et les ongles à la fois. Je parerai mon corps de guirlandes embaumées, pour cet holocauste expiatoire ; et nous souffrirons tous les deux, moi, d'être déchiré, toi, de me déchirer... ma bouche collée à ta bouche. O adolescent, aux cheveux blonds, aux yeux si doux, feras-tu maintenant ce que je te conseille ? Malgré toi, je veux que tu le fasses, et tu rendras heureuse ma conscience." Après avoir parlé ainsi, en même temps tu auras fait le mal à un être humain, et tu seras aimé du même être : c'est le bonheur le plus grand que l'on puisse concevoir. Plus tard, tu pourras le mettre à l'hôpital ; car, le perclus ne pourra pas gagner sa vie. On t'appellera bon, et les couronnes de laurier et les médailles d'or cacheront tes pieds nus, épars sur la grande tombe, à la figure vieille. O toi, dont je ne veux pas écrire le nom sur cette page qui consacre la sainteté du crime, je sais que ton pardon fut immense comme l'univers. Mais, moi, j'existe encore !
A propos d'Ajar - La Vie devant soi - Article de MICHEL TOURNIER
MICHEL TOURNIER « Émile Ajar ou la vie derrière soi » in Le Vol du vampire Au Printemps de 1974, une voix nouvelle s'élevant dans le concert des nouveautés littéraires fit dresser les oreilles du Landerneau des lettres. On n'avait jamais entendu petite musique si tendrement naïve, accents d'une ironie si enfantine, gouaille d'une si désarmante drôlerie. Le livre s'intitulait Gros‑Câlin, s'adornait d'une couverture dessinée par Folon ‑ le baiser sur la bouche d'un homme et d'un serpent ‑ et racontait les amours transies d'un petit employé d'un bureau de statistiques avec l'une de ses collègues ‑ amours malheureuses, contrariées, mais aussi consolées par la cohabitation du narrateur avec un python de deux mètres vingt. La demoiselle était une Noire, s'appelait Dreyfus et ‑ comme son nom l'indique ‑ elle était originaire de la Guyane française. Comme son nom l'indique vraiment ? Oui, car le fameux détenu de l'île du Diable fut le voisin des Guyanais, et son innocence établie, reconnue, proclamée, rejaillit sur eux au point que certains ‑ leur descendance est nombreuse ‑ voulurent adopter son nom. Voilà pour Mlle Dreyfus qui échappera aux timides avances de son collègue en disparaissant du bureau – elle annonce qu'elle retourne en Guyane ‑, mais lui va la retrouver dans une maison close dont il est client et elle... pensionnaire. Heureusement, il y a Gros‑Câlin. Pourquoi un python plutôt qu'un chien ou un chat ? L'idée est géniale et l'explication parfaitement convaincante : c'est qu'un python n'est rien d'autre qu'un bras géant, un bras de 2,20 m, en liberté, et qui use de sa liberté pour envelopper son maître dans une étreinte colossale qui exprime une surhumaine tendresse. Voilà un rival contre lequel Mlle Dreyfus aurait eu bien du mal à s'affirmer malgré ses mini‑jupes et ses bottes cuissardes. Ajar a‑t‑il vraiment vécu avec un python ? On pourrait le croire tant il sait en parler justement. Voyez Gros‑Câlin tendu tout droit en direction du tiroir où le narrateur a caché une souris vivante. Il se tient « dressé en spirale ascendante vers le tiroir supérieur qu'il ne peut atteindre faute du nécessaire, et il doit se contenter d'aspiration comme tout le monde ». Mais ce sont surtout ses manifestations de tendresse à l'égard de son maître qui sont superbement décrites malgré leur stricte discrétion : « Je me suis réveillé avec une angoisse terrible, j'ai pris Gros‑Câlin sur mes genoux, il a levé la, tête et m'a regardé avec cette extraordinaire expression d'indifférence qu'il manifeste pour me calmer, lorsque je suis en proie à l'affectivité, une indifférence totale, comme pour me dire qu'il est là, auprès de moi, solide au poste, que tout est comme d'habitude. » Ce petit roman fit d'autant plus parler que l'auteur s'acharnait à se taire. Nul ne savait qui, ni où il était, et naturellement on finit par douter de son existence. Gros-Câlin n'était peut‑être qu'une oeuvrette en marge qu'un auteur connu se serait amusé à jeter sur le marché sous le voile d'un pseudonyme. Puis les mois passèrent. Les prix littéraires se détournèrent d'un livre qui affectait des allures piégées. Les jurés et les critiques ne craignent rien tant que de tomber dans le ridicule d'une mystification. Dès l'année suivante, le mystérieux Ajar (« entrouvert » en anglais) se manifestait à nouveau sous les espèces d'un roman plus étoffé que Gros-Câlin, débordant de phrases drolatiques, de tournures d'une gaucherie diaboliquement efficaces, de raccourcis foudroyants qui arrachent au lecteur - qu'il le veuille ou non - le rire et les larmes. La Vie devant soi s'affirmait comme le roman de l'année, et tous les prix littéraires commencèrent à planer, comme de bons oiseaux de proie, autour du volume qu'ornait une admirable composition d'André François. Du même coup Ajar devenait un gibier de journaliste. Avec l'aide de son éditeur, Yvonne Baby rapporta de Copenhague une longue interview qui fut publiée dans le Monde. On vit paraître çà et là des photos, un peu floues et mal cadrées, comme il se doit, prises à la diable, et donnant une impression d'authenticité d'autant plus forte qu'elles étaient moins reconnaissables. Puis ce fut le coup de tonnerre de ce troisième lundi de novembre - le 17 cette année-là - où l'on décerne au restaurant Drouant, place Gaillon, le prix Goncourt. Émile Ajar l'emportait avec la Vie devant soi contre Didier Decoin et Patrick Modiano - lesquels devaient être couronnés au demeurant les années suivantes. Aussitôt la « chasse » reprenait de plus belle et avec tant d'acharnement que l'auteur dans sa panique déclarait « refuser le prix Goncourt », comme si ce renoncement pouvait en rien freiner la curiosité de la presse... et la vente du livre. Quand on prétendait attribuer la paternité de l'oeuvre d'Ajar à un auteur connu, c'était le nom de Romain Gary qui revenait avec le plus d'insistance. Cette « supposition d'enfant » - aberrante si l'on compare le style et le ton des deux auteurs - se justifiait plus ou moins par un lien de parenté entre Romain Gary et Émile Ajar sur lequel l'auteur des Racines du Ciel s'expliqua longuement dans L'Aurore. « Paul Pavlowitch est le fils de ma cousine. Son père était le neveu de ma mère (une célèbre actrice russe que Mélina Mercouri fait revivre dans la Promesse de l'aube). J'ai bien connu sa famille à Nice, et je crois même avoir assisté au baptême de Paul. Sa mère, juive d'origine, était devenue très catholique. Ou bien étais-je à Londres à ce moment-là? Je ne sais plus très bien. J'étais très lié avec cette femme, ma cousine donc, Dina. Elle est tombée par suite gravement malade, et je -me suis un peu occupé de ses enfants. Paul était atteint d'une sorte d'éternelle errance, étudiant un peu partout, passant même six mois à Harvard, puis se mettant à gagner sa vie de ses mains en se faisant plombier, peintre, camionneur. » Avec sa femme, Annie, il fit un stage de monteur de cinéma, mais n'eut jamais l'occasion d'exercer ce métier. A vingt ans il écrivait des poèmes que j'ai trouvés excellents et que j ai essayé de publier, mais personne n'en a voulu. Puis nos relations se sont estompées, comme c'est toujours un peu le casentre un père spirituel et un fils qui s'émancipe. Il a fait son Mai 68, me tournant le dos, cherchant à voler de ses propres ailes pour ne rien me devoir et surtout pour ne pas donner l'impression qu'il se servait d'un parent célèbre. Il acheta une ruine dans un village perdu du Lot, à Caniac-du-Causse. Faisant le maçon, il reconstruisit cette bergerie de ses propres mains avec sa femme et un ami, et vécut là-bas la plupart du temps. En quatre ans je suis allé le voir deux fois, sans avoir le courage de vivre à la dure comme lui. Ils n'avaient encore ni chauffage, ni éclairage, ni eau courante. Alors moi qui suis pourri comme une poule de luxe, j'allais à l'hôtel. » Pour en terminer avec les alentours d'une oeuvre et les tumultes de l'actualité rappelons que la Vie devant soi a battu le record des ventes des prix Goncourt avec, au moment où j'écris ces lignes, un tirage de 1,2 million d'exemplaires, succès relancé il est vrai par un film. A propos de ce film, il convient d'ailleurs de saluer le tour de force du réalisateur, Moshe Mizrahi, qui trouva moyen, partant de ce livre incomparablement savoureux et humain, aidé de l'immense talent de Simone Signoret, de produire une bande incolore, inodore, insipide et pudibonde. De ce livre, il serait peut‑être temps de parler enfin, car il a été un peu oublié au milieu des bruits et der, fureurs qu'il a suscités. C'est un enfant qui parle. Il a quatorze ans, il est d'origine arabe, et sa mère, une prostituée, l'a mis en pension chez Madame Rosa, une « ancienne » qui assure tant bien que mal sa retraite en élevant des enfants de prostituées que menace l'Assistance publique. Madame Rosa est juive et a connu le camp de concentration. Depuis, elle vit dans la terreur et ne connaît plus que des fantômes, tous plus ou moins menaçants. . On connaît le propos attribué à André Gide selon lequel on ne saurait faire de bonne littérature avec de bons sentiments. On dirait qu'Émile Ajar est venu tout exprès afin d'être l'exception à cette règle. Car on ne saurait le nier : les bons sentiments ruissellent dans ses livres, tout autant et même davantage encore que dans les Deux Orphelines. Dès lors le critique s'interroge : comment se fait‑il qu'ils soient bons, et mieux que bons, géniaux dans un certain sens ? Le lecteur un tant soi peu roué ne cesse de se demander en lisant Ajar : « Mais enfin, comment s'y prend‑il ? Et on ne fait pas faute de parler de procédés, de recettes, voire de trucs. Or procédés, recettes et trucs ne sont méprisables que dans la mesure où quiconque ayant « compris » est du même coup en mesure de faire aussi bien. Nous allons essayer de cerner quelques‑uns des « tours » que nous joue Émile Ajar dans ses livres. Si après cela vous êtes capable de « faire de l'Ajar », alors oui il y aura eu « truc ». Mais sincèrement, j'en serais surpris. Le raccourci. Il ne s'agit pas de trouver la formule frappante ou l'image qui fait choc parce qu'elle simplifie d'un trait toute la complexité d'une situation. Ajar n'a pas ce genre d'ambition. Plus pernicieux, il vise plutôt à brouiller les cartes qu'à démêler l'écheveau du concret. « lle était morte sans laisser d'adresse. » « Il devait penser que j'étais encore interdit aux mineurs et qu'il y avait des choses que je ne devais pas avoir. » « Pendant longtemps je n'ai pas su que j'étais arabe parce que personne ne m'insultait. », « Les rumeurs d'Orléans, c'était quand les juifs dans le prêt‑à‑porter ne droguaient pas les femmes blanches pour les envoyer dans les bordels. » « Il ne fallait pas l'embêter quand elle pleurait, car c'était ses meilleurs moments. » « Elle a eu l'idée d'ouvrir une pension sans famille. » « C'est toujours la mère qui est en butte dans notre cas [celui des enfants de prostituées] parce que le père est protégé par la loi des grands nombres. » « Quand il n'y a personne pour vous aimer autour, ça devient de la graisse. » « Elle pesait dans les quatre‑vingt‑quinze kilos, tous plus moches les uns que les autres. » « Les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent en vieillissant. » Le croc‑en‑jambe. La phrase part dans une direction conventionnelle, puis elle décroche soudain de son cours normal et prend une tangente brutale. L'effet de choc est à la fois comique et bouleversant. « Les mômes qui se piquent deviennent tous habitués au bonheur et ça ne pardonne pas, vu que le bonheur est connu pour ses états de manque. » « Je ne me battais jamais, ça fait toujours mal quand on frappe quelqu'un. » « Monsieur Charmette avait fait livrer une couronne mortuaire car il ne savait pas que c'était Monsieur Bouaffa qui était mort, il croyait que c'était Madame Rosa comme tout le monde le souhaitait pour son bien, et Madame Rosa était contente parce que... c'était la première fois que quelqu'un lui envoyait des fleurs. » « Ce n'est pas vrai que je suis resté trois semaines à côté du cadavre de ma mère adoptive parce que Madame Rosa n'était pas ma mère adoptive. » Le respect des conventions. « Les flics, c'est ce qu'il y a de plus fort au monde. Un môme qui a un père flic, c'est comme s'il avait deux fois plus de père que les autres. » « J'ai pleuré comme un veau. Les veaux ne pleurent jamais, mais c'est l'expression qui veut ça. » Ce respect est celui d'un petit homme prudent et modeste qui s'applique à ne pas se faire remarquer, car il ne peut en résulter pour lui que du mal. Toutefois la dérision est sous‑jacente et la dénonciation de la convention jaillit parfois malgré elle : « je sais bien que serai jamais normal. Il n'y a que les salauds qui sont normals. » Le passage à l'absolu. C'est l'un destours les plus sournoisement efficaces d'Ajar. Il coupe de toute référence à d'autres termes un mot ou une expression qui les appelle au contraire impérativement. C'est l'absolu forcé. « Les fils de putes pourraient devenir plus tard des membres de la majorité qui expriment leur soutien. » « La littérature, C'est incompatible » (entretien avec Y. Baby). Cet absolu est ailleurs carrément revendiqué comme une qualité insurpassable. « Je l'aimais bien [Madame Lol]a c'était quelqu'un qui ne ressemblait à rien et n'avait aucun rapport. » « J'ai jamais vu deux mômes aussi blonds que ceux‑là. Et je vous jure qu'ils avaient pas beaucoup servi, ils étaient tout neufs. Ils étaient vraiment sans aucun rapport. » Plus profondément ‑ et comme presque tous les romans possédant une véritable originalité ‑ les livres d'Émile Ajar se définissent par une certaine relation au temps. La Vie devant soi, ces mots apparaissent dans le cours du récit, et avec une nuance franchement défavorable : « J'ai toujours remarqué que les vieux disent tu es jeune, tu as toute la vie devant toi avec un bon, sourire, comme si cela leur faisait plaisir. Je me suis levé. Bon je savais que j'ai toute ma vie devant moi, je n'allais pas me rendre malade pour ça. » C'est que la jeunesse, ‑avec son innocence et son bel avenir, l'auteur n'y croit guère. Il n'en pense même aucun bien. Par deux fois, il répète qu'on n'est jamais trop jeune ni pour comprendre, ni pour puiser dans une expérience déjà riche et amère. Il se laisse même aller ‑ à quatorze ans ‑ à faire des projets « quand je serai jeune », comme si la seule jeunesse authentique était celle qu'on acquiert avec les années. Indiscutablement, il y a un primat de la vieillesse et des vieillards dans cette oeuvre. La Vie devant soi raconte l'attachement d'un enfant pour une vieille femme. L'Angoisse du roi Salomon en est peut‑être la suite. On peut admettre en effet qu'à vingt ans l'ancien gamin Momo, devenu chauffeur de taxi, charge un très vieux monsieur qui, fortune faite dans la confection (c'est M. Salomon, le roi du pantalon prêt‑à‑porter), consacre sa retraite à une oeuvre d'aide psychologique par téléphone. Entre le jeune homme et le vieillard, c'est le coup de foudre. Quant à l'amour, nous le retrouvons sous la forme de la passion de pitié qu'éprouve le narrateur pour une chanteuse oubliée et déchue à laquelle il joue la comédie du plaisir physique. Il n'est pas jusqu'à Gros‑Câlin, le python de l'opus 1, qui n'incarne aux yeux du narrateur une rassurante impassibilité venue du fond des âges. « En attendant, je m'installe dans un fauteuil, je prends Gros‑Câlin et il met son bras de deux mètres vingt autour de mes épaules. C'est ce qu'on appelle "état de besoin" en organisme. Il a une tête inexpressive, à cause de l'environnement originel, évidemment, c'est l'âge de pierre, comme les tortues, les circonstances prédiluviennes. Son regard n'exprime pas autre chose que cinquante millions d'années et même davantage, pour finir dans un deux‑pièces. Il est merveilleux et rassurant de sentir chez soi quelqu'un qui vient d'aussi loin et qui est parvenu jusqu'à Paris. Cela donne de la philosophie, à cause de la permanence assurée et des valeurs immortelles, immuables. Parfois, il me mordille l'oreille, ce quiest bouleversant d'espièglerie, lorsqu'on pense que cela vient de la préhistoire. Je me laisse faire, je ferme les yeux et j'attends. » Ces valeurs immortelles, immuables sont les seules auxquelles on peut se,fier, et c'est derrière nous qu'il faut les chercher. Un petit enfant peut le comprendre trop tôt. Alors il refuse d'entrer dans la vie, il devient consterné : « Cela veut dire qu'il ne voulait vraiment rien savoir pour vivre et devenait antique. C'est la pire des choses qui peut arriver à un môme en dehors du reste. » L'idéal ce serait évidemment d'arrêter la marche du temps en avant et de lui faire rebrousser chemin. L'opération n'est pas aussi impraticable qu'il semblerait à première vue puisqu'une table de montage de cinéma la rend possible. Nous savons qu'Émile Ajar a songé un moment à devenir monteur de film. L'expérience l'a frappé puisqu'il lui accorde une place privilégiée dans la Vie devant soi. Momo fait la connaissance d'une monteuse, il assiste ébloui aux retours en arrière du film, et c'est par cette jeune femme qu'il va être recueilli après la mort de Mlle Rosa. Car elle détient à ses yeux le pouvoir magique de réintégrer le passé et de pouvoir revenir en arrière, éventuellement « jusqu'au Paradis terrestre » (où on retrouverait sans doute le Serpent Gros‑Câlin...). «Malheureusement quand ça recommence, c'est toujours la même chose. » En d'autres termes, si l'on peut remonter le cours du temps, il ne faut pas espérer changer l'histoire. Ce n'est pas la seule référence au cinéma de cette oeuvre, par ailleurs ‑nous l'avons dit ‑ si piètrement portée à l'écran. Car on omettrait l'une des clés essentielles d'Émile Ajar si l'on ne rendait pas hommage au passage à Charlie Chaplin. Les épisodes chaplinesques abondent dans les trois romans. Dans Gros‑Câlin notamment lorsque le narrateur voulant offrir un modeste bouquet de violettes à Mlle Dreyfus ne la trouve pas dans son bureau, et part à sa recherche dans Paris en tenant à la main le verre d'eau où trempent ses fleurettes. Ou plus cruellement quand il cherche un contact humain en faisant traverser la rue à un aveugle. Celui‑ci s'aperçoit bientôt que c'est son « bienfaiteur » qui est en détresse et qui profite de son infirmité, et il le chasse en lui criant : « Allez faire vos besoins ailleurs! » Sur quoi notre héros conclut plaintivement : « Je comprends bien que les aveugles ont leur fierté, mais pourquoi refuser d'aider un peu les autres à vivre? » Ce thème du service rendu, qui aide principalement celui qui le rend,‑ est l'un des leitmotivs d'Émile Ajar. On le retrouve dans l'Angoisse du roi Salomon : le grand secret de l'organisation téléphonique S.O.S. Amitié, C'est que les membres « bénévoles » qui se chargent de répondre aux appels soignent, tout autant que ceux qui les appellent, la détresse de leur propre solitude. Émile Ajar a surpris par sa nouveauté et sa fraîcheur. Mais le recul aidant, il prend sa place dans le paysage littéraire français contemporain, tout en, perdant un peu de sa singularité. Car on peut lui découvrir une ascendance notamment du côté de Jacques Prévert, mais surtout dans l'Henri Michaux d'Un certain Plume. On peut aussi lui trouver des collatéraux, et je voudrais n'en citer qu'un exemple qui me paraît éclairant, celui de Patrick Modiano. Certes, l'auteur de la Place de l'Étoile est très éloigné de la naïveté dissolvante d'Émile Ajar. Mais il est comme lui fasciné par un passé assez récent, trouble, et que, pas plus que lui, il n'a vécu, celui de l'Occupation. Mme Rosa et le Roi Salomon sont pour Ajar les témoins irremplaçables d'une tragédie douteuse, baignant dans une lumière glauque, mais qui avait paradoxalement le pouvoir de révéler les êtres dans leur vérité, et l'attrait de cette période est si fort qu'il le détourne du présent et même de l'avenir. Émile Ajar et Patrick Modiano ‑ et quelques autres aussi sans doute, écrivains ou non ‑ ressemblent à la femme de Loth qui n'a pas su fuir en avant sans se retourner, et qui a été changée en statue de sel pour avoir préféré le spectacle des fumées de Sodome aux promesses du soleil levant. POST‑SCRIPTUM Depuis que ces lignes ont été écrites, deux événements se sont produits. Le 2 décembre 1980, Romain Gary se donnait la mort, quinze mois après son ancienne femme Jean Seberg. Le 2 juillet 1981 paraissait sous la signature de Paul Pavlowitch un livre intitulé lHomme que l'on croyait qui révélait que les quatre livres parus sous le nom d'Émile Ajar étaient intégralement de la plume de son « oncle » Romain Gary. Il nous racontait comment, lassé d'une critique ronronnante quand elle‑n'était pas hostile, l'auteur des Racines du ciel, prix Goncourt 1956, avait décidé de renaître sous un autre nom avec une oeuvre en totale rupture par rapport à tout ce qu'il avait publié précédemment. Ce nouveau nom serait Émile Ajar, et la première oeuvre de cet auteur imaginaire s'appellerait Gros‑Câlin. Paul Pavlowitch endosserait pour la frime la personnalité d'Émile Ajar. La presse a parlé aussitôt de supercherie, voire de canular. Ces termes sont inacceptables pour deux raisons. D'abord le suicide de Romain Gary ‑ tout est lié dans cette affaire, et si la naissance d'Émile Ajar n'est pas la cause du suicide, il est certain qu'elle constitue l'un des aspects essentiels de la fin de Romain Gary ‑, ensuite la valeur littéraire éminente des livres d'Ajar. Rien de plus sérieux qu'une affaire qui se solde positivement par quatre chefs‑d'oeuvre, et négativement par la mort volontaire de leur auteur. Quant à la mystification qu'elle comporte, elle ne dépare nullement une entreprise d'essence littéraire. Le pseudonyme a droit de cité dans les lettres, d'innombrables exemples de maquillages et de substitutions de personnes émaillent l'histoire de la littérature. Faut‑il rappeler que Romain Gary était déjà un pseudonyme ? Bien au contraire, ce qui me paraît admirable dans cette entreprise, c'est sa réussite. Prix Goncourt 1956, Romain Gary se sentait couler d'année en année dans le marécage d'indifférence et de paresse de la critique et des lecteurs. Il change de peau et de voix, et aussitôt, c'est l'enthousiasme, et un second prix Goncourt vient couronner l'opération, cas unique depuis la fondation du prix. J'ai écrit que pour des raisons de style et de ton Émile Afar ne pouvait pas être Romain Gary. Ce jugement erroné se trouvait justifié par l'évidente disparité des deux oeuvres Mais la création consiste précisément à rendre réel ce qui est a priori impossible. L'impossible devenu réel, l'esprit aussitôt s'efforce de digérer le paradoxe en lui trouvant une justification rationnelle. Ainsi ai‑je repris les oeuvres de Romain Gary à la recherche des signes précurseurs annonçant Émile Ajar. C'est sans doute dans Tulipe que se trouve la réponse la moins discutable. Ce petit roman parut en 1946, un au après le premier livre de Romain Gary, Éducation européenne, couronné par le Prix des Critiques. Nous sommes à New York au lendemain de la guerre. Le héros, Tulipe, est un jeune homme qui sort d'un camp de concentration nazi. Il se réjouit que les Allemands aient été débarrassés du racisme, par leur propre défaite. Mais voici qu'installé à Harlem, il s'aperçoit que le racisme anti‑noir règne sauvagement dans la grande cité yankee. Il fonde alors le mouvement Prière pour les vainqueurs, et commence une grève de la faim. Il devient célèbre sous le, nom du Blanc Mahatma de Harlem, etc. Or les échos qu'éveille cette lecture aux oreilles de qui sort dÉmile Ajar sont nombreux. Il y a là, en germe pourrait‑on dire, l'ingénuité décapante de Momo et de Cousin. Nous sommes dans la salle de rédaction d'un journal. « Du nouveau? demanda Flaps. ‑ Charlie Chaplin dans une affaire de paternité, dit Grinberg. ‑ Encore ? ‑ Il a été acquitté... L'ennui avec ce type‑là, c'est qu'il n'a pas de sang nègre. On ne peut pas le lyncher sans preuves. " Un peu plus loin « Il y a un nègre en bas qui demande à vous voir, monsieur. ‑ Quel genre de nègre ? ‑ Un très vieux nègre, vraiment, monsieur, dit le garçon avec admiration. Le plus vieux nègre que j'aie jamais vu vivant, monsieur. Ça fait plaisir de voit un vieux nègre comme ça, monsieur, ça prouve qu'on peut tout de même vivre longtemps, monsieur, en essayant bien, monsieur. » Et il y a aussi ce qu'on pourrait appeler la légende des larmes, qu'il faudrait réécrire en plus fruste il est vrai, pour la faire entrer dans la Vie devant soi. « Savez‑vous pleurer? demanda Biddle. ‑ Mes larmes sont toutes mortes. ‑ Comment ça, mortes? Mortes de quoi? ‑ Les larmes sont des gosses de riches. Elles ont la santé bien délicate. Il leur faut un toit au‑dessus de la tête, une bonne soupe le soir et les pantoufles et la bouteille chaude dans le lit. Elles deviennent alors belles et dodues, et il suffit d'un rien ‑une dent creuse, un chagrin d'amour ‑ pour les faire sortir de leur coquille. Mais donnez‑leur deux guerres de père en fils, rasez leur maison, collez‑les dans un camp de concentration, et les voilà qui se font toutes petites et rares, et les voilà qui se mettent à mourir comme des mouches. - Et vos larmes à vous, de, quoi sont‑elles mortes? - Il y en a une qui fut tuée en Espagne, dans les brigades internationales. Une autre périt en Grèce. Une vieille larme idéaliste. Plusieurs sont mortes à Lublin : c'étaient toutes des larmes juives. Une a été lynchée à Detroit, parce qu'elle avait du sang nègre. » A propos d'écho, plus d'un lecteur dressera l'oreille en découvrant, dans ce même Tulipe, l'aventure du nègre Sammy‑la‑Semelle. Il était si bon, qu'un matin « il s'est réveillé avec une belle auréole autour de la tête. Pas un de ces petits trucs bon marché, dites‑vous‑le bien, mais une vraie auréole de première classe qui vous faisait mal aux yeux. Eh bien, vous pouvez me croire ou non, patron, mais cela ne lui a attiré que des ennuis. Pour commencer, il a perdu tous ses clients : il était cireur de bottes ». On songe aussitôt à une nouvelle célèbre de Marcel Aymé sur le même sujet. Or cette nouvelle s'appelle la Grâce et a paru dans le recueil le Vin de Paris en 1947, c'est‑à‑dire un an après Tulipe. La priorité de l'invention appartient à Romain Gary. « Tout Émile Ajar se trouvait déjà dans Tulipe », affirme Romain Gary dans son testament. C'est beaucoup dire, mais un certain humour cruel et ingénu s'y rencontre indiscutablement, et les vingt‑six années qui séparent Tulipe de Gros‑Câlin ont bien dû répondre à une nécessaire maturation. Émile Ajar serait donc Romain Gary dernière mainière ? Des grands créateurs nous ont donné l'exemple d'une oeuvre s'achevant par un renouveau surprenant et supérieur à tout le reste. On songe aux derniers quatuors de Beethoven, à la Vie de Rancé de Chateaubriand, aux Affinités électives de Goethe, et aussi au Giono du Hussard sur le toit et du Roi sans divertissement. Mais le cas de Romain Gary est unique en son genre. En effet, Ajar n'a pas réduit Gary au silence, et pendant cinq années les « deux auteurs » ont publié simultanément; tandis que paraissaient Gros‑Câlin, la Vie devant soi, Pseudo et l'Angoisse du roi Salomon sous le nom d'Ajar, on voyait paraître sous celui de Gary Au‑delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable, Clair de femme, Charge d'âmes, les Clowns lyriques, les Cerfs‑volants. Et c'est sans doute cette incroyable puissance de production sans relâchement qualitatif : neuf livres en quatre ans, qui constitue l'aspect le plus étonnant et le plus troublant de l'affaire Gary‑Ajar. Il n'empêche, pour beaucoup ‑ et je suis de ceux‑là ‑, Émile Ajar restera l'avatar final et éblouissant d'une carrière littéraire qui semblait forte et de vaste horizon, mais à laquelle manquait l'épaisseur et l'humour qu'il nous apporte pour notre joie et notre émotion.
Le jeu des cadavres exquis...
Trois marines au soleil couchant
Quand, accrochés aux robes des aubes assassines, la fleur dévoile ses pétales couleur neige, la neige est belle comme blanche neige, noire comme la nuit, infinie sans frontière, gouffre et plaisir intouchable comme l'esprit, maître de nos pensées, je ne peux l'oublier, nos pensées de nos rêves pour toujours, je resterai dans cette maison et toi tu te demanderas où aller vers ce navire qui vogue sur la mer éclairée par les rayons du soleil couchant. *** C'était une nuit bien plus noire que raison, les étoiles qui papillonnent dans tes yeux sont plus étincelantes que les paillettes qui constellent le firmament. Les loups… dans le noir hurlaient au clair de lune, soleil de ma vie. Le papillon, telle une illusion, s'envole à travers les cieux. Renaissance de ma vie, de mon âme, comment ai-je pu succomber à la beauté de cette rose rouge comme le soleil qui illumine la mer ? Mer, elle tangue au rythme du chant des oiseaux marins. Je vis un grand cheval. *** Et la lune ébahie au-dessus des maisons parsemait ses lueurs que je perçois sont belles. Le sublime cadavre en décomposition. L'homme, tel un animal sauvage décide de ce qui se passe. La vie est parfois courte mais il faut la vivre jusqu'au bout. La mort est le destin de la vie, il faut la surmonter. La souffrance vient du ciel et repart par la mer, étendue bleue sous un soleil couchant. Ce soleil qui brille jusqu'à tomber la nuit, je m'endors et je pense à ce qui pourra se passer pendant la vie est remplie de choses étranges, étrange comme cette phrase, plus fort que l'amour qui dure, impur à pleine voilure, comme une mer glacée, tel un élan courant dans les bois glacés en hiver. Enfin, la nature fraiche et ses bois gelés : elle vit. DefSemiHidden="true" DefQFormat="false" DefPriority="99" LatentStyleCount="267">
"Le mort joyeux" de Charles BAUDELAIRE
"Le mort joyeux" de Charles BAUDELAIRE Texte extrait des Fleurs du Mal.
Dans une terre grasse et pleine d'escargots Je veux creuser moi-même une fosse profonde, Où je puisse à loisir étaler mes vieux os Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde.
Je hais les testaments et je hais les tombeaux ; Plutôt que d'implorer une larme du monde, Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.
- O vers! noirs compagnons sans oreille et sans yeux, Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ; Philosophes viveurs, fils de la pourriture,
A travers ma ruine allez donc sans remords, Et dites-moi s'il est encor quelque torture Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts ?
J'ai choisi ce texte pour de multiples raisons : Tout d'abord, Charles Baudelaire est un des rares auteurs que j'apprécie, notamment pour sa manière de tisser des liens entre des genres d'origine opposés (par exemple : « Le mort joyeux »). De plus, Les Fleurs du Mal est un classique du genre, que mes professeurs ne cessent de citer et de louer les mérites. Ensuite, « Le mort joyeux » m'a paru intéressant de par son titre. En effet, il m'a rappelé l'humour noir d'aujourd'hui dont je suis particulièrement friand. De plus, le caractère direct de Baudelaire intensifie l'humour de ce poème, comme par exemple : « noirs compagnons sans oreille et sans yeux » au vers 9. Ses métaphores sont aussi très franches comme « fils de la pourriture » au vers 11. En conclusion, Le poème nous amène à réfléchir sur la mort, de manière assez humoristique. Et c'est cette qualité qui m'a fait choisir ce poème.
La poésie, à quoi sa rime ? La poésie, comme tout les arts, sert avant tout à s'exprimer. Tout d'abord, la poésie servait à raconter une histoire. En effet, avant l'invention de l'écriture, la poésie servait à retenir et raconter une histoire (comme « l'Iliade » et « l'Odyssée » de Homère). La poésie sert aussi dévoiler son amour, sa haine ou encore son deuil. Elle permet d'énoncer ce qui ne doit pas être énoncer en public (comme Christine de Pisan avec « je ne sais comment je dure ») De plus, depuis des siècles, la poésie a pour but de faire passer un message. Ainsi, Ésope ou encore J. de La Fontaine se sont servie de la poésie, ici sous la forme d'une fable, pour critiquer leur société de manière indirecte (notamment en utilisant des animaux pour remplacer les humains). D'autres ont d'ailleurs repris le concept pour éviter la censure durant une guerre, par exemple, tel « Le dormeur du Val » - (Arthur Rimbaud). Ici, la poésie dénonce aussi les atrocités de la guerre et ses conséquences. En conclusion, la poésie sert à s'exprimer librement, en évitant censure et jugement, notamment grâce aux codes de la poésie ainsi que sa structure, mais aussi grâce aux figures de styles. Enfin, la poésie peut aussi s'expliquer par le plaisir d'écrire et d'entendre.
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