Des mises en abyme modernes : Les Bonnes de Jean Genet et La cérémonie de Claude Chabrol
Lecture de la pièce de théâtre : Les Bonnes de Jean Genet
1. Donnez la définition de « bonne ».
MÉT. Fille, femme employée à divers travaux domestiques. Bonne à tout faire.
Etym. Forme subst. de bonne, fém. de bon, employée à l'origine comme terme d'affection.
Auj. Employée de maison
2. Cette pièce s'inspire d'un fait divers. Présentez le fait divers.
Christine Papin (1905-1937) et Léa Papin (1911-2001), plus connues sous le nom des sœurs Papin, sont deux employées de maison, auteurs d'un double meurtre sur leurs patronnes le 2 février 1933 au Mans.
Le 2 février 1933, deux cadavres de femmes énucléées, frappées à coups de marteau et de couteau, et ciselées comme des lapins prêts à cuire ; voilà ce que découvrit la police municipale du Mans, peu de temps avant que les deux sœurs, collées l'une à l'autre au fond du même lit un étage plus haut, n'avouent sans la moindre hésitation avoir commis le double meurtre de leurs patronnes, sans motif ni préméditation.
Madame et Mademoiselle Lancelin, les patronnes, avaient quitté la maison une partie de l'après-midi ; l'aînée des deux sœurs, Christine, repassait le linge, tandis que Léa, la cadette, nettoyait. Pendant leur absence, le fer à repasser, tombé en panne, avait provoqué une coupure de courant. Selon la reconstitution, l'acte se serait déroulé en deux temps (Dupré, 1984) : Christine a tout d'abord informé « Madame » du dysfonctionnement du fer, ce qui a entraîné une dispute entre Madame et l'aînée, qui s'est rapidement transformée en une bagarre entre Christine, Madame et « Mademoiselle », avant que Christine ordonne à sa sœur d'arracher un œil de Madame. Alors, la scène a tourné au massacre.
Ce fait-divers tragique, qui deviendra « l'affaire Papin » avec le procès des domestiques « modèles », a éveillé l'intérêt de la France entière, des couches populaires aux milieux littéraires et intellectuels (parmi lesquels les surréalistes et le jeune Jacques Lacan). Cela dit, cet engouement s'est plus apparenté à une excitation généralisée, les uns exigeant la mise à mort, les autres niant la singularité de ce crime ou au contraire vantant sa valeur de transgression et soulevant la question de l'exploitation des classes laborieuses.
3. Qu'est-ce qu'une mise en abîme ? Expliquez la mise en abîme dans la pièce.
Procédé qui consiste à répéter (parfois à l'infini) un élément à l'intérieur d'autres éléments similaires au premier.
Jeu de rôles à l'intérieur de la chambre de la maîtresse : Claire joue Madame et Solange joue celui de la servante : elle joue à la servante et à la maîtresse à l'intérieur d'une pièce qui montre les relations entre M/V + théâtre dans le théâtre
Claire se dédouble en appelant sa sœur Claire.
4. Qu'est-ce qui pousse les bonnes à se révolter ?
« La révolte des bonnes » 30 :
- L'enfermement : pers. qui manque d'air (p. 33 : il fait lourd ; j'étouffe 51) : continuellement au service de Madame = comme une prison = ne peuvent plus partir, ne savent plus où aller
- La haine envers leur maîtresse : réplique de Solange qui crie sa haine et révèle à Claire (la maîtresse) qu'elle ne l'intimide plus (28) : la supériorité
- Une haine qui ne se justifie que par l'étouffement de la maîtresse qui est « bonne » : « Madame nous tue avec sa douceur ! Avec sa bonté, Madame nous empoisonne » (90)
- Le rejet de leurs conditions sociales : le statut social est cause de souffrances et débouche sur la révolte : les violentes exclamations de Claire qui imite sa maîtresse en train de donner des ordres (59) mais la maîtresse est douce, bonne.
- La bonne n'existe que par la voix, les ordres de la maîtresse : « Par moi, par moi seule, la bonne existe. Par mes cris, par mes gestes » (27)
- Le refus de l'asservissement : conquérir leur liberté et accéder au rang d'humain (100)
- La haine de soi : comme des parias, des intouchables (Claire, maîtresse, ne veut pas que Solange, servante, la touche) : honte d'elle-même (elles vivent dans une mansarde et dans la cuisine) : elles ne peuvent pas s'aimer : solitude affective
- La différence de statut qui fait qu'elles pensent que leur maîtresse les déteste alors qu'elle leur parle affectueusement et qu'elle les considère comme ses filles (sa fortune) 74
5. La pièce est violente. De quelle violence s'agit-il ? Comment est-elle montrée ?
Les 2 sœurs prononcent des propos d'une grande violence lors du jeu de rôle : violence verbale : « crachats » (16), « traînée » (25) : humiliation
La violence physique entre elles : les didascalies p. 24 et 29
La violence physique contre la maîtresse : l'empoissonner, emprisonnement du mari pour voir la maîtresse en larmes (37) : « la révolte des bonnes » (30)
6. En quoi la fin est-elle surprenante ? Comment expliquez-vous cette fin ?
C'est finalement Claire qui prend le tilleul et meurt : suicide de Claire.
Claire ne supporte plus sa condition et ne se supporte plus (à travers son double) : la lâcheté, la soumission : en se suicidant, elle acquiert le statut du héros tragique : le courage du héros et le poids de son destin (la fatalité : sont maudites 93, 103, 102).
Claire, Madame meurt et Solange est prisonnière (Monsieur) : en prison, Solange retrouve la liberté morale : ne sera plus au service de Madame (111) : « tu seras seule pour vivre nos deux existences ».
La plupart des pièces traitant du face à face M/V des comédies ≠ une tragédie
Une tragédie avec des personnages de condition modeste qui va susciter terreur et pitié
La cérémonie consiste à imiter Madame dans sa chambre qui donne des ordres et qui se fait servir, qui montre sa supériorité physique, morale et sociale et qui humilie, et à montrer la révolte de la servante prête à la tuer (48).
Mais ce jeu finit par se retourner contre les 2 sœurs qui en viennent à se détester : elles se détestent car chacune d'elle renvoie à l'autre sa condition (49) et provoque un dégoût mutuel : le double de l'autre (58)
Visionnage du film : La Cérémonie de Claude Chabrol
En quoi peut-on rapprocher cette pièce de La Cérémonie de Chabrol ?
- le meurtre des patrons
- la complicité des femmes
- la révolte de ceux qui sont inférieurs
- la mort et la prison
- la violence
- la « cérémonie » : justification du titre et imitation des maîtres (scène avant le meurtre)
- la mise en abyme : le spectacle dans le spectacle : la scène de l'opéra