Penser après les cours...!

Jacques Lantier, un héros? (1GM1)

Par cyberblaise - publié le vendredi 4 juin 2010 à 16:36 dans la Bête Humaine de Zola

Voici le travail de Ludovic, son devoir ets intéressant mais il a mal inséré les citations dans le fil de son discours, pour vous entraîner à la dissertation, vous pouvez vous proposer une manière d'introduire les citations dans le corps du devoir. Vous pouvez m'envoyer le texte, je l'évaluerai.


DISSERTATION     

 

La bête humaine, dix-septième roman des Rougons Macquart a été écrit par Zola en 1890. Ce dernier applique minutieusement son projet, énoncé dans « le Roman expérimental » en 1880, qui est de suivre le destin de cette fameuse famille (les Lantier) sous le Second Empire. Il étudie ainsi le milieu social. Selon lui, la génétique remonte aux premiers hommes. Il en conclut donc que les hommes sont des bêtes transformées en humains. Ici, il accuse les ancêtres atteints de maladies graves d'avoir contaminé leur descendance (enfants, petit-enfants, etc.). Aujourd'hui, ils en subissent les conséquences et certains peuvent même nuire à la société. Il le fait savoir dans le roman, en créant un personnage appelé Jacques Lantier qui est atteint de la maladie de la folie meurtrière, maladie transmise par sa mère Gervaise, ivrogne.

La question que peut se poser le lecteur c'est savoir dans quel camp Jacques Lantier est-il : peut-on le considérer comme un surhomme ou comme un homme ne possédant pas les caractéristiques requises pour en devenir un ? Zola va ainsi créer plusieurs s'intrigues dans son histoire qui pourront petit à petit aider le lecteur à répondre à la question du statut de Jacques Lantier.

 

Commençons par les aspects positifs de ce personnage. Tout d'abord, le physique. Jacques Lantier est un personnage qui possède de très bonnes caractéristiques physiques : il est jeune, beau, fort, aimé des femmes, c'est un héros séducteur. (extrait : « Il venait d'avoir vingt-six ans, également de grande taille, très brun, beau garçon au visage rond et régulier »).

Il est même capable de rendre sa maîtresse Séverine heureuse physiquement, car avant sa rencontre avec lui, elle n'avait pas connu le bonheur dans l'amour. On peut qualifier Jacques de « sauveur » ou de bon amant pour Séverine. Zola le décrit en utilisant les principales caractéristiques que doit posséder un héros.

           

Ensuite, le relationnel. Zola nous fait savoir que Jacques Lantier entretient de bonnes relations avec son entourage : il est sociable, agréable à côtoyer, serviable. Par exemple lorsque Jacques travaille sur son train. Pendant que lui roule, son coéquipier : Pecqueux fait sa sieste habituelle à cause des problèmes qu'il a avec l'alcool.

 

Enfin, son professionnalisme, son sérieux et sa témérité. Jacques est un mécanicien de première classe ayant fait de nombreuses études. Il travaille dans un domaine qui est à son époque original. Il est mécanicien sur les chemins de fer (ce métier à été créé environ vingt ans auparavant). Il aime son métier et s'y investit beaucoup. Il est tellement attiré par sa machine, qu'il l'a considère comme sa « femme ». (ex : « s'il l'aimait celle-là, c'était en vérité qu'elle avait des qualités rares de brave femme. ») Il a même reçu la prime de chauffage grâce à sa merveille. La prime est décernée aux ouvriers qui arrivent à faire avancer leur machine avec le moins de charbon possible. (extrait : « elle vaporisait si bien, qu'elle faisait en effet de grosses économies de charbon ».). Il est être fier de son métier. Il a la lourde tâche de transporter, en sécurité, des voyageurs dans diverses destinations. Il tient leur vie entre ses mains et la moindre erreur de pilotage peut leur être fatale.

 

Il arrive à faire face aux difficultés, en adoptant le comportement adéquat, raisonnable. Dans le roman, Jacques est confronté à la neige, obstacle qui peut être considéré comme créé par les forces du mal. Il n'a pas peur de rien Tel un héros, il affronte cette menace sans hésiter. Jacques devant un tel obstacle qui le menaçait a eu le courage de l'affronter de face sans jamais reculer à l'image d'un demi-dieu. (ex : Hercule se battait contre les dieux, il ne reculait devant rien et était toujours près à combattre). Zola a créé un scénario parallèle avec Hercule , demi-dieu de l'antiquité, pour montrer à quel point Jacques pouvait être un héros. Toutefois, en raison de violentes chutes de neiges, il sera finalement contraint de s'arrêter à la Croix-de-Maufras pour que la voie soit déblayer. Jacques Lantier reconnaît la limite de ses capacités.

Il apparaît donc de façon certaine que Jacques possède de bonnes qualités. Néanmoins, on ne peut omettre de parler du mal qui le ronge. Il est habité par une maladie héréditaire de par sa mère et qui le fait énormément souffrir : la folie meurtrière,. Il essaye de se battre contre le fléau qui est en lui. (Lors de la scène avec Flore, ses pulsions meurtrières apparaissent. Il décide de s'enfuir pour ne pas lui faire de mal. Il va souffrir plus loin dans l'herbe.) A ce moment, Jacques montre au lecteur les atroces souffrances que lui cause cette maladie en faisant ressentir de la pitié à son encontre par le lecteur. Il ne peut malheureusement échapper à son triste destin. On peut en conclure qu'il est un personnage tragique, Zola a ainsi transposé le naturalisme avec la tragédie.

 

Parfois, Jacques réagit comme une bête. A certains passages du roman, la maladie prend le dessus sur lui. A ce moment il devient un danger pour la société, n'arrivant pas à dompter le désir de tuer (ex : Une fureur semblait le prendre, une férocité qui le faisait chercher des yeux , autour de lui une arme, une pierre, quelque chose enfin pour la tuer). Au début du roman, Jacques apparaît comme quelqu'un d'ordinaire, sa folie ne se manifeste pas. Tout ce qui est dit sur lui au début du roman est positif. Il a tout pour être un héros, mais au fur et à mesure que le roman avance, son état se dégrade. Il va en effet assister à un meurtre. En voyant le corps du défunt, il va se questionner sur le plaisir de tuer. Dès cet instant, sa folie meurtrière apparaît et il va avoir du mal à la contenir et tuera par la suite Séverine (ex : Il étouffait, luttant, déjà emporté ; étourdi par le flot de son sang, dans l'abominable frisson). Zola fait un parallèle entre la dégradation de Jacques et celle de l'ancien régime (la Révolution française a fini par détruire l'ancien régime).        

 

Jacques Lantier, est sans aucun doute le personnage principal de ce roman. C'est lui qui apparaît le plus de fois. Il se trouve notamment au centre des principales actions qui se déroulent dans l'histoire. Il est témoin de l'assassinat du Grandmorin, personnage haut placé dans l'histoire. (La vision si brève d'un homme égorgeant un homme, venait de renaître. Il a décidé de ne pas dénoncer les coupables afin de ne pas être impliqué dans cette affaire. (ex : Ce serait imbécile de se mettre là-dedans, de perdre son temps et de s'émotionner). En faisant cela, il ment à la justice. Mais il finit par raconter ce qu'il a observé le jour d'avant. Séverine est bouleversée, Roubaud sait que Jacques est un danger pour eux et il demande à Séverine d'avoir une relation avec lui pour le faire changer de d'avis et donc de camp. (ex : Venez donc dire bonjour à ma femme., il l'entraîna). Une fois que la relation est établie, Jacques est considéré comme un complice du meurtre.

Un peu plus tard, Jacques va échouer à maîtriser ses pulsions meurtrières, et va donc commettre l'irréparable en tuant Séverine, sa maîtresse (ex : Et il abattit le poing, et le couteau lui coula la question dans la gorge). A ce stade, Jacques est maintenant un meurtrier.

            La folie n'a plus de limite et entraînera sa propre perte. A la fin du roman, il trahit son ami, Pecqueux en couchant avec sa femme. Leur relation s'envenime donc et cela va se terminer par la mort des deux hommes qui se battent sur le train. Ils chutent et se font broyer par la machine. (ex : Mais Pecqueux, d'un dernier élan, précipita Jacques et celui-ci sentant le vide, éperdu, se cramponna à son cou, si étroitement, qu'il l'entraîna). L'évolution de Jacques dans ce roman va le mener à sa destruction. C'est le dernier personnage du roman à disparaître.

 

Au final, on reste dans le doute. Il est difficile de dire de façon tranchée si Jacques est un héros de par son côté sympathique, social, ses aptitudes à surmonter les difficultés ou si c'est à partir du moment où il bascule dans la folie et que la maladie le rend dangereux. La mort des différents personnages de cette histoire laisse un goût amer. Il nous semble qu'il devient un anti-héros malgré lui, n'ayant pas pu lutter pour terrasser la bête qui est en lui.

 


Commentaire de la fin de la Bête Humaine (1GM1)

Par cyberblaise - publié le dimanche 23 mai 2010 à 16:26 dans la Bête Humaine de Zola
 

Fin du roman :

Situation du passage :Jacques et Pecqueux qui sont devenus des frères ennemis, cf Caïn et Abel, les premiers frères dans la Bible, en se battant sont tombés sur la voie, et le train qu'ils conduisaient, chargé de soldats partant au front, roule maintenant à toute allure affolant sur son passage les spectateurs impuissants à l'arrêter.

Force dramatique  du passage réside dans la façon dont sont rendus la vitesse effrayante du train et l'effroi des hommes devant l'inévitable issue. Réalisme d'une catastrophe ferroviaire qui se mue en vision fantastique d'un train fantôme fonçant vers la destruction. Fin symbolique aussi très pessimiste : le train symbole du progrès devient instrument de mort, le Second Empire, régime détesté par Zola roule vers sa défaite.

1.       Images du train : Animal, femelle : Comme la Lison, métaphore filée de la cavale, cf « ainsi qu'une cavale », « galopant »  mais il n'y a plus de maître : « indomptée encore, échappée des mains du gardien » : sensation de libération : « enfin, la rétive, la fantasque pouvait céder à la fougue de sa jeunesse ».

Phrase présentative : « c'était le galop tout droit de la bête qui fonçait tête basse et muette, parmi les obstacles », « affolée par le bruit strident de son haleine ».

 

« Train fou » préparé par l'adjectif «  fantasque », l'adverbe «  follement » lorsqu'il est question de la pression qui monte et l'adjectif «  affolée » qui est de la même famille puisqu'il signifie «  rendue folle » ; cf allitération en f et m, et r : « dans un vertige de fumée et de flamme, ce train fou, cette machine sans mécaniciens ni chauffeur ».

 

Association de l'image de la bête et de la folie : Cavale qui devient «  monstre échappé » : grandissement épique : « il s'était rué », « galop furieux », « force prodigieuse et irrésistible que rien ne pouvait plus arrêter » : effet d'insistance dans la redondance hyperbolique.

 

Quand les gens se rendent compte qu'il n'y a plus de conducteurs dans le train, il devient «  train fantôme » cf « la nouvelle du train fantôme qu'on venait de voir passer » : pronom indéfini qui témoigne des réactions de tous ceux qui assistent à la catastrophe

Comparaison avec « un sanglier dans une futaie »// avec Jacques Lantier lui-même.cf au moment du meurtre de séverone : il ‘entend un reniflement de bête, grognement de sanglier ».

« Bête aveugle et sourde  qu'on aurait lâchée parmi la mort » : changement d'idée, la machine ne semble plus s'être libérée  d'elle-même comme au début du texte mais elle apparaît comme l'instrument d'une volonté indéfinie : « on aurait lâchée » : instrument du destin, châtiment ?

 

2. Récit d'une catastrophe ferroviaire qui prend une dimension fantastique.

Réalisme : -récit globalement fait du point de vue d'un narrateur extérieur, témoin de l'emballement du train et des scènes de panique que son passage provoque tout au long de la ligne, utilise parfois la focalisation interne :  premier paragraphe qui pourrait donner le sentiment que le point de vue est interne aux passagers du train, puis  «  et l'épouvante glaça la gare, lorsqu'elle vit passer » : la métonymie de la gare annonce que ce qui sera décrit ensuite est vu du point de vue des gens qui sont dans la gare de Rouen.

 

-Toponymes qui ancrent la scène dans la réalité : « on traversa Maromme », A Rouen, sur les bords du Rhin : allusion au front, gare de Sotteville, Oissel, Pont-de-l'Arche.

- Efforts pour contrôler la situation vains : hypothèse du conducteur endormi possiblement émise par quelqu'un dans le train qui se rend compte de la vitesse anormale : « sans doute, le conducteur-chef, cédant à la fatigue, s'était endormi ». Mais à Rouen, prise de conscience que le train n'est pas conduit : « sans mécanicien ni chauffeur ».  « Les employés étaient restés béants, agitant les bras ». Anticipation des accidents sur la ligne : usage des « télégraphes » : «  un train de marchandise qui occupait la voie, put être refoulé sous une remise » ; effet de suspense de la catastrophe différée :  « un express qui se trouvait en avant allait sûrement être rattrapé », « il faillit se broyer, à Oissel contre une machine-pilote ».

Mais course du train pas vraisemblable : devrait s'arrêter faute de charbon. Zola sait cela mais préfère transformer le train en une force agissante pour donner une valeur mythique symbolique à cette fin : transfiguration fantastique.

-          Suspense  lié à l'attente de la catastrophe et à la suggestion d'une vitesse croissante, d'un emballement :  « Pendant la première demi-heure », « vitesse devient effrayante », « en coup de foudre », pas même le temps de siffler à l'arrivée en gare, « fonçait »,le train passe outre les signaux et les obstacles » sans tenir compte « ni des feux rouges ni des pétards »

-          Texte rythmé par « elle roulait, elle roulait toujours », puis changement de complément,  «  sans fin, », «  il roulait, il roulait, dans la nuit noire », « elle roulait, elle roulait, chargée de cette chair à canon », sonorité de « rou » reprise en plus dans le nom de la ville de Rouen.

-          Réaction de panique : épouvante qui glace, « on se précipita, on prévint »( effet de bégaiement de la reprise de la syllabe « pré »), « On tremblait de peur. », la terreur est à son comble : cf tous les cœurs battaient, tous les appareils tintaient » : généralisation hyperbolique renforcée par l'évocation du bruit des tintements d'alarme.

-           Phrases courtes, haletantes, juxtaposées : parataxe qui mime la rapidité des décisions ou la progression sans obstacle du train fou : «  s'était rué »,  «  et la guerre de Sotteville fut brûlée » : passif qui accentue encore le sentiment de vitesse., « il fila » ;

-          Folie du train qui se propage aux agissements des humains dépassés.

-          Transfiguration fantastique : train vivant, monstre d'apocalypse. (Voir1)

-           Métaphore d'un feu qui se propage : « le foyer venait d'être rempli, s'embrasait, coup de foudre, vertige de fumée et de flamme, la gare de Sotteville fut brûlée . »

-          Mais entrée dans les ténèbres :  « il se replongea dans les ténèbres », « dans la nuit noire », «  au milieu des ténèbres » « parmi la mort ».

-           

3 .Dimension symbolique de cette fin hallucinante

Interprétations à plusieurs niveaux : course folle du train vers la catastrophe, la guerre, la mort, peut représenter l'instinct de mort qui travaille tout le roman et notamment le personnage de Lantier .Mais aussi les autres bêtes humaines.

 

Le train peut être « l'image de la France d'alors » comme l'écrit Zola dans les dossiers préparatoires. France du second Empire promise à la défaite de Sedan et au désastre comme les soldats dans le train qui ne se rendent compte de rien et semblent se croire dans un manège de fête foraine : ivres et chantant de plus en plus fort :  « les soldats dont l'ivresse augmentait ( …) subitement s'égayèrent »( devinrent plus gais), troupiers qui hurlaient des refrains patriotiques et « allaient à la guerre » mais qui à la fin du texte sont qualifiés de » chair à canon » totalement inconscients de leur destin, « soldats, déjà hébétés de fatigue – avant que les combats aient commencé, ce qui laisse mal augurer de leur ardeur à se battre, l'adverbe « déjà » est lourd de menace- et « ivres et qui chantaient ». « La fête Impériale »  tourne à la beuverie et à la destruction.

 

Enfin le train qui était symbole de progrès altère son image positive : dans les dossiers, Zola parlait de « progrès qui passe devant la bête humaine déchainée » cf Phasie : « ça c'était le progrès, tous frères, roulant tous ensemble, là-bas, vers un pays de cocagne ». Au long du roman le train était opposé à la bestialité humaine, il passait, indifférent aux drames des humains cf chapitreX  « Et ça passait, ça passait, mécanique, triomphal, allant à l'avenir avec la rectitude mathématique, dans l'ignorance volontaire de ce qu'il restait de l'homme, aux deux bords, caché et toujours vivace, l'éternelle passion et l'éternel crime » mais le train fou devient lui aussi un instrument de mort : qui ne se soucie pas des victimes : «  qu'importaient les victimes que la machine écrasait en chemin ! n'allait-elle pas à l'avenir, insoucieuse du sang répandu ? » Le progrès conduit au pire, à la barbarie et à la mort.

 

La fin est cependant ouverte : on ne sait où s'arrêtera le train. Le récit dramatique de sa trajectoire l'assimile à un monstre emblématique des instincts sauvages de l'homme. A l'image des autres personnages du roman le train ne peut achever son itinéraire que dans le sang.

Contrairement à la fin d'autres romans comme Germinal où le progrès prend forme de moissons espérées ou à la fin du Docteur Pascal d'une femme qui allaite son enfant ,la fin de la Bête humaine est très sombre.

 

 

Chapitre 8 L'aveu de Séverine à Jacques( 1GM1)

Par cyberblaise - publié le dimanche 23 mai 2010 à 16:04 dans la Bête Humaine de Zola

Chapitre 8 l'aveu de Séverine.

Situation du passage : Dans la chambre de l'impasse d'Amsterdam, Jacques et Séverine passent la nuit ensemble et s'adonnent à leur plaisir. Séverine entraînée par ses souvenirs de la chambre avoue à son amant les brutalités de Roubaud et lui raconte comment il l'a associée de force au crime de Grandmorin. Jacques, pris d'une curiosité morbide liée à sa fêlure, l'interroge dans le détail sur sa participation au meurtre et sur les sensations éprouvées. La scène dialoguée fait s'entrecroisée les ébats amoureux et le récit longtemps retardé dans le roman puisque nous sommes au chapitre 8 des circonstances précises de l'assassinat du Président. Trop longtemps contenue par Séverine, cette confession livrée à son amant résonne comme une révélation pour la jeune femme, la « bête humaine » n'est pas forcément celle que l'on croit.

1.       Séverine : Un personnage sensuel qui se délecte au récit du meurtre malgré ses dénégations.

-« montée ardente de ce long récit », « cri », « épanouissement même de son besoin de joie » ; intensité émotionnelle éprouvée qui mime la jouissance.

-Importance des perceptions sensibles dans le récit du meurtre : ouïe : « bruit sourd » du coup de couteau, toucher : « secousses » qui se propagent dans tout le corps de l'agonisant et se transmettent au corps de Séverine.

-Interrogation sur le plaisir ou la peine ressentis : Séverine nie d'abord le plaisir éprouvé : « Du plaisir, ah ! non, pas du plaisir ! » dans des exclamatives haletantes, mais la façon dont elle décrit ce qu'elle éprouve révèle la dénégation : elle a connu une véritable extase cf « ça vous emporte, oh ! si loin ! si loin ! », un ravissement, elle a été « ravie » à elle –même. L'antithèse «  J'ai plus vécu dans cette minute-là que dans toute ma vie passée » insiste sur l'intensité vitale qui a été ressentie et qui transforme le meurtre en un moment capital et d'une jouissance inouïe. Le sentiment de culpabilité qui affleurait encore dans la dénégation s'efface devant la volupté secrète de la mort ; tout de suite après la révélation, Jacques et Séverine s'étreignent : «  Jacques cette fois l'avait prise ; et Séverine aussi le prenait ». Séverine se révèle l'initiatrice de Jacques qui lui n'a jamais tué.cf communication de « la brûlure » : récit « ardent », « Jacques qu'elle avait bouleversé et qui brûlait comme elle », « vision rouge » qui lui envahit la tête cf aussi tache rouge au plafond de la chambre.

2. une scène d'amour qui évoque un rut bestial :

Communion charnelle et violente, prédatrice : cf reprise du verbe « prendre », mot « rut » dans le texte explicitement : « Ils se possédèrent(…) dans la même volupté douloureuse des bêtes qui s'éventrent pendant le rut ». Leur rapprochement, puis leur accouplement s'accomplit avec brutalité et sauvagerie au rythme du récit du meurtre qui révèle des forces obscures et violentes. Métamorphose en bêtes : cf champ lexical de l'animalité : cri de Séverine, Jacques « dents serrées », perdant la parole humaine : « n'ayant plus qu'un bégaiement », « souffle rauque » à la place de la respiration, amants dépossédés d'eux-mêmes. Pas question d'amour et de sentiments mais seulement sexe et attirance pulsionnelle. Cf inconnu qui se réveille dans Jacques «  onde farouche » qui monte « des entrailles ».

3. Alliance de l'amour et de la mort : Eros et Thanatos.

Zola décrit brutalement le plaisir sexuel et l'appétit du meurtre comme des penchants indissociables chez l'homme. Séverine incarne à la fois Eros et Thanatos, Jacques goûte à la volupté de la mort qu'elle éprouve elle-même. Cf champ lexical de la mort associé à celui de l'embrasement -«  ardent, brûlait »- : « curiosité du meurtre , raidir, mort », violence de la blessure à l'arme blanche : « couteau, entrer, coup, déchirement » ;  pénétration sexuelle vue comme une éventration qui fait écho à l'acte de tuer avec le couteau : comparaison avec« bêtes qui s'éventrent pendant le rut » « secousses » qui se transmettent. Texte explicite : « retrouvant l'amour au fond de la mort ».

Après l'amour : ellipse temporelle, évocation symbolique de la « petite mort », sommeil après l'amour : disparition du «  reflet  saignant » au plafond ; connotations de mort transférées au cadre spatio-temporel d e la chambre : poêle éteint, chambre qui se glace, puis au dehors, dans la ville, par un élargissement du champ : »grand froid », silence : « pas une voix ne montait de Paris ouaté de neige », connotation de mort de l'hiver.

Métaphore finale du « gouffre noir » dans lequel « tout s'abîme » c'est-à-dire à la fois tombe et se détruit, qui signifie aussi bien le sommeil que la mort, mais aussi le mal.

Ouvrir sur la pulsion de meurtre qui reprend jacques au réveil et qui lui donne envie de tuer Séverine et le fait quitter la chambre pour partir en quête d'une autre victime.


analyse de la séquence de la rencontre Flore- Jacques dans la Bête Humaine de Renoir

Par cyberblaise - publié le vendredi 21 mai 2010 à 16:31 dans la Bête Humaine de Zola

la Bête Humaine, le film de Renoir (1GM1)

Par cyberblaise - publié le dimanche 9 mai 2010 à 16:36 dans la Bête Humaine de Zola

Le roman de Zola a été adapté au cinéma par le réalisateur jean renoir avec Jean Gabin dans le rôle de Jacques. regardez le début du film pour bien comprendre le travail du mécanicien et du chauffeur.


http://www.dailymotion.com/video/x9mu33_jean-gabin-la-bete-humaine_shortfilms


Jacques et la Lison, lecture analytique chapitre 5

Par cyberblaise - publié le samedi 8 mai 2010 à 16:49 dans la Bête Humaine de Zola

Lantier et la Lison. Chapitre 5

 « Et c'était vrai, il l'aimait d'amour…d'être graissée trop souvent ».

1.      En quoi la focalisation interne et le discours indirect libre, permettent-ils à Zola de présenter le travail du mécanicien de façon presque naturelle sans que cela soit trop fastidieux pour le lecteur de recevoir des explications? Relevez dans le texte toutes les évocations du travail du mécanicien.

Evoque son expérience de « quatre ans » de conduite. L'une des tâches du mécanicien est de veiller à « la bonne vaporisation », il s'agit en effet à l'époque d'une locomotive à vapeur. Le texte contient un vocabulaire technique qui décrit ce mécanisme : « On prétendait que, si elle démarrait avec tant d'aisance, cela provenait de l'excellent bandage des roues, et surtout du réglage parfait des tiroirs », « qualité du cuivre des tubes et de la disposition heureuse de la chaudière ». « Le combustible » est le charbon. Lantier évoque « le mystère de la fabrication » et l'importance du savoir faire de «  l'ouvrier  monteur » qui par « son tour de main » va donner « une personnalité à la machine ». Eloge du travail ouvrier ici valorisé par Zola. Il fait allusion aussi au besoin de « graissage » des « cylindres ».

Lantier rappelle également que « la bonne vaporisation » et l'économie de charbon qui permettait au mécanicien d'avoir une prime de chauffage; donc renseignement sur la rétribution des cheminots et sur l'intéressement au travail : « en dehors des appointements fixes (salaire), elle lui gagnait des sous, grâce aux primes de chauffage; » « elle faisait en effet de grosses économies de charbon » (La façon dont la chose est exprimée fait entendre les tournures orales du parler de Lantier : cf focalisation interne)

L'on voit bien que la focalisation interne rend naturelle les renseignements documentaires que l'on trouve dans le roman sur la vie dans les chemins de fer, le personnage relais qu'est Lantier évoque ce qu'il connaît et l'occupe.

 

2.      Comment la machine est-elle mise en valeur ? En quoi peut-on dire que Jacques fait l'éloge de la locomotive ? Relevez les procédés de l'éloge ?

La machine est mise en valeur par des adjectifs et tournures valorisantes : « elle avait des qualités rares de brave femme ». La personnification est en soi déjà une valorisation. Lantier dira même qu'elle possède « une âme, une personnalité », ce qui n'est pas le cas de toutes les machines. La Lison devient alors une machine quasi « fantastique », qui sort de l'ordinaire car un mystère est lié à sa fabrication. (A rapprocher sous cet angle de l'alambic dans L'Assommoir ou du Voreux, la mine dans Germinal)

 Les qualités vont être à la fois physiques et morales et sont liées à son bon fonctionnement : « douce, obéissante, facile au démarrage, marche régulière » : elle ne présente pas de difficultés de fonctionnement. Le narrateur utilise des intensifs : « tant de », « excellent », « parfait », parle d' « aisance », ce qui est synonyme de « facilité », « elle vaporisait si bien que ». L'accumulation des termes laudatifs acquiert une valeur hyperbolique qui montre que Lantier célèbre vraiment sa machine.

Lorsque par métaphore elle est assimilée à un animal, c'est un animal mythique, « une cavale vigoureuse et docile » qui associe force et élégance. Sa principale qualité est son obéissance à celui qui la conduit comme le montre les adjectifs « obéissante » dans le premier paragraphe et «  docile » dans le deuxième, et qui se traduit en conséquence par le fait qu'elle « partait et s'arrêtait vite ». Du coup, le couple que forment les hommes et la machine prend une dimension épique.

Cependant l'éloge semble à nuancer puisque Lantier a « un reproche à lui adresser, » , un seul : une grande consommation de graisse dont Lantier parle , poursuivant la personnification, comme d'un appétit vorace lié à son « tempérament » à travers les termes « dévoraient des grandes quantités de graisse », « faim continue », « passion gloutonne » et là encore il la compare à un être humain : « de même qu'on ferme les yeux sur un vice, chez les personnes qui sont d'autre part pétries de qualités » en faisant une généralisation dont témoigne le présent de généralité employé  comme s'il sollicitait l'assentiment du lecteur en l'associant à son jugement valorisant sur la Lison. En fait, son défaut la rend encore plus sympathique puisque plus comparable à un être humain.

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3.      Quelles relations Jacques entretient-il avec sa machine ?

Dans l'ensemble du passage, Lantier insiste sur l'amour qu'il lui porte : le verbe « aimer » est répété en début de chaque paragraphe avec des effets hyperboliques dans l'expression « aimer d'amour », commenté par le présentatif « c'était vrai ». ( quatre occurrences du verbe « aimer » qui rythment l'éloge.)

 Elle est assimilée à une femelle animale ou même à une femme : Lantier parle en homme d'expérience qui peut la comparer à d'autres locomotives : « Il en avait mené d'autres, des dociles et des rétives, des courageuses et des fainéantes » , « chacune avait son caractère ». Il reconnaît lui-même qu'il parle d'elle « comme on dit des femmes de chair et d'os ».Elle est « une brave femme ».

Les raisons de cet amour sont expliquées dans le texte : «  en mâle reconnaissant », Jacques sait qu'il  lui doit un bon revenu, l'estime des autres pour sa qualité de mécanicien que le texte assimile à une sorte d'activité de dompteur, de cavalier, maître de sa monture.

Mais leur relation paraît aussi érotisée selon un schéma assez machiste  dominant/dominée : il la « mène », elle « obéit ». Les mots peuvent être à double entente : un champ lexical à connotation érotique affleure : « femme de chair et d'os, dociles, rétives, douce, obéissante, une  vraie débauche, vice, tempérament, passion gloutonne ». Cette interprétation est d'autant plus autorisée que le passage se clôt sur « la plaisanterie » grivoise qui a cours dans le milieu viril des cheminots de la locomotive qui « à l'exemple des belles femmes » « avait le besoin d'être graissée trop souvent », allusion sexuelle sans équivoque.

 


la Bête humaine, un roman du rail? (1GM1)

Par cyberblaise - publié le samedi 8 mai 2010 à 16:39 dans la Bête Humaine de Zola

Notes de cours pour une synthèse sur cette question:

La Bête Humaine : un roman du rail ? les pages renvoient à l'édition Folio.

Selon le projet de Zola : « toile de fond » pour roman du crime mais dossiers préparatoires prouvent intérêt pour ce nouveau milieu : trafic, machines, condition de vie et de travail du personnel.

« effet de réel » : fonction documentaire du roman.

Source d'info principale : ancien ingénieur des chemins de fer Pol Lefèvre, auteur d'un ouvrage technique sur le sujet.

Visites de gares, trajet de la ligne Paris-Le Havre avec repérages des lieux, circule dans une locomotive avec le conducteur. Consistance et crédibilité de l'histoire. Mais intègre dans le récit romanesque par la technique du point de vue interne.

Vie des gares et milieu cheminot : cf chapitre 1 gare saint- Lazare entre trois et six heures de l'après-midi. Œil de professionnel de Roubaud qui suit les manœuvres des différentes machines, départs et arrivées

Chap III : vie de la gare du Havre au petit matin : relais des équipes de nuit et de jour. Entretien, formation des convois.

Tous les personnels même garde barrière cf Misard

Mais surtout conducteur et mécano : Jacques Lantier et Pecqueux, relation avec la loco, la Lison.

Fonction narrative : Mais aussi participation à l'action : train force agissante, personnage de la Lison. Lié au crime : assassinat de Grand Morin dans le train, accident et instrument du crime pour Flore. Mort du héros à la fin.

Fonction symbolique : symbole du progrès en marche transformé en bête monstrueuse : cf «  ça, c'était le progrès, tous frères, roulant tous ensemble, là-bas, vers un pays de cocagne. »p 71

Mais indifférent aux drames qu'il côtoie. Trains passent, le progrès n'élimine pas la barbarie au contraire surenchérit sur la puissance meurtrière.

Mais symbolise aussi « l'instinct de mort » : cf Gilles Deleuze : le désir de meurtre se manifeste un peu comme l'approche d'un train : surgissement brusque, violence du bruit p 299 pression de la machine surchauffée et de la folie dans le crâne. Cf train fou de la fin image du criminel. Train débridé abandonné à lui-même, bête aveugle et sourde qu'aurait lâché parmi la mort. P462

Le roman s'ouvre et se ferme sur un départ de train lâché sur la mort. Au moment du meurtre de Séverine un train passe et masque le cri de la jeune femme. P417


La " Fêlure" de Jacques Lantier( 1GM1)

Par cyberblaise - publié le vendredi 30 avril 2010 à 16:01 dans la Bête Humaine de Zola

Lecture analytique 1 dans la Bête Humaine de Zola

La fêlure de Jacques :

P84 dans l'édition folio. »Alors Jacques, les jambes brisées…(…) avec les loups mangeurs de femmes au fond des bois »

Objectif : faire comprendre l'un des thèmes du naturalisme de ZOLA : l'hérédité. Le personnage est caractérisé par l'influence génétique de sa famille alcoolique, mais Zola remonte plus loin encore.

Deux centres d'intérêts du texte qui correspondent aux deux questions suivantes :

1 .A quoi voit-on dans le texte qu'il souffre d'un mal qu'il ne peut maîtriser ?

2. A quoi voit-on que Lantier cherche les causes de ce qu'il appelle sa « fêlure » ?

Pistes pour vous aider. A vous de relever les passages du texte et les procédés qui peuvent étayer l'idée.

I Un mal qu'il ne peut maîtriser malgré ses efforts (Etude du premier paragraphe)

-          Prouver que le texte nous fait entrer dans l'esprit perturbé de Jacques :

Après première phrase narrative, point de vue omniscient, très long passage en point de vue interne de Jacques : discours indirect libre qui permet au lecteur de pénétrer dans l'agitation de ses pensées. Ponctuation expressive : exclamatives, juron, répétition de mots qui traduisent le trouble.

Entrecoupé par quelques retours du narrateur externe pour décrire les postures et attitudes de Jacques .

 

-          Montrer que le désir de meurtre est associé au désir amoureux normal : deux lexiques présents dans les mêmes phrases : celui du désir amoureux : «  fièvre grandissant, affolante du désir,   éveil de la puberté », « posséder » « chair, plaisir, envie » (deux fois) qui expriment la sensualité de Jacques et le champ lexical de la violence meurtrière qui constitue son « mal » : « tuer » (3 occurrences), « planter », « égorger ». La pulsion meurtrière est bien associée à la vision de la femme dénudée « dès qu'il l'avait vue », « cette gorge chaude et blanche » et au désir qu'elle suscite.

 

-          Montrer que Jacques en parle comme d'une maladie mais qu'il ne décrit pas les symptômes :

Champ lexical de la maladie : « fièvre », « convulsifs » pour « les sanglots », « guéri », « mal abominable ». Nombreux termes qui amplifient les effets du mal comme l'adjectif « abominable » : hyperbole qui montre un degré extrême, jugement porté par jacques sur ce qui lui arrive.

Dans le deuxième paragraphe : amaigrissement lié à «  l'appréhension et la honte de ses crises », subites pertes d'équilibres. Mais pas  « mauvaise santé » générale.

 

-          Montrer que Jacques produit la compassion du lecteur car il lutte contre lui-même( « s'i ne s'était pas cramponné aux herbes, il serait retourné là-bas, en galopant, pour l'égorger ») cf aussi le refus de boire mentionné dans le deuxième paragraphe,: Jacques est émouvant car il lutte contre son mal et apparaît comme désespéré : gestuelle pathétique lorsqu'il est à terre, à genoux : « jambes brisées, vautré sur le ventre, face enfoncée dans l'herbe, doigts tordus entrèrent dans la terre » : corps crispé souffrant, cherchant comme à disparaitre dans le sol,

-l orsqu'il pleure : « sanglots convulsifs », « ses sanglots lui déchirèrent la gorge »,

- lorsqu'il pousse « un râle de effroyable de désespoir »,

- appel à Dieu même s'il s'agit d'un juron «  Mon Dieu ! »( deux fois), supplique désespérée,

- Jacques éprouve du remords par rapport à Flore qu'il connaît depuis l'enfance.( «  qu'il avait vue grandir ») et dont il a perçu l'amour : «  cette enfant sauvage dont il venait de se sentir aimé si profondément ».

 

-          Montrer que dans ce passage il est une sorte d'antihéros : 1er sens de « antihéros » : le contraire d'un héros : posture de faiblesse à terre, grand gaillard qui pleure et gémit, impuissant à maîtriser sa pulsion. 2ème sens : héros du mal : désir de tuer.

Mais malgré tout profonde humanité du personnage qui apparaît comme tragique lorsqu'il recherche les causes de son mal qui sont en dehors de lui  et qu'il essaie de retenir sa pulsion.

(Passage de transition avec la deuxième partie du commentaire)

 

II La recherche des causes de « la fêlure. »( Etude du deuxième paragraphe)

-          Montrer que Jacques se livre à un monologue intérieur où il réfléchit : véritable monologue intérieur, retrouve un peu de « calme »( « s'efforçait de se calmer ») pour tenter de réfléchir à l'origine de son mal : «  il aurait voulu comprendre », cherche des explications. Retour en arrière sur sa vie, évoque les questionnements antérieurs, introspection à l'aide de questions qu'il se pose. Fait lui-même les questions et les réponses. Dédoublement.

 

-          Détailler les différentes raisons qu'il imagine à son mal : Plusieurs pistes :

-la jeunesse des parents qui l'ont eu trop tôt : mère qui l'avait eu  « très jeune », « à quinze ans et demi » »le père gamin », antithèse entre « beau » et «  mauvais cœur » du père, allusison à un conflit dans le couple et à des frustrations de la mère.

- explication génétique : passe en revue la famille, les frères Claude et Etienne, il est le second dans la fratrie, donc mère à peine adolescente à sa première grossesse, sentiment qu'il et le seul à avoir souffert de cette jeunesse des parents. Mais  indice d'un problème caché chez Claude le peintre  cf « se dévorait » réputation de folie , de rage,

parle de « fêlure » « trou », « cassures », symptômes des « pertes d'équilibre », images pour dire ce qui est difficile à expliquer : » grande fumée qui déforme tout » : la famille est vue comme une sorte de maison lézardée qui n'est pas solide et risque de se rompre : «  la famille n'était guère d'aplomb ». 

-piste de l'alcoolisme : bien qu'il soit sobre, il sait que «  la moindre goutte d'alcool le rendait fou » : « génération d'ivrognes » dont il était le sang gâté ».

 

-          Montrer qu'il décrit son mal d'un point de vue clinique comme un dédoublement de personnalité :

Dédoublement de personnalité : bestialité en lui : « son moi lui échappait », «  il ne s'appartenait plus », dissociation entre le corps et l'esprit : «  il obéissait à ses muscles » «  à la bête enragée » Indices de l'animalité  dès le premier paragraphe  dans le choix du vocabulaire : « vautré ( le cochon se vautre dans la fange !), enragé (chien), en galopant.(cheval) »

-           

 

-          Montrer que l'hérédité familiale est englobée dans une hérédité plus large qui renvoie à l'origine de l'humanité qui est sortie de la bestialité : mêlé à l'hérédité familiale : temps infini qui remonte aux « ancêtres », « générations » « sang gâté », « lent empoisonnement : résultat d'un processus qui remonte loin : cruauté du sentiment d'avoir à « payer » pour les autres. Fatalité injuste.

-          métaphore de la bête préhistorique « une sauvagerie », un retour en arrière au statut d'avant l'humanité(« le ramenait) : « loup » au fond des bois », « mangeur de femmes » : image de l'homme prédateur.  CF.Un ancêtre de Jacques vivait dans les arbres, braconnier

 

 

III En quoi cet extrait s'inscrit-il dans la perspective  naturaliste de ZOLA ?

Proposez des pistes à la lumière de votre recherche sur le naturalisme et de ce que nous en avons dit samedi.

-          Naturalisme, mouvement littéraire influencé par les recherches scientifiques et médicales de l'époque : Jacques est un cas de pathologie liée au désir : pulsion de meurtre, expliquée par l'hérédité familiale et même ancestrale, animalité qui resurgit dans l'homme. Donc pas de «  libre arbitre », les hommes sont déterminés par leur origine. Sorte de fatalité.

-          Mais pas objectivité scientifique : point de vue de Jacques, submergé par l'angoisse que lui cause sa folie : amplification de la métamorphose en bête. Zola crée la peur en provoquant l'imagination, en essayant de faire comprendre de l'intérieur ce qui se passe dans la tête d'un fou criminel. Pouvoir du roman de nous faire accéder à ce qui d 'habitude nous est impossible : pénétrer dans l'esprit d'autrui.

 

 

 

 


Lantier est-il un héros ou non?(1GM1)

Par cyberblaise - publié le samedi 24 avril 2010 à 16:52 dans la Bête Humaine de Zola

 Voici les notes que j'ai prises d'après votre recherche et qui doivent vous aider à rédiger la dissertation. Comme suggéré en cours, vous avez intérêt à chercher les passages précis dans vos éditions qui permettent d'illustrer et d'étayer votre propos, à la fois pour la dissertation et pour la préparation de l'entretien oral.

 Jacques Lantier : Héros ou pas ?

Héros : caractéristiques physiques ; fort, puissant, plaît aux femmes, habile ouvrier, rend Séverine heureuse : bon amant ! Intelligent. Il fait des études aux Arts et Métiers, il est mécanicien de première classe et reçoit  la prime de chauffage liée à l'économie de charbon qu'il fait en conduisant parfaitement sa locomotive.

Personnage qui apparaît le plus  souvent dans le roman : du début à la fin. apparaît dès le chapitre 2( pas le premier qui apparaît, d'abord Roubaud)

Sur sa machine à vapeur, il se sent libre, heureux. Vu comme un demi-dieu quand on pense aux personnes dont il a la charge et qu'il doit conduire à destination. Cf conduite dans la neige.

Au centre de l'action, témoin du meurtre contre un personnage important, courtisé par le couple de meurtrier, amant de Séverine, désiré par Flore, lui-même en proie à des pulsions de meurtre, pas découvert à la fin, retour à une vie normale. fait avancer l'intrigue, crée du suspense : tuera, tuera pas !

Positif aussi car il essaie de lutter contre sa pulsion de mort, par ex. refuse d'abord le meurtre de sang froid de Roubaud, fuit pour échapper au désir de meurtre. Il a une conscience ! Héros tragique car il a hérité de la fêlure de sa mère donc suscite Terreur et Pitié (sentiments que la tragédie antique devait susciter dans le public), homicide mais pas totalement coupable.

Considéré comme plutôt positif dans ce qu'il fait, son travail, ses relations ; cheminot par excellence, mécanicien passionné. Bon travailleur, bon caractère, tolère les siestes de Pecqueux, Maïtre de son art au point de faire corps avec la machine. Mécanicien hors du commun du fait qu'il manie sa machine comme personne.

Au début ne veut de mal à personne, est discret.

Homme qui sait être bon, avec Phasie par ex. mère adoptive après la mort de Gervaise, tante,

pas ivrogne, discret, mais sociable quand il faut. Attentionné avec ses proches.

Car pas personnage banal, singularité de sa fêlure, pulsions de meurtre qui le rend original. (

II. Pourquoi on doute de son statut de héros : à cause de sa fêlure, il est « malade », porteur d'une hérédité négative qui lui a transmis une pulsion meurtrière quand il approche des femmes dénudées cf scène avec Flore, désir de meurtre sur Séverine remplacé par une errance dans Paris à la poursuite d'une autre femme. Faiblesse devant ses pulsions.

Meurtrier : Zola a voulu créer avec son personnage, celui d'un meurtrier type conformément à l'ouvrage de criminologie du docteur Lombroso qui établit une origine héréditaire de la pulsion de meurtre, en bon naturaliste, Zola s'appuie  sur les ouvrages scientifiques de son époque. , un aliéné – un « étranger (alien) s'empare de lui)  possédé par un être qui le subjugue, « la bête » en lui.( Zola semble dire que l'hérédité remonte à la préhistoire de l'homme quand ce dernier sort à peine de l'animalité, la bestialité prendrait le dessus sur l'humanité en Lantier.

Mort broyé par le train : condamnation ? Dispute avec Pecqueux au lieu de l'amitié qui les unissait,, entrée dans la guerre, dégradation du monde. Fin qui n'est pas celle d'un héros.

Ment à la justice, n'avoue pas son meurtre personnel, laisse arrêter Cabuche.

 

III Anti-héros ?: Pour certains M .Tout-le Monde banal ?Difficile à soutenir vu la singularité de sa pulsion de meurtre et son parcours dans le roman. Vu aussi la nouveauté du métier de mécanicien au début de la mise en place du transport en commun par chemin de fer.

Personnage totalement mauvais ? Non car il lutte contre sa «  maladie » et la bestialité qui l'habite de façon héréditaire, plutôt héros tragique dont le destin est l'hérédité familiale !

Pour en savoir plus sur ce que l'on appelle le naturalisme et notamment deux de ses caractéristiques: l'importance de l'hérédité et du milieu social, allez sur ce lien:

http://www.site-magister.com/zola.htm#psycho


Les machines dans l'oeuvre de Zola (1GM1)

Par cyberblaise - publié le dimanche 28 mars 2010 à 12:51 dans la Bête Humaine de Zola

 http://expositions.bnf.fr/zola/zola/pedago/fiches/person2.pdf


en prolongement de ce que j'ai dit en cours sur la capacité de Zola a métamorphosé le monde des machines en êtres vivants par la métaphore filée et la personnification.

La locomotibe, la Lison dans La Bête Humaine, la mine Le Voreux dans Germinal, l'Alambic dans l'Assommoir.

 

Le Voreux

 

Etienne fit quelques pas, attiré par la machine, dont il voyait maintenant luire les aciers et les cuivres. Elle se trouvait en arrière du puits, à vingt-cinq mètres, dans une salle plus haute, et assise si carrément sur son massif de briques, qu'elle marchait à toute vapeur, de toute sa force de quatre cents chevaux, sans que le mouvement de sa bielle énorme, émergeant et plongeant, avec une douceur huilée, donnât un frisson aux murs. Le machineur, debout à la barre de mise en train, écoutait les sonneries des signaux, ne quittait pas des yeux le tableau indicateur, où le puits était figuré, avec ses étages différents, par une rainure verticale, que parcouraient des plombs pendus à des ficelles, représentant les cages. Et, à chaque départ, quand la machine se remettait en branle, les bobines, les deux immenses roues de cinq mètres de rayon, aux moyeux desquelles les deux câbles d'acier s'enroulaient et se déroulaient en sens contraire, tournaient d'une telle vitesse, qu'elles n'étaient plus qu'une poussière grise. Etienne regardait en l'air filer les câbles, plus de trente mètres de ruban d'acier, qui montaient d'une volée dans le beffroi, où ils passaient sur les molettes, pour descendre à pic dans le puits s'attacher aux cages d'extraction. Une charpente de fer, pareille à la haute charpente d'un clocher, portait les molettes. C'était un glissement d'oiseau, sans un bruit, sans un heurt, la fuite rapide, le continuel va-et-vient d'un fil de poids énorme, qui pouvait enlever jusqu'à douze mille kilogrammes, avec une vitesse de dix mètres à la seconde. Lentement, Etienne revint à la recette. Ce vol géant sur sa tête l'ahurissait. Et, grelottant dans les courants d'air, il regarda la manœuvre des cages, les oreilles cassées par le roulement des berlines. Près du puits, le signal fonctionnait, un lourd marteau à levier, qu'une corde tirée du fond laissait tomber sur un billot. Un coup pour arrêter, deux pour descendre, trois pour monter: c'était sans relâche comme des coups de massue dominant le tumulte, accompagnés d'une claire sonnerie de timbre; pendant que le moulineur, dirigeant la manœuvre, augmentait encore le tapage, en criant des ordres au machineur, dans un porte-voix. Les cages, au milieu de ce branle-bas, apparaissaient et s'enfonçaient, se vidaient et se remplissaient, sans qu'Etienne comprît rien à ces besognes compliquées.

Il ne comprenait bien qu'une chose: le puits avalait des hommes par bouchées de vingt et de trente, et d'un coup de gosier si facile, qu'il semblait ne pas les sentir passer. Dès quatre heures, la descente des ouvriers commençait. Ils arrivaient de la baraque, pieds nus, la lampe à la main, attendant par petits groupes d'être en nombre suffisant. Sans un bruit, d'un jaillissement doux de bête nocturne, la cage de fer montait du noir, se calait sur les verrous, avec ses quatre étages contenant chacun deux berlines pleines de charbon. Des moulineurs, aux différents paliers, sortaient les berlines, les remplaçaient par d'autres, vides ou chargées à l'avance des bois de taille. Et c'était dans les berlines vides que s'empilaient les ouvriers, cinq par cinq, jusqu'à quarante d'un coup, lorsqu'ils tenaient toutes les cases. Un ordre partait du porte-voix, un beuglement sourd et indistinct, pendant qu'on tirait quatre fois la corde du signal d'en bas, "sonnant à la viande", pour prévenir de ce chargement de chair humaine. Puis, après un léger sursaut, la cage plongeait silencieuse, tombait comme une pierre, ne laissait derrière elle que la fuite vibrante du câble.

-  C'est profond ? demanda Etienne à un mineur, qui attendait près de lui, l'air somnolent.

-  Cinq cent cinquante-quatre mètres, répondit l'homme. Mais il y a quatre accrochages au-dessus, le premier à trois cent vingt.

     Tous deux se turent, les yeux sur le câble qui remontait. Etienne reprit:

-  Et quand ça casse ?

-  Ah! quand ça casse...

Le mineur acheva d'un geste. Son tour était arrivé, la cage avait reparu, de son mouvement aisé et sans fatigue. Il s'y accroupit avec des camarades, elle replongea, puis jaillit de nouveau au bout de quatre minutes à peine, pour engloutir une autre charge d'hommes. Pendant une demi-heure, le puits en dévora de la sorte, d'une gueule plus ou moins gloutonne, selon la profondeur de l'accrochage où ils descendaient, mais sans un arrêt, toujours affamé, de boyaux géants capables de digérer un peuple. Cela s'emplissait, s'emplissait encore, et les ténèbres restaient mortes, la cage montait du vide dans le même silence vorace.

 

LAlambic:

 

[Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait vivement ses souhaits, était déjà debout, s'inquiétant de l'heure.] Mais ils ne sortirent pas tout de suite; elle eut la curiosité d'aller regarder, au fond, derrière la barrière de chêne, le grand alambic de cuivre rouge, qui fonctionnait sous le vitrage clair de la petite cour; et le zingueur, qui l'avait suivie, lui expliqua comment ça marchait, indiquant du doigt les différentes pièces de l'appareil, montrant l'énorme cornue d'où tombait un filet limpide d'alcool. L'alambic, avec ses récipients de forme étrange, ses enroulements sans fin de tuyaux, gardait une mine sombre; pas une fumée ne s'échappait; à peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain; c'était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet. Cependant, Mes-Bottes, accompagné de ses deux camarades, était venu s'accouder sur la barrière, en attendant qu'un coin du comptoir fût libre. Il avait un rire de poulie mal graissée, hochant la tête, les yeux attendris, fixés sur la machine à soûler. Tonnerre de Dieu ! elle était bien gentille! Il y avait, dans ce gros bedon de cuivre, de quoi se tenir le gosier au frais pendant huit jours. Lui, aurait voulu qu'on lui soudât le bout du serpentin entre les dents, pour sentir le vitriol encore chaud, l'emplir, lui descendre jusqu'aux talons, toujours, toujours, comme un petit ruisseau. Dame! il ne se serait plus dérangé, ça aurait joliment remplacé les dés à coudre de ce roussin de père Colombe! Et les camarades ricanaient, disaient que cet animal de Mes-Bottes avait un fichu grelot, tout de même. L'alambic, sourdement, sans une flamme, sans une gaieté dans les reflets éteints de ses cuivres, continuait, laissait couler sa sueur d'alcool, pareil à une source lente et entêtée, qui à la longue devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris. Alors, Gervaise, prise d'un frisson, recula; et elle tâchait de sourire, en murmurant :

" C'est bête, ça me fait froid, cette machine… la boisson me fait froid. "






Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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