Réussir le français au lycée

texte complémentaire lecture cursive la poésie en résistance

Par ezbynovsky - publié le samedi 12 juin 2010 à 18:32 dans 11wTextes EAF 1ES1

Jean Cassou

XXe siècle

Son père, ingénieur des Arts et manufactures, mort alors qu'il n'a que seize ans, Jean Cassou effectue ses études secondaires au lycée Charlemagne en subvenant aux besoins de sa famille, puis commence une licence d'espagnol à la Faculté des Lettres de Paris. Il la poursuit en 1917 et 1918 en étant maître d'études au lycée de Bayonne et, ajourné plusieurs fois, n'est pas mobilisé pour la Grande Guerre. Secrétaire de Pierre Louÿs, il tient à partir de 1921 la chronique Lettres espagnoles dans la revue Le Mercure de France. Il réussit en 1923 le concours de rédacteur au ministère de l'Instruction publique et publie en 1926 son premier roman. De 1929 à 1931, il est conseiller littéraire des Éditions J.-O. Fourcade,[1] aux côtés de Henri Michaux.

Devenu inspecteur des Monuments historiques en 1932, Jean Cassou est en 1934 membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et directeur à partir de 1936 de la revue Europe. En 1936 il participe au cabinet de Jean Zay, ministre de l'éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire. Il est alors favorable à l'aide à la République espagnole, se rapproche du Parti communiste avec lequel il rompt en 1939 lors du pacte germano-soviétique. En avril 1940 il est affecté au Musée national d'art moderne dont il devient conservateur adjoint. Tandis qu'approchent les armées allemandes, il est envoyé au château de Compiègne et se consacre à la sauvegarde du patrimoine national.

Révoqué de son poste de conservateur du Musée d'art moderne par le régime de Vichy, il entre dans la Résistance dès septembre 1940, rédigeant ses premiers tracts. Retrouvant certains de ses amis qui partagent ses options, Claude Aveline, Agnès Humbert, il rencontre le groupe clandestin du Musée de l'homme, Boris Vildé, Anatole Lewitsky et Paul Rivet. Avec Aveline, Agnès Humbert, Simone Martin-Chauffier et Marcel Abraham, il assure la rédaction du journal du groupe Résistance (six numéros de décembre 1940 à mars 1941). Tandis que de nombreux membres du groupe du Musée de l'homme sont arrêtés, il échappe à la Gestapo et se réfugie à Toulouse. Agent du "réseau Bertaux" à partir d'août 1941, il est arrêté en décembre pour ses activités au Musée de l'homme et emprisonné à Furgol où il compose de tête, sans la possibilité de les écrire, ses Trente-trois sonnets composés au secret, publiés en 1944 sous le pseudonyme de Jean Noir.

Libéré après un an de prison, il est envoyé par la ST au camp d'internement de Saint-Sulpice (Tarn). Sur injonction de la Résistance au directeur de la ST, il est libéré en juin 1943 et reprend ses activités de résistant comme inspecteur de la zone sud. Il est également rédacteur des Cahiers de la Libération et Président du Comité régional de Libération de Toulouse. Le Gouvernement provisoire de la République française le nomme en juin 1944 commissaire de la République de la région de Toulouse ; il y côtoie Serge Ravanel, chef régional des FFI. En août, au moment de la libération de la ville, sa voiture rencontre une colonne allemande : deux de ses compagnons sont tués et il est laissé pour mort. Transporté à l'hôpital dans le coma il est remplacé mais maintenu dans son titre, dont il démissionne après un an de convalescence.

En 1945 Jean Cassou retrouve sa fonction de conservateur en chef des Musées nationaux et est nommé conservateur en chef du Musée national d'art moderne, poste qu'il occupe jusqu'en 1965. En 1971 il reçoit le Grand Prix national des Lettres et en 1983 le grand Prix de la Société des Gens de Lettres pour l'ensemble de son œuvre. Il meurt le 18 janvier 1986 et est enterré au cimetière parisien de Thiais. Il fut un militant actif du Mouvement de la Paix et était le beau-frère du philosophe Vladimir Jankélévitch.

Bibliographie :

  •  Éloge de la Folie, 1925
  • Les Harmonies viennoises, roman, Paris, Émile Paul, 1926
  • Le Pays qui n'est à personne, roman, Paris, Émile Paul, 1927
  • La Clef des songes, roman, 1928
  • Vie de Philippe II, Paris, Gallimard, 1929. 12. Ed. (Orig. 1927. Vies des hommes illustres. Nr. 29 )
  • Panorama de la littérature espagnole contemporaine, Paris, Kra, 1929 (éd.augm. 1931)
  • Comme une grande image, roman. Editions Emile-Paul frères, 1931
  • Les Nuits de Musset, essai, Paris, Émile Paul, 1931
  • Bayonne, Paris, Émile Paul.
  • Frédégonde, Trémois.
  • Grandeur et infamie de Tolstoï, essai, Paris, Bernard Grasset, 1932
  • Les Inconnus dans la cave, roman, Paris, Gallimard, 1933
  • Les Massacres de Paris, roman, Paris, Gallimard, 1935
  • Pour la poésie, essai, Paris, Corréa, 1935
  • Tempête sur l'Espagne, Paris, L'Homme réel, 1936
  • La Querelle du réalisme, Paris, ESI, 1936
  • Cervantes, Paris, ESI, 1936
  • Légion, Paris, Gallimard, 1939
  • Quarante-huit, essai, Paris, Gallimard, 1939
  • Trente-trois sonnets composés au secret, Paris, Éditions de Minuit, 1944 ; rééd. Poésie/Gallimard, 1995
  • Le Centre du monde, roman, Paris, Le Sagittaire, 1945
  • L'heure du choix (coll.), Paris, Éditions de Minuit, 1947
  • Le quarante-huitard, Paris, PUF, 1948
  • Situation de l'Art Moderne, Paris, Éditions de Minuit, 1950
  • La folie d'Amadis et autres poèmes, Paris, 1950
  • La Voie Libre, Paris, Flammarion, 1951
  • La Rose et le vin : Poèmes suivis d'un commentaire. Hors-texte de Lancelot Ney , Paris, 1952
  • La Mémoire courte, essai, Paris, Éditions de Minuit, 1954; rééd. Mille et une Nuits, 2001
  • Parti pris, essai, Paris, Albin Michel, 1961
  • Dernières pensées d'un amoureux, roman, Paris, Albin Michel, 1962
  • Le Voisinage des cavernes, roman, Paris, Albin Michel, 1971
  • La Création des mondes, essai, Paris, Éditions Ouvrières, 1971)
  • Une Vie pour la liberté, essai, Paris, Robert Laffont, 1981

Commentaire de l'extrait :

  Les Trente-trois sonnets furent inventés et remémorés dans l'isolement total de la prison de Toulouse, au rythme d'un demi-sonnet par nuit (de décembre 1941 à février 1942). Son compagnon de cellule, Fernand Bernard, est exécuté par la Milice, en chantant la Marseillaise. Jean Cassou, dès qu'il n'est plus au Secret, inscrit les poèmes et après avoir été libéré en juin 1943 les fait publier aux Editions de Minuit clandestines.

Les poètes,un jour, reviendront sur la terre.
Ils reverront le lac et la grotte enchantée,
les jeux d'enfants dans les bocages de Cythère,
le vallon des aveux, la maison des péchés,

et toutes les amies perdues dans la pensée,
les sœurs plaintives et les femmes étrangères,
le bonheur féerique et la douce fierté
qui posait des baisers à leur front solitaire.

Et ils reconnaîtront, sous des masques de folles,
à travers Carnaval, dansant la farandole,
leurs plus beaux vers enfin délivrés du sanglot

qui les fit naître. Alors, satisfaits, dans le soir,
ils s'en retourneront en bénissant la gloire,
l'amour perpétuel, le vent, le sang, les flots.



Poème de Jean Cassou tiré de La rose et le Vin et La folie d'Amadis.

 

Autre sonnet :

Celui qu'étoiles, vous avez pris comme cible
de vos cris anxieux et qu'allez pourchassant,
ne vous irritez plus s'il se rejette errant
aux bords du monde ardent et se fait invisible ;

rien qu'un méchant fantôme, une ombre inaccessible
et pareille - vous rappelez-vous ? - à l'Enfant
Prodigue de Rainer Maria s'enfuyant
pour ne pas être aimé de cet amour terrible.

Exigence des coeurs diffuse dans la nuit,
beaux regards confiants, détournez-vous de lui.
Et vous, mortes et morts, alourdis de pardons,

écartez votre vol de sa déserte grève.
Ah ! c'est lui, cerf en pleurs, courbant enfin le front,
qui vient vous retrouver chaque soir dans ses rêves.

texte 25- Feuillets d'Hypnos- 1 à 5

Par ezbynovsky - publié le samedi 12 juin 2010 à 18:27 dans 11wTextes EAF 1ES1

1

 

Autant que se peut, enseigne à devenir efficace, pour le but à atteindre mais pas au delà. Au-delà est fumée. Où il y a fumée il y a changement.

 

2

 

Ne t'attarde pas à l'ornière des résultats.

 

3

 

Conduire le réel jusqu'à l'action comme une fleur glissée à la bouche acide des petits enfants. Connaissance ineffable du diamant désespéré (la vie).

 

4

 

Etre stoïque, c'est se figer, avec les beaux yeux de Narcisse. Nous avons recensé toute la douleur qu'éventuellement le bourreau pouvait prélever sur chaque pouce de notre corps ; puis le cœur serré, nous sommes allés et avons fait face.

 

5

 

Nous n'appartenons à personne sinon au point d'or de cette lampe inconnue de nous, inaccessible à nous qui tient éveillés le courage et le silence.

 

 

 

 

René Char, Feuillets d'Hypnos, Fureur et mystère

 

texte 24- René Char - Allégeance- la Fontaine narrative

Par ezbynovsky - publié le samedi 12 juin 2010 à 18:20 dans 11wTextes EAF 1ES1

Allégeance

 

 

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

 

 

 

 

René Char

Fureur et mystère

La Fontaine narrative

 


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