Un jeu des surréalistes : "Le jeu du cadavre exquis" : "jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes. Ce jeu tire son nom de la première phrase obtenue de cette manière : Le cadavre - exquis - boira - le vin - nouveau"
Dictionnaire abrégé du surréalisme, Breton et Eluard, 1938.
Voici votre dernier travail de l'année:
Mamie - tue - un sorbet à l'ananas - brutalement.
Le grimpeur - viens - de temps en temps - dans un cimetière.
Les feuilles de l'arbre - s'éclate - pendant un tournoi.
La maman de Gwendal - casse- les lapinous - lentement.
L'enfant - conduit - un jeu - en ce moment.
Une paire de courgettes - vole - nous - certainement.
Le chat - vend - dans les égouts - complètement.
L'écrivain - mange - Franck Ribéry - tellement.
Tiphaine - avait confondu - Tiphaine - actuellement.
Giorgio de Chiricho, Portrait prémonitoire de Guillaume Apollinaire, 1914 Huile sur toile, 81,5 x 65 cm, Centre Pompidou, Musée d'Art moderne, Paris.
Pour le peintre, Apollinaire devient le moderne Orphée (le poète antique avait été le guide des Argonautes). Le poète a lui-même contribué à son identification à la figure d'Orphée. En 1911, il publie Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée, pour lequel Raoul Dufy conçoit des illustrations parmi lesquelles figure une représentation d'Orphée, associé à ses attributs iconographiques classiques : la lyre et les poissons. (La légende voulait que le chant d'Orphée provoquât la sortie des eaux des poissons charmés par ses mélodies.) Dans le tableau, la coque évoque cette lyre. Aux attributs « orphiques » qu'il associe à la figure d'Apollinaire, le peintre ajoute la représentation d'une paire de lunettes qui évoque la « voyance » du regard poétique, sa capacité à percevoir le monde au-delà de ses apparences concrètes.
De Chirico offre son portrait à Apollinaire, lequel décide d'en utiliser l'image comme frontispice de son premier recueil de calligrammes, Et moi aussi je suis peintre.
Lorsque les surréalistes renouent avec une conception de la poésie qui l'associe à la voyance, le Portrait prémonitoire de Guillaume Apollinaire devient, pour eux, une ½uvre de référence. La silhouette du poète, apparaissant en ombre chinoise dans la partie supérieure de l'½uvre, désigne précisément l'emplacement où Apollinaire est frappé par un éclat d'obus, le 17 mars 1916.
Francis Picabia L'½il cacodylate, 1921 Huile sur toile et collages de photographies, cartes postales et papiers divers découpés 148,6 x 117,4 cm, Centre Pompidou, Paris.
Signatures et graffitis des amis du peintre transposés en peinture selon les principes de l''écriture collective. Sens Le cacodylate est un sel avec lequel Picabia a soigné un zona ophtalmique. Mais l'adjectif est formé sur la racine grecque kakos, qui signifie "monstrueux". L'½il cacodylate serait ainsi un oeil monstrueusement dilaté. Le surréalisme ne cesse de s'interroger sur le rôle du regard, l'½il est un objet privilégié pour Magritte, Brauner, Bataille, Bunuel et Dali. Source : Le Surréalisme, Anthologie :"Littérature en Questions", "Etonnants Classiques", Flammarion, n° 152, 2002, p. 25.