Réussir le français au lycée

Proposition de plan détaillé pour le DST commmun "Le misanthrope"

Par soniamonnier - publié le mercredi 26 mai 2010 à 09:20 dans 16wCorrections

Problématique : En quoi dans cette scène d'exposition  le regard d'Alceste donne-t-il l'occasion d'une satire de la société du XVIIè me siècle ?

 

 I. le personnage d'Alceste

 

a) Son attitude, sa posture

- colère, repli sur soi, « Laissez-moi je vous prie », « Je veux me fâcher », refus du dialogue.

 

b) Son vocabulaire excessif contre Philinthe : « cœurs corrompus », « mourir de pure honte », « homme d'honneur…scandaliser », « indigne, lâche… » nous laisse imaginer que celui-ci a commis un grand « crime ».

 

c) La misanthropie d'Alceste est une vraie « maladie » (voir titre de la pièce) : « échauffer la bile », « humeur noire » (champ lexical de la maldie) manifestations physiques : « j'enrage »

 

Transition : le comique est accentué lorsqu'on apprend de quoi Philinthe est « coupable »

 

II. Philinthe ou l'honnête homme

 

a) Victime d'une accusation

- il a fait preuve d'un excès de courtoisie : comble de l'infamie pour Alceste : il souhaite rompre toute amitié avec Philinthe.

 

b) Il garde la juste mesure

- il garde son « flegme », il plaisante et cherche à temporiser la rage d'Alceste « que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt ». Il semble accoutumé à ses sautes d'humeur et lui donnera une leçon de « nuance ».

 

c) La galerie des portraits : miroir des « jeux de cour »

- jeu apprécié dans les salons : chacun parle de l'autre, s'en amuse, s'en moque.

- effets comiques : « la vieille Emilie », « Dorillas….. »

 

Transition : un regard sur la société

 

III. Une satire de la société des précieux

 

a) La dimension argumentative de la tirade d'Alceste

- son courroux passe de Philinthe à « la plupart de vos gens à la mode » : énumération acide des différentes marques de civilités à la cour.

- Présent de vérité générale : « C'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde ».

 

b) La nécessaire « bienséance » : pilier des relations sociales de l'époque. Philinthe s'en fait le porte parole : « il est bien des endroits »… Il peut incarner la juste mesure de l'honnête homme : lucide mais capable de composer avec les travers du genre humain.

 

c) Le comique de caractère

Cette scène d'exposition in media res, d'emblée polémique, montre que le caractère d'Alceste va être au cœur de l'intrigue (comédie de caractère) car sa position intransigeante rendra toute relation sociale impossible.

 

Proposition de plan détaillé de commentaire sur l'Ecole des femmes

Par aureliestauder - publié le lundi 29 mars 2010 à 11:48 dans 16wCorrections

Acte III, scène 4 de « Le grés vous a mis en déroute » à « hon chienne ». 

Problématique : Quels éléments annoncent déjà dans cet extrait l'échec total du plan d'Arnolphe ?  

Eléments d'intro : Horace rapporte ici ce qui n'a pas été montré sur scène : l'épisode du grès jeté par Agnès, conformément aux ordres d'Arnolphe. Mais là où Arnolphe s'attend à entendre le récit d'une déroute pour les tentatives de séduction d'Horace, c'est de sa propre défaite et de la désobéissance d'Agnès, qu'il est obligé d'écouter les détails. Le comique joue ici pleinement à ses dépens et annonce déjà l'échec de tous ses plans.  

I. Arnolphe : spectateur forcé de sa propre défaite 

a) Le récit d'Horace

Horace rapporte la scène à Arnolphe comme s'il avait assisté à un divertissement et souhaitait en faire partager tous les aspects les plus comiques à son « ami » Arnolphe. Le discours narratif (verbes d'action, verbes au passé composé…) est vivant grâce aux paroles d'Agnès rapportées : « Retirez-vous…. », et au rythme de la tirade : nombreux enjambements, longue phrase exclamative sur plusieurs vers qui montrent l'exaltation d'Horace. Le spectateur vit à la fois le récit d'Horace et la déconvenue d'Arnolphe. Arnolphe est ainsi le spectateur obligé d'un divertissement dont il est l'objet. Horace utilise en effet le vocabulaire du théâtre : « Voyez quel personnage a joué mon jaloux dans tout ce badinage ». Comme si Arnolphe était mis en scène dans le récit d'Horace, pour mieux se moquer de lui.

b) La lettre d'Agnès

Autre « coup » réservé à Arnolphe : la lecture imposée de la lettre d'Agnès. Cette lettre incarne l'intimité reconquise d'Agnès : elle utilise le « je » et Arnolphe n'est plus qu'un « on » indéfini : « On me dit que…. ». Une des maximes du mariage mentionnait que l'écriture était interdite aux épouses, Agnès montre ici qu'elle est à même de faire un usage subtil du langage : « Et voilà ma réponse » : double sens de l'expression. Elle a compris que le langage peut servir à duper mais elle en appelle à la transparence et la sincérité. Là encore, Arnolphe est « obligé » de constater qu'Agnès ne va pas dans la direction qu'il prétendait lui imposer.

c) Les effets comiques

Arnolphe est la grande dupe de cet extrait. Pour en accentuer l'effet comique, Horace au fil de son récit, ne cesse de le relancer pour qu'il vive plus intensément la scène : « N'admirez-vous point ? », « Ne trouvez-vous pas plaisant ? », « Vous n'en riez pas… ». Le quiproquo met le spectateur à l'aise pour rire pleinement des ressorts de farce très subtils de cette scène. Les apartés d'Arnolphe intensifient le comique : « Voilà friponne … », ou « Hom Chienne ». 

Transition : Arnolphe, l'arroseur arrosé qui n'a présenté à Agnès que les côtés austères du mariage va trouver un nouvel adversaire : la puissance de l'amour. 
 

II. La puissance de l'amour 

a) La vocation didactique de l'amour

L'amour est présenté comme un « grand maître » qui assure la transformation radicale des êtres en très peu de temps : « l'absolu changement devient par ses leçons, l'ouvrage d'un moment ». Il opère une succession de métamorphoses et toujours pour le mieux : l'avare devient libéral, le poltron vaillant, le brutal civil… Autan de qualificatifs qui pourraient d'ailleurs s'appliquer à Arnolphe… Cette vocation didactique de l'amour renvoie au titre de la pièce : « L'école des femmes » dans laquelle Agnès apprend très vite ! 

b) Un miracle

Le terme « miracle » fait de l'amour l'égal d'une divinité : il donne souplesse et agilité intellectuelle. Grâce à l'amour, Agnès va franchir les barrières matérielles, morales et intellectuelles. Avec peu de moyens : le sens des mots et une pierre : elle renverse la situation. L'attelage de mots abstrait (le sens des mots) et concret (la pierre) souligne cette aisance en créant un effet comique. 

c) La femme et l'amour

Là où  Arnolphe ne voit la femme que soumise et dépendante et surtout passive, Horace s'enthousiasme pour une femme qui affirme sa liberté d'aimer. En ce sens, Agnès rejoint le mouvement d'émancipation des femmes qui traversera tout le XVIIème siècle autour des précieuses notamment.  
 

Transition : Arnolphe de plus en plus renfrogné perd la maîtrise du jeu surtout que la comparaison avec le jeune, beau et enthousiaste Horace ne joue bien évidemment pas à son avantage… 

III. Le contraste des personnages 

a) Horace exalté

Après  avoir exalté la puissance de l'Amour qui a métamorphosé Agnès, Horace admire, en lecteur attentif, le style ingénu de sa lettre. Il en admire notamment « les termes touchants », sa « manière de pure nature d'exprimer l'amour », sa justesse d'expression : « tout ce que son cœur sent, sa main a sur l'y mettre »… Horace s'affirme comme un être sensible et sentimental et non pas comme le blondin séducteur et calculateur pour lequel Arnolphe voudrait le faire passer aux yeux d'Agnès.  

b) Arnolphe ridiculisé

Face à  cet Horace rayonnant, le ridicule d'Arnolphe est renforcé. Lui qui ne cherchait en Agnès qu'une « assurance contre le cocuage » au mépris de sa vie et de sa liberté à elle, se révèle terrassé par l'Amour auquel ce « Pygmalion diabolique » est obligé, malgré lui,  de céder la première place. 

c) La victoire définitive de l'amour

Le grand victorieux de cet extrait est bien entendu l'Amour. Arnolphe n'a pas su se laisser transformer par lui et il a cru jusqu'alors pouvoir se rendre maître du destin. Il en est dès lors la première victime, comme le souligne Horace, il est celui « qu'abuse à ses yeux par sa machine même, celle qu'il veut tenir dans l'ignorance extrême ». 

Plan détaillé de la lecture analytique de la scène 2 de l'acte III

Par aureliestauder - publié le lundi 15 mars 2010 à 09:08 dans 16wCorrections

 

 Problématique : comment Molière utilise la scène pour dénoncer le mariage forcé ?

 

 

I. Une relation déséquilibrée entre homme et femme

 

 

1. la femme, possession de l'homme

La femme a la position hiérarchique la plus basse dans la société du XVII : elle est encore plus docile et soumise que tous les autres membres de la société (le valet, l'enfant, le soldat, le frère). A noter également l'alexandrin 703 : « L'une est moitié suprême et l'autre moitié subalterne ». Les mots « suprême » (placé à la césure) et subalterne (placé à la rime) occupent une position forte du point de vue prosodique. L'acteur doit insister sur leur prononciation : cela met en valeur la dichotomie entre l'homme et la femme.

La femme n'a pas pour Arnolphe d'existence propre : elle n'existe que pour l'homme : elle est sa possession (voir la maxime un et deux).

 

2. le mariage d'intérêt : la jeunesse contre la fortune

La scène s'ouvre par la tirade d'Arnolphe qui rappelle à Agnès son origine paysanne. C'est donc un honneur pour elle de devenir sa femme : « Je vous épouse, Agnès ; et cent fois la journée Vous devez bénir l'heur de votre destinée » (V. 679-680)

Le mariage ici est donc un mariage d'intérêt : Agnès n'a comme dot que sa jeunesse et le barbon Arnolphe uniquement l'argent. Cette relation entre les personnages rend compte des mariages d'intérêt qui permet à Arnolphe de légitimer son projet de mariage auprès de la jeune fille. Arnolphe lui fait une faveur en l'épousant : « du vil état de villageoise » elle devient une « honorable bourgeoise ». (A noter les mots à la rime sur lesquels l'acteur peut insister).

 

3. « l'obligation en mariage »

 Il n'y a pas de demande en mariage de la part d'Arnolphe : il oblige Agnès à l'épouser. Il n'est jamais question d'amour ni de séduction. Arnolphe contraint Agnès à l'épouser :

Ex : la tirade  et les maximes (deux discours visant à lui présenter le mariage et ses préceptes) ont une orientation argumentative et morale. Elles donnent à Agnès le chemin à suivre : elles ont une valeur prescriptive.

Le mariage dans la bouche d'Arnolphe n'est pas un plaisir mais une contrainte, un pensum qu'il faut subir. Il faut d'ailleurs observer qu'Agnès se tait mis à part pour lire les maximes.

 

Transition : la scène 2 entre Arnolphe et Agnès donne l'occasion à Molière de montrer l'inégalité qui règne entre homme et femme. Mais au-delà des simples individus, cette scène dresse le portrait de toute une société.

 

II. une satire de la société

 

1. un comique satirique

Le registre satirique « s'en prend à son objet pour le condamner » E. Souriau, Vocabulaire de l'esthétique. Ici Molière à travers le personnage d'Arnolphe fait la satire d'une partie de la société qu'il juge obsolète. Cet extrait se caractérise par sa fonction argumentative : elle véhicule un message aux spectateurs. Il s'agit ici d'enseigner (« docere »). Le comique ici s'exerce encore une fois aux dépens d'Arnolphe qui incarne les défauts d'une société trop rigoriste. Les maximes du temps et l'attitude d'Arnolphe sont aux yeux des spectateurs de l'époque un miroir de la société.

 

2. l'instrumentalisation de la religion

Arnolphe représente dans cette scène l'archétype de celui qui utilise la religion pour son profit personnel tel Tartuffe le faux dévot dans Tartuffe ou L'imposteur. Dans la tirade, Arnolphe a recours au lexique de la religion et plus particulièrement au thème de l'Enfer qui attend Agnès si elle succombe aux avances du jeune « blondin », Horace. (enfers, chaudières bouillantes, diable). La religion est ici un instrument de domination. Molière, à travers la bouche d'Arnolphe condamne une société reposant sur la peur et la contrainte.

 

3. deux types de société qui s'affrontent : dévots contre libertins

Comme dans l'ensemble de la pièce, on retrouve dans cette scène l'opposition entre dévots et libertins :

Attaque d'Arnolphe (qui représente les dévots) des libertins (« Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage : A d'austères devoirs, le rang de femme engage » ou encore un vers plus loin Arnolphe rappelle à Agnès qu'elle ne doit pas être « libertine »). Agnès doit respecter ses devoirs de femme mariée qui sont détaillés dans les maximes.

Les maximes représentent les vices du temps selon Arnolphe, c'est-à-dire plus largement de la jeune cour de Louis XIV qui s'adonne au jeu et aux plaisirs (voir les maximes 8, 9 et 10).

La position d'Arnolphe permet au spectateur de voir sur scène les deux parties de la société de l'époque : dévots et libertines (ou encore « les coquettes »).

 

 

Transition : La scène 2 offre une satire grinçante de la société à l'époque de Molière : un monde dans lequel les jeunes personnes subissent la tyrannie d'austères dévots. Cette représentation de la société va créer une polémique sans précédent.

 

 

 

III. La dimension polémique de l'Ecole des femmes

 

1. la portée subversive de la scène

Molière s'amuse à l'aide des maximes à parodier les dix commandements bibliques. Ainsi, Arnolphe, dans la péroraison de son discours qui s'apparente d'ailleurs à une forme de sermon engage Agnès à « savoir son office ». La jeune fille lit ensuite les 10 maximes proposées par son directeur de conscience, pourrait-on dire. Cette scène a une portée subversive car Molière glisse dans les maximes des passages à connotation sexuelle (maxime 1,2 et 6). Le discours religieux est donc assimilé à la sexualité. Ici Molière désacralise le discours à caractère religieux d'Arnolphe.

 

2.  la réception de la scène par le public

Cette scène en 1662 est jouée au Palais royal par Molière lui-même qui tient le rôle du barbon (Armande Béjart jouant le rôle de la jeune Agnès). Elle suscite de vives polémiques. En effet, Molière exprime une idée combattue à son époque : les préceptes religieux ne conduisent pas les jeunes à se conduire sagement. En effet, Agnès ignore les conseils d'Arnolphe, c'est l'amour d'Horace qui la mènera au mariage.  La satire que Molière fait jouer à l'encontre des précepteurs rigoristes lance « la querelle de l'école des femmes ». Ainsi Donneau de Visé s'insurge contre cette scène qui parodie le genre du sermon et les 10 commandements.

 

3. la dimension intertextuelle de la scène

Molière répliquera par l'écriture de La critique de l'école des femmes visant à ridiculiser ses détracteurs. Visé serait représenté dans le personnage de Lysidias :

« Le sermon et les maximes ne sont-elles pas des choses ridicules, et qui choquent même le respect qu'on doit à ces mystères »).

Voici la réponse que Dorante (représentant Molière) fait à Lysidias :

« Pour le discours moral que vous appelez un sermon, il est certain que de vrais dévots qui l'ont ouï n'ont pas trouvé qu'il trouvât ce que vous dites ; et sans doute que ces paroles d'enfer et de chaudière bouillantes sont assez justifiées par l'extravagance d'Arnolphe et par l'innocence de celle à qui il parle. »

Cette scène de l'école des femmes reste très vivante durant son époque. Molière y fera encore illusion dans son Dom Juan en 1665 quand il fera a contrario dans la bouche de Dom Juan l'éloge de l'infidélité.

 

Eléments de conclusion :

Molière se livre à une satire de la société dans laquelle la femme est cantonnée à son rôle d'épouse soumise. Les pratiques religieuses sont remises en cause dans  cette scène car la religion devient l'adjuvant d'Arnolphe. C'est le discours religieux qui lui permet d'assujettir Agnès. Le comique est ici satirique : il a pour but la critique de la société. La scène représente en effet deux parties du monde : les dévots et les libertins.

Agnès dans cette scène écoute son tuteur et  lit docilement ses maximes. L'éducation d'Arnolphe porte-t-elle  ses fruits ? Le spectateur découvrira dès la scène 4 grâce à Horace qu'Agnès s'est déjà émancipée et ne suit plus guère les préceptes d' Arnolphe.

 

 


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