La poésie comme une offrande
Lire ce très beau texte du poète et universitaire Jean-Michel Maulpoix:
http://www.maulpoix.net/textoffert.htm
Comme l'écrit Pierre Michon :
"Les vers sont faits pour être donnés, et qu'en échange on vous donne quelque chose qui ressemble à de l'amour."
"Je ne vois pas de différence entre
une poignée de main et un poème".
Paul Celan
"(...) le poème peut être une bouteille jetée à la mer, abandonnée à l'espoir -certes souvent fragile- qu'elle pourra un jour, quelque part, être recueillie sur une plage, sur la plage du coeur peut-être. Les poèmes, en ce sens également, sont en chemin : ils font route vers quelque chose. Vers quoi? Vers quelque lieu ouvert, à occuper, vers un toi invocable, vers une réalité à invoquer." "
Paul Celan
"Qu'est ce qu'un beau poème sinon une folie retouchée?"
Dans le prolongement de la réflexion de ce matin, voici une proposition rédigée:
DISSERTATION
Toujours la poésie est associée à la beauté, elle serait un usage de la langue qui viserait à la perfection de l'expression. A tel point que la notion de « beau poème » est perçue comme un pléonasme, une redondance. Pourtant les définitions du « beau poème » abondent. Chaque lecteur est convié à proposer sa définition, définition hautement subjective, qui dépend de sa culture, de sa conception de la poésie, de ses goûts et de son humeur.
Gaston Bachelard, éminent critique littéraire, s'est risqué un jour à la définition suivante : « Qu'est-ce qu'un beau poème sinon une folie retouchée ? »
Prudente, interrogative, mais aussi restrictive, sa définition prend la forme d'un oxymore que nous allons sonder. En quel sens peut-on dire qu' « un beau poème » est « une folie retouchée ? » N'y a-t-il pas d'autres définitions possibles, toutes aussi pertinentes ?
Comment la folie, même retouchée, peut-elle être associée à la beauté, voilà qui ne va pas de soi. Mais c'est justement la notion de « retouche » qui permet de tempérer les connotations du mot « folie ». A ce dernier est associé l'idée de désordre, de rupture du sens des réalités, d'aliénation, tout le contraire de ce que suggère la notion de beauté, à savoir l'harmonie, la forme maîtrisée, l'accord entre le fond et la forme,les proportions du nombre d'or L'oxymore bachelardien pourrait donc s'avérer antinomique par rapport à l'idée de beauté, mais, avant de trancher il faudrait être certain des sens possibles du mot « folie » et tenter de comprendre véritablement ce que Bachelard a voulu dire à travers cette figure de style.
La folie n'est pas absente du champ lexical de la poésie. Les poètes de la Renaissance ont souvent parlé de la « fureur » divine qui les possède au moment de la création poétique. L'inspiration vient des dieux qui s'emparent de l'homme, simple caisse de résonance de l'enthousiasme divin ; le poète alors ne s'appartient plus, il est habité par la Muse dans une sorte de transe, un état second. C'est ce que Ronsard décrit dans l'Hymne à l'automne. Mais dès l'Antiquité, deux figures sont associées à la poésie, Dionysos le dieu du vin et de l'ivresse et Apollon, dieu de la mesure et de la belle forme, et c'est leur association qui produit la grande poésie. Nous pouvons reconnaître là l'oxymore de la folie retouchée. Après le moment d'extase divine de l'inspiration, vient le travail sur la langue à partir du matériau fourni par l'aliénation inspiratrice.
Etre aliéné, c'est être « habité » par un autre, un étranger. Dans la poésie lyrique, l'excès du sentiment peut être considéré comme une aliénation, le sentiment de spleen, de nostalgie, de joie déborde et cet excès fait signe du côté de la folie. Sans parler de l'obsession amoureuse qui fait de l'être aimé l'unique objet de la pensée et la source de tout ce qui cherche à s'exprimer. La poésie romantique a bien des fois témoigné de cette folie là qui fait dire à Lamartine « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. » Et plus proche de nous, Apollinaire dans Alcools témoigne de l'état de manque et de déshérence dans lequel peut mettre la rupture amoureuse, douleur qui jette dans la déambulation, les mirages, les états seconds de l'ivresse. Mais là encore se livrer aux excès du sentiment ne fait pas de l'être qui souffre ou qui jouit un poète forcément, la qualité esthétique n'est pas pour autant garantie, le premier jet, le matériau premier pour devenir « beau poème » doit être « retouché », assemblé, pensé, mis à distance par le travail sur l'expression. C'est ainsi que « la Chanson du Mal aimé » d'Apollinaire n'est pas l'œuvre d'un homme qui écrit sur le coup de sa défaite : commencée en 1903, elle ne sera achevée qu'en 1909, quand la douleur mise à distance pourra devenir symbolique des mouvements cycliques de l'amour, qui tel le Phénix renaît de ses cendres. La structure concertée du poème, le retour du refrain, l'évolution par étapes qui retrace le parcours d'un désespoir peu à peu transmué en désir de renaissance disent assez combien le poème a été « retouché ». Et l'absence de ponctuation, décision mûrement pesée, ne doit pas faire illusion. L'on voit que dans ce cas encore la définition de Bachelard est porteuse d'une vérité.
« Folie » a quelques fois été associée à l'idée de marginalité. Serait fou celui qui n'est pas dans la norme, or le poète, à la sensibilité exacerbée, à partir du dix -neuvième siècle rejette la société marchande et industrielle qui se dessine, aspire à un autre idéal, s'interroge sur la présence du divin dans un monde désacralisé qui a tendance à faire de la science une nouvelle religion. Les poèmes peuvent alors témoigner de crises existentielles, voire du caractère « inhabitable » du monde pour celui « que ses ailes de géant empêchent de marcher », pour citer un vers célèbre de l'Albatros de Baudelaire.
Mais là encore ce qui serait folie aux yeux de certains ne s'exprime pas dans le pur mouvement du déversement d'un discours, mais est travaillé dans la forme brève du sonnet avec ses contraintes rationnelles ou dans la forme très lucidement composée du poème en prose.
A la suite de Baudelaire, d'autres poètes et en particulier Rimbaud vont être du côté de la folie d'une autre manière encore : l'expérience poétique, entreprise de connaissance, doit conduire vers l'Inconnu, ce qui n'est pas dans la nature seulement ou dans la norme sociale. Le poète peut dire « Je est un autre », il a plusieurs figures, facettes à explorer. Sa sensibilité, hors norme,l'attention qu'il porte au monde et aux êtres lui permet grâce à l'imagination de vivre la vie d'autrui, de s'identifier à l'autre, de se sentir autre et de diluer son identité en multiples fragments. De nombreux poèmes en prose de Baudelaire tels « Les fenêtres » ou « les Foules illustrent cette faculté. Rimbaud dans sa lettre à Paul Démeny évoque lucidement la nécessité pour le poète de se faire « l'âme monstrueuse », d'explorer toutes les potentialités humaines pour connaître toutes les sensations, tous les sentiments, toutes les visions par « un long et immense dérèglement de tous les sens » qui va le conduire à la découverte du jamais vu,mais la formule ne serait pas complète si Rimbaud n'avait pas ajouté l'adjectif « raisonné », ce qui dans la « folie » réintroduit le contrôle par la raison et la lucidité d'une démarche entièrement volontariste.
A contrario, ceux qui auraient pu être classés du côté de la seule « folie » auraient pu être Les Surréalistes, puisqu'il s'agit pour eux d'écrire sous la dictée de l'inconscient, de pratiquer l'écriture automatique et d'explorer l'univers du rêve, à la suite de leur lecture des textes de Freud. Mais même les Surréalistes qui parlent de « dictée de l'inconscient » ont assez rapidement renoncé à la radicalité de leur pratique pour « retoucher » les textes issus de l'écriture automatique et ne garder que les images les plus étonnantes et les plus propres à servir leur dessein de transfiguration du monde par le moyen de l'écriture.
L'on s'aperçoit ainsi que la définition de Bachelard touche juste et qu'elle saisit l'un des mystères de la poésie : comme la folie, toujours elle échappe à une saisie seulement rationnelle, elle défie les commentaires, conserve un pouvoir de suggestion irréductible à la raison et qui fait sans doute l'essentiel de son charme.
Cependant malgré sa pertinence, la définition bachelardienne n'est pas la seule possible, bien souvent ce n'est pas la notion de folie qui semble primordiale dans la définition du « beau poème ».
Pour certains tels les Classiques ou les Parnassiens, la poésie se conçoit plutôt comme un artisanat qui met en jeu la rationalité et un savoir faire exemplaire dans l'usage de la langue. « Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage », conseille Boileau aux apprentis poètes avec beaucoup de modestie. Il s'agit de penser clairement au sujet que l'on veut traiter et de se munir d'un outil sophistiqué pour trouver la formulation adéquate. La folie de l'inspiration, si elle existe, est secondaire. Pour les Parnassiens, la poésie est orfèvrerie, elle cisèle de beaux objets textuels, des « émaux et des camées » pour pasticher le titre d'un recueil de Théophile Gautier : la virtuosité technique, la maîtrise de la langue prévalent sur toute idée de folie.
Pour d'autres encore, le « beau poème » doit s'apparenter à la musique : « De la musique avant toute chose » préconise Verlaine et plus près de nous le poète André Velter insiste sur la dimension orale de la poésie en parlant de « chant intérieur de la langue » qui met en avant la profération d'une parole et réintroduit l'importance du souffle, de l'énergie, du rythme et du tempo. Cette dimension musicale du poème me paraît d'ailleurs fondamentale quand il s'agit de définir la spécificité de la poésie par rapport à d'autres genres littéraires, ainsi nous pouvons parler de poème en prose quand l'auteur s'est livré à un jeu savant sur le rythme des phrases, a associé la musique des sonorités à une composition rigoureuse comme nous pouvons en juger dans le poème d'Aloysius Bertrand intitulé « Il est nuit » dans lequel le récit de trois rêves se superposent, scandés par un refrain « ainsi j'ai vu, ainsi je raconte ».
Une autre tendance de la poésie, en particulier contemporaine, insiste sur la relation au monde que sa pratique engage : la poésie a pour mission alors de chanter la beauté du monde dans sa plénitude ou dans sa fragilité, de donner la parole aux choses comme le fait par exemple l'écrivain Francis Ponge dans ses bien nommée Proèmes. Ces poètes nous rendent alors l'espace extérieur plus « habitable », plus familier, en même temps que plus mystérieux parfois car ils nous font découvrir la densité des objets qui nous entourent. Parfois il s'agit de transfigurer le monde, de réaffirmer notre communion avec lui dans des poèmes qui sont des célébrations des quatre éléments, de la mer par exemple comme dans l'œuvre de Saint John Perse. Cette relation au monde n'exclut pas d'ailleurs les espaces urbains, les poètes de la modernité à la suite du Baudelaire des « Petits Poèmes en Prose » ont tenté de saisir la beauté paradoxale du monde de la ville, ses rythmes propres et de mettre à l'honneur les figures humaines qui la peuplent : passantes, vitriers, ouvriers, prostituées, émigrants ainsi que son décor illuminé par la Fée Electricité.
L'on sent bien que la poésie recouvre des pratiques et des conceptions variées qui permettent autant de définitions du « beau poème ».
Pour ma part je suis attachée à une définition de la poésie qui fait d'elle une médiatrice nous permettant de rendre éternel le transitoire, le fugitif pour calquer la définition baudelairienne de la modernité, « un beau poème » est pour moi « un monument » au sens étymologique du terme, un souvenir, un lieu qui conserve vivant ce qui est éphémère et voué à la mort, une sensation, un grand amour, un paysage, une rencontre. Apollinaire ne disait-il pas que chaque poème d'Alcools était une commémoration d'un moment de sa vie ? Dans ce cas l'accord entre la forme et le fond est primordial car pour immortaliser un élément du monde il faut trouver à chaque fois un langage unique, scellant dans le poème et la voix subjective du poète, et la singularité de l'expérience et de l'instant. Il s'agit de fixer, fixer, oui mais sans rien perdre du mouvement. Souvent les haïkus, ces poèmes de trois vers y parviennent comme miraculeusement. Ainsi pour ne citer qu'un seul exemple précis la formidable réussite d'un poème tel que « Aube » de Rimbaud dans lequel l'aurore se voit recrée dans son éveil, dans son mouvement, jeux d'ombre et de lumière, vitalité des éléments du paysage touchés par le soleil naissant, et qui relate l'expérience d'une fusion du poète avec l'ici et maintenant dans une étreinte jubilatoire.
Si la définition de Bachelard est suggestive et porteuse d'un éclairage intéressant sur la beauté du poème , elle n'est ni la seule possible ni peut-être la plus belle. La Poésie ne saurait se limiter à une fonction de garde-fou, ses pouvoirs sont plus grands encore, elle « enchante le réel » pour reprendre une formule d'André Velter et nous invite à nous élever au-dessus de nous-mêmes et à nous tenir plus droit car elle exige de nous une acuité plus vive, une plus grande écoute de l'Etre, corps et âme exaltés dans la saisie de la sensation présente, moment d'intensité particulière qui nous fait sentir ce que peut être une Vie véritable. Un « beau poème révèle « une présence » et fait une place au Sacré même si les Dieux semblent s'être retirés bien loin du monde des humains, en même temps, quand des hommes sont réunis sous l'arbre à palabres, qu'ils partagent le thé, le pain et le vin et que des paroles s'échangent, la poésie n'est jamais loin et souvent un chant s'élève…
citations sur la poésie
Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses. Pour le créateur rien n'est pauvre, il n'est pas de lieux pauvres, indifférents.", Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète
Image du poète (Philippe Jaccottet)
"Il se verrait plutôt, ce poète, dans une cave que sur les tours; sans ornements royaux, mais vêtu comme n'importe quel autre homme soucieux ; chaque année plus oublié, plus enseveli par l'obscurité grandissante ; ne parvenant qu'à grand peine à préserver la flamme d'une bougie de quelque tempête soufflant jusque dans son souterrain avec rage et sans relâche.
Certes,ce n'est plus le Soleil qu'il fut peut-être au commencement ; ni un Fils du Soleil ; ni même un Porte-flambeau ou un Phare ; tout juste une espèce de vieux Chinois anonyme, peignant dans une cave à la lumière d'une bougie, appliqué à figurer sur sa page peut-être une montagne, une cascade, ou un visage de femme ; et il rêve cette montagne, ces eaux, ces yeux si merveilleusement, si parfaitement peints, avec une si fine,si pure et si modeste perfection que , s'il tendait cette page à un voisin en difficulté, sur le point de mourir et se débattant, cet homme, examinant la page terminée, sourirait d'un air d'intelligence et, la page dans la main comme un débris d'un nouveau Livre des Morts, passerait sans peur ni regrets le seuil du très sombre espace qui l'attend pour l'engloutir ou le changer."
Philippe Jacottet, Une transaction secrète
(Ed.Gallimard)
Commentaire de " Mon Rêve familier"
En complément du cours: à écouter le poème dit par un grand comédien Michael Lonsdale
http://www.wat.tv/video/verlaine-mon-reve-familier-rj41_2fgqp_.html
Une explication de texte:
http://verlaineexplique.free.fr/poemesat/monreve.html
Une approche intéressante qui souligne un parallèle entre Eros (L'amour) et Thanatos (la mort):
http://jiheraim-cyberland.perso.worldonline.fr/2-ressourceslettres_explic/11-exp-eros-than.htm
L'approche d'un collègue dont je me suis inspirée pour le cours
http://direcrire76.org/commentaires/article/mon-reve-familier-verlaine
Si la question du correcteur s'oriente vers la présence de la femme dans le poème, voici des pistes:
Mon Rêve familier.
Novembre 1866 Poèmes saturniens : Verlaine:22 ans, dans section "Melancholia". Le premier recueil de Verlaine, assez composite, influence de Baudelaire : « le côté spiritualiste de l'amour qui a force d'idéal s'exile lui-même par-delà la mort »-, influence du Parnasse.
Quatre sections : Melancholia, Eaux fortes, Paysages tristes, caprices
la présence de la femme et ses images:
Insistances dans le texte, termes récurrents :
Quatrain1 : mise en valeur du verbe « aimer » par des récurrences phoniques et syntaxiques :
Rime : « m'aime, même » doublée par la rime intérieure : que j'aime (v2), et m'aime(V4) et soulignée par les assonances en [e] : fais, rêve, n'est, tout à fait
+termes qui caractérisent les effets de cet amour : « pénétrant, comprend », plus rime intérieure « transparent » donc amour qui est force, profondeur, qui habite le narrateur, capacité de compréhension au point que le cœur devient transparent à l'autre.
Accumulation des relatives : et que et qui et qui, et m'aime et me comprend : anaphore de "et qui" permet au texte de progresser vers l'affirmation finale du quatrain de la compréhension intime.
2ème quatrain qui reprend cette affirmation : « car elle me comprend », insistance développée par une explication en 2 temps soulignée encore par la récurrence du "et" « et mon cœur » « et les moiteurs de mon front blême »
Effets de cette compréhension qui se traduisent à la fois dans le domaine de la psychologie : "mon cœur cesse d'être un problème » et dans le domaine physique : "les moiteurs, elle seule sait les rafraîchir"
Mais nous sommes encore plus alertés par l'anaphore : "car elle, pour elle seule, pour elle seule, elle seule" placées en rejet. Le rythme habituel de l'alexandrin est cassé et annonce le rythme impair chéri par Verlaine : distorsion entre le vers et la syntaxe : et mon cœur/ transparent pour elle seule , hélas d'une seule traite. Donc 3/9 et après 6/4 et ensuite 9/3 donc rythme impair au sein même des alexandrins.
La femme : plus qu'une description, tentative d'évocation d'une femme définie plus par ce qu'elle n'est pas que par ce qu'elle est ;
Désignations : v2 "une femme inconnue" : absence d'identification, pas connue du locuteur, évoquée dans un rêve donc pas réelle. Aggravée par l'apparence multiforme, insaisissable- signe du change du poète et du rêve, pas d'individualité bien définie, détermination par la négative : in-connue, ni ni
Terme "femme" repris dans des anaphores , des pronoms relatifs et des pronoms personnels "elle" : féminité omniprésente.
Différent dans les tercets : éléments du corps féminin qui lui appartiennent : ses cheveux évoqués par la couleur indécise, son nom, son regard, sa voix : déterminant possessif. Progression à thèmes éclatés tend à faire perdre de vue l'unité du personnage qui n'apparaît plus qu'à travers ses composantes. Effort pour la reconstituer par petites touches mais échec.
Liée à un souvenir plus qu'à un rêve « je me souviens » au vers 10 : comparaisons et analogies : "statues" et personnes disparues : "comme ceux que la Vie exila", "son regard est pareil au regard des statues", "des voix chères qui se sont tues"
Image de la femme :
Aimée et aimante en Q uatrain 2, sorte d'idéal de l'amour capable de comprendre l'autre. Aucune réciprocité évoquée : femme maternelle : lucidité, connaissance, attitude protectrice et consolatrice, mais pleurs de la femme, compassion, puissance de guérison cf muse romantique
Différent dans les tercets : tentative d'identification qui n'abouti pas, passé qui contraste avec le rêve récurrent au présent. Que reste-t-il des souvenirs? quelque chose pour louie plus que pour la vue : nom "doux et sonore", "voix lointaine et calme et grave" mais réel disparu, emporté par la mort, même » inflexion « qui est ce qu'une voix a de plus vivant et personnel a disparu puisque "les voix chères se sont tues".
Regard de statue introduit une froideur, une distance qui contraste avec la femme aimante et consolatrice des quatrains : influence de Baudelaire cf la beauté : « Je suis belle O mortels comme un rêve de pierre », regard fixe et vide dépourvu de vie laisse planer le mystère : femme que l'on avait crue réelle et proche, s'éloigne à nouveau.
Rythme du rêve ample sans heurt v14/4/4 assonances en an, rythme plus alerte des tercets
Donc rêve d'amour, femme idéale non identifiée mais aussi souvenirs de femmes aimées et d'amours passés, idéal impossible à atteindre, projeté dans le passé et dans la mort : origine ou futur. Dans le rêve imaginaire et réel s'imbriquent.
Une charogne, Baudelaire
Poème dont j'ai parlé en classe (à rapprocher de "Mignonne, allons voir si la rose..." de Ronsard) Une Charogne. Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme, Ce beau matin d'été si doux : Au détour d'un sentier une charogne infame Sur un lit semé de cailloux, Les jambes en l'air, comme une femme lubrique, Brûlante et suant les poisons, Ouvrait d'une facon nonchalante et cynique Son ventre plein d'exhalaisons. Le soleil rayonnait sur cette pourriture, Comme afin de la cuire à point, Et de rendre au centuple à la grande nature Tout ce qu'ensemble elle avait joint ; Et le ciel regardait la carcasse superbe Comme une fleur s'épanouir. La puanteur etait si forte, que sur l'herbe Vous crûtes vous évanouir. Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride, D'ou sortaient de noirs bataillons De larves, qui coulaient comme un épais liquide Le long de ces vivants haillons. Tout cela descendait, montait comme une vague, Ou s'élancait en pétillant ; On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague, Vivait en se multipliant. Et ce monde rendait une étrange musique, Comme l'eau courante et le vent, Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique Agite et tourne dans son van. Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve, Une ébauche lente à venir, Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève Seulement par le souvenir. Derrière les rochers une chienne inquiete Nous regardait d'un oeil fâché, Epiant le moment de reprendre au squelette Le morceau qu'elle avait laché. Et poutant vous serez semblable à cette ordure, A cette horrible infection, Etoile de mes yeux, soleil de ma nature, Vous, mon ange et ma passion ! Oui ! telle vous serez, ô reine des grâces, Apres les derniers sacrements, Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses. Moisir parmi les ossements. Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine Qui vous mangera de baisers, Que j'ai gardé la forme et l'essence divine De mes amours décomposées ! Charles BAUDELAIRE
Pistes de réflexion sur le genre poétique:
Poésie : Pistes de réflexion
Que retenir ?
Genre littéraire.
Manière d'écrire
Manière de sentir
Manière de regarder le monde
De le rendre plus beau, de le transformer, de l'habiter…
Ecriture en vers, importance de la forme, des contraintes, de la prosodie, de la métrique.
Découpage du texte sur la page. Dimension plastique : poème dessin, calligramme, importance du blanc de la page…
Importance aussi des figures de style qui font image: comparaison, métaphores, personnifications, allégories, synesthésies, oxymores etc
Non prose mais existence d'une prose poétique, du poème en prose : évolution vers une liberté formelle mais alors comment décider du caractère poétique ou non d'un texte ?
Utilisation particulière du langage : le langage comme matériau poétique : jeu avec les mots, avec les sons et les sens.
Interrogation sur le rapport entre le fond et la forme
Dimension musicale du langage : lyrisme, chanson. Rythme, sonorités, rapport à l'oralité
Mise en évidence de registres : lyrique, épique, satirique (la satire n'est-elle pas antipoétique?), pathétique…
Importance du registre lyrique: expression du "moi": sensations, sentiments. adresse à un "tu", l'Autre ou soi-même cf Rimbaud "je est un autre", expression d'un rapport au monde unique, individuel, mais universalisable par la particularité du pronom "je": l'être absolument singulier qui écrit et en même temps chaque lecteur devient ce "je".
Peut contenir plusieurs types de discours : poésie narrative, argumentative, descriptive…
Mise en évidence de thématique récurrente : l'amour, la célébration de la femme, de la nature, le spleen, la fuite du temps, la transfiguration du quotidien...
Evolution de la notion de poésie : les différents courants de l'histoire littéraire : poésie courtoise (M.A.), La Pléiade (16ème), Baroque ( 2ème moitié du 16ème et début 17ème), Classicisme ( 17ème), Romantisme ( 1ère moitié du 19ème), Parnasse ( milieu 19ème), Symbolisme ( 2ème moitié 19 ), Modernité et Esprit Nouveau, Surréalisme, la poésie du XXème et contemporaine ? ( Caractéristiques, pourquoi des changements de forme, permanence du genre…)
Poètes de transition : Baudelaire, Mallarmé, Apollinaire…
Etymologie : faire, fabriquer, créer.
Les dieux grecs de l'ART : Apollon et Dionysos: la mesure, la beauté formelle et l'ivresse, la folie, à l'origina de l'inspiration.la poésir comme association des deux divinités.
Le mythe d'Orphée et ce qu'il nous révèle: la poésie d'origine divine, source de paix et d'harmonie, la poésie qui chante l'amour, dont les pouvoirs incantatoires parviennent à fléchir les Dieux même des Enfers, la poésie qui dit le manque, la perte, l'enchantement de la douleur de l'absence, la poésie comme monument aux être éphémères qui garde le souvenir et redonne vie à ceux qui a disparu.
A différentes conceptions de la poésie, différentes figures de poète: Boileau et l'artisan tisserand: "cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage", V. Hugo: dans "Fonction du poète" : le guide, le voyant qui relie les hommes et dieu et les générations entre elles, Baudelaire: "les phares" mais aussi "l'albatros": "Prince de l'azur":"Ses ailes de géant l'empêchent de marcher" , Rimbaud: le Voyant...lire la lettre du Voyant.
Rôle dans la société, place. ValorisationDévalorisation.
La poésie engagée: mise au service d'une cause: cf Agrippa d'Aubigné, "Les Tragiques" pendant la guerre entre les protestants et les catholiques, V; Hugo contre Napoléon III:" Les châtiments", les surréalistes contre les nazis et la collaboration de la France avec le régime d'Hitler, poésie et résistance
Problématiques dégagées :
N'y -a-t-il de poésie que versifiée ?
La poésie parle-t-elle plus à l'ouïe qu'à la vue ?
Quelle différence y-a -t-il entre chanson et poésie ?
La poésie existe-t-elle en dehors de la littérature ?
Le langage de la poésie est-il un langage noble, complexe, hermétique ou doit-il tendre à la simplicité, au langage de tous les jours ?
Au XXème siècle, la notion de poésie est-elle encore pertinente ? Ne pourrait-on dire que toute littérature est poétique ?
Anthologie de poésie française classée par siècle et par courant poétique
Sur le poète Desnos et le surréalisme.
Pour en savoir plus sur sa mort dans un camp de concentration:
http://pagesperso-orange.fr/d-d.natanson/desnos.htm
Sur le site magister, vous pouvez même entendre le poète Soupault parler de la naissance du surréalisme.
http://www.site-magister.com/surrealis.htm
"A une passante" de Baudelaire
Pour compléter l'analyse faite en classe, voici un commentaire très riche et très précis d'un collègue. Notez tout particulièrement les transitions effectuées d'une partie à l'autre et les analyses de rythme.
http://www.matisse.lettres.free.fr/epiphanies/lapassante.htm
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