La rencontre avec la troupe de la Comédie de l'Est après Hiver.
Arnaud vous transmet son compte-rendu.
Sortie à la comédie de l'Est de Colmar : Hiver de Zinnie Harris.
Rôle de Sirin joué par Charly ce soir là.
Dans le spectacle à Colmar, il y a 3 jeunes garçons qui sont distribués dans le rôle de Sirin et qui ne pouvaient répéter que le mercredi et pendant les vacances de
Les autres jours, l'assistante du metteur en scène improvisait les scènes du personnage de l'enfant pour inventer leur parcours dans la scène.
Charly,qu'as-tu aimé ? Pourquoi ?
J'ai bien aimé la dernière scène où je dois dire poisson ainsi que la scène ou je dois casser le verre (rires). J'ai aussi aimé les répétions, l'ambiance, parler, j'aimerais bien devenir acteur.
Au début c'était dur mais après ça va.
Qu'as-tu moins aimé ?
Rien.
Le metteur en scène Guy Pierre Couleau :
C'est une expérience passionnante que de pouvoir jouer avec des enfants ; pendant les pauses, durant les répétitions, la troupe jouait au foot dans la cour, ou à la console DS et ils se sont vraiment beaucoup amusés.
Jouer avec un acteur enfant c'est super, on est sur une autre dimension de l'innocence.
La pièce n'est pas réaliste, elle est plutôt surréaliste car il y a peu de mots, la pièce est assez étrange.
Pour le décor, on est parti d'un dessin d'enfant représentant la façade d'une maison, la scène est donc vue à travers les yeux d'un enfant car lorsque l'on essaye d'aider des enfants traumatisés souvent on les fait dessiner plutôt que parler.
L'informatique a été utilisée : les images qui étaient projetées sur le sol par en-haut ont été retravaillées par ordinateur, ces images représentaient par exemple de l'eau, mais certaines ont été fabriquées à partir de photos de charnier et évoquaient les horreurs de la guerre, même si elles sont devenues presque abstraites une fois qu'elles ont été retraitées.
La vidéo a été utilisée car Zinnie Harris était avec son enfant de huit mois, lorsqu' elle voyait la guerre d'Irak déferler devant leurs yeux à la télévision, elle a fait un rapport entre les images de la guerre et la paix que représentait son bébé. Les images vidéos rappellent indirectement ce que l'auteur ressentait et dont elle a parlé pour expliquer la naissance du texte Hiver.
L'informatique a aussi été utilisée pour le son, notamment pour les musiques que crée l'ingénieur du son, par exemple un morceau de « Métal » qui ont été conçu spécialement pour la pièce.
Mais pour les décors, le scénographe qui est un excellent dessinateur ne travaillait qu'avec des dessin et croquis.
Le cheval que la femme traîne et qui apparaît dans la première scène est un mannequin qui a les dimensions réalistes d'un petit cheval.
L'acteur qui joue Grenville est très zen par nature alors que dans son rôle, lorsqu'il interprète un soldat de retour du front il va beaucoup s'énerver et crier, c'était très dur d'arriver à l'énerver.
Quel a été votre parcours pour devenir metteur en scène et pourquoi ?
J'ai commencé par faire du théâtre en classe de 2nde, puis j'ai été acteur pendant plusieurs années. En fait, je ne connais pas la vraie raison
Devenir metteur en scène, c'est un rêve que j'ai depuis l'âge de 16 ans.
Metteur en scène, c'est un métier pour aller vers les autres, c'est un métier créatif.
J'adore le cinéma et la musique mais je trouve que le théâtre, c'est un mélange des deux et même d'autre chose de plus complet, qui s'adresse à l'humain tout entier.
Comment avez vous repéré les jeunes acteurs ?
Légalement, nous avons été obligés d'en trouver trois. L'annonce a été diffusée un peu partout et nous avons reçu plein de candidatures. Les trois petits garçons sélectionnés ont surtout été choisis pour l'émotion immédiate qu'ils dégagent. C'est un rôle muet, et c'est peut-être ce qu'il y a de plus difficile à jouer. Justement parce qu'il ne faut pas jouer mais simplement être.
On a repéré les acteurs dans la cour de leur école, puis on en a parler avec la directrice, puis avec les parents pour savoir s'ils étaient d'accord mais bien sûr seulement si le jeune lui-même était d'accord.
Philippe Mercier: qui joue le rôle du grand-père
Jouer c'est quelque chose de fantastique, on passe à travers des centaines de personnage aux caractères des fois très éloignés, le mieux, c'est le rôle des méchants qui est souvent intéressant à jouer, plus que les gentils.
Les personnages que l'on joue sont parfois à l'opposé de notre caractère. Par exemple Philippe Cousin qui joue Grenville est très zen par nature et dans son rôle lorsqu'il interprète un soldat de retour du front qui va beaucoup s'énerver et crier, c'était très dur d'arriver à l'énerver.
Anne Le Guernec qui joue le rôle Magda alias Maud
Les enfants qui jouent le rôle de Sirin changent à chaque théâtre, mon coup de cœur c'est la révélation des enfants acteurs.
Le metteur en scène Guy Pierre-Couleau :
La mise en place ainsi que les répétitions durent 6 à 7 semaines, c'est long car les enfants ne peuvent venir répéter que le mercredi ou pendant les vacances.
Cela dure 1 an pour les costumes.
L'idée m'est venue en octobre 2009 et on joue de fin Novembre 2010 à avril 2011 cela représente environ un an et demi pour ce spectacle.
Est ce que quelque chose paraît satirique ou est ce que vous voulez critiquer quelque chose ?
Je critique la guerre, la pièce est pacifiste malgré les colères du père lorsqu'il bat presque l'enfant, d'ailleurs j'ai toujours une petite peur chaque soir que quelqu'un se lève pour protester contre cela (rires).
Je ne veux pas être dans la critique négative.
Qu'avez vous bien aimé ?
Ce qui est bien c'est la présence de Maud et de Sirin, cela représente un victoire sur la vie ; par exemple lorsque la mère sauve 2 fois l'enfant, une fois de la faim au début de la pièce lorsqu'elle accepte de le garder et lui fait manger du cheval et aussi lorsqu'elle le sauve des griffes de Grenville.
Quand est ce que se passe la scène ?
Le lieu de la pièce est indéfini tout comme l'époque qui pourrait être proche de la nôtre.
Mais puisque la guerre est finie et qu'elle recommence à la fin, l'histoire se situe durant une entre deux-guerres qui pourrait être les années 1930 entre la première et la seconde guerre mondiale. Mais comme il y a la guerre un peu partout, la scène pourrait se passer en ce moment.
Zinnie Harris
Mise en scène Guy Pierre Couleau
Dans un pays en guerre, une femme traîne une carcasse de cheval. Elle l'échange contre un enfant pour remplacer le fils qu'elle a perdu. Quand le mari revient de guerre, il retrouve sa femme et son fils, mais sont-ils vraiment ce qu'ils semblent être ?
Une pièce sur l'identité, l'amour et la guerre.
Après la guerre, l'amour d'une femme pour un enfant muet survit encore. Celle qui était redevenue sauvage reprend forme humaine au contact de l'innocence. « Hiver » est une pièce qui parle de la civilisation. Où plus exactement de la lutte nécessaire pour que le civilisé l'emporte sur l'aveuglement. La barbarie fait irruption jusqu'au coeur de nos vies quotidiennes et c'est par la parole que le monde peut se sauver. Zinnie Harris, proche du mythe grec, situe avant tout son théâtre dans une exploration de notre époque. C'est au moyen de la fable qu'elle nous entraîne dans une pensée épurée sur le sens de ce que nous sommes. Loin du lyrisme, elle écrit un théâtre populaire, avec une grande sobriété, une économie de moyens qui rend chaque réplique nécessaire. Sur le plateau, les images : des rêves, le passé des personnages, une truite qui nage en liberté, un visage humain qui nous fixe des yeux sous l'eau, les plantes qui repoussent, une nature qui se remet à vivre.
Le théâtre de Zinnie Harris est d'aujourd'hui : peuplé de ténèbres mais traversé de lumière et d'espérance. Face à la guerre et la bestialité, triomphent l'amour et la compassion.
En 2005, en pleine guerre d'Irak, l'auteur britannique Zinnie Harris écrit « Hiver ». À côté d'elle s'éveille à la vie son dernier enfant âgé de quelques mois. La pièce qu'elle imagine est inspirée de ces deux événements, confiera-t-elle plus tard : « J'essayais de préserver ma bulle et de me convaincre que c'était la seule chose au monde qui comptait ».
« Hiver » se passe quelque part au sortir d'une guerre qui a éreinté et affamé la population. C'est l'histoire d'une femme qui troque un cadavre de cheval contre un petit garçon privé de langage. Peut-être pour remplacer l'enfant qu'elle a perdu ; peut-être parce qu'elle voit en lui l'unique moyen de retrouver un peu d'humanité, et tant pis si ces retrouvailles nécessitent d'arracher l'enfant à son grand-père. Avec ce dernier, elle va tenter de redonner la parole au garçonnet.