Le sujet d'invention
Pour répondre aux inquiétudes d'Eva sur le sujet d'invention, voici un document très complet qui présente différentes sortes de sujets d'invention possible. Merci aux collègues du lycée français de Kuala Lumpur! http://www.lfkl.edu.my/web/images/documents/menu-informations-pratiques/ecritureinvention.pdf
Un autre document plus simple avec un enseignant filmé qui explique la chose: http://www.bacdefrancais.net/ecrit/invention-methode.php
Un document de synthèse: http://www.lyc-descartes-montigny.ac-versailles.fr/IMG/pdf/20_la_methode_pour_le_sujet_d_INVENTION.pdf
Et encore mieux, tout le site est une mine! http://zonelitteraire.e-monsite.com/pages/boite-a-outils/methode-de-l-ecriture-d-invention.html
Des sujets corrigés pour s'entrainer
Vous trouverez sur le site de L'Etudiant des sujets corrigés et des pronostics sur les sujets probables en 2013! http://www.letudiant.fr/bac/zoom-bac/bac-de-francais-les-sujets-probables-14683/bac-de-francais-2013-corrige-d-une-dissertation-sur-le-theatre-bacs-generaux.html
D'autres sujets corrigés sur le site du Monde: http://www.lemonde.fr/revision-du-bac/annales-bac/francais-premiere/index.html
Information pour les 602:passage de la conseillère d'orientation le 6mars en M1
J'apprends à l'instant que la conseillère d'orientation passera voir la classe de 602 ce mercredi 6 mars en M1. Prévoyez vos questions pour cette occasion et apportez les documents que vous avez recueillis jusqu'ici sur les filières et formations.
Semaine du 4 au 9 mars (602)
Mercredi 6 mars: suite de l'étude du Roman de Stendhal. Reprise du résumé collectif de la deuxième partie. Explication du troisième texte: Julien au séminaire: chapitre 26, le monde ou ce qui manque au riche.Depuis "A la vérité, les actions importantes de sa vie étaient savamment conduites (...) il est une façon de manger un oeuf à la coque qui annonce les progrès faits dans la vie dévote."
AP en L: corrigé du bac blanc: pensez à emporter les sujets.
Jeudi 7 mars: classe entière: préparation des exposés sur le personnage de Julien.Apportez vos documents et idées.
Rencontre de Julien et de Mme de Rênal (2)
La rencontre de Julien Sorel et de Mme de Rênal, Le
Rouge et le Noir
Vous pouvez vous inspirer de cette lecture méthodique
que j'emprunte à un collègue. 
Gérard Philippe et Danielle Darrieux dans "Le
Rouge et le Noir", 1954
Introduction :
Ecrit en 1830, Le Rouge et le Noir raconte
l'évolution sociale d'un jeune homme pauvre mais cultivé et ambitieux :
Julien Sorel. Ce texte se situe au début du roman alors que Julien se présente
au domicile des de Rênal pour une place de précepteur. Il vient de recevoir une
gifle de son père au moment où commence le texte. La rencontre, inattendue,
donne lieu à une confusion d'identité qui sera à l'origine des sentiments de
Madame de Rênal : elle prend d'abord Julien pour une jeune fille tant sa
douceur la marque, elle craignait un être brutal et sévère envers ses enfants.
Nous étudierons ce texte selon trois centres
d'intérêt : le jeu des regards, un double portrait et les effets du choc
affectif.
Plan détaillé :
- Le jeu
des regards
- Les verbes appartenant au champ
lexical de la vue
- La place des verbes et la
variation des sujets
2.Le double portrait
- Le portrait de Julien
- L'image de Mme de Rênal
3.Le choc affectif
- L'émotion de Julien
- L'émotion de Mme de Rênal
1. - Le jeu des regards
L'importance des regards est mise en évidence par
l'emploi de verbes qui s'apparentent à l'action de voir ou à celle de regarder.
Il y a de plus une alternance entre les deux personnages : Mme de Rênal
voit Julien sans être vue, puis est découverte, le regard devient alors
réciproque : c'est ainsi que la rencontre devient échange.
- Les
verbes appartenant au champ lexical de la vue
- On peut
en relever 5 occurrences :" aperçut " , " il
ne la voyait pas ", " à se regarder ", " Julien
n'avait jamais vu ", " regardait "
On peut remarquer qu'au sein de ces occurrences il y a
variation des temps et des modes. A l'indicatif, le passé simple
souligne le caractère soudain de la première vue. Cette soudaineté est
accentuée par l'emploi du verbe " apercevoir " .
L'imparfait, par opposition, souligne une action qui dure. Le
verbe " regarder " insiste sur cette idée d'attention, d'observation
même presque.
Le plus-que-parfait (" n'avait jamais
vu " ) fait allusion par la négation et l'antériorité à
l'inexpérience du jeune homme, qui n'a aucune référence féminine.
Enfin le verbe " se regarder " insiste, par la voix pronominale, sur
la réciprocité de l'action et l'échange des regards.
Ce simple jeu sur les temps et les modes permet de
faire ressortir l'organisation même de la rencontre.
- La
place des verbes et la variation des sujets
Le premier verbe a pour sujet : Mme de Rênal.
C'est donc elle qui, la première, aperçoit " l'autre " de
manière inattendue. Le verbe VOIR a lui
pour sujet Julien.
La forme négative (" Julien, tourné vers la
porte, ne la voyait pas s'avancer " ) crée une
situation dans laquelle Mme de Rênal a tout loisir d'observer le jeune homme
sans qu'il le sache.
Après l'échange des premières paroles " Que
voulez-vous ici, mon enfant ? " la situation change : ce
qui permet à chacun d'entre eux de regarder l'autre.
L'importance du regard est, de plus, confirmée par une
précision que donne Stendhal : ce que Julien perçoit chez son
interlocutrice est son " regard ", qui exerce sur lui une
véritable fascination.
Ce jeu des regards va déterminer une alternance et
permettre à Stendhal une présentation plus rapide et plus précise des deux
personnages.
Le premier portrait est celui de Julien vu par Mme de
Rênal.
Le deuxième portrait est beaucoup plus rapide et nous
donne quelques précisions sur ce que perçoit Julien. Nous étudierons donc
maintenant ce double portrait.
2. Le double portrait
Les jeux des regards permettent à Stendhal une
présentation des personnages en deux portraits
Le regard de Mme de Rênal capte brusquement
(" elle aperçut ) une image qui est aussitôt précisée.
L'ensemble des détails constitue un véritable portrait. Celui-ci est fait en
plusieurs étapes selon les détails captés :
# le visage " figure " est complété par une précision concernant
l'allure du personnage (" d'un jeune paysan »). Ce groupe
nominal est lui-même précisé par 3 caractérisations qui insistent toutes 3 sur
sa fragilité. On note deux termes modifiés par des adverbes :
" presque encore enfant ", " extrêmement
pâle " et une subordonnée
relative (" et qui venait de pleurer ").
Ces trois caractérisations font du jeune homme une
attendrissante apparition.
C'est cet aspect vulnérable qui est à l'origine de
l'erreur de Mme de rênal : elle prend Julien pour une fille .
On remarque que le texte reprend à plusieurs reprises
cette image d'hermaphrodite chez Julien :
- au
moment où Mme de Rênal le découvre
- " si
blanc, si doux "
- au
moment où elle l'observe en connaissant son identité
Il y a chez Julien une prédominance du principe
féminin, une sensibilité.
L'image de Mme de Rênal
Elle est perçue lorsque Julien, après avoir répondu à
la question, regarde son interlocutrice. Cette image est exprimée sous une
forme très élogieuse.
Les adverbes d'intensité :
" aussi ", " si ", ont ici une valeur
de superlatifs.
Julien retient essentiellement 3
caractéristiques :
- l'élégance
vestimentaire
" aussi bien vêtu ": image pour le jeune garçon de la
différence de classe sociale
- l'éclat
du visage
" un teint si éblouissant " et la douceur de
l'apparence : indications relativement asexuées qui placent
l'attrait de Julien pour Mme de Rênal sous le signe du respect et de la
surprise : c'est la première fois qu'une femme si belle lui adresse
gentiment la parole .
Notons que la précision apportée par l'expression
" surtout une femme " souligne avec peut-être une certaine
ironie la totale inexpérience de Julien en matière d'élégance et plus
généralement envers les femmes. Le Rouge et le Noir est un roman
d'apprentissage, dans le domaine sentimental et érotique également..
3- Le choc affectif
Les deux personnages sont étonnés par cette rencontre,
émus et métamorphosés mais ni de la même manière ni pour les mêmes raisons.
L'émotion de Julien
Elle se manifeste par des étapes successives,
soulignées par des actions, puis par une fascination qui lui fait perdre la
mémoire.
- Les actions sont exprimées par des verbes au passé
simple (" il tressaillit " " se
tourna " et marquent l'absence de préméditation, la surprise totale
face à l'émotion.
- La fascination est soulignée par l'emploi d'un
participe passé passif qui exprime l'idée d'un choc
(" frappé "), choc affectif intense qui va le plonger dans
une aphasie temporaire
- Stendhal
note précisément les étapes de cette émotion : tout d'abord, Julien
se sent capable d'une certaine hardiesse puisqu'il oublie " une
partie de sa timidité ". Ensuite, il constate une perte totale
de la mémoire (" il oublia tout ")
Ce choc s'explique chez Julien par un manque total
d'expérience dû surtout à son jeune âge mais cette fascination est-elle celle
qu'il ressent pour Mme de Rênal ou pour ce qu'elle symbolise ? N'oublions
pas que la première chose qui attire Julien c'est sa tenue., il semble donc
surtout jouir d'une satisfaction d'amour propre..
- L'émotion
de Mme de Rênal
Mme de Rênal a plusieurs réactions successives,
étroitement liées à la question de l'identité de Julien.
Stendhal les analyse avec précision, en narrateur
omniscient.
Il fait état d'abord de pitié et de compassion
(" Elle eut pitié "). Cette compassion détermine toute une
interprétation du comportement de Julien, excusé ainsi a priori pour son
comportement maladroit (" et qui évidemment n'osait
pas... "
Elle est ensuite remplacée par un violent étonnement,
que traduit l'adjectif " interdite "
On note que cet état est exprimé au passé simple, ce
qui en souligne la brutalité. A cet état succède enfin, contre toute attente,
une véritable explosion de joie. Celle-ci est exprimée par un ensemble de
termes appartenant au registre de l'affectivité heureuse
(" rire", " gaîté folle ", " se
moquait ", " bonheur "
Cette dernière réaction s'explique par la
juxtaposition presque grotesque de deux images : celle du précepteur
imaginé " prêtre sale et mal vêtu " et celle de Julien, qui
en est si éloigné.
Cependant, l'émotion de Mme de Rênal est surtout ici
liée à sa propre erreur et à son soulagement de mère. Etrangement peut-être,
cette scène de rencontre empreinte d'une grande émotion ne révèle pas de
sentiments très précis, l'attirance est évidente mais rien ne laisse vraiment
présager de la suite de leur relation.
Conclusion :
Ce nouvel épisode de rencontre amoureuse repose sur un
effet de surprise, un quiproquo même puisque Mme de Rênal ne réalise pas tout
de suite à qui elle a affaire. L'auteur emploie toute une série de points de
vue afin de réaliser un double portrait des protagonistes, double point de vue
qui lui permet de donner des renseignements au lecteur à la fois sur celui qui
est vu et sur celui qui voit. Ouverture en comparant avec la rencontre de Mathilde dans la deuxième partie.
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La rencontre de Julien et de Mme de Rênal, chapitre VI (602)
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Autres pistes pour travailler le commentaire du début du chapitre VI
1. 1.
Une scène de rencontre pleine de
vivacité et d'intensité.
A. Renversements et points de vue alternés : scène construite sur un effet de surprise, un
quiproquo, puisque Mme de Rênal prend Julien pour « un jeune paysan »
presqu'encore « un enfant », puis pour « une jeune fille
déguisée », enfin pour « une pauvre créature ». Cette méprise
provoque chez elle un comportement qu'elle n'adopterait pas avec un
homme : elle se place tout près de son oreille, attitude maternelle,
naturelle.
Julien également qui craint sa
rencontre avec le Maire de Verrière est surpris par la douceur de la jeune
femme qu'il n'a pas vue approcher, il n'a pas eu le temps d'ajuster son masque et de
jouer un rôle.
Spontanéité des deux personnages : Julien pleure, essuie ses grosses
larmes, rosit. Mme de Rênal rit « avec toute la gaieté folle d'une jeune
fille »La différence d'âge est abolie. Ambigüité de l'âge, du sexe ,
statut social oublié, nouveauté des sentiments ressentis, mobilité de leur
réaction.
Narrateur omniscient qui nous fait adopter successivement le point de vue
des personnages, d'abord Mme de Rênal puis celui de Julien avant de croiser
leur regard pour terminer sur celui de Mme de Rênal : fait le portrait des
deux personnages en même temps qu'il révèle ce que chacun a perçu de
l'autre : très habile, d'une pierre deux coups ! L'écrivain alterne avec beaucoup de naturel,
récit, portraits, peinture des sentiments, dialogue au style direct et indirect
libre. : rythme alerte en adéquation avec le comportement des personnages.
B L'intensité
émotionnelle : très perceptible dans les descriptions en focalisation
interne ; personnages coupés du monde extérieur : « loin du
regard des hommes » pour Mme de Rênal , très proches l'un de l'autre au
moment de la rencontre : regards qui produisent des gros plans :
larmes sur les joues de Julien.
Face à face, désarçonnés dans leurs attentes négatives ( le
vieux précepteur sale et sévère, le maire impressionnant), tous deux sont
vulnérables et sous l'influence d'une émotion qui va croissant : julien « tressaille »,
avant d'être « frappé » du regard de Mme de Rênal puis qui est
« étonné » par sa beauté : champ lexical du coup de
foudre : ébranlement profond : effet immédiat : » il oublia
tout, même ce qu'il venait faire » au point qu'il n'entend pas la question
et que Mme de Rênal doit reformuler. Degré extrême de trouble et absence de
maîtrise de soi.
Elle est « distraite » par Julien, reste
« interdite » lorsqu'elle prend conscience de l'état social de
Julien : frappée d'un trouble qui l'empêche d'agir et de parler. D'où
explosion d'une crise de fou rire : trop forte émotion accumulée, scène
jalonnée d'adverbes d'intensité ( aussi, si, jamais) superlatifs, acuité des
sensations éprouvées. Mais aussi douceur et innocence.
2. Une atmosphère exceptionnelle
d'innocence et de grâce
A. Un cadre naturel :
le jardin. Mme de Rênal est sortie par la porte fenêtre du salon, lieu de
mondanité mais à l'extérieur dans un jardin presqu'abstrait sans aucune
notation pittoresque qui distrairait l'attention du lecteur : jardin
d'eden, jardins médiévaux, traditionnellement propice à la rencontre,
atmosphère un peu irréelle : « loin du regard des hommes », loin
du monde ennuyeux des conventions et obligations mondaines, loin du regard
chargé de concupiscence ( Valenod), lieu protégé où sa « grâce » peut
s'exprimer en toute innocence .
B.Une ambiance de
douceur et d'innocence : émotions fortes, mais perception sensorielle
de l'Autre très douce : trois fois douceur, blancheur, clarté. Rien de
sensuel mais climat de grâce, mot qui revient plusieurs fois aussi ; deux
sens sollicités : vue et ouïe : se regardent comme le premier homme
regarde la première femme avec stupeur et curiosité comme une espèce
inconnue : julien ne connaît les femmes que par ses lectures ( pas du tout
d'allusion à sa mère), Mme de Rênal ne connaît guère les hommes et tout deux
sont presqu'aussi neuf et naïfs devant l'amour.
Temps suspendu, ravissement comme si l'action se déroulait au
ralenti : julien « arrêté » à la porte d'entrée, fait répéter
les questions, larmes « arrêtées » sur sa joue : Stendhal semble
vouloir prolonger, fixer ce moment de bonheur que les deux héros ne
retrouveront qu'à la fin du roman. A nouveau coupé du monde social et politique
3.Une rencontre ambigüe
où l'amour naissant se cache sous d'autres émotions
Thème stendhalien de la « chasse au bonheur » : moment de
pure extase mais encore trop de vanité et d'ambition sociale pour en jouir et
l'apprécier à sa juste valeur
car la rencontre est fondée sur une sorte de malentendu puisque Julien connaît
surtout une satisfaction d'amour propre : il est appelé « monsieur »
par une femme éblouissante et « bien vêtue », il est flatté par la
reconnaissance de son savoir par une femme bourgeoise. Il est conscient d'avoir
franchi une étape d'ascension sociale.
La naissance de l'amour se fait donc sur le fond d'un plaisir narcissique
plus fort apparemment que la rencontre de l'être aimé. Pour Mme de Rênal
également il n'y a pas vraiment de coup de foudre puisqu'elle est surtout
soulagée en tant que mère par rapport au précepteur méchant et sale qu'elle
imaginait et qu'elle n'a pas pleine conscience de faire entrer un jeune homme
dans sa maison puisqu'elle perçoit surtout l'innocence enfantine et la sensibilité
féminine de Julien. En revanche le narrateur omniscient s'amuse de la naïveté
de ses personnages et transmet au lecteur les signes d'un amour naissant, « l'esprit
romanesque » de Mme de Rênal ne peut que se prendre aux charmes de Julien.
Scène de première vue originale: l'incipit d'Aurélien , roman d'Aragon
"La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois… Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait. Il y avait un vers de Racine que ça lui remettait dans la tête, un vers qui l'avait hanté pendant la guerre, dans les tranchées, et plus tard démobilisé. Un vers qu'il ne trouvait même pas un beau vers, ou enfin dont la beauté lui semblait douteuse, inexplicable, mais qui l'avait obsédé, qui l'obsédait encore : Je demeurai longtemps errant dans Césarée… En général, les vers, lui… Mais celui-ci lui revenait et revenait. Pourquoi ? c'est ce qu'il ne s'expliquait pas. Tout à fait indépendamment de l'histoire de Bérénice…l'autre, la vraie… D'ailleurs il ne se rappelait que dans ses grandes lignes cette romance, cette scie. Brune alors, la Bérénice de la tragédie. Césarée, c'est du côté d'Antioche, de Beyrouth. Territoire sous mandat. Assez moricaude, même, des bracelets en veux-tu en voilà, et des tas de chichis, de voiles. Césarée… un beau nom pour une ville. Ou pour une femme. Un beau nom en tout cas. Césarée… Je demeurai longtemps … je deviens gâteux. Impossible de se souvenir : comment s'appelait-il, le type qui disait ça, une espèce de grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard, avec des yeux de charbon, la malaria… qui avait attendu pour se déclarer que Bérénice fût sur le point de se mettre en ménage, à Rome, avec un bellâtre potelé, ayant l'air d'un marchand de tissus qui fait l'article, à la manière dont il portait la toge. Tite. Sans rire. Tite. Je demeurai longtemps errant dans Césarée… Ça devait être une ville aux voies larges, très vide et silencieuse. Une ville frappée d'un malheur. Quelque chose comme une défaite. Désertée. Une ville pour les hommes de trente ans qui n'ont plus de cœur à rien. Une ville de pierre à parcourir la nuit sans croire à l'aube. Aurélien voyait des chiens s'enfuir derrière les colonnes, surpris à dépecer une charogne. Des épées abandonnées, des armures. Les restes d'un combat sans honneur." Louis Aragon, Aurélien, Gallimard [1944], Collection Folio Plus, 1996, pp. 29-30 (incipit). En savoir plus: http://www.alalettre.com/aragon-oeuvres-aurelien.php
Le Rouge et le Noir résumé
Je mets en ligne une fiche qui résume l'histoire du roman pour aider tout le monde à se repérer mais cela ne dispense évidemment pas de la lecture de l'oeuvre! http://www.studyrama.com/IMG/pdf/resume_stendhal_le-rouge-et-le-noir.pdf
Cette fiche peut vous faire gagner du temps lorsque vous cherchez à retrouver certains passages dans l'oeuvre pour les exposés.
La rencontre amoureuse dans le roman
Pour prolonger l'étude de la rencontre entre Julien et Mme de Rênal, vous pouvez lire d'autres scènes de rencontres célèbres.
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Texte A : Madame de la Fayette, La Princesse de
Clèves, 1678 (Tome premier)
Elle passa tout le jour des fiançailles chez elle à se parer, pour se trouver
le soir au bal et au festin royal qui se faisait au Louvre. Lorsqu'elle arriva,
l'on admira sa beauté et sa parure ; le bal commença et, comme elle dansait
avec M. de Guise, il se fit un assez grand bruit vers la porte de la salle,
comme de quelqu'un qui entrait et à qui on faisait place.
Mme de Clèves acheva de danser et, pendant qu'elle cherchait des yeux quelqu'un
qu'elle avait dessein de prendre, le roi lui cria de prendre celui qui
arrivait. Elle se tourna et vit un homme qu'elle crut d'abord ne pouvoir être
que M. de Nemours, qui passait par-dessus quelques sièges pour arriver où l'on
dansait. Ce prince était fait d'une sorte qu'il était difficile de n'être pas
surprise de le voir quand on ne l'avait jamais vu, surtout ce soir-là, où le
soin qu'il avait pris de se parer augmentait encore l'air brillant qui était
dans sa personne ; mais il était difficile aussi de voir Mme de Clèves pour la
première fois sans avoir un grand étonnement.
M. de Nemours fut tellement surpris de sa beauté que, lorsqu'il fut proche
d'elle, et qu'elle lui fit la révérence, il ne put s'empêcher de donner des
marques de son admiration.
Quand ils commencèrent à danser, il s'éleva dans la salle un murmure de
louanges. Le roi et les reines se souvinrent qu'ils ne s'étaient jamais vus, et
trouvèrent quelque chose de singulier de les voir danser ensemble sans se
connaître. Ils les appelèrent quand ils eurent fini sans leur donner le loisir
de parler à personne et leur demandèrent s'ils n'avaient pas bien envie de
savoir qui ils étaient, et s'ils ne s'en doutaient point.
- Pour moi, madame, dit M. de Nemours, je n'ai pas d'incertitude ; mais comme
Mme de Clèves n'a pas les mêmes raisons pour deviner qui je suis que celles que
j'ai pour là reconnaître, je voudrais bien que votre Majesté eût la bonté de
lui apprendre mon nom.
- Je crois, dit Mme la Dauphine, qu'elle le sait aussi bien que vous savez le
sien.
- Je vous assure, madame, reprit Mme de Clèves, qui paraissait un peu
embarrassée, que je ne devine pas si bien que vous pensez.
- vous devinez fort bien, répondit Mme la Dauphine ; et il y a même quelque
chose d'obligeant pour M. de Nemours à ne vouloir pas avouer que vous le
connaissez sans l'avoir jamais vu.
La reine les interrompit pour faire continuer le bal ; M. de Nemours prit la
reine dauphine. Cette princesse était d'une parfaite beauté et avait paru telle
aux yeux de M. de Nemours avant qu'il allât en Flandre ; mais, de tout le soir,
il ne put admirer que Mme de Clèves. Le chevalier de Guise, qui l'adorait
toujours, était à ses pieds, et ce qui se venait de passer lui avait donné une
douleur sensible. Il le prit comme un présage que la fortune destinait M. de
Nemours à être amoureux de Mme de Clèves ; et, soit qu'en effet il eût paru
quelque trouble sur son visage, ou que la jalousie fît voir au chevalier de
Guise au-delà de la vérité, il crut qu'elle avait été touchée de la vue de ce
prince, et il ne put s'empêcher de lui dire que M. de Nemours était bien
heureux de commencer à être connu d'elle par une aventure qui avait quelque
chose de galant et d'extraordinaire.
Mme de Clèves revint chez elle, l'esprit si rempli de tout ce qui s'était passé
au bal que, quoiqu'il fût fort tard, elle alla dans la chambre de sa mère pour
lui en rendre compte ; et elle lui loua M. de Nemours avec un certain air qui
donna à Mme de Chartres la même pensée qu'avait eue le chevalier de Guise.
Texte B : Gustave Flaubert, L'Education sentimentale, 1869
Ce fut comme une apparition :
Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua
personne, dans
l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il passait, elle
leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté,
il la regarda.
Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au
vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très
bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de sa figure. Sa robe de mousseline
claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son
menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu.
Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de
gauche pour dissimuler sa manoeuvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc,
et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière.
Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa
taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait
son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels
étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les
meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle
fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une
envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites.
Une négresse, coiffée d'un foulard, se présenta, en tenant par la main une
petite fille, déjà grande.
L'enfant, dont les yeux roulaient des larmes, venait de s'éveiller. Elle la
prit sur ses genoux. " Mademoiselle n'était pas sage, quoiqu'elle eût sept
ans bientôt ; sa mère ne l'aimerait plus ; on lui pardonnait trop ses caprices.
" Et Frédéric se réjouissait d'entendre ces choses, comme s'il eût fait
une découverte, une acquisition.
Il la supposait d'origine andalouse, créole peut-être ; elle avait
ramené des îles cette négresse avec elle ?
Cependant, un long châle à bandes violettes était placé derrière son
dos, sur le bordage de cuivre. Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la
mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds,
dormir dedans ! Mais, entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il
allait tomber dans l'eau ; Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit :
" Je vous remercie, monsieur. "
Leurs yeux se rencontrèrent.
" Ma femme, es-tu prête ? " cria le sieur Arnoux, apparaissant dans
le capot de l'escalier.
Texte C : Boris Vian, L'Ecume des jours, 1946
– Oui, dit Isis. Venez, je vous présente… »
La moyenne des filles était présentable. L'une d'elles portait une robe en
lainage vert amande, avec de gros boutons en céramique dorée, et, dans le dos,
un empiècement de forme particulière.
« Présentez-moi surtout à celle-là », dit Colin. Isis le secoua pour le faire
tenir tranquille.
« Voulez-vous être sage, à la fin ?… »
Il en guettait déjà une autre et tirait sur la main de sa conductrice.
« C'est Colin, dit Isis. Colin, je vous présente Chloé. »
Colin avala sa salive. Sa bouche lui faisait comme du gratouillis de beignets
brûlés.
« Bonjour ! dit Chloé…
– Bonj… Êtes-vous arrangée par Duke Ellington ? » demanda Colin… Et puis il s'enfuit,
parce qu'il avait la conviction d'avoir dit une stupidité.
Chick le rattrapa par un pan de sa veste.
« Où vas-tu comme ça ? Tu ne vas pas t'en aller déjà ? Regarde !… »
Il tira de sa poche un petit livre relié en maroquin rouge.
« C'est l'originale du Paradoxe sur le Dégueulis, de Partre…
– Tu l'as trouvé quand même ? » dit Colin.
Puis il se rappela qu'il s'enfuyait et s'enfuit.
Alise lui barrait la route.
« Alors, vous vous en allez sans avoir dansé une seule
petite fois avec moi ? dit-elle.
– Excusez-moi, dit Colin, mais je viens d'être idiot et ça me gêne de rester.
– Pourtant, quand on vous regarde comme ça, on est forcé d'accepter…
– Alise… geignit Colin, en l'enlaçant et en frottant sa joue contre les cheveux
d'Alise.
– Quoi, mon vieux Colin ?
– Zut… Zut… et Bran !… Peste diable bouffre. Vous voyez la fille là ?…
– Chloé ?…
– Vous la connaissez ?… dit Colin. Je lui ai dit une stupidité, et c'est pour ça que je m'en
allais. »
Il n'ajouta pas qu'à l'intérieur du thorax, ça lui faisait comme une musique militaire allemande, où
l'on n'entend que la grosse caisse.
« N'est-ce pas qu'elle est jolie ? » demanda Alise.
Chloé avait les lèvres rouges, les cheveux bruns, l'air heureux et sa robe n'y
était pour rien.
« Je n'oserai pas ! » dit Colin.
Et puis, il lâcha Alise et alla inviter Chloé. Elle le regarda. Elle riait et
mit la main droite sur son épaule. Il sentait ses doigts frais sur son cou. Il
réduisit l'écartement de leurs deux corps par le moyen d'un raccourcissement du
biceps droit, transmis, du cerveau, le long d'une paire de nerfs crâniens
choisie judicieusement. Chloé le regarda encore. Elle avait les yeux bleus.
Elle agita la tête pour repousser en arrière ses cheveux frisés et brillants,
et appliqua, d'un geste ferme et déterminé, sa tempe sur la joue de Colin.
Il se fit un abondant silence à l'entour, et la majeure partie
du reste du monde se mit à compter pour du beurre.
Texte D : David Foenkinos, La Délicatesse, 2011
Nathalie et François se sont rencontrés dans la rue. C'est toujours délicat un
homme qui aborde une femme. Elle se demande forcément : « Est-ce qu'il ne passe
pas son temps à faire ça ? » Les hommes disent souvent que c'est la première
fois. À les écouter, ils sont soudain frappés par une grâce inédite leur
permettant de braver une timidité de toujours. Les femmes répondent, d'une
manière automatique, qu'elles n'ont pas le temps. Nathalie ne dérogea pas à
cette règle. C'était idiot : elle n'avait pas grand-chose à faire, et aimait
l'idée d'être ainsi accostée. Personne n'osait jamais. Elle s'était plusieurs
fois posé la question : ai-je l'air trop boudeuse ou trop paresseuse ? Une de
ses amies lui avait dit : personne ne t'arrête jamais, car tu as l'allure d'une
femme poursuivie par le temps qui passe.
[…]
Il avait balbutié les premiers mots, et subitement tout était venu, d'une
manière limpide. Ses paroles avaient été propulsées par cette énergie un peu
pathétique, mais si touchante, du désespoir. C'est bien la magie de nos
paradoxes : la situation était tellement inconfortable qu'il s'en sortait avec
élégance. Au bout de trente secondes, il parvint même à la faire sourire.
C'était une brèche dans l'anonymat. Elle accepta de prendre un café et il
comprit qu' elle n'était pas du tout pressée. Il trouvait cela si étonnant de pouvoir
ainsi passer un moment avec une femme qui venait à peine d'entrer dans son
champ de vision. Il avait toujours aimé regarder les femmes dans la rue. Il se
souvenait même avoir été une sorte d'adolescent romantique capable de suivre
des jeunes filles de bonne famille jusqu'à la porte de leur appartement. Dans
le métro, il lui arrivait de changer de wagon, pour être près d'une passagère
qu'il avait repérée au loin. Soumis à la dictature de la sensualité, il n'en
demeurait pas moins un homme romantique, pensant que le monde des femmes
pouvait se réduire à une femme.
Il lui demanda ce qu'elle voulait boire. Son choix serait déterminant. Il pensa
: si elle commande un déca, je me lève, et je m'en vais. On n'avait pas le
droit de boire un déca à ce genre de rendez-vous. C'est la boisson la moins
conviviale qui soit. Un thé, ce n'est guère mieux. À peine rencontrés et déjà
s'installe une sorte de cocon un peu mou. On sent qu'on va passer des dimanches
après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Oui, le
thé c'est incontestablement une ambiance de belle-famille. Alors quoi ? De
l'alcool ? Non, ce n'est pas bien à cette heure-ci. On pourrait avoir peur
d'une femme qui se met à boire comme ça, d'un coup. Même un verre de vin rouge
ne passerait pas. François continuait d'attendre qu'elle choisisse ce qu'elle
allait boire, et il poursuivait ainsi son analyse liquide de la première
impression féminine. Que restait-il maintenant ? Le Coca-Cola, ou tout autre
type de soda... non, pas possible, cela ne faisait pas du tout femme. Autant
demander une paille aussi, tant qu'elle y était. Finalement, il se dit qu'un
jus, ça serait bien. Oui un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop
agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut
esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut
être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou
la goyave, ça fait peur. Non, le mieux, c'est de choisir un entre-deux, comme l'abricot.
Voilà, c'est ça. Le jus d'abricot, c'est parfait. Si elle choisit ça, je
l'épouse, pensa François. À cet instant précis, Nathalie releva la tête de la
carte, comme si elle revenait d'une longue réflexion. La même réflexion que
venait de mener l'inconnu face à elle.
« Je vais prendre un jus...
— ... ? — Un jus d'abricot, je crois. »
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité.
Le jeu de l'amour et du hasard de Marivaux sur France Culture
Pour approfondir les relations maître-valets dans l'oeuvre de Marivaux et découvrir peut-être sa plus belle pièce, vous pouvez écouter la version radiophonique programmée sur France Culture: http://www.franceculture.fr/emission-fictions-theatre-et-cie-le-jeu-de-l%E2%80%99amour-et-du-hasard-de-marivaux-2013-02-10
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