Penser après les cours...!

Médée d'Euripide mise en scène Jacques Lassalle (2000)

Par cyberblaise - publié le vendredi 26 octobre 2012 à 09:58 dans 02w1èreL 602

http://www.youtube.com/watch?v=-kwsC-Glw2A


Ce court extrait du journal télévisé de l'époque montre les scènes capitales avec les enfants et donne la parole à Isabelle Huppert.


http://www.artevod.com/bandeAnnoncePlayer.html?ficheId=539


La Méde d'Isabelle Huppert forte et fragile à la fois.

Médée de Sénèque, mise en scène Zakarya Gouram

Par cyberblaise - publié le vendredi 26 octobre 2012 à 09:19 dans 02w1èreL 602

Un court extrait qui montre la "performance" de Marie Payen dans la mise en scène de Zakarya Gouram

http://www.dailymotion.com/video/x5dfzm_medee-extraits_creation

Médée d'Euripide, mise en scène de Laurent Fréchuret

Par cyberblaise - publié le vendredi 26 octobre 2012 à 08:30 dans 02w1èreL 602

Voici un dossier très intéressant pour approfondir votre connaissance de cette mise en scène:

 http://crdp.ac-paris.fr/piece-demontee/pdf/medee_total.pdf


A la fin, il y a notamment une comparaison entre les deux mises en scène, celle de Fréchret et de Jacques Lassalle.

Après avoir visionné le  DVD, pouvez-vous décrire précisément la scénographie choisie par Jacques Lassalle ? Que met-elle en valeur dans la pièce ? Comparez-la avec celle de Laurent Fréchuret.

La scénographie de Lassalle présente, à jardin et fond de scène, un monticule avec une grotte dont la bouche est l'entrée de la « maison » de Médée. La nature semble aride, on ne voit qu'une maigre végétation, des rochers blanchâtres. Au milieu du plateau et à cour, on a une vaste étendue d'eau véritable, un autre rivage est suggéré avec un embarcadère, c'est le royaume de Créon. un ponton de bois avance dans l'eau. Au lointain apparaît la façade du palais des Papes trouée de fenêtres qui seront exploitées au moment de l'incendie de Corinthe. On voit donc que la maison de Médée n'est plus qu'un antre naturel, espace très inhospitalier et plus symbolique que réaliste.

La scénographie est caractérisée par une horizontalité très marquée alors que celle de Laurent Fréchuret est barrée par la forte verticalité de la structure de bois de la maison et par le déploiement du rideau d'or

.L'eau et l'apparition récurrente de barques signalent le thème du voyage chez Lassalle (celui de Médée, celui de la mort avec le Styx, le fleuve des Enfers, mais aussi son ultime voyage).

L'eau marque également l'isolement de Médée face au pouvoir de Créon et à la société corinthienne: entre son îlot et une prison, il n'y a pas loin. Médée est bien une étrangère, confinée sur ce bout de terre. Elle ne va pas vers les autres, ce sont les autres qui viennent à elle.

Au contraire, la Médée de Fréchuret est souvent en bord de scène, face aux spectateurs qu'elle regarde, voire qu'elle provoque. Elle est presque toujours debout, alors qu'Isabelle Huppert est souvent couchée, prostrée.

b Quelles sont les couleurs dominantes ?

Lassalle instaure très souvent une ambiance de lumière bleue assez sombre, nocturne et lunaire, alors que le doré et le noir vont dominer dans la mise en scène de Fréchuret et lui donner un véritable aspect solaire.

b Comment le Chœur est-il traité ?

Le Chœur, une seule femme, Emmanuelle Riva, ne rompt jamais le quatrième mur. Plus confidente que Chœur véritable, elle n'a pas de fonction cultuelle ; par ailleurs aucun musicien n'est présent, tout le plateau est occupé par la fiction. Laurent Fréchuret fait d'autres choix : en trouant le plateau avec les deux fosses, il installe le Chœur au centre (ou au cœur) du dispositif scénographique, exhibant ainsi sa fonction rituelle. Par ailleurs, la voix particulière de Zobeida est presque toujours amplifiée, ce qui lui confère un autre statut, parfois elle chante et la musique soutient et accompagne son propos.

Observez les comédiens, les costumes et le jeu.

Les costumes : Lassalle choisit des costumes qui ancrent l'histoire dans le passé (sans qu'il s'agisse vraiment de l'Antiquité) et dans l'ailleurs (un certain Orient). Des bleus et des marron pour les serviteurs, du rouge pour le roi…

Isabelle Huppert apparaît avec trois costumes différents, l'usage du blanc la distingue des autres personnages et lui donne, dans cet espace souvent bleuté, une présence étrange, divine ou irréelle, peut-être ? Son dernier costume est précieux, il annonce une vie nouvelle. Dans l'ensemble, les costumes marquent une distance, ils frappent par leur raffinement.

Fréchuret part des habits de ville des comédiens pour construire une interprétation contemporaine du costume : Catherine Germain avait en répétition une robe très semblable à celle qui deviendra son « costume » ; on habille plus des comédiens que des « personnages » ; les musiciens ont leurs vêtements de ville ; seule Zobeida, le Chœur, porte une très belle robe, une robe de diva, une robe de chanteuse de cabaret.

Les comédiennes : dans la mise en scène de Lassalle, on est bien sûr frappé par l'interprétation d'Isabelle Huppert – cris terribles, jeu au sol, tête dans l'eau et larmes quasi continues pendant tout le spectacle, revirements subits, rictus, tout cela intensifie fortement la dramatisation et l'émotion. Bouleversante, Isabelle Huppert nous présente une Médée souvent fragile, blessée au plus profond d'elle-même, parfois folle ou possédée, toujours ravagée par la douleur et la colère.  Catherine Germain  est une Médée fragile aussi, mais plus animale, plus sauvage ; ses borborygmes, ses cris, ses mouvements de bras, ses contorsions, amplifiés par le Chœur nous impressionnent et nous émeuvent. À d'autres moments, le corps musculeux est hiératique, très droit, le personnage conserve de la noblesse. L'énergie sans cesse refait surface pour lutter contre un destin qu'elle veut contrer.

Plus furieuse qu'affligée, cette Médée, souvent en adresse public, tend vers la victoire de la déesse qu'elle devient, celle de « la race des femmes ».

b Comment les enfants sont-ils traités ? En tant que spectateur, comment ressentez-vous cette différence ?

Chez Lassalle, les enfants apparaissent sur le plateau à tous les moments où Euripide choisit de les montrer. On voit comment ils enlacent leur mère, on perçoit l'enjeu qu'ils constituent au sein du couple, on entend leurs cris et leurs paroles au moment du meurtre. Après l'infanticide, ils accompagnent leur mère, mais certains signes traduisent leur appartenance au monde des morts. À ce moment-là, Lassalle renonce à l'eccyclème antique ( sorte de plateau roulant pour faire apparaître les acteurs sur scène) et opte pour une représentation moins dure, moins violente mais assez ambiguë. La charge émotionnelle due à la présence des enfants est très forte, son impact sur le jeu d'Isabelle Huppert est indéniable.

Laurent Fréchuret fait apparaître les enfants dans le film au début de la pièce, mais renonce à une présence tangible sur le plateau. On s'éloigne de ce qui pourrait renvoyer au fait divers et on insiste sur la dimension sacrificielle de l'infanticide.

               

Euripide, un novateur

Par cyberblaise - publié le vendredi 12 octobre 2012 à 12:24 dans 02w1èreL 602

Euripide, un novateur

Euripide est, après Eschyle et Sophocle, le dernier des grands poètes tragiques grecs ; il est né probablement vers 484 av. J.-C. et mort en 406 av. J.-C, mais on ne sait pas grand-chose de sa vie, car il ne prit aucune part aux affaires publiques. Il n'obtint que peu de succès au théâtre, mais après sa mort ses pièces furent reprises, et sa renommée ne cessa de grandir, ce qui explique que l'on a conservé plus d'œuvres de lui que de ses prédécesseurs ; il a beaucoup influencé Racine au XVIIèsiècle, qui s'en inspira pour Iphigénie, Andromaque et Phèdre.

Euripide a infléchi le genre tragique vers plus de simplicité : il montre sur scène des nourrices, des serviteurs, et ses héros s'expriment de façon plus naturelle.

  la liste des personnages de Médée

– Médée, fille de roi, mais « Barbare » ;

– Jason, fils de roi ;

– Créon, roi de Corinthe ;

– Égée, roi d'Athènes ;

– nourrice et précepteur : serviteurs âgés.

Cependant, ils aiment tenir des propos généraux, réfléchir sur la vie, et sont porteurs, comme le Chœur, d'une certaine sagesse populaire. Créon est le seul personnage à avoir dans la pièce un pouvoir véritable : Jason est un exilé, et Égée n'est qu'un hôte de passage. Mais comme souvent dans la tragédie grecque, le pouvoir politique se révèle impuissant.

Euripide s'est beaucoup intéressé à la psychologie des personnages, en faisant de ces derniers des êtres humains moins idéalisés que ceux de ses prédécesseurs : ses héros sont soumis à des passions fortes, qui s'expriment en cris et en paroles violentes et les entraînent à des actes terrifiants ; ils sont en proie à des contradictions intérieures qui les ravagent (cf. le monologue de Médée avant de tuer ses enfants, avec ses multiples revirements). Ces personnages complexes et torturés n'ont pas la pureté tragique de ceux de Sophocle, mais apparaissent plus humains, plus modernes…

Euripide choisit souvent des  femmes comme héroïnes de ses tragédies, et pourtant on l'a accusé d'être misogyne… Dans Médée, il semble s'intéresser à la complexité du statut de la femme grecque, en faisant tenir à différents personnages des propos hostiles ou favorables aux femmes.

Les personnages féminins de la pièce : qu'ont-ils en commun ?

À part le personnage éponyme, nous trouvons la nourrice et les Corinthiennes du Chœur. Tous ces personnages ont en commun de n'avoir, en tant que femmes, aucun pouvoir : la  nourrice est une esclave, et Médée, comme étrangère, n'a aucun droit face à Jason ou à Créon, le roi.

Les personnages féminins sont solidaires de Médée, éprouvent pour elle de la compassion et jugent sévèrement Jason : « Tu as raison de te venger de ton mari » (scène 3), lui dit le Chœur, qui accepte même la complicité du silence. Les femmes du Chœur et la  nourrice mêlent leurs pleurs et leurs cris à ceux de Médée, formant une « communauté féminine » pour chanter le deuil, comme le dit Florence Dupont (scène 2, parodos).

Euripide laisse régner dans ses pièces l'incertitude humaine : ses personnages, loin d'être des modèles moraux, sont les jouets de passions contradictoires et ne font pas triompher la justice ; ils exposent leurs idées sous forme de grands débats oratoires qui restent souvent ouverts car l'auteur ne propose pas, comme Eschyle ou Sophocle, une vision orientée ou englobante de la société. Ainsi, quel jugement doit-on porter sur l'infanticide de Médée ? Si elle est sauvée à la fin de la pièce, est-elle pour autant innocente ? Le sacrifice des enfants a-t-il une légitimité ?

Cette indécision morale se reflète dans la conception des dieux : ceux-ci interviennent peu et n'apparaissent pas comme des garants de justice ou d'ordre ; Euripide semble penser qu'ils sont indifférents aux affaires terrestres, et que les mythes ne sont que le reflet des interrogations et des aspirations humaines…

Ce scepticisme assez pessimiste qui livre l'homme à lui-même et qui fut très critiqué à son époque contribue largement à la modernité de ses œuvres.

Extrait de Pièces Démontée consacré à la mise en scène de médée d'Euripide par Laurent Fréchuret, avec catherine Germain dans le rôle de médée.

Synthèse sur la relation entre Médée et Jason dans la pièce d'Euripide

Par cyberblaise - publié le vendredi 12 octobre 2012 à 12:14 dans 02w1èreL 602

Jason et Médée dans Médée d'Euripide

  Au moment où commence la pièce, l'union entre Jason et Médée a pris fin: Jason a épousé très légalement la fille du roi de Corinthe, Médée s'attend à être expulsée du territoire avec les fils qu'elle a donnés à Jason. Comment les deux protagonistes jugent-ils leur relation passée?

   Médée d'emblée insiste sur l'inégalité de la condition du mari et de celle de la femme: contrairement à l'époux, la femme ne peut divorcer ni trouver à l'extérieur ce qu'elle ne trouve pas au foyer. En outre, sa situation particulière d'étrangère renforce la fragilité du statut de la femme en général. De là cette phrase aux accents homériques:

 

 

« Je suis seule, exilée, bonne à être insultée

par un mari (νδρς) qui m'a conquise en pays étranger.

Je n'ai mère, ni frère, ni parent,

qui me donne un refuge en ce présent naufrage » (Médée, 255-258).

 

Elle considère du reste que Jason l'a abandonnée parce qu'elle n'était qu'une Barbare:

 

« Ce n'est pas cela qui te retenait. Mais lié à une Barbare

tu voyais devant toi une vieillesse sans honneur » (Médée, 591-592).

 

Il l'a probablement épousée uniquement par reconnaissance pour les services qu'elle pouvait lui rendre.

   Quant à Jason, il estime que Médée est mue uniquement par une forte sensualité, ce qui convient du reste à sa nature barbare et n'est pas étranger à la gent féminine tout entière:

 

 

« ... Femme, tu fais sonner trop haut ce que tu fis pour moi.

C'est à Cypris selon toute apparence que ma navigation

doit son salut, à nul autre dieu ni mortel...

Tu es fine et tu me comprends, mais il te déplairait d'avouer que l'amour (ρως) t'a contrainte, que tu n'as pu parer ses flèches et que c'est là pourquoi tu m'as sauvé.

Mais je veux bien n'y pas regarder de trop près.

Pour quelque raison que ce soit, tu m'as aidé et bien aidé » (Médée, 526-533).

« ... N'est-ce pas bien raisonné? tu le reconnaîtrais, si le souci du lit ne t'irritait.

Vous autres femmes, vous finissez par estimer que tout va bien si seulement vos nuits sont assurées.

Qu'un accident vienne les compromettre, le parti le plus profitable et le plus éclatant

vous devient guerre déclarée » (Médée, 567-573).

 

« Femme, je loue ta conduite présente et je m'abstiens de blâmer le passé.

Il est naturel à tout votre sexe

d'en vouloir au mari qui prend une seconde épouse (γμουςλλοους) » (Médée, 908-910).

 

 

   Une fois les enfants massacrés, il se repentira d'avoir épousé une femme barbare, seule capable d'avoir un tel comportement: il est puni pour n'avoir pas respecté les règles de la cité grecque:

 

« Que les dieux te détruisent! J'ai toute ma raison à présent.

Le jour de ma folie fut celui où je t'enlevai de chez toi, de ton pays barbare, pour t'amener dans une maison grecque qui devait en périr » (Médée, 1329-1332).

 

« ... Tu fus épousée par moi (νυμφευθεσα), oui par moi, tu me donnas des enfants, que tu as détruits dans ta jalousie de femme et d'amante.

Jamais il ne se fût trouvé de Grecque pour oser ce que tu osas, toi que j'ai préférée à toutes » (Médée, 1336-1341).

 

 

            Notons toutefois qu'Euripide a pris le contre-pied du discours traditionnel sur la femme, tel que le revendique Médée. Son héroïne domine la pièce et triomphe, même si le prix en est terrible, tandis que Jason, pleutre, falot et suffisant, ne fait pas le poids, a manifestement peur de sa terrible compagne et est totalement vaincu.

(d'après le cours d'une collègue qui enseigne le grec)


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Lire la Médée de Sénèque (602L)

Par cyberblaise - publié le vendredi 12 octobre 2012 à 11:47 dans 02w1èreL 602

Vous trouverez une traduction fiable ici:

http://www.ac-grenoble.fr/lycee/diois/Latin/archives/Medee,%20Seneque%20(texte%20integral)%20.pdf

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Exodos de Médée d'Euripide

Par cyberblaise - publié le vendredi 12 octobre 2012 à 11:39 dans 02w1èreL 602

Préparation au commentaire de l'Exodos de Médée d'Euripide : dénouement de la pièce.

Explication de texte qui suit la structure de la scène  et en reconstitue la progression :

Adresse de Jason au chœur (l1à15) : dialogue avec le choryphée qui l'informe de l'étendue de ses malheurs, Jason venait demander des comptes à Médée pour le meurtre de Créuse et de Créon, réclame de voir ses enfants et de parler à Médée.

Adresse à Médée : malédiction de Médée par Jason dans une longue tirade : la désigne dans l'ensemble du texte comme « un monstre, un fléau, femme odieuse entre toutes aux dieux, lionne, plus sauvage que Scylla, ouvrière de la honte, mère criminelle, femme abominable » ( termes négatifs renforcés par des adjectifs évaluatifs hyperboliques : elle suscite le rejet, la haine, le scandale).

Jason prend conscience d'avoir épousé une « barbare », se traite d' »insensé »: oppose le monde civilisé des Grecs à celui de Médée, se rappelle du passé meurtrier de Médée : « traitresse à ton père et à la terre qui t'avait nourrie », rappel l'Erynie vengeresse du frère assassiné qui s'est acharnée sur lui. Dans le monde grec les dieux sont très présents y compris ceux de la vengeance. Echec d'une union avec une non grecque. Jason n'avait pas respecté la règle. Opposition des pronoms : toi/ moi. Jason confronté à la perte, mort, deuil. Puni pour avoir transgressé les règles en vigueur en Grèce.

Justification de Médée et dispute où chacun va faire entendre ses raisons et les griefs qu'il reproche à l'autre : stychomitie : joute verbale, réponse sur le mot, du tac au tac, parallélisme des constructions qui soulignent souvent des oppositions.

(l38-48)Pour Médée, les torts sont du côté de Jason, vengeance considérée comme légitime de son point de vue : trahison amoureuse doublée d'une humiliation et d'un exil= juste retour des choses : « Je t'ai blessé au cœur ». Pour elle, la douleur est préférable à l'humiliation du ridicule, préfère être odieuse et terrifiante à cause de son geste plutôt que ridicule en femme trompée : orgueil de Médée, sentiment très fort de ce qu'elle se doit, restaurer l'estime de soi. Atteste souvent les dieux et semble soutenue par eux : apparaît sur le char, triomphante ; rappelle qu'elle a été l'adjuvant de Jason et ce qu'il lui doit (l39)

 Etude de la progression de la stychomitie : Communauté de douleur évoqué par Jason mais est considérée comme un avantage par Médée : efface le ridicule de sa situation antérieure.

Nombreuses antithèses qui montrent le conflit entre les deux parents : enfant/fils, mère/père, « Ils ne vivent plus/Ils vivent ».  Métaphore de la douleur vue comme un serpent qui mord : désir de faire souffrir Jason, menace en retour d'être poursuivie par les Erynies des enfants.

Jason minimise le mobile de Médée (outrage, nouvel hymen), récuse sa part de responsabilité, lui reproche d'avoir agi par jalousie et à cause de sa frustration sexuelle : « pour ta couche » : à mettre en lien avec le discours de Médée aux femmes corinthiennes. Médée revendique l'importance de ce mobile pour une femme car le statut de la femme dans la société grecque la fin dépendre totalement de son époux : problème de l'exil et de la solitude pour une femme sans ressources ni protection, sans appui familial ni conjugal (importance d'avoir garanti ses arrières en négociant un asile chez Egée) Jason lui reproche d'être dans l'excès, la démesure, principale faute chez les Grecs, l'ubris : « pour toi tout devient offense ». Attestent tous les deux les dieux mais Médée plus sûre d'elle.

Expression de la haine avant la rupture définitive qui consacre le triomphe de Médée : champ lexical très abondant : hais, déteste, odieux)

Victoire de Médée face à la demande de Jason de voir les enfants morts : privation de la cérémonie funèbre qui permettrait un travail de deuil. ( l60) , crime supplémentaire.

Métamorphose de Médée en prêtresse, en devin : verbes au futur: prophétise son avenir à elle et celui de Jason, en opposition complète. Elle organise un rite expiatoire pour elle : « en expiation de ce meurtre impie (lucidité sur sa culpabilité) : sanctuaire, fêtes, une sépulture sûre pour ses enfants à l'abri des Corinthiens qui voudraient se venger du rôle que les enfants ont joué dans le meurtre de leurs souverains.

Annonce sa nouvelle vie avec Egée et prophétise, en faisant usage d'un don divinatoire, la mort misérable de Jason : ironie tragique: « frappé à la tête par un débris d'Argo » perceptible dans l'exclamative, dans l'emploi de l'adjectif « misérable » : déchéance de Jason qui perd son statut de héros, pas de mort héroïque, passe le reste de sa vie à ruminer les conséquences funestes de ses choix, manière encore une fois de lui montrer que sans elle il n'est pas grand-chose. Médée insiste sur son caractère parjure, perfide qui le prive de selon elle de l'écoute des dieux.( l67)

Renversement de situation : c'est Médée qui donne les ordres et qui  le chasse : « va-t-en »/l34, cruauté de Médée qui lui fait imaginer sa douleur future : « attends la vieillesse ».

Jason ne se résout pas à partir sans avoir vu ses enfants : complètement abattu, humanité profonde d'un être blessé dans sa chair : champ lexical du corps et de la tendresse : « embrasser les lèvres, toucher la douce peau de mes enfants » : pathétique cf catharsis : terreur et pitié.

Médée souligne ironiquement les contradictions de Jason : « Maintenant tu leur parles, maintenant tu les chéris ; tout à l'heure tu les repoussais. » Rappel qu'il avait voulu au début de la pièce les exiler avec elle sans état d'âme.

Médée inflexible, impitoyable : « en vain, paroles jetées au vent », s'envole sur son char envoyé par le dieu soleil, son parent.

Ultime plainte de Jason qui en appelle à Zeus, utilise le pronom « on » pour ne pas nommer Médée et la nier. Impuissant : c'est lui que l'on repousse et maltraite. Réduit aux seules larmes comme une femme : humiliation de Jason. Exclamative désespérée : souhait de ne pas avoir été père.

Axes de lecture possible

1.       Un dénouement qui met aux prises des personnages totalement antithétiques :

A.      Jason, un personnage tragique déchu et désespéré

B.      Médée triomphante métamorphosée en prêtresse et soutenue par les dieux

2.       Un dénouement sous forme de dispute conjugale dans laquelle chacun se reproche la responsabilité du meurtre des enfants.

3.       Un dénouement qui trouble les spectateurs et illustre la catharsis.

 

 


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Médée à l'Opéra: la Médée de Charpentier en ce moment au Théâtre des Champs Elysée

Par cyberblaise - publié le lundi 8 octobre 2012 à 09:58 dans 02w1èreL 602

Au XVIIème siècle,  le musicien Marc-Antoine Charpentier a proposé une magnifique réécriture de Médée sur un livret de Thomas Corneille. A partir du 12 octobre, une nouvelle production de cet opéra est proposée au théâtre des Champs Elysée à Paris.

http://www.theatrechampselysees.fr/opera/opera-mis-en-scene/medee

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Clin d'oeil à Gillian et Blandine à propos des poètes de la Pléiade

Par cyberblaise - publié le jeudi 4 octobre 2012 à 14:00 dans 02w1èreL 602

Mercredi nous avons évoqué Ronsard et Du Bellay en AP.

Voici le texte intitulé "Ode à Cassandre", plus connu sous le titre "Mignonne, allons voir si la rose..."

http://www.eclairement.com/Ode-a-Cassandre-de-Ronsard-le


et "Heureux qui comme Ulysse" sonnet extrait du recueil de Du bellay, Les Regrets

http://www.lettres.ac-versailles.fr/spip.php?article676


Les poèmes sont accompagnés de commentaires qui peuvent éclairer leur sens.

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Le théâtre grec

Par cyberblaise - publié le jeudi 27 septembre 2012 à 14:54 dans 02w1èreL 602

Plusieurs liens pour vous permettre d'approfondir vos connaissances:

http://www.theatrons.com/theatre-antique.php


Sur la catharsis:

La"catharsis" selon Aristote : effet de transe et "distanciation".

Depuis qu'Aristote a désigné la catharsis comme l'effet principal opéré sur le spectateur par la mimesis tragique, la notion a suscité bien des débats. Une définition plus complète de son fonctionnement théâtral se trouvait sans doute dans la seconde partie de la Poétique qui ne nous est pas parvenue. Ce sont essentiellement quelques passages du Livre VIII de la Politiqueconsacrés à la valeur éducative de la musique qui fondent, pour nous, ce qu'Aristote appelait catharsis.

Par ce terme, il semble avoir voulu caractériser un processus beaucoup plus médical que moral ou pédagogique, plus proche de la purgation que de la purification. Pour Aristote l'effet du théâtre semble s'approcher de celui provoqué par les "mélodies qui provoquent l'enthousiasme" ( "la possession par la divinité"), par exemple la musique et les chants qui provoquaient la transe du Dithyrambe :

"Sous l'influence des mélodies sacrées, nous voyons ces mêmes personnes, quand elles ont eu recours aux mélodies qui transportent l'âme hors d'elle- même, remises d'aplomb comme si elles avaient pris un remède et une Purgation (catharsis). C'est à ce même traitement dès lors que doivent être néces-sai-re-ment soumis à la fois ceux qui sont enclins à la pitié et ceux qui sont enclins à la terreur, et tous les autres qui d'une façon générale, sont sous l'empire d'une émotion quelconque, pour autant qu'il y a en chacun d'eux tendance à de telles émotion".

Comme cette musique, la tragédie, "purgeait" homéopathiquement le spectateur par une succession de possession et dépossession, état favorisé par la dramaturgie "hypnotique" créée par l'espace théâtral, face au temple et au soleil, la durée du spectacle, la succession des rythmes variés de prise de paroles et les états de terreur et pitié suscités par le déroulement de la fable.

Tout en ressemblant à ce qui s'opère dans la fête médiévale, le carnaval, où un dérèglement temporaire permet la "purgation" des tendances asociales, des craintes collectives, et le retour à une acceptation des normes et des contraintes de la société, la catharsis de la tragédie grecque du Vème siècle est à la fois plus "individuelle" et plus "intégrante". Comme le montrent Vernant et Vidal-Naquet, en elle s'expriment les contradictions entre l'ancienne culture mythique et les nouvelles valeurs de la Cité, en particulier entre l'ancienne conception de la justice divine et une nouvelle justice "humaine" en train de se constituer. La catharsis purgerait le spectateur des terreurs liées à l'ordre incompréhensible et terrible des dieux et de la pitié envers le héros qui est la victime. Mais la pitié est alors perçue comme passion inhibante, inséparable de la terreur. Débarrassé de ces terreurs le spectateur accède à la rationalité et à la responsabilité civique nécessaires au fonctionnement de la Cité.

 

http://web2.crdp.ac-versailles.fr/pedagogi/Lettres/tragrectl.htm

Les quatre premières pages expliquent très clairement ce qu'est le théâtre grec.

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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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