Nelly (1ère S2) présente "The silent Mother-in-Law" de Patricia Highsmith

Connue pour avoir écrit le roman qui a inspiré le fameux film d'Alfred Hitchcock, L'Inconnu du Nord Express (Strangers on a train), Patricia Highsmith est à l'origine de nombreuses nouvelles dont La belle-mère silencieuse.
Dans cette nouvelle, Edna, une belle-mère de cinquante-six ans, explique qu'elle n'interviendra pour tout l'or du monde dans la relation entre sa fille Laura et son gendre Brian chez qui elle loge car elle ne désire pas se conformer à l'archétype de la belle-mère envahissante. Cependant le silence qu'elle observe finit par indisposer Laura et surtout Brian. Aussi pour l'obliger à parler, à exprimer une réaction, rentrent-ils nus et saouls d'une fête nocturne. Edna, bien que choquée, garde son sang-froid. N'en pouvant plus, le gendre exige d'elle ne serait-ce qu'une brève remarque. La belle-mère silencieuse finit par déclamer (oui, déclamer) « la plus longue phrase qu'elle eût prononcée depuis des années. » Le lendemain soir, Edna, enfermée dans le grenier depuis des heures, meurt dans le fracas « des pots de confiture, des cageots, des bocaux de framboises, des fauteuils à bascule, [d'] un vieux canapé, [d']une malle et [d']une machine », le sol du grenier se dérobant soudain ses pieds.
« Thus was the rather noisy end of Brian's silent Mother-in-Law »!
Je ne peux réellement affirmer que j'ai apprécié cette nouvelle. La fin de l'œuvre est extrêmement paradoxale. D'une part, l'histoire étant racontée au présent, avec une minutie extrême, nous avons en tant que lecteurs, l'impression d'épier la vie d'Edna, de Brian et de Laura, tout en ressentant la gêne qu'inspire le silence d'Edna. On s'immisce dans les pensées d'Edna, on ressent pour elle de la compassion. D'autre part, cette empathie inspirée par Edna m'a rendue la fin plutôt inattendue, mais surtout brutale car je croyais assister à la naissance d'une Edna capable d'exprimer des sentiments. Malheureusement, le dimanche soir, je me heurte à nouveau au mur du silence d'Edna pendant toute une journée et reste hébétée face sa mort… paradoxale. N'ayant pas reconnu l'humour noir des écrits de Patricia Highmith, mon plus grand déplaisir (ou plaisir, je ne saurais le dire) serait d'entendre Edna dans le brouhaha de sa mort.

Serait-ce une vocation ?