Cours prévus semaine du 3 au 7 décembre classe 602)
Mercredi 5 décembre: reprise orale des exposés faits en groupe à partir des questions posées sur la scène 6 de L'île des Esclaves. Jeudi 6 décembre: Etude de la scène 10, dernière scène étudiée dans l'oeuvre de Marivaux. Question d'ensemble pour répondre à la problématique: L'île des Esclaves, une pièce subversive?
Pour les L: jeudi 6 décembre: Médée de Corneille. Commentaire du dénouement + étude du tableau de Delacroix. Pour les ES en AP: Reprise de la question d'ensemble du sujet de bac dans le manuel que vous avez rédigée. initiation à la dissertation.
Tirade de Cléanthis: la portée satirique
III Portée satirique de la tirade. La fin de la tirade établit un lien entre comédie et portée morale : Cléanthis se désigne elle-même comme le personnage qui donne sens au propos, qui déchiffre : « cela veut dire ». Elle observe les attitudes pour mieux les fustiger : »j'entendais tout cela moi car nous autres esclaves nous sommes doués contre nos maîtres d'une pénétration… » : la revanche passe par la dénonciation de la coquetterie et des codes mondains. Ce qui est d'abord critiqué : -la soumission absolue d'Euphrosine au paraître, à l'image qu'elle doit projeter dans le cercle étroit de « l'extrêmement bonne compagnie », les contorsions devant le miroir en sont la preuve/ psychodrame : « voilà qui est fini » devant les traits tirés. Marivaux conteste ce type de beauté purement artificielle et qui se gâte dans des poses affectées et des expressions précieuses : Euphrosine n'est pas libre quoique maîtresse, elle est prisonnière de son jeu de rôle dans la société, du regard des autres Esclave d'elle-même et de son amour propre, esclave de conventions sociales absurdes. Très différente par exemple de la Maréchale de Voltaire. - l'esprit caustique de Cléanthis se porte aussi sur « les bonnes amies » qui animées d'une vive jalousie scrutent les défaillances du beau visage d'Euphrosine, pas « bonnes » du tout ! Son enlaidissement même passager les réjouirait. Prisonnières du jugement d'autrui, du qu'en dira-t-on : tyrannie : cf« que va-t-on penser du visage de Madame ? On croira qu'elle enlaidit ». Masque du protocole et des formules de politesse : prononcer « Madame" avec une fausse majesté pleine d'ironie. Mise à nu de l'hypocrisie dominante et des rapports de rivalité sous jacents, comédie de la séduction. Derrière la noblesse de façade, des sentiments bien bas. La servante montre l'envers du décor : pauvreté des relations sociales. - attitude dissimulatrice d'Euphrosine : feint la mauvaise santé, apparence calculée du « négligé » : vocabulaire de la coquetterie : ruse pour plaire davantage, duplicité qui transparaît aussi dans les exagérations, hyperboles de son discours : « huit jours, je fais peur. »Euphrosine s'adresse implicitement aux messieurs : « seul un léger accident de santé amoindrit ma beauté ; laquelle sera demain, si vous revenez, plus éclatante que jamais » , discours à double entente : Cléanthis dira plus loin dans la pièce :« elle cherche toujours à plaire sans faire semblant de rien ». Dilemme de la coquette qui cherche à plaire sans l'avouer franchement jamais. Les mots de l'énonciation de Cléanthis trahissent l'affectation de sa maîtresse. Marivaux imite dans le langage la préciosité des salons en forgeant des expressions par ex l'emploi des adjectifs substantivés : « nous n'aurons que du négligé » cf dans la première tirade : « se sent-elle du vif, du sémillant », tendance aussi à la personnification concrète héritée des Précieuses Cf "Madame ne voit personne aujourd'hui pas même le jour », « il faut envelopper ce visage là. », syntaxe recherchée aussi : « remettez à me voir » par exemple. Donc satire qui cible aussi bien Euphrosine en personne et son comportement que toute la société mondaine. (comédie de caractère et comédie de mœurs)
Tirade de Cléanthis, scène 3, Ile des Esclaves
Fragment de la scène 3 de l'Ile des Esclaves.
Situation du passage : 2ème volet du diptyque consacré au réveil d' Euphrosine par Cléanthis que Trivelin vient d'autoriser à médire d'Euphrosine pour vider son ressentiment à l'égard de sa maîtresse, le premier concerne le réveil en joué et glorieux après une bonne nuit de sommeil, le deuxième expose à l'inverse les effets déplaisants d'une mauvaise nuit. : au plan moral l'enjeu est à la fois de condamner la coquetterie( comédie de caractère) mais aussi le protocole mondain ( comédie de mœurs), mais la tirade de Cléanthis en dit aussi beaucoup sur le personnage de la servante.
Problématique : quel rôle joue ce portrait dans la relation conflictuelle entre maître- valet ? Première mise à l'épreuve et leçon après avoir dû renoncer à son nom et inverser les rôles.
1. Une énonciation subtile, la tirade dialoguée qui révèle l'intelligence de Cléanthis. En conversation avec Trivelin, principal interlocuteur, Cléanthis reformule en les déformant les propos d'Euphrosine au réveil en jouant son rôle et en utilisant le discours direct : la coquette commente avec force surprise les conséquences ( pour son visage) d'une nuit d'insomnie et Cléanthis fait entendre ses mots, dans un deuxième temps Clénathis montrera Euphrosine dans le cadre d'une conversation mondaine codifiée selon les règles de bienséance du temps, s'appliquant à dissimuler à « ses bonnes amies » les traces de cette mauvaise nuit.
Le dispositif énonciatif est très complexe et particulier puisque Cléanthis associe discours direct et récit pour décrire le comportement et les attitudes de sa maîtresse, tout en les commentant parfois : système hybride. Au discours direct qui reproduit les paroles ex Ah qu'on m'apporte un miroir » s'ajoutent des fragments de récit introduits par les adverbes « cependant » par exemple.
Dans des micro séquences narratives, la servante résume les principales actions »on se mire, on éprouve avant de faire revivre la scène au présent de narration, un peu comme une voix off commenterait le spectacle donné par la coquette » cependant il vient compagnie, on entre ». la tirade est donc polyphonique puisqu'elle fait entendre plusieurs voix. Simultanément Cléanthis fait entendre la voix de sa maîtresse affligée de son visage mal reposé et la sienne dans une tonalité parodique : elle imite ironique ment la préciosité de sa maîtresse en exagérant : « comme me voilà faite ! que je suis mal bâtie ! Elle est donc intelligente, fine , capable de causticité, talentueuse comme actrice qui a beaucoup observé en silence sa maîtresse, jubilante de pouvoir la moquer. La distinction entre les deux voix est assez subtile : parfois seule l'intonation moqueuse et exclamative fait sentir la caricature. L'actrice qui interprète Cléanthis a beaucoup de travail à faire pour montrer les nuances du jeu de la servante auprès de Trivelin et d'Euphrosine : caricature fine du langage cf le jour personnifié, caricature des attitudes aussi.
La servante prend une distance ironique et méprisante en utilisant le pronon « on » pour désigner sa maîtresse et les mondains qui pénètrent chez elle : regard dévalorisant de Cléanthis sur la coquette mais peutêtre aussi pointe de jalousie : détails insignifiants de sa toilette la préoccupent au plus haut degré, elle est vraiment « vaine et « façpnnière » : elle fait des « façons ».Jugement sévère de la servante sur l'amour propre de la maîtresse et son côté superficiel.
A la fin de la tirade Cléanthis assume à elle seule toute une petite société mondaine où culmine une politesse hypocrite. Enjeux d'un tel dispositif ?
A. sert à la construction psychologique de Cléanthis : virtuosité de la servante au dépens de la maîtresse, revanche de préséance pour l'humble servante !
Au début de la scène 3, Cléanthis se montre agressive, revancharde, là véritable talent d'actrice, l'on sent le mouvement d'émancipation, la libération qui lui est procurée par cette possibilité de s'exprimer : elle fait une démonstration magistrale de son éloquence. Tirade dialoguée= acte de naissance alors qu'elle est constamment dans l'ombre à Athènes. Là sur le devant de la scène, en pleine lumière : occasion rêvée donnée par Trivelin de s'approprier les attitudes de sa maîtresse qu'elle observait et sans doute admirait et enviait aussi. Elle devient l'égale de sa maîtresse.
B. Prolongement de la scène d'exposition puisque donne des renseignements sur la façon de vivre à Athènes. Tableau joué par Cléanthis qui concentre le temps et l'espace : le dramaturge donne à voir deux scènes en même temps : Euphrosine à Athènes/ Cléanthis se vengeant sur l'ïle des esclaves cf deux « aujourdhui » qui ponctuent le texte. En m^me temps cette Athènes ressemble beaucoup plus évidemment à la société mondaine parisienne.
II La dimension spectaculaire de la tirade qui offre un phénomène de théâtre dans le théâtre comme il y en aura d'autre dans la pièce.
Cléanthis apporte beaucoup de soin à sa mise en scène : souligne à l'égard du public l'effet visuel « vous allez voir », mobilise ses dispositions d'actrice pour faire revivre cet « aujourd'hui » : vocabulaire de la coquetterie : miroir, visage, négligé, bonnes amies + formules de politesse évoquant l'ambiance d'un salon mondain du XVIIIème siècle : quelques mots pour donner vie à tout un décor en créant des personnages et des situations avec fantaisie et humour :petites anecdotes à peine esquissées mais très reconnaissables et rapidement enchaînées.
Ses propos exagérés sur les angoisses de sa maîtresse répercutent l'obsession de la beauté défraichie : « il ya huit jours que je n'ai pas dormi, je n'ose pas me montrer, je fais peur ». : importance du paraître dans cette société où il faut se donner en spectacle. Le public est amusé cependant par la coquette .
Traitement comique du portrait qui se fonde sur la rencontre entre deux registres de langue ; Cléanthis imite à la perfection sa maîtresse et sa façon de parler mais au détour de son jeu, son bon sens populaire très concret affleure : Non, il ya remède à tout ». elle est tellement habituée à rassurer sa maîtresse et à trouver des solutions !
Beaucoup de didascalies internes car la gestuelle est à imaginer : comique de situation, la coquette devant son miroir, marchant en négligé etc. variété des intonations car Cléanthis mime aussi les différents invités.
Nombreux effets de dramatisation avec les questions : que vat-on penser du visage de madame ? » Comme s'il y avait un enjeu très grave. Vivacité du jeu de Cléanthis suscité par la parataxe ; pas de mots de liaiasons et de phrases complexe, tout s'enchaîne très vite : panique d'Euphrosine qui doit être joué par l'actrice qui l'incarne.
Petites touches du portrait qui sont autant de petites piques. Illusion du plus parfait naturel alors que très travaillé. // avec les portraits de La Bruyère dans les Caractères au XVIIème siècle et avec la scène des portraits dans le Misanthrope de Molière.
A l'image des comédiens dell'arte, Cléanthis semble improviser sur un canevas : thème choisi : le réveil de la coquette. Comédie dans la comédie dont le but est de donner une leçon de comportement à la maîtresse, prétention du théâtre à castigat ridendo mores, corriger les mœurs par le rire.
L'efficacité de la comédie se mesure au désarroi d'Euphrosine : « Je ne sais où j'en suis » Elle ne résiste pas au spectacle public de ses défauts et en affichant ainsi clairement son trouble, elle participe à ses dépens au triomphe de la comédie qui corrige les mœurs. Même effet sur les coquettes qui sont dans la salle ? Insistance par Marivaux sur les pouvoirs du théâtre : mise en abyme de toute une société, miroir à la fois du jeu des acteurs et de celui du public dans la société. Ce qui nuit cependant au résultat de la leçon, c'est que Cléanthis agit peut-être aussi par jalousie et par fascination pour la séduction de la maîtresse, seul Trivelin est totalement maître du jeu. (...)
La commedia dell'arte
Pour en savoir plus sur Arlequin et sur l'histoire de la comédie italienne: http://www.icem-pedagogie-freinet.org/sites/default/files/295_Commedia.pdf
Une vidéo qui montre les différents personnages en action: http://www.youtube.com/watch?v=ZUnaNTfTzuM
Une présentation de la commedia très intéressante en anglais: http://www.youtube.com/watch?v=h_0TAXWt8hY
Arlequin navigue en Chine, une pièce de commedia qui mêle théâtre chinois et commedia. Ce sont des copains qui font un travail formidable. http://www.youtube.com/watch?v=giAqNbWHMOE
Commentaire scène 1 suite
Après un début où Arlequin se
comporte en bon esclave en vouvoyant Iphicrate, l'appelant patron et lui
proposant même de son vin (« j'ai sauvé ma pauvre bouteille,la
voilà ; j'en boirai les deux tiers, comme de raison, et puis je vous
donnerai le reste ») montre une attitude de serviteur exemplaire.
Une rupture avec cette la
situation se produit lors de la révélation du lieu où ils se trouvent,l'île aux
Esclaves, soit l'endroit où il est pour la première fois supérieur à son
maître, où il n'a rien à craindre rien ni personne avec une rébellion
progressive de la part d'Arlequin.
Cette révolte d'Arlequin est
tout d'abord indiquée dans les didascalies telles que « siffle »,
« chante », « riant » ce qui est un réel manque de respect
envers son maître soit un acte de rébellion, souligné par l'ironie de ses
paroles qu'il adresse à Iphicrate
(« Monsieur Iphicrate, la drôle d'aventure ! Je vous plains par ma
fois »)
Ensuite, en chantant un air (
« L'embarquement est divin/Quand on vogue on vogue on
vogue ?/l'embarquement est divin/Quand on vogue avec Catin » ) il va
encore plus loin dans la provocation en étant à la limite du burlesque dans une
dimension très comique, rappelant la commedia dell'arte d'où il est tiré.
L'acte
final de rébellion d'Arlequin est de définitivement révoquer l'autorité
qu'Iphicrate avait sur lui ( « je ne t'obéis plus, prends y garde »
) qui marque également la fin de la scène d'exposition.
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Cette scène d'exposition est
extrêmement importante pour tout le reste de la pièce puisque c'est elle qui va
donner les premiers éléments de l'intrigue qui vont exciter la curiosité du
spectateur ainsi que le style dominant de la pièce. De plus c'est à travers elle que nous
percevrons les divers enjeux, personnages symboliques.En effet, c'est cette
scène qui pose le problème de la relation maître et esclave souvent violente
(«vos compliments me charment, vous avez coutume de m'en faire à coups de gourdin »)
hypocrite et méchante (« vous voilà bien poli » alors qu'il ne l'est
pas habituellement ).
Cette
scène est très importante pour toute la
pièce puisqu'elle permet de fixer les divers enjeux de la dite pièce en en
faisant un fil conducteur.
On peut noter un enjeu tout
d'abord social, puisque la pièce par sa dimension de fable didactique veut
analyser la relation maître valet ici interprétée par une relation maître
esclave entre Iphicrate et Arlequin. Elle est mise en œuvre dès le départ,
étant donné que les premiers mots prononcés par Arlequin sont « Mon
patron ».
En utilisant un cadre où vivent
des esclaves, il sera très facile pour l'auteur de livrer une critique sur ce
rapport.
Derrière cet enjeu social, dont
le but n'était non pas de supprimer l'esclavage un enjeu plus
humain : changer les rapports
unissant maître et domestique en donnant une leçon de justice ( « nous
verrons ce que tu penses de cette justice là ») et cette mesure serait
agréable si elle pouvait être appliquée à tous les Iphicrate du monde comme le
sous-entend Arlequin : « Tout en irait mieux dans le monde, si ceux
qui te ressemblent recevaient la même leçon que toi. »
Cette pièce change les coutumes du
théâtre. Au lieu d'être complètement inscrite dans le registre tragique, ou
encore pathétique comme l'est Phèdre
de Racine ou à l'inverse comique, cette scène d'exposition nous indique que L'île des esclaves est un mélange de
comique et de pathétique.
Le comique illustré par la
situation tout d'abord, du maître qui doit prendre la situation de l'esclave.
C'est ce retournement de situation totalement inimaginable à cette époque qui
provoque le rire. Le comique de geste est lui conforté par les didascalies,
comme Arlequin qui boit sa bouteille ou qui mime d'avoir les jambes engourdies.
Les mots quant à eux, sont également amusants, dans les passages où Iphicrate
et Arlequin se parlent le plus aimablement possible sont extrêmement drôle car
ils sont plus ironiques qu'autre chose (« mon cher patron, vos compliments
me charment »).
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Quant au pathétique, il n'est
pas incarné par l'esclave comme on pourrait le penser. C'est Iphicrate qui
incarne le pathétique, en le voulant qui plus est, d'où toutes ses gérémiades
soutenues par le champs lexical de la plainte (« que deviendrons nous »,
« me plaindre », « ému » .. ). De plus, Iphicrate étant le
maître, son coté pathétique renforce le coté comique de la scène qui fait donc
un mélange entre le pathétique et le comique.
Finalement nous avons deux
personnages, deux représentants des caractéristiques du théâtre : le
comique et le pathétique. Arlequin est comique, une des seules caractéristiques
gardées de son personnage de la commedia dell'arte et Iphicrate symbolise très
bien le pathétique en appelant à la pitié par ses pleurs larmoyants.
Nos deux protagonistes, en plus
d'indiquer différentes sortes de genres théâtraux sont également représentatifs
de leur classe.
En effet le nom Iphicrate
trouve sa signification dans le grec en « celui qui abuse de son
pouvoir ». Son nom est donc une traduction de ce qu'il représente dans la
hiérarchie sociale, un maître qui utilise son statut pour soumettre d'autre
gens. Il représente tous les maîtres de l'époque, d'où une description si peu
détaillée d'Iphicrate pour pouvoir y associer n'importe lequel des dominateurs.
Arlequin quant à lui, trouve
son nom dans la commedia dell'arte. Quelques clins d'œil sont réalisés
notamment lors du comique de geste mais c'est le seul parallèle car autrement
Arlequin est parfaitement conscient de la situation et très malin.
Il représente quant à lui les
domestiques ou plus généralement les dominés, et comme Iphicrate n'est pas
spécialement décrit physiquement pour faciliter l'identification mais il garde
les caractéristiques du dominé tel qu'on l'imagine, du moins au début de
l'histoire.
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Cette première scène, correspondant totalement aux
attentes de la scène d'exposition puisque présentant les enjeux de la pièce
dans son ensemble en définissant précisément les premiers protagonistes, le
cadre de l'action et le début de l'intrigue ; elle permet aussi d'amorcer
une critique sociale sur la base du rapport entre maitre et valet en montrant
l'hypocrisie et violence qu'engendre cette relation par l'intermédiaire ici d'
Arlequin qui évoque les coups de gourdin qu'il reçoit de son maître en guise de
compliments.
De plus, nous assistons à un renouvellement du genre
de théâtre qui n'est ni totalement comique, ni tragique. Cette scène
mélange effectivement le pathétique avec la comédie grâce à la situation qui
e
Commentaire de la scène 1 de l'Ile des Esclaves de Marivaux
Copie de Léana suivie d'une lecture analytique très intéressante faite par un collègue sur le site Magister. Gandhi a dit que « Dès l'instant où l'esclave décide qu'il ne sera plus esclave, ses chaînes tomberont ». C'est cette situation que Marivaux nous montre dans cette première scène dite d'exposition de son oeuvre l'île des esclaves . Cette pièce, écrite en 1725 par Marivaux, écrivain français du XVIIIème siècle amoureux du théâtre, se classe parmi celles en un seul acte comme la Dispute . Elle évoque le rapport maître-serviteur sous forme d'une fable philosophique autrement dit d'une histoire didactique sensée nous faire réfléchir, tirer une leçon du comportement du dominant et du dominé. Cet extrait nous présente deux des personnages de la pièce, le maître son esclave -ici au sens de domestique – Arlequin et Iphicrate. Nous montrerons que la fonction de la scène d'exposition est réalisée, mais nous nous intéresserons aussi à la mise en scène de la révolte en action d'Arlequin ainsi qu'au côté emblématique de cette scène, qui n'est autre qu'un miroir de l'œuvre. Une scène d'exposition doit situer le contexte général dans lequel va se dérouler la pièce, donner les informations nécessaires concernant des événements antérieurs au début de la pièce mais également éveiller l'intérêt du spectateur en installant les premiers éléments de l'intrigue. Le premier élément à être mis en place par cette scène est le lieu. Il est indiqué tout d'abord par le paratexte pour le lecteur par des indications scéniques ( « le théâtre représente une mer et des rochers d'un côté, de l'autre quelques arbres et des maisons » ), puis est plus précisément défini par Iphicrate, un des personnages présent qui dit se trouver dans l'île des Esclaves. Malgré le fait que cette île soit habitée – par des esclaves révoltés - elle évoque toute de même l'image d'un endroit sauvage abandonné, entre autre par l'emploi du mot « case » ( plutôt que maison ou domicile ) pour désigner les habitations des esclaves. Ce terme fait plus penser à un refuge précaire fabriqué avec ce qu'il y avait comme ressource disponible sur l'île qu'à un véritable logement. Dans cette première scène, nous apprenons aussi que les deux personnages se trouvaient sur un bateau qui a eu un accident, et qu'ils sont donc sur cette île par infortune (« Nous sommes seuls échappés du naufrage » ). Cette péripétie nous indique que l'action a d'ores et déjà débuté, l'intrigue présentant cette scène résultant du sinistre du bateau sur lequel ils se trouvaient. Nous nous trouvons alors dans une scène d'exposition qui se fait in medias res c'est à dire en introduisant directement le spectateur dans l'action. Nous remarquons en effet que les personnages discutent entre eux sans se préoccuper de nous. Dans cette scène d'exposition apparaissent également deux des personnages, dont la relation est mise en évidence dès le début par le dialogue entre eux et le champs lexical lié à l'esclavage ( esclaves, maîtres, liberté (antonyme), gourdin, pauvre animal, souffert ). Nous comprenons en effet que l'un s'appelle Arlequin et qu'il est lié à l'autre par un rapport de domination en l'appelant « mon patron » quand il se fait appeler. De plus il le vouvoie (« je vous donnerai le reste ») faisant preuve d'une soumission « exemplaire ». DefSemiHidden="true" DefQFormat="false" DefPriority="99" LatentStyleCount="267"> Néanmoins, les didascalies nous révèlent deux personnalités opposées : un personnage de plus en plus en colère représenté par Iphicrate et un autre, Arlequin, de plus en plus joyeux ce qui nous pousse à comprendre que ce rapport ce transforme dès cette première scène à cause de la tension qui règne entre les deux. Cette scène pose le problème de la relation maître et valet, en soulignant sa fragilité puisqu'elle communique une rébellion progressive de l'esclave envers son maître.
DefSemiHidden="true" DefQFormat="false" DefPriority="99" LatentStyleCount="267"> Cette scène d'exposition sert d'écrin à la révolte de l'esclave personnifié dans cette pièce par Arlequin. Il est important de comprendre que l'île des Esclaves n'est pas une simple île mais une véritable menace pour certaines personnes, les maîtres. En effet, Iphicrate sait exactement où il est, contrairement à Arlequin, sur une île où sont établis des esclaves de la Grèce révoltés contre leurs maîtres. Ce contexte est déjà un bon cadre pour une révolte d'un esclave comme Arlequin contre son maître puisqu'il serait entouré de gens dans la même condition que lui qui ont osé s'opposé à leur Iphicrate personnel. Ce danger est renforcé par l'angoisse d'Iphicrate et exprimée grâce à un vocabulaire axé pessimiste à la limite du tragique ( « danger », « perdre la liberté et peut-être la vie », « je suis perdu »..), des répliques courtes («Eh,ne perdons point de temps,suis-moi,ne négligeons rien pour nous tirer d'ici » ) mais aussi des questions rhétoriques telles que « que deviendrons nous dans cette île ? » . L'anxiété d'Iphicrate est également mise en valeur par la désinvolture d'Arlequin, qui lui a déjà accepté sa condition (« nous deviendrons maigres, éthiques et morts de faim »). Cependant, Iphicrate ne réussit pas à convaincre Arlequin de la gravité de la situation tout d'abord car l'esclave n'était concerné par les plans d'Iphicrate que dans l'aide qu'il lui apporterait car il n'est fait mention de « nous » que lorsqu'il est question de quitter l'île, qui ne représente une menace que pour le maître (« ne négligeons rien pour nous tirer d'ici ; si je ne me sauve, je suis perdu ). Ne faisant étal que de sa vie, Iphicrate perd totalement Arlequin qui se rend compte de cet égocentrisme et s'en moque à travers l'usage son antiphrase : « je vous plains de tout mon cœur », qui montre bien qu'il n'adhère pas au plan de sauvetage d'Iphicrate, se rendant bien compte que le maître ne craint que pour sa peau et ne souhaite pas plus que ça de sauver Arlequin, il veut surtout qu'Arlequin l'aide comme il l'a toujours fait en Grèce. Iphicrate essuie donc un double échec : le premier en ayant pas réussi à rallier Arlequin à son plan et le deuxième en lui ayant avoué l'île sur laquelle ils se trouvent (« nous sommes dans l'île des Esclaves ») et se trouve obligé de rendre des comptes à Arlequin sur la nature de cette île, c'est le début de l'inversion des rôles. (...)
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La Préciosité.
A propos de la façon dont Cléanthis fait parler Euphrosine, j'ai parlé ce matin de préciosité.Il s'agit à la fois d'un mouvement littéraire et d'une façon de s'exprimer et de se comporter. http://www.lettres-et-arts.net/histoire_litteraire_17_18_emes_siecles/135-la_preciosite Amusez-vous à retrouver le sens de ces expressions précieuses qui sont des périphrases imagées: les commodités de la conversation le conseiller des grâces Le supplément du soleil les écluses du cerveau subir le contrecoup des plaisirs légitimes le siège de Vulcain les chers souffrants l'affronteur du temps le trône de la pudeur Lire les Précieuses Ridicules de Molière: http://www.toutmoliere.net/acte-1,405486.html
Thérèze Desqueyroux
La sortie de l'adaptation cinématographique du roman de Mauriac est l'occasion de découvrir un très beau personnage de femme à la fois terrifiant et libre. Faites des allers-retours entre le livre et le film. Voici une étude du roman assez fouillée: http://www.etudes-litteraires.com/therese-desqueyroux.php
L'article du Monde sur le film et la bande annonce: http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/11/20/therese-desqueyroux-mauriac-mais-dans-le-bon-ordre_1793251_3246.html
L'Ecriture ou la vie de J. SEmprun
Comment la littérature permet à Maurice Halbwachs de mourir dignement:
" Il (1) avait tourné les talons et m'accompagnait jusqu'au châlit (2) de Maurice Halbwachs (3).
- Dein Herr Professor, avait-il chuchoté, kommt heute noch durch's Kamin ! (4)
J'avais pris la main de Halbwachs qui
n'avait pas eu la force d'ouvrir les yeux. J'avais senti seulement une
réponse de ses doigts, une pression légère : message
presque imperceptible.
Le professeur Maurice Halbwachs était
parvenu à la limite des résistances humaines. Il se vidait lentement de
sa substance, arrivé au stade ultime de la dysenterie
qui l'emportait dans la puanteur.
Un peu plus tard, alors que je lui
racontais n'importe quoi, simplement pour qu'il entende le son d'une
voix amie, il a ouvert les yeux. La détresse immonde, la
honte de son corps en déliquescence y étaient lisibles. Mais aussi
une flamme de dignité, d'humanité vaincue et inentamée. La lueur
immortelle d'un regard qui constate l'approche de la mort, qui
sait à quoi s'en tenir, qui en a fait le tour, qui en mesure face à
face les risques et les enjeux, librement : souverainement.
Alors, dans une panique soudaine,
ignorant si je puis invoquer quelque Dieu pour accompagner Maurice
Halbwachs, conscient de la nécessité d'une prière, pourtant,
la gorge serrée, je dis à haute voix, essayant de maîtriser
celle-ci, de la timbrer comme il faut, quelques vers de Baudelaire.
C'est la seule chose qui me vienne à l'esprit.
Ô mort, vieux capitaine, il est temps, levons l'ancre...
Le regard de Maurice Halbwachs devient moins flou, semble s'étonner.
Je continue de réciter. Quand j'en arrive à
... nos coeurs que tu connais sont
remplis de rayons, un mince frémissement s'esquisse sur les lèvres de
Maurice Halbwachs. Il sourit, mourant, son regard sur moi,
fraternel.
José Semprun, L'Ecriture ou la vie, éditions Gallimard, 1994
1) Un kapo
2) Cadre du lit, sur lequel on pose le sommier
3) Eminent professeur de sociologie, déporté pour actes de résistance
4) "Aujourd'hui, ton professeur s'en va par la cheminée."
5) Très grand affaiblissement physique
Ô mort, vieux capitaine, il est temps...
Ô Mort, vieux capitaine, il est temps! levons l'ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !
Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu qui nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre. Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !
Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, dernier poème.
La littérature comme résistance dans un camp
Extrait de Si c'est un homme de Primo Levi: Pendant une corvée de "soupe", Primo Levi essaie d'expliquer à d'autres détenus un passage de la Divine Comédie de Dante.
Le Chant d'Ulysse Le chant d'Ulysse. A savoir comment et pourquoi
cela m'est venu à l'esprit : mais nous n'avons pas le temps de choisir,
cette heure n'est déjà plus une heure. Si Jean est intelligent, il
comprendra. Il comprendra : aujourd'hui, j'en suis sûr. …Qui est
Dante ? Qu'est-ce que la Divine Comédie ? Quelle étrange sensation de
nouveauté on éprouve à tenter d'expliquer brièvement ce qu'est la Divine
Comédie, la structure de l'enfer, le contrappasso. Virgile représente
la Raison, Béatrice la Théologie. Jean est tout ouïe, et je commence lentement, avec application : « Lo maggior corno della fiamma antica Comincio a crollarsi mormorando, Pur come quella cui vento affatica. Indi, la cima in qua e in la menando Come fosse la lingua che parlasse Mise fuori la vocce, e disse : Quando...” Là
je m'arrête et essaie de traduire. Un désastre : pauvre Dante et pauvre
français ! Tout de même l'expérience ne s'annonce pas trop mal : Jean
admire la bizarre similitude de la langue et me suggère le terme
approprié pour rendre « antica ». Et après « Quando » ? Rien. Un trou
de mémoire. « Prima che si Enea la nominasse. »Nouveau blanc. Un autre
fragment inutilisable me revient à l'esprit : “ ...la pieta Del vecchio
padre, né ‘l debito amore Che doveva Penelope far lieta...”, mais est-ce
que c'est bien ça ? « …Ma misi me per l'alto mare aperto. » Ce
vers-là, si j'en suis sûr, je me fais fort d'expliquer à Pikolo, de lui
faire voir pourquoi « misi me »n'est pas « je me mis » : c'est beaucoup
plus fort, beaucoup plus audacieux que cela, c'est rompre un lien, se
jeter délibérément sur un obstacle à franchir ; nous la connaissons
bien, cette impulsion. L'alto mer aperto » : Pikolo a voyagé en mer, il
sait ce que cela veut dire…c'est quand l'horizon se referme sur
lui-même, dégagé, rectiligne, uni, et qu'il n'a plus dès lors que
l'odeur de la mer : douces choses férocement lointaines. Nous voilà
arrivés au Kraftwerk, l'endroit où travaille le Kommando des poseurs de
câbles. Il doit y avoir l'ingénieur Levi. Le voilà, on ne voit que sa
tête qui dépasse de la tranchée. Il me fait un signe de la main, c'est
un homme de valeur, je ne l'ai jamais vu découragé, je ne l'ai jamais
entendu parler de nourriture. « Mare aperto. » « Mare aperto. » Je
sais que ça rime avec diserto », mais je ne rappelle plus si ça vient
avant ou après. Et puis le voyage, le téméraire voyage au-delà des
colonnes d'Hercule, que c'est triste, je suis obligé de le raconter en
prose : un sacrilège. Je n'en ai sauvé qu'un vers, mais qui mérite qu'on
s'y arrête : « Accio che l'uom piu oltre non si metta » “Si
metta” : il fallait que je vienne au Lager pour m'apercevoir que c'est
le même tour que tout à l'heure : « e misi me ». Mais je n'en parle pas à
Jean, je ne suis pas sûr que ce soit une remarque importante. Il y
aurait tant d'autres choses à dire, et le soleil est déjà haut, midi
approche. Je suis pressé, furieusement pressé. J'y suis, attention Pikolo, ouvre grands tes oreilles et ton esprit, j'ai besoin que tu comprennes : « Considerate la vostra semenza Fatti non foste a viver comme bruti Ma per seguir virtute e conoscenza” Et
c'est comme si moi aussi j'entendais ces paroles pour la première fois :
comme une sonnerie de trompette, comme la voix de Dieu. L'espace d'un
instant, j'ai oublié qui je suis et où je suis. Pikolo me prie de
répéter. Il est bon Pikolo, il s'est rendu compte qu'il est en train de
me faire du bien. A moins que, peut-être, il n'y ait autre chose :
peut-être que, malgré la traduction plate et le commentaire sommaire et
hâtif, il a reçu le message, il a senti que ces paroles le concernent,
qu'elles concernent tous les hommes qui souffrent, et nous en
particulier ; qu'elles nous concernent nous deux, qui osons nous arrêter
à ces choses-là avec les bâtons de la corvée de soupe sur les épaules. « Li miei compagni fec'io si acuti… » ...et
je m'efforce, mais en vain, d'expliquer tout ce qu'il y a dans “acuti”.
Ici encore une lacune, irréparable cette fois. « …Lo lume era di sotto
dell aluna » ou quelque chose comme ça ; mais avant ?...Aucune idée, «
keine Ahnung » comme on dit ici. Que Pikolo m'excuse, j'ai oublié au
moins quatre tercets. _ Ca ne fait rien, vas-y tout de même. « …Quando mi apparve una montagna, bruna Per la distanza atlta tanto Che mai veduta non ne avevo alcuna.” Oui,
oui, “alta tanto” et pas “molto alta”, proposition consécutive. Et les
montagnes, quand on les voit de loin…les montagnes…oh ! Pikolo, Pikolo,
dis quelque chose, parle, ne me laisse pas penser à mes montagnes, qui
apparaissaient, brunes dans le soir, quand je revenais en train, de
Milan à Turin ! Assez, il faut continuer, ce sont des choses qu'on pense mais qu'on ne dit pas. Pikolo attend et me regarde. Je
donnerais ma soupe d'aujourd'hui pour pouvoir trouver la jonction entre
« non ne avevo alcuna » et la fin. Je m'efforce de reconstruire le tout
en m'aidant de la rime, je ferme les yeux, je me mords les doigts :
peine perdue, le reste est silence. D'autres vers me traversent l'esprit
: « … la terra lagrimosa diede vento… », non, c'est autre chose. Il
est tard, il est tard, nous voilà aux cuisines, il faut conclure : « Tre volte il fe' girar con tutte l'acque, Alla quarta levar la poppa in suso E la propra ire in giu, come altrui piacque...” Je
retiens Pikolo : il est absolument nécessaire et urgent qu'il écoute,
qu'il comprenne ce « come altrui piacque » avant qu'il ne soit trop tard
; demain lui ou moi pouvons être morts, ou ne plus jamais nos revoir ;
il faut que je lui dise, que je lui parle du Moyen Âge, de cet
anachronisme si humain, si nécessaire et pourtant si attendu, et d'autre
chose encore, de quelque chose de gigantesque que je viens d'entrevoir à
l'instant seulement, en une fulgurante intuition, et qui contient
peut-être l'explication de notre destin, de notre présence ici
aujourd'hui…
Nous voilà maintenant en train de faire la queue
pour la soupe, mêlés à la foule sordide et déguenillée des porte-soupe
des autres Kommandos. Les derniers arrivés se bousculent derrière nous. _ Kraut und Rüben ? _ Kraut und Rüben. C'est l'annonce officielle que nous aurons aujourd'hui de la soupe aux choux et aux navets : _ Cavoli e rape. _ Kaposzta és répak. « Infin che l'mar fu sopra noi rinchiuso.”
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