Bilan 6
1. Ce que j'aimerais approfondir, explorer d'autre.
Beaucoup de vos demandes donnent à penser que vous auriez dû vous inscrire à l'option facultative pour faire de la pratique et apprendre à jouer. Vous confondez toujours un peu l'enseignement d'exploration avec un atelier théâtre, un club, mais je vais vous proposer plus d'exercices de jeu pour répondre à votre demande.)
Etudier des textes d'auteurs connus pour voir comment jouer les personnages
Découvrir les métiers du spectacle vivant dans lesquels on utilise l'informatique, ingénieur du son par exemple. Faire des fiches métiers. ( Anne-Sophie)
Faire des impros, adapter un roman en théâtre (Pierre)
Voir encore d'autres spectacles dans des styles différents, explorer un théâtre où les 5 sens sont éveillés, où le son, la musique ont une importance très grande. ( Juliette)
Etudier d'autres arts du spectacle ( Guillen)
Faire encore des sorties (Anna)
- Jouer ensemble, pas seule : le métier d'acteur est intimidant.( ManonValentin)
Approfondir le travail du metteur en scène, découvrir les différentes techniques de mise en scène (Dorian)
Etudier les sous-genres théâtraux : comédie, tragédie (Dorian)
-Approfondir le jeu, la manière de construire un personnage que l'on joue et d'utiliser l'espace.(Valentin, Camille, Marina)
- développer la confiance en soi par le jeu ( Camille)
- voir si le théâtre à l'étranger est pareil qu'en France.( Mélissa)
-Découvrir d'autres genres, travailler sur des thèmes encore plus actuels et provocateurs : maladies, adolescence, divorce, drogues, des thèmes qui nous concernent davantage.( Manon Ettwiller)
Bilan 5
1. Qu'ai-je appris sur le théâtre comme genre littéraire à travers les pièces rencontrées ?
-Il y a le théâtre classique et le théâtre contemporain (Jeanne)
-J'ai découvert comment un auteur peut nous faire passer un message lorsque le comédien exprime ce qui est écrit dans le texte. ( Anne-Sophie)
-J'ai découvert l'importance des didascalies dans le texte. (Pierre) J'ai appris à analyser les didascalies plus profondément pour pouvoir imaginer la mise en scène. J'ai appris qu'il ya avait des textes plus littéraires que d'autres (Juliette) (Que veux-tu exprimer précisément par là ?)
-Souvent quand on lit une pièce de théâtre, on se la représente dans sa tête et quand on la regarde lors de la représentation, c'est l'imagination de quelqu'un d'autre que l'on voit et cela peut faire un choc.( Guillen)
- J'ai découvert le théâtre de l'absurde avec la pièce Les Bâtisseurs d'Empire ou le Schmurz de Boris Vian où les dialogues paraissent n'avoir parfois ni queue ni tête, où la langue paraît plus ancienne que la nôtre.(Anna)
- Les pièces de théâtre sont plus difficiles à lire qu'un autre livre, qu'un roman, même si les paroles sont plus orales et familières. ( Marina)(Pourquoi selon toi ?)
-Le théâtre est un genre littéraire très varié, les textes peuvent être comiques, tragiques, épiques comme absurde. Il peut aussi bien chercher à divertir le spectateur que poser de grandes questions existentielles aux spectateurs. J'ai découvert le théâtre épique de Brecht à travers Maitre Puntila et son valet Matti : Brecht voulait empêcher que le spectateur soit prisonnier de l'illusion théâtrale qui le fait s'identifier aux personnages et ressentir des émotions qui excluent la réflexion. Il veut le faire davantage réfléchir à la situation d'oppression des personnages pour qu'en quittant le spectacle, le spectateur voie le monde autrement et ait envie de le changer. Pour produire cela, Brecht utilise des effets de distanciation qui nous rappellent que nous sommes au théâtre : décors , machinistes visibles, chansons qui interrompent les scènes par exemple. (Dorian)
- Les registres des textes théâtraux peuvent être variés, tragique, caustique, comique , engagé. ( Manon Ettwiller)
Bilan 3
1. Qu'ai-je appris sur le théâtre comme lieu public d'art et de loisir en découvrant le théâtre de la Comédie de l'Est ?
-J'avais déjà visité la CDE donc je n'ai rien appris de plus que lors de ma précédente visite. (Jeanne, Margaux)
-C'est un endroit qui nous permet de rigoler ensemble dans un moment de distraction, un moment de partage. (Anne-Sophie)
-Le théâtre m'a paru plus grand que ce que j'avais dans le souvenir. J'ai appris que les matériaux utilisés pendant la représentation étaient fabriqués, stockés derrière le plateau dans des coulisses et que les lampes qui permettent l'éclairage des spectacles étaient nombreuses et diverses. (Pierre)
-En visitant le théâtre de la CDE, j'ai découvert que le bâtiment avait eu une toute autre fonction avant d'être un théâtre, c'était une manufacture de tabac. Sa structure a été conservée. J'ai découvert comment les guindes et les barres pour accrocher la lumière étaient déplacées, comment les régisseurs lumière faisaient pour apporter la nuance d'éclairage souhaitée grâce à la gélatine et à l'intensité qui est variable. (Juliette, Manon)
-La comédie de l'Est est un théâtre plus rustique que certains théâtres à l'italienne, qui eux sont plus grands, plus décorés, avec des salles moins sombres. (Guillen)
-Je ne savais pas que l'on pouvait y manger des sandwichs avant le spectacle, qu'il y avait une deuxième salle de spectacle appelée « petite salle ». je ne savais pas où était entreposés les décors.(Anna)
-J'ignorais que dans le hall d'accueil du bâtiment on vendait des livres sur les pièces de théâtre programmée, qu'il y avait un bar et des tables pour y manger et boire un verre. Le bâtiment est d'ailleurs très vaste : une grande scène au rez-de chaussée, une plus petite au quatrième étage, de nombreuses pièces à la disposition des artistes, pour les projecteurs, les costumes, l'arrivée du matériel des décors et des objets scéniques, les répétitions)(Dorian)
-J'ai appris qu'on pouvait manger et boire avant le spectacle, que des programmes et des petits livres étaient distribués aux spectateurs afin qu'ils aient plus de renseignements sur le travail de création fait par les artistes. Le hall contient des affiches qui font la promotion du spectacle encours.(Valentin)
-Je trouve que la CDE n'est pas très bien placée ( Pourquoi ?) cependant c'est un très beau théâtre qui dégage une atmosphère de convivialité. Le hall d'accueil est joliment décoré. Lors de la visite nous avons vu que le lieu est vaste et contient beaucoup de salles. Les documents qui sont donnés aux spectateurs avant le spectacle sont très pratiques.
-Je n'imaginais pas les lieux comme cela, je voyais plus le théâtre comme les comédies musicales qu'on regarde à la télé. (Marina)
-J'ai appris du vocabulaire pour désigner les éléments qui constituent une salle de spectacle, que le bâtiment n'a pas toujours été un théâtre, que les fauteuils étaient rétractables dans la grande salle et qu'elle était modulable en fonction des mises en scène.( Florence)
- Chaque détail dans un spectacle a son importance, rien n'est laissé au hasard. Chaque représentation est différente de la précédente. ( Mélissa)
- - J'ai découvert l'existence des loges rapides derrière le plateau. Je ne savais pas que la comédie de l'Est organisait des rencontres entre le public et les acteurs. ( Jeanne Gachon)
- - la CDE est très grande et contient une foule de salles dont j'ignorais l'existence par exemple la petite salle en haut, celle des décors, la régie du son. L'accueil est sympathique avec son canapé rouge et son petit bar. C'est aussi un lieu d'art car il ya des créations d'une grande richesse.( Manon Ettwiller)
Bilan 2
1. Qu'ai-je appris sur le milieu professionnel du théâtre ?
J'ai appris qu'il était composé de différents métiers. (Anne-Sophie, Juliette, Camille, Manon)(Il aurait fallu les nommer.)
-J'ai appris le nom de différents métiers ainsi que du vocabulaire spécifique au théâtre : régisseur, habilleuse, directeur technique…(Anna, Valentin, Marina, Jeanne Gachon)
-J'ai appris que le metteur en scène faisait attention à chaque détail de la pièce qu'il met en scène. (Jeanne)
-J'ai appris que ce milieu professionnel a des horaires de travail différents de la plupart des milieux et variables, qu'on doit avoir une capacité à s'adapter et à assimiler beaucoup de choses très grande. (Pierre) (Il faudrait préciser ce que tu veux dire par des exemples concrets)
-Je me suis rendue compte de la difficulté que représentait la mise en scène d'une pièce, notamment au niveau financier, je ne pensais pas que produire une pièce coûtait si cher.(Juliette, Jeanne Gachon)
-J'ai appris qu'il faut être très sociable dans ce milieu, que ce n'est pas toujours facile de trouver les finances pour créer, que sans l'intervention des subventions de l'Etat, tous ces métiers seraient « morts ».(Guillen)
-De nombreux artistes aux métiers variés collaborent pour créer un spectacle ( metteur en scènes, comédiens, scénographe…) Ces spectacles peuvent être achetés par les différents théâtres des villes de France que l'on appellent des « structures » pour y être représentés lors de la « saison ».(Dorian)
-J'ai appris que les spectateurs ont aussi une grande importance au théâtre. (Valentin) (Il faudrait que tu dises pourquoi.)
- un milieu difficile, qui demande de la patience, qu'il faut donner le meilleur de soi, qu'il faut la complicité avec le public. ( Florence) ( Il faut que tu dises pourquoi chacune de tes propositions)
- J'ai appris qu'il y a d'autres métiers qu'acteur et actrice. Derrière chaque scène, il ya des gens qui sont intervenus dans l'ombre : régisseur, éclairagiste…(Mélissa)
- J'ai appris qu'il faut à peu près deux ans pour créer une pièce c'est-à-dire trouver les financements et la monter, cela coûte en moyenne 200 à 300 mille euros. ( Manon Valentin)
-Le milieu professionnel du théâtre est composé de beaucoup de métiers insoupçonnés et pourtant indispensables à la réussite du spectacle :le cintrier, les techniciens divers, régisseurs etc. Le metteur en scène joue lui un rôle capital ( Manon Ettwiller).
Bilan des séances depuis la rentrée de l'enseignement arts du spectacles
J'ai pris la peine de reprendre vos réponses pour que tout le monde puisse en goûter la richesse et approfondir sa propre réflexion. Je poste les réponses questions par questions, j'ai parfois mis en rouge des questions qui vous invitent à préciser votre propos.beaucoup de réponses auraient gagné en intérêt si elles avaient été plus argumentées, plus précises avec des exemples concrets de ce que vous voulez dire.
1. Qu'appelle-t-on les arts du spectacle ?
Certains d'entre vous n'ont pas retenu ce que c'était exactement. Parfois vous me dites ce qu'est « l'enseignement d'exploration arts du spectacle. » au lieu de définir « les arts du spectacle ».
-Ce sont les arts qui sont représentés en direct devant un public : danse, théâtre, cirque, opéra…(Jeanne E., Manon V.)
-C'est un spectacle vivant présenté devant des spectateurs réceptifs. (Margaux)
Le terme « arts du spectacle » ne qualifie pas seulement le théâtre comme on pourrait le croire, mais aussi les différentes formes du spectacle comme le cirque, la danse. Ce sont des formes d'art très vivantes et très variées. (Juliette)
-Tous les arts qui mettent en jeu une relation d'échange entre des comédiens, des interprètes et des spectateurs (Guillen)
-Des spectacles vivants qui captent lez public et lui font ressentir des émotions diverses. ( Anna, Dorian, Mélissa))
-c'est un art qui met l'accent sur le partage en direct d'un moment, les acteurs sont réels, ils créent un lien avec un public présent, il ya un partage d'un moment de vie. Le cirque, le théâtre, la danse sont des exemples de spectacles vivants, d'arts du spectacle.( Jeanne Gachon)
- Les arts du spectacles sont les arts vivants, c'est-à dire que les musiciens, danseurs, chanteurs et acteurs jouent en temps réel et communiquent, partagent directement avec le public une expérience. ( Manon Ettwiller)
Bilan 4
1. Qu'ai-je appris sur la pratique du théâtre et sur la représentation en allant voir des spectacles et en faisant des analyses ? -La pratique du théâtre est compliquée. Lors d'une représentation, la compagnie n'a droit qu'à une chance, si les comédiens se trompent, tant pis…(Jeanne) -Derrière un spectacle, il ya beaucoup de temps de travail, tout un projet, rien que pour amuser le public. J'ai découvert le travail de gestes, de diction des paroles lors des répétitions. ( Anne-Sophie) (S'agit-il seulement d'amuser le public ?) -J'ai révisé ce que j'avais appris en 4ème et 3ème. J'ai appris que le texte de théâtre était le point de départ de la représentation et qu'il faut l'étudier longuement avant de pouvoir le matérialiser sur scène, il faut tenir compte des didascalies pour créer le spectacle.(Pierre) -J'ai appris à écouter le ton et le timbre des voix, ainsi qu'à observer chaque détail de la mise en scène car rien n'est placé sur le plateau sans raison. J'ai appris à me concentrer sur plusieurs personnages à la fois, pour ne rien louper du jeu de tous les acteurs et non pas me concentrer seulement sur le personnage qui parle. J'ai découvert qu'il ya des pièces où lors de la représentation l'on essaye de faire passer des sensations et émotions par tous nos sens comme la pièce de Boris Vian où le son était si important. Je comprends mieux ce qu'est le théâtre et je vois plus le message qui est passé au-delà de l'histoire racontée.( Juliette) -J'ai appris que dans les spectacles de théâtre, il pouvait y avoir d'autres formes d'art du spectacle comme la musique, la danse, le cirque, tout cela pour étoffer le spectacle en lui-même et qu'il soit plus distrayant. (Guillen) ( Seulement pour qu'il soit plus divertissant ?) -J'ai appris à mieux regarder les éléments qui composent l'espace scénique que j'appelais « décor », je sais qu'il peut être réaliste, figuratif ou non, plein ou vide etc. La pratique du théâtre est très rigoureuse. Les acteurs doivent parfois jouer de très longs monologues ou tirades.(Anna) - J'ai appris que pour monter une pièce de théâtre, l'on part d'un texte d'un auteur. Il ya une grosse différence entre la lecture d'un texte et le fait qu'il soit joué sur scène. On ne voit pas la pièce de la même manière si elle est lue ou jouée. (Valentin) (Il faudrait que tu dises pourquoi ?) -J'ai appris que de nombreuses pratiques sont présentes dans un spectacle de théâtre. J'ai été très surprise de ce qui ressort de l'analyse de la pièce faite en classe car beaucoup de choses que je jugeai inutiles sont apparues en fait comme importantes. (Camille) -c'est beaucoup plus complexe que je ne croyais. Pour l'instant j'ai juste découvert ce qu'était « aller au théâtre » voir jouer des acteurs : c'est très impressionnant. (Marina)
- J'ai découvert que l'on pouvait analyser des spectacles et que cela permet de comprendre les intentions du metteur en scène. ( Jeanne Gachon) - j'ai découvert l'importance de la scénographie, du décor, des jeux de couleur et de la mise en scène par exemple la lumière peut avoir plusieurs fonctions : elle peut signifier la différence entre le jour et la nuit, souligner une réplique dite. Le public peut être disposé différemment : en frontal, en bi-frontal, en rond, les spectateurs enserrent alors le spectacle.( Manon) -- J' ai appris qu'il y a des règles et des choses répétitives dans la pratique théâtrale mais qu'elle est en même temps très variée. Mettre en place une mise en scène est extrêmement compliqué, chaque petit détail renvoie à quelque chose de précis. (Manon Ettwiller)
Qui est Wajdi Mouawad?
X-NONE
X-NONE
Article paru dans Le
Monde, édition du 28.10.06
Wajdi Mouawad :
le théâtre comme antidote à l'exil
Il a choisi, pour la rencontre,
le café du Quartier latin où il fit halte au cours d'une fugue, dans sa vie
d'adolescent parisien. Comme si l'errance devait être inscrite d'emblée, avant
même que ce garçon à l'allure sage ne commence le déroulé de sa vie - avant que
l'on ne commence, comme Loup, l'héroïne de sa pièce Forêts, à essayer de
recoller "les morceaux d'un puzzle éparpillé".
Personne, dans son entourage, ne
sait vraiment où vit Wajdi Mouawad. A Paris ? A Montréal ? A
Toulouse ? Quand on lui pose la question, il répond qu'il vit "là où
le travail le pousse" : à Paris - mais à quelle adresse, nul ne sait
- tant que Forêts se joue à Malakoff.
A Montréal, où il va remonter sa pièce Incendies.
A Moscou, où on lui a commandé une mise en scène. A Bordeaux, où Dominique
Pitoiset, le directeur du théâtre, lui a proposé d'écrire un texte pour lui. Et
Toulouse ? Mystère.
"Il prend l'avion comme moi
le métro", constate, amusé, Pierre Ascaride, le directeur du Théâtre 71 de
Malakoff, qui, en France, a été le premier, avec les Francophonies de Limoges,
à accueillir ses spectacles, en 1999. Comme si les exils successifs avaient
imprimé l'impossibilité de se fixer. Pour ne pas subir, encore et encore, la
douleur de la séparation et le sentiment de la perte. Ne pas s'enraciner, pour
ne pas se déraciner. L'écriture comme seul ancrage.
Tout cela traverse la petite
dizaine de pièces écrites par le jeune auteur metteur en scène, et notamment
les dernières, Littoral, Incendies et Forêts, qui forment un cycle de l'exil et des origines au souffle
extrêmement puissant. Wajdi Mouawad n'y raconte pas sa vie. Mais ses identités
multiples et successives ont produit une interrogation sans équivalent dans le
théâtre francophone d'aujourd'hui sur les imbrications entre les histoires
individuelles et la grande histoire.
D'abord, donc, il y a
l'enfance : Beyrouth, au tournant des années 1960-1970. Wajdi Mouawad naît
dans une famille chrétienne aisée - un milieu occidentalisé, très
francophile : "Mais mon père, qui venait de la montagne, a tenu à
nous donner des prénoms arabes. Nous étions les seuls, parmi nos cousins et nos
camarades de classe, à ne pas avoir de prénoms français. Cela a sonné comme un
rappel constant de mon étrangeté. Un signe que je n'étais pas d'ici..."
Ce prénom, Wajdi, qui signifie
"mon existence" en arabe, va signer définitivement cette étrangeté
quand la famille arrive à Paris en 1978, après quatre ans de guerre.
"Comme tous les Libanais, nous pensions que la guerre allait se terminer
rapidement et que nous repartirions." Le conflit s'éternise, s'enlise. Les
trois enfants Mouawad restent à Paris, avec leur mère. Le père, qui a été ruiné
par la guerre, tente là-bas de sauver ce qu'il reste de ses affaires.
Wajdi Mouawad est alors "un
exemple parfait d'intégration réussie" : excellent élève, entouré
d'amis, capitaine de l'équipe de rugby du collège. "Mais sans le savoir,
sans le dire, nous étions totalement défigurés par cette guerre, par cet exil.
C'est peut-être la grande illusion des civils : croire que, parce que vous avez
quitté un lieu en guerre pour un lieu en paix, vous êtes sain et sauf."
Cette fugue qu'il fait à l'âge de 11 ans, au cours de laquelle il s'arrête dans
ce café parisien emblématique, synthétise le malaise. "Le sentiment qui
m'a éduqué, c'est l'inquiétude de ma mère", dit-il aujourd'hui. Cet
équilibre relatif est encore brisé quand les parents Mouawad décident, six ans
plus tard, sans explications, d'émigrer à nouveau, vers le Québec cette fois.
"Ce nouvel exil a été
extrêmement rude, avoue-t-il. Je me sentais comme quelqu'un qui vient de
survivre à une avalanche, qui remonte à la surface et qui reçoit une nouvelle
masse de neige sur la tête."
Surtout, "au fur et à mesure
que je m'éloignais du Liban, mon prénom devenait une chose qui s'étirait, se
déformait, perdait son sens, devenait l'objet d'abréviations",
observe-t-il. Années noires, lourdes, vides. Sa mère meurt, d'un cancer. Mais
c'est son visage brouillé, perdu, qui va être à l'origine de son identité
d'écrivain et d'artiste.
Il commence à écrire à 16 ans. La
recherche de ce visage est au coeur de son écriture, dans ses pièces comme dans
son unique roman, qui s'intitule d'ailleurs Visage
retrouvé (éd. Actes Sud, comme ses pièces). "Prenez un enfant dont le
jouet préféré se casse. Il essaie de recoller les morceaux, mais ce n'est
jamais tout à fait comme avant. Maintenant, poursuit-il, en conteur de sa
propre histoire, imaginez que ce n'est pas le jouet qui se casse, mais sa
conviction profonde que le monde dans lequel il vit est beau et merveilleux. La
peine qu'il en éprouve est tellement profonde qu'il en a pour la vie à essayer
de recoller. Et à chaque tentative, cela donne une pièce de théâtre..."
Aujourd'hui, son passeport est
canadien. Mais quand on le tarabuste pour savoir s'il se sent plutôt
"libanais, français ou québécois", il répond qu'il est juif. Ou
tchèque. Parce qu'il se sent plus proche de Kafka que de n'importe qui.
"Et parce que j'écris. L'écriture et l'exil ont partie liée, depuis
toujours."
Quand la guerre a de nouveau
éclaté au Liban, cet été, cela l'a "mis en morceaux". Il s'est senti
tenu, vis-à-vis de la communauté libanaise de Montréal, de prendre la parole -
le texte de son intervention a été publié dans Courrier international du 3
août. Non pour émettre une position politique - "Je ne voulais surtout pas
singer les politiciens qui prétendent comprendre la situation" -, mais
pour tenter de "cerner l'impuissance et le désarroi qu'il y avait à se
retrouver dans ce choix impossible : celui de la haine ou celui de la
folie".
En France, où il est demandé
partout, difficile aujourd'hui de trouver des détracteurs du travail de Wajdi
Mouawad. Les résistances des premières années - certains trouvaient ses
spectacles trop narratifs, et "donc trop faciles" - sont tombées
devant ce théâtre qui fait de la scène un lieu de haute intensité émotionnelle.
Sa puissance narrative et poétique, à l'issue du long voyage proposé par Wajdi
Mouawad, laisse les spectateurs de Forêts,
à Malakoff, comme ce fut le cas pendant toute la longue tournée en France,
bouleversés, en larmes, ovationnant longuement le spectacle. Reconnaissants de
ce que ces odyssées du temps présent ébranlent dans leur histoire intime.
Fabienne Darge
Les Assoiffés de Wajdi Mouawad
L'extrait dont vous devez proposer mardi 27 novembre une mise en espace par groupe et qui avait été inséré dans le programme des Bâtisseurs d'Empire ou Le Schmurz provient de la nouvelle pièce de Wajdi Mouawad. En voici un résumé et deux autres extraits: Murdoch a 17 ans. Nous sommes en février 1991. Murdoch se lève du mauvais pied… à moins que ce soit le bon ? En tout cas, ce jour-là, Murdoch décide qu'il en a fini de se taire. Il parle, il parlera, jusqu'à ce qu'il soit vide… Murdoch parle. Il parle mal ! Il sacre. Il dit ce qu'il voit : des choses dures, des choses absurdes, le vide abyssal dans lequel la vie lui semble creuser son lit. Tout ça, pour ça ? Norvège elle ne parle pas. Elle est enfermée dans sa chambre. Ses parents l'appellent, mais elle ne parle pas. Des fois elle crie. Mais c'est tout. Un seul nom sur un papier tendu : monsieur Boltansky. Boon (Paul-Émile Beauregard-Nouveau, mais quand on contracte ça fait Boon… comme Daniel, oui…) n'est pas monsieur Boltansky, mais il joue le rôle de monsieur Boltansky. Boon voulait écrire quand il était adolescent. Il a écrit et on lui a craché à la figure. Alors il est devenu enquêteur judiciaire. Il devait se dire que les morts crachent rarement. Boon connaît bien Norvège, il connaissait aussi Murdoch. Mais ça c'est une autre histoire.
extrait
Murdoch : Moi, là, je ne sais plus pourquoi tous les matins je dois me lever pour aller attendre l'autobus si c'est pour monter dedans, aller à l'école, revenir de l'école, m'endormir, me réveiller pour revenir icitte et l'attendre encore. Je veux dire ! Tsé. Comme si rien ne s'était passé. Comme si on tournait en rond. Tsé. Comme si on revenait toujours au même carrefour alors qu'on est déjà en retard, qu'on a plus ben ben le temps de niaiser. Extrait de Assoiffés, publié aux éditions Lémeac / Actes Sud-Papiers.
2ème extrait:
Extrait :
Je ne sais pas, monsieur, si c'est quelque chose que vous pouvez comprendre, je ne sais pas si c'est quelque chose que vous avez déjà éprouvé, mais c'est freakant de voir, du jour au lendemain, la mécanique d'un monde qui pendant longtemps était magique ! Je le sais plus ce qui se passe. Je le sais plus ! Est-ce que ça sert à quelque chose de «connaître» ? Est-ce que ça sert à quelque chose de «savoir» ? O.K., oui. Bon, c'est le fun de savoir que la capitale de l'Islande, c'est Reykjavik, Lomé la capitale du Togo et Ouagadougou la capitale du Burkina Faso, et quand il pleut à Montréal, il faut beau à Bornéo. C'est sûr : c'est utile ! Mais à quoi ça sert si je ne parviens pas à calmer ma colère ? Qu'est-ce que je peux connaître ? Qu'est-ce que je peux faire pour avoir le sentiment que je suis vivant et pas une machine ? Comment ça se fait que ce matin, en regardant mon sac d'école, j'ai eu l'impression que mon sac d'école avait plus d'espoir que moi ? Comment ça se fait que plus je grandis, moins j'ai l'impression d'être vivant ? Monsieur, qu'est-ce que ça veut dire, être vivant ?
Les Assoiffés de Wajdi Mouawad extraits de captation et de lectures
L'accent des acteurs québecois est assez prononcé mais vous pouvez comprendre. La vidéo est une sorte de bande annonce pour le spectacle des Assoiffés:
http://www.youtube.com/watch?v=rL_yGwif5j4&noredirect=1
Sur le lien suivant, vous trouverez des extraits de captation d'une lecture du texte: http://laboutansi.crdp-limousin.fr/spip.php?article124
Définition de la notion de spectacle vivant
Définition
L'appellation « spectacle vivant » désigne un spectacle qui se déroule en direct devant un public, par opposition aux créations artistiques de l'audiovisuel issues notamment du cinéma, de la télévision ou d'Internet. Elle s'applique majoritairement au théâtre (en salle ou dans l'espace urbain), à l'opéra, à la danse, au cirque et au cabaret.
Elle peut être aussi employée pour désigner les diverses formes de musique (classique, contemporaine, variétés, jazz, rock, etc.). Cependant, il s'agit là d'un élargissement de la notion, car le concert de musique, mis à part quand il se déroule avec des effets spectaculaires, ne relève pas exactement de la représentation.(Larousse)
Page précédente | Page 2 sur 3 | Page suivante |