Réussir le français au lycée

Textes EAF - texte 11

Par ezbynovsky - publié le jeudi 8 avril 2010 à 21:44 dans 11wTextes EAF 1ES1

« Rien n'était si beau, si leste… »

 

Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque.
            Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, à demi brûlées, criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.
          Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et des héros abares l'avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n'oubliant jamais mademoiselle Cunégonde.

 

 

Candide, Voltaire, chapitre 3, extrait.

 

Textes EAF - Texte 10

Par ezbynovsky - publié le jeudi 8 avril 2010 à 21:41 dans 11wTextes EAF 1ES1

Voltaire,

Poème sur le désastre de Lisbonne,

ou Examen de cet axiome : « Tout est bien ».

Extraits



Ô malheureux mortels ! ô terre déplorable !

Ô de tous les mortels assemblage effroyable !

D'inutiles douleurs éternel entretien !

Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien » ;

Accourez, contemplez ces ruines affreuses,

Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,

Ces femmes, ces enfants, l'un sur l'autre entassés,

Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;

Cent mille infortunés que la terre dévore,

Qui sanglants, déchirés, et palpitants encore,

Enterrés sous leurs toits terminent sans secours

Dans l'horreur des tourments leurs lamentables jours !

Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,

Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,

Direz-vous : «  C'est l'effet des éternelles lois

Qui d'un Dieu libre et bon nécessite le choix » ?

Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :

« Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ?

Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants

Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?

Lisbonne, qui n'est plus, eut-elle plus de vices

Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ?

Lisbonne est abîmée, et l'on danse à  Paris.

Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,

De vos frères mourants contemplant les naufrages,

Vous recherchez en paix les causes des orages :

Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,

Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.

Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes

Ma plainte est innocente et mes cris légitimes.

 

Proposition de plan détaillé de commentaire sur l'Ecole des femmes

Par aureliestauder - publié le lundi 29 mars 2010 à 11:48 dans 16wCorrections

Acte III, scène 4 de « Le grés vous a mis en déroute » à « hon chienne ». 

Problématique : Quels éléments annoncent déjà dans cet extrait l'échec total du plan d'Arnolphe ?  

Eléments d'intro : Horace rapporte ici ce qui n'a pas été montré sur scène : l'épisode du grès jeté par Agnès, conformément aux ordres d'Arnolphe. Mais là où Arnolphe s'attend à entendre le récit d'une déroute pour les tentatives de séduction d'Horace, c'est de sa propre défaite et de la désobéissance d'Agnès, qu'il est obligé d'écouter les détails. Le comique joue ici pleinement à ses dépens et annonce déjà l'échec de tous ses plans.  

I. Arnolphe : spectateur forcé de sa propre défaite 

a) Le récit d'Horace

Horace rapporte la scène à Arnolphe comme s'il avait assisté à un divertissement et souhaitait en faire partager tous les aspects les plus comiques à son « ami » Arnolphe. Le discours narratif (verbes d'action, verbes au passé composé…) est vivant grâce aux paroles d'Agnès rapportées : « Retirez-vous…. », et au rythme de la tirade : nombreux enjambements, longue phrase exclamative sur plusieurs vers qui montrent l'exaltation d'Horace. Le spectateur vit à la fois le récit d'Horace et la déconvenue d'Arnolphe. Arnolphe est ainsi le spectateur obligé d'un divertissement dont il est l'objet. Horace utilise en effet le vocabulaire du théâtre : « Voyez quel personnage a joué mon jaloux dans tout ce badinage ». Comme si Arnolphe était mis en scène dans le récit d'Horace, pour mieux se moquer de lui.

b) La lettre d'Agnès

Autre « coup » réservé à Arnolphe : la lecture imposée de la lettre d'Agnès. Cette lettre incarne l'intimité reconquise d'Agnès : elle utilise le « je » et Arnolphe n'est plus qu'un « on » indéfini : « On me dit que…. ». Une des maximes du mariage mentionnait que l'écriture était interdite aux épouses, Agnès montre ici qu'elle est à même de faire un usage subtil du langage : « Et voilà ma réponse » : double sens de l'expression. Elle a compris que le langage peut servir à duper mais elle en appelle à la transparence et la sincérité. Là encore, Arnolphe est « obligé » de constater qu'Agnès ne va pas dans la direction qu'il prétendait lui imposer.

c) Les effets comiques

Arnolphe est la grande dupe de cet extrait. Pour en accentuer l'effet comique, Horace au fil de son récit, ne cesse de le relancer pour qu'il vive plus intensément la scène : « N'admirez-vous point ? », « Ne trouvez-vous pas plaisant ? », « Vous n'en riez pas… ». Le quiproquo met le spectateur à l'aise pour rire pleinement des ressorts de farce très subtils de cette scène. Les apartés d'Arnolphe intensifient le comique : « Voilà friponne … », ou « Hom Chienne ». 

Transition : Arnolphe, l'arroseur arrosé qui n'a présenté à Agnès que les côtés austères du mariage va trouver un nouvel adversaire : la puissance de l'amour. 
 

II. La puissance de l'amour 

a) La vocation didactique de l'amour

L'amour est présenté comme un « grand maître » qui assure la transformation radicale des êtres en très peu de temps : « l'absolu changement devient par ses leçons, l'ouvrage d'un moment ». Il opère une succession de métamorphoses et toujours pour le mieux : l'avare devient libéral, le poltron vaillant, le brutal civil… Autan de qualificatifs qui pourraient d'ailleurs s'appliquer à Arnolphe… Cette vocation didactique de l'amour renvoie au titre de la pièce : « L'école des femmes » dans laquelle Agnès apprend très vite ! 

b) Un miracle

Le terme « miracle » fait de l'amour l'égal d'une divinité : il donne souplesse et agilité intellectuelle. Grâce à l'amour, Agnès va franchir les barrières matérielles, morales et intellectuelles. Avec peu de moyens : le sens des mots et une pierre : elle renverse la situation. L'attelage de mots abstrait (le sens des mots) et concret (la pierre) souligne cette aisance en créant un effet comique. 

c) La femme et l'amour

Là où  Arnolphe ne voit la femme que soumise et dépendante et surtout passive, Horace s'enthousiasme pour une femme qui affirme sa liberté d'aimer. En ce sens, Agnès rejoint le mouvement d'émancipation des femmes qui traversera tout le XVIIème siècle autour des précieuses notamment.  
 

Transition : Arnolphe de plus en plus renfrogné perd la maîtrise du jeu surtout que la comparaison avec le jeune, beau et enthousiaste Horace ne joue bien évidemment pas à son avantage… 

III. Le contraste des personnages 

a) Horace exalté

Après  avoir exalté la puissance de l'Amour qui a métamorphosé Agnès, Horace admire, en lecteur attentif, le style ingénu de sa lettre. Il en admire notamment « les termes touchants », sa « manière de pure nature d'exprimer l'amour », sa justesse d'expression : « tout ce que son cœur sent, sa main a sur l'y mettre »… Horace s'affirme comme un être sensible et sentimental et non pas comme le blondin séducteur et calculateur pour lequel Arnolphe voudrait le faire passer aux yeux d'Agnès.  

b) Arnolphe ridiculisé

Face à  cet Horace rayonnant, le ridicule d'Arnolphe est renforcé. Lui qui ne cherchait en Agnès qu'une « assurance contre le cocuage » au mépris de sa vie et de sa liberté à elle, se révèle terrassé par l'Amour auquel ce « Pygmalion diabolique » est obligé, malgré lui,  de céder la première place. 

c) La victoire définitive de l'amour

Le grand victorieux de cet extrait est bien entendu l'Amour. Arnolphe n'a pas su se laisser transformer par lui et il a cru jusqu'alors pouvoir se rendre maître du destin. Il en est dès lors la première victime, comme le souligne Horace, il est celui « qu'abuse à ses yeux par sa machine même, celle qu'il veut tenir dans l'ignorance extrême ». 


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