Le fantastique selon Todorov
Voici ce qu'écrit le critique littéraire Todorov dans son Introduction à la littérature fantastique (1970)
"Dans un monde qui est bien le nôtre, celui que nous connaissons, sans diables, sylphides, ni vampires, se produit un événement qui ne peut s'expliquer par les lois de ce même monde familier. Celui qui perçoit l'événement doit opter pour l'une des deux solutions possibles : ou bien il s'agit d'une illusion des sens, d'un produit de l'imagination et les lois du monde restent alors ce qu'elles sont ; ou bien l'événement a véritablement eu lieu, il est partie intégrante de la réalité, mais alors cette réalité est régie par des lois inconnues de nous (...). Le fantastique occupe le temps de cette incertitude ; dès qu'on choisit l'une ou l'autre réponse, on quitte le fantastique pour entrer dans un genre voisin, l'étrange ou le merveilleux. Le fantastique, c'est l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles face à un événement en apparence surnaturel."
Les registres littéraires
Le registre épique « THERAMENE À peine nous sortions des portes de Trézène, Il était sur son char. Ses gardes affligés Imitaient son silence, autour de lui rangés ; Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes ; Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes. Ses superbes coursiers, qu'on voyait autrefois Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix, L'œil morne maintenant et la tête baissée, Semblaient se conformer à sa triste pensée. » (Phèdre de Racine)
On grandit les qualités du héros, on note de nombreuses hyperboles, la grandeur des personnages et des sentiments.
Le registre comique « Monsieur Jourdain Non, je ne veux ni prose ni vers. Le Maître de philosophie Il faut bien que ce soit l'un ou l'autre. Monsieur Jourdain Pourquoi ? Le Maître de philosophie Par la raison, monsieur, qu'il n'y a, pour s'exprimer, que la prose ou les vers. Monsieur Jourdain Il n'y a que la prose ou les vers ? Le Maître de philosophie Non, monsieur. Tout ce qui n'est point prose est vers, et tout ce qui n'est point vers est prose. Monsieur Jourdain Et comme l'on parle, qu'est-ce que c'est donc que cela ? Le Maître de philosophie De la prose. Monsieur Jourdain Quoi ! quand je dis : 'Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit ', c'est de la prose ? Le Maître de philosophie Oui, monsieur Monsieur Jourdain Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m'avoir appris cela. » (Le bourgeois gentilhomme de Molière)
Le comique de caractère est souligné par l'ignorance de M.Jourdain Le comique peut reposer sur des situations, des caractères, des mots ou des gestes.
D'autres registres complètent celui-ci : -Satirique (qui tourne en ridicule pour se moquer), -Grotesque (ridicule, extravagant), -Burlesque (qui donne à des personnages nobles des idées grotesques) -Héroï-comique (qui donne à des personnages de basse condition (bourgeois, petit peuple) des idées et un style nobles.
Le registre pathétique « La tante, presque sans vie, tenait la tête de la mourante dans ses faibles bras; son frère était à genoux au pied du lit son amant pressait sa main, qu'il baignait de pleurs, et éclatait en sanglots. » (L'ingénu de Voltaire)
Le spectacle de la souffrance suscite la pitié.
Le registre lyrique
« Ô temps! Suspends ton vol, et vous, heures propices! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours! » (Méditations poétiques de Lamartine)
Expression des sentiments intimes, marques de subjectivité, exclamations.
Le registre tragique
LA PRÉSIDENTE DE TOURVELA MADAME DE ROSEMONDE
[Mme de Tourvel vient d'avouer à son amie son amour pour Valmont et l'informe de son départ, décision à laquelle il lui est difficile de se soumettre.]
« C'est bien en éprouver assez que d'avoir à faire cette demande. Fatal effet d'une présomptueuse confiance! pourquoi n'ai-je pas redouté plus tôt ce penchant que j'ai senti naître? Pourquoi me suis-je flattée de pouvoir à mon gré le maîtriser ou le vaincre ? Insensée ! je connaissais bien peu l'amour ! Ah ! si je l'avais combattu avec plus de soin, peut-être eût-il pris moins d'empire! peut-être alors ce départ n'eût pas été nécessaire; ou même, en me soumettant à ce parti douloureux, j'aurais pu ne pas rompre entièrement une liaison qu'il eût suffi de rendre moins fréquente ! Mais tout perdre à la fois ! et pour jamais ! Ô mon amie !... Mais quoi ! même en vous écrivant, je m'égare encore dans des vœux criminels. Ah ! partons, partons, et que du moins ces torts involontaires soient expiés par mes sacrifices. Adieu, ma respectable amie; aimez-moi comme votre fille, adoptez-moi pour telle; et soyez sûre que, malgré ma faiblesse, j'aimerais mieux mourir que de me rendre indigne de votre choix. De ..., ce 3 octobre 17**, à une heure du matin. » (Les liaisons dangereuses de Laclos)
-Le niveau de langue est soutenu -le thème de la mort, de la fatalité est très présent -Les passions se déchaînent : les personnages n'en sont plus maîtres.
Le registre polémique « Je hais les sots qui font les dédaigneux, les impuissants qui crient que notre art et notre littérature meurent de leur belle mort. Ce sont les cerveaux les plus vides, les cœurs les plus secs, les gens enterrés dans le passé, qui feuillettent avec mépris les œuvres vivantes et tout enfiévrées de notre âge, et les déclarent nulles et étroites. » (Zola, Mes haines)
Ce registre sert à attaquer, les mots sont violents.
Le registre épidictique « Le rouge et le noir représentent la vie, une vie surnaturelle et excessive ; ce cadre noir rend le regard plus profond et plus singulier, donne à l'œil une apparence plus décidée de fenêtre ouverte sur l'infini ; le rouge, qui enflamme la pommette, augmente encore la clarté de la prunelle et ajoute à un beau visage féminin la passion mystérieuse de la prêtresse » (Baudelaire « Eloge du maquillage ») Ce registre est celui de l'éloge et du blâme, on utilisera donc des adjectifs péjoratifs ou mélioratifs ou encore des images valorisantes ou dévalorisantes.
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