Dernière scène (22) de la Médée de Rouquette
Personnages présents : Jason, le vieux, la vieille le chœur 1 et le chœur 2
Psaume du néant : la mère.
Beaucoup de personnages pur un dénouement qui se place sous le signe du néant, du rien, de la disparition.
Le personnage de Jason comme dans d'autres textes se pose la question du soutien des Dieux à Médée et se sent abandonné.
Injonctions pour tenter d'attraper Médée et de la capturer.
Exclamatives : sursaut d'énergie et de volonté avant l'abattement. Beaucoup d'agitation du coup sur le plateau dan la recherche de Médée, agitation inefficace d'ailleurs.
Enfants morts sur scène : effet de dévoilement macabre indiqué par les didascalies, rôle de la couverture rouge depuis le début de la pièce.
Auteur qui imagine le rythme du dialogue et de la représentation : temps de l'action de retirer la couverture avant la question : où est-elle ? Temps de la recherche : agitation vaine sur scène. Les trois points indiquent souvent le temps d'un jeu avant la parole.
Questions de Jason suscitent le mouvement de ceux qui l'accompagnent : questions reprises trois fois.
Disparition magique de Médée : « plus rien : thème du néant.
(Didascalies en italiques qui ressemblent à des phrases de récit.)
Trois fois adresses au vieux : Effet de la magie de
Médée qui semble paralyser le
personnage, il met longtemps à sortir d'un état second : « comme tiré d'un songe » cf le début de la pièce,
iln'est plus sûr de sa vision :" il m'a semblé voir voler dans le ciel",
modalisateur du doute : vision irréelle, mirage, reprise du char comme
dans le mythe : "de feu que trainaient des dragons crachant des
flammes » mais déjà processus de déréalisation, d'anéantissement du réel.
Haussement d'épaules des miliciens : incompréhension, scepticisme, rationalisme, incrédulité ?
Reprise des injonctions de recherche : trois fois le
verbe à l'impératif : « cherchez », repris par la vieille
adjuvante de Jason? mais reprise plutôt ironique car elle souligne la puissance de
Médée : "Remuez la terre et le ciel, vous ne la retrouverez jamais ». Formule
les images valorisantes et divines de Médée : Médée sans fin, Médée
éternelle. Points de suspensions qui soulignent l'émerveillement et la
révérence, l'extrême respect.
Quatrième reprise de "où est-elle" : impuissance et
incrédulité de Jason, question du lieu, de la disparition, la reprise de la question souligne la disparition: caractéristique
divine de Médée : "elle est nulle part et partout », comparaison avec "le vent
sans visage"( impalpable, insaisissable) et le temps sans mémoire( Médée échappe au temps et au souvenir des actions passées et êtres aimés) : poésie des expressions de la
vieille. Médée; pas atteinte par la mort, immortelle : "elle vivra sans fin".
Portrait de Médée en déesse dans la bouche de la vieille.Elle possède les attributs du divin: l'immortalité, le don d'ubiquité.
Intervention du choeur 1 pour questionner Jason puis adresse de Jason au chœur.
Chœur 2 comme le vieux « parlant au milieu du songe » Interrogation sur l'identité de Médée : qui est-ce Médée ? Déréalisation.
Dénouement constitué de beaucoup de questions concernant Médée, mais pas seulement elle : Jason demande "où est la maison" : les agissements de Médée semblent avoir perturbé l'ordre du monde : Jason n'a plus de repères, devenu « fou », focalise sur la couverture rouge.Son monde ancien a disparu et n'a plus aucune réalité. Comme s'il avait rêvé sa vie avec Médée.
Chœur 2 qui questionne comme s'il ne se rappelait plus ce qui s'était passé : trois fois : déni: la couverture rouge ? Il y avait une couverture rouge ? Nous n'avons jamais vu de couverture rouge ?
Les frontières entre rêve et réalité n'existent plus, remise en question des perceptions. Jason lui aussi en proie au doute : « mai que s'est-il passé ? Je n'ai pas rêvé ? »
Choeur 1 souligne l'atmosphère onirique par la répétition des participes passés : état de quelque chose qui est terminé, révolu : quatre fois « rêvé ». La poésie est liée aussi aux répétitions des mots et à leurs connotations, pas seulement aux images.
Jason réduit au néant et à l'incertitude : il n'y a plus rien : phrase présentative qui constate, reprise par les deux chœurs ensemble : anéantissement confirmé trois fois.
D'où psaume du néant. Prière chantée.
La Mère reprend l'affirmation du Rien que les deux chœurs et
Jason avaient formulé mais variation sur la formulation ; chiasme :"et le
rien est tout/ et le tout est rien"
opposition traditionnelle entre tout et rien ici annulée.
Thème de l'illusion
de réalité : le monde n'est qu'une croyance en son existence, prise de
conscience de la primauté du néant sur l'existence.
Chœur 2 : allusion à Shakespeare et Calderon : tout est néant, la vie est un songe. « Familles et patries « semblent développer "nations", éléments naturels, éléments politiques, éléments individuels et sociaux : pas d'espoir.
Dénonciation de l'illusion d'être comme d'une croyance erronée : être ou ne pas être: paradoxe de la condition humaine.San amour, tout disparaît dans le néant.
Chœur 2 utilise des métaphores : néant = lit, étoffe et comparaisons « tout s'en va dans une même absence comme en la nuit l'écho de notre pas » : scène peuplée d'ombres et d'échos, mouvement de tout vers la disparition : image concrète du néant et de la mort, le bruit d'un pas qui s'éloigne et s'éteint.
Reprise en refrain par les deux chœurs à l'unisson des paroles de la mère.
Différence entre choeur 1 et choeur? le premier s'exprime avec des abstractions: rien, tout être, éternité de façon plus philosophique, le deuxième évoque des réalités plus humaines et des images concrètes, plus poétiques mais tout deux expriment le néant.
Didascalie finale : pièce qui se termine sur une façon de dire et sur une gestuelle spécifique, sorte de chorégraphie : pas paroles qui seraient phrases adressées assumées par le locuteur qui les prononce mais ricanement de pie sur leur branche, sortes de cris de satisfaction, de dérision, de joie à voir vérifiées les horribles prophéties des vieilles : triomphe du mal, joie mauvaise d'avoir eu raison dans le malheur,coloration sinistre, inquiétante, monde déshumanisé .
Indication d'éclairage : affaiblissement de la lumière en même temps qu'affaiblissement progressif des « criailleries » (allitération pour suggérer le caractère désagréable des propos et rires malveillants) : mise en valeur sur la droite de la scène de l'incendie de Corinthe : rouges clartés cf couverture rouge ! Fin très expressionniste et violente.
Pistes d'axes de lecture ou de questions d'oral:
Un dénouement qui met en scène la disparition du monde de Jason.
Un dénouement qui s'apparente à une fin du monde.
Jason un personnage désespéré dépossédé de son existence
Médee , une figure divinisée par les témoins de son histoire
Un dénouement tragique qui exprime le triomphe du mal
Un dénouement pessimiste
Un dénouement qui évoque l'esthétique baroque
Un dénouement noir et poétique