Une pièce politique: Lorenzaccio de Musset (1ES2)
Pour compléter notre réflexion sur le débat d'idées au théâtre, écoutez cette version radiophonique du drame romantique de Musset: Lorenzo pour débarrasser Florence de la tyrannie des Médicis se fait l'ami du tyran pour mieux le tuer, mais peut-on impunément porter le masque d'un favori du Duc Alexandre sans se laisser corrompre? La fin justifie-t-elle les moyens?
http://www.franceculture.fr/emission-fictions-theatre-et-cie-cycle-musset-lorenzaccio-de-alfred-musset-2011-10-30
« …dans deux jours les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté. »
Ainsi s'achève, à deux répliques près, la très longue et très riche scène 3 de l'acte III de Lorenzaccio. Centre de gravité de la pièce, cette magnifique confrontation entre Philippe Strozzi, seigneur républicain de Florence, et Lorenzo de Médicis, ennemi de sa propre famille, et en particulier d'Alexandre, représentant cruel et débauché du Saint Empire romain germanique. Dans ce dialogue en pleine rue, qui suit l'arrestation de Pierre et de Thomas, fils de Philippe Strozzi, et qui précède l'assassinat de Louise Strozzi, Musset revient sur l'origine du projet d'assassinat politique de Lorenzo et donne à voir la détermination, l'extraordinaire volonté de Lorenzo. Musset met enfin à nu la vérité de son personnage, qui s'est identifié à son patriotisme au point d'avoir juré, vingt ans auparavant, de « tuer l'un des tyrans de sa patrie ». Dressant l'amer bilan d'une vie perdue dans la débauche et le mensonge dans le seul but de gagner la confiance d'Alexandre, Lorenzo est désormais convaincu que son geste n'entraînera pas de soulèvement du côté des familles républicaines, pourtant lourdement réprimées par les Médicis. Il est aussi convaincu d'être désormais incapable d'abandonner les plaisirs épicés auxquels il a trop souvent goûté . Il apparaît ainsi dans sa solitude volontaire et désespérée, dans une vérité dramatique propre à hanter les rêves de tout jeune homme un tant soit peu révolté. L'acte de Lorenzo, bien au-delà d'un contenu « existentiel », est l'aune à laquelle se mesurera la valeur de ses contemporains. Et Musset opposera le courage de la jeunesse à l'impuissance bavarde des notables républicains.
Dans un double mouvement dont seule la construction dramatique peut rassembler les aspects contradictoires, Musset, si proche des étudiants de sa pièce, règle ses comptes avec la bourgeoisie de 1830, révolutionnaire en paroles mais vite soumise à Louis-Philippe, et invente ce personnage de solitaire incompris, décalé, mélange de libertin et de héros romantique qu'il développera dans la « Confession d'un enfant du siècle ». Il y a donc au départ et à l'arrivée une exigence de vérité qui mêle dans un mouvement impétueux vérité politique et confession, qui est un désir de dépassement de soi chez Musset. L'action devait en être nécessairement longue et complexe, révélant tour à tour les aspects les plus contrastés de la société florentine revue par Musset ainsi que les ascensions et les descentes de l'âme tourmentée de Lorenzo. Ainsi le spectateur est-il rapidement transporté à travers les espaces les plus variés, sans souci du « coût de production ». Mais aussi dans une temporalité transformée, concentrée : George Sand, qui fournit -- sublime cadeau – l'argument de la pièce à Musset, avait déjà ramené à quelques jours une action s'étalant sur quinze ans dans les « Chroniques » de Varchi…
Jamais la pièce ne fut représentée dans son intégralité, et l'on se demande si les décideurs sont par là restés fidèles au principe du « spectacle dans un fauteuil » (Musset ne croyait pas à une possible représentation de Lorenzaccio) ou s'ils ont suivi le geste castrateur des directeurs de théâtres obligeant Musset à défigurer nombre de ses pièces… Assez curieusement, ce sont les scènes politiques (complot de la marquise de Cibo, manifestation des étudiants, discussions entre notables impuissants après l'assassinat du Duc) qui eurent à souffrir des coupes pratiquées dans une pièce souvent jugée bavarde, mais à tort selon nous, par le milieu théâtral.
L'adaptation de Gérald Garutti, si elle se plie au format, actuellement le moins étroit, des deux heures de diffusion, réussit le tour de force de ne couper pratiquement aucune scène de la pièce et d'en préserver ainsi les multiples facettes, charme essentiel de Lorenzaccio. Elle souligne la construction vigoureuse de ce théâtre politique intime qui nous a tous deux si violemment émus.
Au moment où d'autres empires, plus ou moins saints, étendent leurs ravages en Europe, il m'a paru opportun d'éclairer par le son une pièce qui va bien au-delà des mots : comme le souligne Bernard Masson dans ses analyses du théâtre de Musset, tout se passe avant et après les paroles échangées, dans une attente fiévreuse des choses, de l'événement. Mes choix d'interprétation furent guidés par cette conviction. L'assassinat d'Alexandre, si rapide dans le texte de Musset, nécessitait une concrétisation sonore intense dans le jeu des interprètes et le bruitage, un mélange repoussant de précision physiologique et d'émotion qui suspende le mouvement du temps et s'approche de la poésie de l'instant, vérité essentielle du poète que fut Musset. Une dilatation de la pensée qui ouvre enfin sur une dilatation de l'espace, lorsque Lorenzo s'abandonne, son acte enfin commis, à la contemplation des toits de Florence. Mais la préparation de l'assassinat, vers lequel tous les interprètes et l'équipe furent tendus, et ses conséquences tragiques pour la jeunesse révoltée de Florence et Lorenzo lui-même, cette vaste respiration de la pièce de Musset, tous ces mouvements ne pouvaient pour moi s'incarner que dans un cinéma pour l'oreille où bruitages, ambiances et musique tantôt s'intègrent au texte, tantôt l'absorbent. Musset était hanté par Hamlet. Hanté par la musique que Chostakovitch composa pour le Hamlet de Kozintsev, je l'ai détournée , en hommage à ce cinéaste, et pour souligner le lien – et non l'identité – qu'il y avait pour Musset entre les deux personnages.
Gérard Desarthe, qui fut Hamlet au théâtre, mais aussi un très jeune Lorenzaccio, interprète à présent Philippe Strozzi. Thibault Vinçon, Lorenzo, est familier du personnage. Il en incarne la force de décision et la fragilité feinte. Quant à Guillaume Durieux, il restitue l'énergie animale du Duc et sa puissance de séduction. Tous les rôles, fort nombreux et parfois si météoriques, ont su déclencher la passion chez leurs interprètes.
Puisse le règlement de compte de Musset avec les bourgeois de 1830 résonner avec les inquiétudes et la révolte de ceux qui espèrent aujourd'hui être menés à la victoire contre forces de l'oppression. Puisse Lorenzaccio redonner le goût d'un théâtre hors normes à une époque trop formatée.
Michel Sidoroff
Contrôle de synthèse des 1ES2 le 2 novembre.
Je mets en ligne une question que m'a posée Solène et ma réponse qui peut servir à toute la classe:
"Je vous écris car j'appréhende un peu le contrôle de synthèse de mercredi .. J'ai réviser le poème de Victor Hugo, j'ai visionner le reportage de Carlos sur le terrorisme ainsi que les témoignages des personnes victimes de la guerre, j'ai appris les deux biographies de Sartre et Camus ainsi que les personnages suivants, Jessica, Hugo et Stepan. Est-ce suffisant ?"
Tout ce travail que tu as fourni va t'être utile pour l'examen car tu auras fait l'effort de t'approprier une culture que tu retiendras car tu te seras prise à temps pour la retenir.
As-tu révisé aussi les lectures analytiques que nous avons faites? les deux dans les Justes et le commentaire du dénouement de Dom Juan?
Je peux poser des questions sur les textes eux-mêmes qui figureront sur la liste de bac, du type "en quoi le dénouement de Dom Juan est-il spectaculaire?" "Comment Camus crée-t-il une tension dans le début des Justes?" "Quelle est la stratégie argumentative de Stepan lors du débat avec ses camarades à propos de l'échec de l'attentat?
Je pourrai demander aussi quel est le rapport entre ma question du héros pour le XXIème siècle et le programme de l'année de première tel que je l'envisage, pourquoi avoir choisi le héros comme fil rouge?
Ce travail que tu fais pour le contrôle est celui que tu devrais faire normalement toutes les semaines pour assimiler le cours en vue de l'examen.
Je pense aussi à d'autres questions comme un commentaire des titres des pièces de Camus et Sartre, nous avons vu en cours que Camus a hésité entre plusieurs titres et que c'est Hoederer dans Les Mains Sales qui utilise l'expression se salir les mains.Je pourrai aussi poser des questions sur la représentation que nous avons vue puisque l'objet d'étude est théâtre:texte et représentation. Je pourrai d'ailleurs demander ce que signifie le titre de l'objet d'étude, il est important de connaître tous les intitulés officiels des objets d'étude car ils définissent le cadre du travail de la classe de français. Les correcteurs à l'examen commence souvent par là lors de l'entretien, faire définir les termes des objets d'étude au candidat.
Hugo dans les Mains Sales
Lire cette analyse passionnante extraite de
http://gerard.piacentini.pagesperso-orange.fr/sartre.html
"Dans Les Mains sales, le problème sartrien de la rupture avec la vision cartésienne du réel est formulé de la manière la plus explicite :
SLICK.- Il emploie les mots qu'il trouve dans sa tête, il pense tout avec sa tête. HUGO.- Avec quoi veux-tu que je pense ? SLICK.- Quand on la saute, mon pote, c'est pas avec sa tête qu'on pense... Tu n'as jamais eu faim.
Au primat de la pensée, la réplique de Slick substitue celui de la sensation. À "Je pense, donc je suis", Sartre oppose : "Je sens, donc j'existe". Il n'est guère difficile d'identifier l'origine de la vocation révolutionnaire d'Hugo. Dans les souvenirs d'enfance du jeune homme, Sartre relie la "torture" infligée par les parents à l'enfant qu'ils forcent à manger quand bien même il n'a pas faim, avec le défilé des ouvriers en grève qui demandent du pain. L'enfant en retient que les travailleurs éprouvent une sensation, contrairement à lui à qui la sensation est refusée. De ce fait, ils sont réels, alors que lui a le sentiment de ne pas exister. Adulte, le jeune homme a voulu rejoindre ceux qu'il a enviés et auxquels il ne ressemble pas du tout : mince, frêle, intellectuel, torturé par une activité de tête incessante. Hugo espère que son adhésion au combat de la classe ouvrière va l'aider à surmonter le désordre de son esprit :
HUGO.- J'ai besoin de discipline. HOEDERER.- Pourquoi ? HUGO, avec lassitude.- Il y a beaucoup trop de pensées dans ma tête. Il faut que je les chasse. HOEDERER.- Quel genre de pensées ? HUGO.- "Qu'est-ce que je fais ici ? Est-ce que j'ai raison de vouloir ce que je veux ? Est-ce que je ne suis pas en train de me jouer la comédie ?" Des trucs comme ça... il faut que j'installe d'autres pensées dans ma tête. Des consignes ! "Fais ceci. Marche. Arrête-toi. Dis cela". J'ai besoin d'obéir. Obéir et c'est tout. Manger, dormir, obéir.
Hugo voudrait être Slick, l'homme de main d'Hoederer, "Cent kilos de chair et une noisette dans la boîte crânienne, une vraie baleine". Il envie sa massivité, l'activité cérébrale réduite qu'il lui attribue, comparée au bourdonnement incessant de ses propres pensées : "Ce qu'il doit faire bon dans ta tête, pas un bruit, la nuit noire". Hoederer, particulièrement, incarne la réalité qui fait défaut à Hugo. Il l'admire et l'envie : "As-tu vu comme il est dense, comme il est vivant ?". Face à cette massivité, Hugo est confronté à sa propre irréalité :
JESSICA.- C'est la cafetière que tu avais dans les mains quand je suis entrée. HUGO.- Oui. JESSICA.- Pourquoi l'as-tu prise ? HUGO.- Je ne sais pas. (Un temps.) Elle a l'air vrai quand il la touche. (Il la prend.) Tout ce qu'il touche a l'air vrai. Il verse le café dans les tasses. Je bois, je le regarde boire et je sens que le vrai goût de café est dans sa bouche à lui. (Un temps.) C'est le vrai goût de café qui va disparaître, la vraie chaleur, la vraie lumière. Il ne restera que ça. Il montre la cafetière. JESSICA.- Quoi, ça ? HUGO, montrant d'un geste plus large la pièce entière. Çà : des mensonges ! (Il repose la cafetière.) Je vis dans un décor.
L'assassinat devait être, pour Hugo, l'occasion de montrer, et de se montrer, qu'il était capable de se confronter à la réalité la plus déplaisante : "On s'apercevra peut-être un jour que je n'ai pas peur du sang". Or, Hugo réalise qu'il a envisagé le meurtre d'une manière abstraite : auparavant, il s'agissait de tuer un opposant politique qui, pour lui, n'était qu'un nom ; maintenant, sous ce nom, il y a une personne. L'action qu'il envisageait d'une manière clinique révèle ses aspects les plus déplaisants, des images de mort, le sang qui coule :
Là-bas, quand ils décident qu'un homme va mourir, c'est comme s'ils rayaient un nom sur un annuaire : c'est propre, c'est élégant. Ici, la mort est une besogne. Les abattoirs, c'est ici. (Un temps.) Il boit, il fume, il me parle du Parti, il fait des projets et moi, je pense au cadavre qu'il sera, c'est obscène.
Tuant Hoederer, Hugo va affronter la sensation la plus pénible qui correspond pour lui au maximum de réalité. En fait, on peut se demander s'il ne s'ôte pas toute chance d'accéder au réel, comme Hoederer le laisse entendre :
HOEDERER.- Toi, je te connais bien, mon petit, tu es un destructeur. Les hommes, tu les détestes parce que tu te détestes toi-même ; ta pureté ressemble à la mort et la Révolution dont tu rêves n'est pas la nôtre : tu ne veux pas changer le monde, tu veux le faire sauter. HUGO, s'est levé.- Hoederer ! HOEDERER.- Ce n'est pas ta faute : vous êtes tous pareils. Un intellectuel, ce n'est pas un vrai Révolutionnaire, c'est tout juste bon à faire un assassin.
Hoederer relie Hugo au réel sensible. Avec la mort d'Hoederer, "c'est le vrai goût du café qui va disparaître, la vraie chaleur, la vraie lumière..." Autant dire que, de sang froid, le meurtre est impossible. Hoederer a proposé à Hugo de l'aider à devenir adulte, donc d'accéder au réel, proposition que le jeune homme a décidé d'accepter. Malheureusement, entrant dans le bureau d'Hoederer pour lui signifier son accord, Hugo a surpris Hoederer embrassant Jessica. Humilié, croyant qu'il s'est moqué de lui, Hugo a tiré. Acceptant l'aide d'Hoederer, Hugo est, à un certain moment, devenu son fils. Proposant son aide à Hugo, Hoederer est devenu son père. Cette paternité, Hoederer l'a assumée puisque, blessé à mort par Hugo, il l'a protégé par un mensonge. La rage d'avoir été trompé d'une part, la certitude d'avoir politiquement raison et d'être soutenu par ceux qui l'ont mandaté d'autre part, ont empêché Hugo d'envisager toute l'horreur de son geste : le sang qui coule, la vie de son second et véritable père qui s'en va. Devenu lucide, reconnaissant qu'Hoederer a eu raison en tout, l'a aimé et protégé comme son fils, Hugo réalise qu'il s'est barré le chemin vers le réel. La mort du jeune homme sous les balles de ses anciens amis matérialise l'échec de sa tentative.
En savoir plus sur le terrorisme: Carlos, film sur Arte en trois volets
Pendant les années 70 et 80 de nombreux actes terroristes ont été commis. Le terroriste le plus médiatisé a été un certain Carlos toujours emprisonné aujourd'hui dont le réalisateur Olivier Assayas retrace l'itinéraire:
http://www.arte.tv/fr/mouvement-de-cinema/Carlos/4169434.html
Véritable mythe, Carlos est au coeur de l'histoire du terrorisme international des années 1970 et 1980, de l'activisme propalestinien à l'Armée rouge japonaise. À la fois figure de l'extrême gauche et mercenaire opportuniste à la solde des services secrets de puissances du Moyen-Orient, il a constitué sa propre organisation, basée de l'autre côté du rideau de fer, active durant les dernières années de la guerre froide. Le film est l'histoire d'un révolutionnaire internationaliste, manipulateur et manipulé, porté par les flux de l'histoire de son époque et de ses dérives. Nous le suivrons jusqu'au bout de son chemin, relégué au Soudan où la dictature islamiste, après l'avoir un temps couvert, l'a livré à la police française. Personnage contradictoire, aussi violent que l'époque dont il est une incarnation, Carlos est aussi une énigme.
Découvrir le romancier Céline auteur de Voyage au bout de la nuit (1ES2)
Même si nous n'étudions par le roman de Céline, il est intéressant de découvrir l'un des plus grands auteurs du XXème siècle, l'un des plus polémiques aussi car Céline était un antisémite.
le documentaire est visible sur Arte jusqu'à lundi prochain:
http://videos.arte.tv/fr/videos/le_proces_celine-4195806.html
Analyse de la représentation Les mains sales
< votre article ici >
Les Mains Sales Sartre mise en scène Guy Pierre Couleau : analyse chorale d'une représentation.
A. L'espace scénique : plateau salle à l'italienne, scénographie de Sarti, angles acérés d'un toit, formes géométriques stylisée de la maison, prologue avec projection d'un film : images d'archives et texte de Sartre sur les résistants, la république du silence : effet d'émotion, de contextualisation, travail de mémoire pour nous au XXIème siècle, à quoi devons-nous résister ? que devons-nous à ces gens, ces « combattants de l'ombre ?
Ensuite intérieur d'un appart avant scène. Vieillot, tapisserie à ramage, tonalité de vert année 40, gris-bleu des meubles : monochrome qui évoque les photos noires et blanc et la mémoire, la poussière du passé, deux fauteuils avec dossier rouge et noir ( passion, enthousiasme, amour, pureté).
Transformation à vue : tapisserie de 1 qui se détache pour montrer la chambre d'Hugo et Jessica chez Hoederer, déplacement des objets scéniques à vue, lit, bureau pour le bureau de Hoederer : effet de montage cinématographique de type fondu enchaîné, mais aussi légère distanciation. Accompagnés de musique de jazz. Esthétique du film noir, années 40.
Pas de rideau ni de fosse, proximité puisque nous étions dans les premiers rangs.
Décor assez chargé car nombreux objets présents en scène sauf au début.
B. Décor : figuratif, daté : année 40, assez varié : appart d'Olga cache des résistants terroristes, pièce hors champ de la dispute entre Hoederer et les autres membres du parti, pont qui saute pas loin, visible par une fenêtre face public qui n'existe que par le jeu des comédiens,, allées et venues de résistants, chambre du couple chez Hoederer, bureau, retour dans appart d'Olga. Donne matière à jeu : course poursuite autour du lit des amants, fouille mouvementée de la chambre par les hommes de mains, bureau qui reçoit le complot politique et qui permet le travail de secrétaire de Hugo. Après l'explosion de la bombe désordre.
C. Objets scéniques et accessoires nombreux : fauteuils, machine à écrire, valise d'explosif, pistolet, deux valises du couple : effets et secrets, contenus vêtements : costumes, soutien-gorge, robe de chambre appréciée par Hoederer, photos compromettantes de Hugo montrant son attachement à son enfance et à sa personne, livres sur le marxisme et de poésie, arme, carafe mais toujours vide, peuvent pas servir à boire, flingues des gardes du corps, bureau : cafetière, service à alcool : Hoederer boit beaucoup, Hugo se saoule : beaucoup d'objets liés aux didascalies internes aux répliques. Usage fonctionnel le plus souvent mais parfois porteurs de signification plus symboliques comme les photos ou le soutien gorge qui attire l'attention des hommes privés de présence féminine. Rôle métonymique de la machine à écrire, des livres : intellectuel bourgeois.
D. Lumière très importante : raies de lumière qui annonce le passage ou l'arrêt d'une voiture, sombre le soir, explosion de la bombe lancée par Olga, éteindre la lumière quand elle part pour que personne ne voit son ombre. Contribue à la tension.
E. Son : musique de transition entre les tableaux, jazz : film noir, année 40, bruit de voiture au début création de tension cf la gestapo possible, l'arrivée des camarades qui veulent éliminer Hugo. Silence tendu pendant la fouille de la chambre.
(Importance de la construction de la pièce en 7 tableaux en analepse : retour en arrière : comportement des personnages par rapport à leur passé et à leurs perturbations psychologiques : évolution de Hugo et d'Olga.
Cadre spatio-temporel : Illyrie, royaume de l'Antiquité à l'ouest de la Croatie de la Slovénie et de l'Albanie aujourd'hui : fictif mais rappelle la Hongrie prise en tenaille entre les Allemands et les Russes en 1940.
Trois partis qui s'affrontent : fasciste du régent, parti conservateur, Pentagone de Karski, parti prolétarien de Hugo et Hoederer. Approche de la fin de la guerre, les Russes vont occuper le pays d'où la nécessité pour les fascistes et conservateurs de faire alliance avec le parti prolétarien qui s'installera avec l'arrivée des Russes. Cf assassinat de Trotsky (1879 1940), un des leaders de 1917, exclu du parti en 27 après la mort de Lénine en 24 et pourchassé par Staline qui placera à ses côtés un secrétaire qui l'assassinera.)
Les comédiens en scène : jeu très dynamique, avec une bonne occupation de l'espace pour tous, adresse parfois au public en face, prise à témoin. Beaucoup de déplacements.
Jeu qui évoque le vaudeville pour Jessica qui passe son temps à jouer, surjeu comique, burlesque, mais aussi jeu de séduction, métamorphose au contact de Hoederer, « s'éveille » à la vie, au désir, à la liberté, au choix en situation mais disparaît de la pièce.
Importance des jeux de regards par exemple pendant la fouille par les deux hommes de main, eux même couple à la manière de valets de comédie : grivois, opposés, balourds. Contact physique : amour entre Olga et Hugo, baiser important de Hoederer et Jessica. Costumes assez discret, possibles pour l'époque mais pas très marqués, valables encore pour l'après-guerre, symboliques : prolétaires, bourgeois cf goût de Hoederer pour la robe de chambre de Hugo, féminité de Jessica : robes bourgeoises à pois, longue chevelure blonde d'Olga pourtant « femme de tête » : théâtre d'acteurs : beaucoup d'émotions différentes à jouer, pas seulement pièce de débat politique sur des choix stratégiques ou des décisions politiques , pas seulement confrontation de deux façons de s'engager : combat idéologique intellectuel du journaliste, militant actif, pragmatisme et idéalisme mais question du poids de l'origine pour Hugo : agir pour la cause ou pour soi, pour échapper à son milieu ? peut-on être un politique et une amoureuse cf Olga ? Hugo et Jessica jouent-ils au couple ou s'aiment-ils vraiment ? Pourquoi Hoederer se laisse-t-il perturber par la présence de Jessica : simple manque physique ou désir d'être un Pygmalion ? Faire de la politique n'empêche pas d'être humain. Quid du machisme de la pièce à un moment où les femmes obtiennent le droit de vote et où beaucoup ont été des résistantes actives ?
Texte proféré assez naturellement sauf pour le « surjeu » des scènes de couple. Grande présence quand les acteurs ne parlent pas.
Distribution équilibrée mais mise en valeur de Jessica, Hugo et Hoederer, personnages principaux, Olga pas très bonne au début. Entrée avec trébuchement pour deux acteurs deux fois.
Mise en scène globale : première et dernière image : structure en boucle : violence du coup de feu final, meurtre annoncé au début a été différé par la nuit et le long récit de Hugo qui a fait un retour sur les éléments marquants de sa vie avant de choisir de mourir et d'être vraiment libre, pas se couler dans le rêve projeté par Olga, mais s'affirmer sous son vrai nom et rendre hommage à Hoederer.
2h30 de spectacle mais pas d'effet d'allongement de la durée au contraire : tempo rapide, nombreux rebondissement : thriller. Ralenti au moment de la discussion politique entre les représentants des trois partis mais nécessaire pour faire comprendre l'enjeu politique et pour justifier le retournement de position de Hugo qui se rangera au raisonnement de Hoederer.
Scènes mémorables : tension de la fouille, explosion de la bombe, dialogue entre Hugo et Hoederer sur la nécessité de se salir les mains en politique, baiser de Jessica et Hoederer, meurtre passionnel par Hugo etc. par Hugo
Le spectacle vise à émouvoir et faire réfléchir : genre indéterminé : tragédie pour Hugo mais pas pour Hoederer par exemple, comédie scènes de couple, scènes avec les gardes, même début Hugo à la machine à écrire dialogue avec un autre militant. drame historique : mélange des registres, ancrage dans une réalité. Pas de vraie distance. Pas d'énigme mais beaux moments autour de la question de la « boite à secret » ' voir interview de Guy-Pierre Couleau. Effets de suspense. Gommage de la pièce à thèse au profit de ce qui se joue émotionnellement entre les personnages.
Les mises en scène du dénouement de Dom Juan (1ES2)
En approfondissement de ce que nous avons vu en classe à propos du dénouement de Dom Juan, voici un lien avec le travail d'une collègue illustré de photos qui vous permet d'observer différentes mises en scènes de cette fin spectaculaire:
http://www.slideshare.net/Carolia68/dom-juan-acte-v-scnes-5-et-6-le-dnouement
Pour la mise en scène de Daniel Mesguich que nous avons vue en classe: Don Juan entend les voix du spectre, se saisit d'une forme vide, semble perdu dans l'espace de sa chambre. Trois statues féminines de son décor s'animent et l'entraînent sur le lit dans une lumière bleue. Le texte est dit en voix of. Les statues animées rient et ensevelissent Don Juan sous un drap blanc suggérant à la fois une scène d'amour et la mise dans un drap mortuaire, un suaire; la lumière vire au rouge éviquant les flammes de l'amour et de l'enfer, Don Juan semble mourir à cause de son désir irrépressible de conquêtes féminines. Puis les trois femmes se lèvent, laissant Don Juan brûlé dans le feu et disparaître. Les femmes sortent du lit pour se figer en statues sous une musique céleste. Le retour à l'ordre s'accompagne d'un changement d'ambiance et du retour en scène de tous les personnages de la pièce convoqués dans la réplique ultime de Sganarelle et qui peuvent être satisfaits du chatiment de Don Juan, mais l'expression douloureuse de Sganarelle et sa gestuelle pathétique lorsqu'il saisit le cendres de Don Juan en guise de "gages" détruisent le potentiel comique de cette fin et connotent plutôt la souffrance et le désarroi du valet qui a perdu son maître.
Dossier avec photos sur la mise en scène de Mesguich:
http://www.theatresqy.org/2003/spectacles/images/dom%20_juan.pdf
Un TPE sur le théâtre de Sartre (1ES2)
http://pedagogie2.ac-reunion.fr/lyvergerp/FRANCAIS/TPE/TPE_01-02_TerL/Sartre.htm
proposé par des élèves de L.
Réflexion sur Les mains sales après avoir vu la représentation. (1ES2)
Pour vous aider à remplir la fiche d'analyse du spectacle:
http://crdp.ac-paris.fr/piece-demontee/pdf/les-mains-sales_apres.pdf
En savoir plus sur la Résistance au nazisme en Europe
Parfois les résistants ont été assimilés à des "terroristes", certains ont commis des actes terroristes dans le cadre des processus de lutte armée contre l'occupant. une émission programmée sur Arte donne la parole aux derniers résistants européens vivants , ne manquez pas leur témoignage.
http://lescombattantsdelombre.arte.tv/
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