Sur Lorenzaccio
Beaucoup de ressources ici, notamment les différentes versions de la pièce et des renseignements sur différentes mises en scènes: http://www.lettresvolees.fr/musset/cours.html
Ressources multimédias sur Les Mains LIbres d'Elurad et Man Ray
http://www.lettresvolees.fr/eluard/multimedia.html
Programme de TL Littérature 2013-2014
A. Domaine d'étude « Littérature et langages de l'image »
Œuvre :
- Les Mains libres, Paul Éluard-Man Ray, Poésie Gallimard.
Le programme de l'enseignement de littérature en classe terminale de la série littéraire (arrêté du 12 juillet 2011
publié au B.O.EN spécial n° 8 du 13 octobre 2011) souligne que le
travail sur le domaine « Littérature et langages de l'image » vise à
« conduire les élèves vers l'étude précise des liens et échanges
qu'entretiennent des formes d'expression artistique différentes ». Il
envisage « quelques grands types de relations » entre l'œuvre littéraire
et l'œuvre visuelle, et propose notamment « l'imbrication »,
« l'agrégation » ou « l'amplification » comme pistes d'études.
Le recueil Les Mains libres renverse les relations
traditionnelles entre texte et image, en mentionnant dès la première
page de l'œuvre : « dessins de Man Ray illustrés par les poèmes de Paul
Éluard ». Les deux créateurs ont en effet inventé une collaboration,
dans laquelle les dessins ont précédé l'écriture poétique. Derrière
cette relation d'« illustration » assumée par le poète, la composition à
quatre mains révèle toutefois un système organique sans doute plus
complexe. Les poèmes d'Éluard relèvent-ils vraiment et seulement de
l'illustration ?
Engageant deux langages de manière indépendante et mêlée, Les Mains libres
échappent à la volonté d'emprisonner la réalité entre la représentation
picturale et une quelconque « traduction » poétique. Le rapport au
monde proposé par les deux artistes, rapport qu'on ne pourra détacher de
l'aventure surréaliste, joint la vision à la vue, l'imagination au
réel, l'aura au détail. Dans cet hymne à la voyance qu'est le recueil,
l'architecture, l'organisation et le dialogue entre les pages ne sont
pas laissés au hasard : ils orchestrent une véritable partition chargée
d'entraîner le lecteur sur la voie de l'inspiration poétique.
L'étude de l'œuvre, éclairée notamment par cette réflexion sur la
contagion créatrice, devra attirer l'attention des élèves sur le
contexte artistique et théorique des années d'immédiate avant-guerre.
Elle ne manquera pas de s'ouvrir de manière plus générale à l'esthétique
surréaliste, comme à son « dialogue des langages artistiques » au cœur
du domaine d'étude. B. Domaine d'étude « Lire-écrire-publier »
Œuvre :
- Lorenzaccio, de Musset.
Le programme de l'enseignement de littérature en classe terminale de
la série littéraire indique que « la succession des termes
lire-écrire-publier doit être appréhendée comme l'indication d'un
continuum dont les différents moments sont en interaction et se
déterminent réciproquement », mais précise que « les œuvres inscrites au
programme détermineront les perspectives que le professeur sera amené à
privilégier ». Si Lorenzaccio présente par ses sources une riche
intertextualité, il s'agit surtout d'étudier l'œuvre en mettant
l'accent sur la réception (« écrire-publier »). Lorenzaccio se caractérise dans cette perspective par un triple décalage :
- celui d'une œuvre théâtrale rendue publique sous forme livresque
(un théâtre dans un fauteuil) en prenant acte de sa propre
irreprésentabilité scénique, voire en la théorisant ;
- celui d'un créateur qui choisit le détour par l'Italie renaissante pour parler à et de la France d'après 1830 ;
- celui d'une pièce finissant par connaître tardivement (en 1896) la
représentation scénique : la « création » au sens théâtral ainsi
retardée déplaça nécessairement le sens de l'œuvre, lequel ne cesse
depuis d'être réinterprété et recontextualisé au fil des mises en scène,
parmi lesquelles le professeur pourra choisir celles qui lui paraissent
les plus représentatives.
L'enjeu n'est pas une connaissance exhaustive de toutes les
représentations ou interprétations, mais une compréhension, par l'étude
d'une œuvre, des inflexions sémantiques et de leurs richesses suivant le
support matériel de la publication, l'horizon de la réception et ses
contextes.
Pour ce faire, le professeur propose aux élèves l'édition de son
choix. Au format « poche », les éditions proposent chacune dans les
annexes des documents divers concernant la genèse, la réception,
quelques représentations théâtrales ou des études critiques. Il
appartient éventuellement au professeur de les compléter par les textes
et les documents utiles à son projet (propos de Musset lui-même,
discours critiques du XIXème ou du XXème siècle, déclarations de
metteurs en scène, captations vidéos de certaines représentations,
etc.).
Sujet de L tombé en Polynésie les réécritures
Objet d'étude :
Les réécritures.
Textes :
Texte A : Charles Perrault, « La Belle au bois dormant », Contes, 1696.
Texte B : Catulle Mendès, « La Belle au bois rêvant », Les Oiseaux bleus, 1888.
Texte C : Paul Valéry, « La Belle au bois dormant », La Conque, 1891.
Texte D : Paul Valéry, « Au bois dormant », Album de vers anciens, 1920.
TEXTE A : Charles Perrault, « La Belle au bois dormant », Contes, 1696.
«
Mon Prince, il y a plus de cinquante ans que j'ai ouï dire à mon père
qu'il y avait dans ce Château une Princesse, la plus belle du monde ;
qu'elle devait y dormir cent ans, et qu'elle serait réveillée par le
fils d'un Roi, à qui elle était réservée. »1 Le jeune Prince à
ce discours se sentit tout de feu; il crut sans hésiter qu'il mettrait
fin à une si belle aventure; et poussé par l'amour et par la gloire, il
résolut de voir sur-le-champ ce qu'il en était. A peine s'avança t-il
vers le bois, que tous ces grands arbres, ces ronces et ces épines
s'écartèrent d'eux mêmes pour le laisser passer: il marcha vers le
Château qu'il voyait au bout d'une grande avenue où il entra, et ce qui
le surprit un peu, il vit que personne de ses gens ne l'avait pu suivre,
parce que les arbres s'étaient rapprochés dès qu'il avait été passé. Il
ne laissa pas de continuer son chemin : un Prince jeune et amoureux est
toujours vaillant. Il entra dans une grande avant-cour où tout ce qu'il
vit d'abord était capable de le glacer de crainte: c'était un silence
affreux, l'image de la mort s'y présentait partout, et ce n'était que
des corps étendus d'hommes et d'animaux, qui paraissaient morts. Il
reconnut pourtant bien au nez bourgeonné et à la face vermeille des
Suisses qu'ils n'étaient qu'endormis, et leurs tasses, où il y avait
encore quelques gouttes de vin, montraient assez qu'ils s'étaient
endormis en buvant. Il passe une grande cour pavée de marbre, il monte
l'escalier, il entre dans la salle des Gardes qui étaient rangés en
haie, la carabine sur l'épaule, et ronflants de leur mieux. Il traverse
plusieurs chambres pleines de Gentilshommes et de Dames, dormant tous,
les uns debout, les autres assis; il entre dans une chambre toute dorée,
et il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés,
le plus beau spectacle qu'il eût jamais vu : une Princesse qui
paraissait avoir quinze ou seize ans, et dont l'éclat resplendissant
avait quelque chose de lumineux et de divin. Il s'approcha en tremblant
et en admirant, et se mit à genoux auprès d'elle. Alors comme la fin de
l'enchantement était venue, la Princesse s'éveilla; et le regardant avec
des yeux plus tendres qu'une première vue ne semblait le permettre : «
Est-ce vous, mon Prince ? lui dit-elle, vous vous êtes bien fait
attendre. »
Le Prince charmé de ces paroles, et plus encore de la manière dont
elles étaient dites, ne savait comment lui témoigner sa joie et sa
reconnaissance; il l'assura qu'il l'aimait plus que lui-même. Ses
discours furent mal rangés, ils en plurent davantage; peu d'éloquence,
beaucoup d'amour. Il était plus embarrassé qu'elle, et l'on ne doit pas
s'en étonner; elle avait eu le temps de songer à ce qu'elle aurait à lui
dire, car il y a apparence (l'Histoire n'en dit pourtant rien) que la
bonne Fée, pendant un si long sommeil, lui avait procuré le plaisir des
songes agréables. Enfin il y avait quatre heures qu'ils se parlaient, et
ils ne s'étaient pas encore dit la moitié des choses qu'ils avaient à
se dire.
1- Paroles adressées au Prince par un paysan.
TEXTE B : Catulle Mendès, « La Belle au bois rêvant », Les Oiseaux bleus, 1888.
- Un autre délice, le plus grand de tous vous attend. Eh ! lequel ?
-
Vous serez aimée !
-
Par qui ?
- Par moi ! Si vous ne me jugez pas indigne de prétendre à votre tendresse...
Vous êtes un prince de bonne mine, et votre habit vous va fort bien.
- ....Si vous daignez ne pas repousser mes vœux, je vous donnerai tout
mon cœur, comme un autre royaume dont vous serez la souveraine, et je ne
cesserai jamais d'être l'esclave reconnaissant de vos cruels caprices.
- Ah ! quel bonheur vous me promettez !
-
Levez-vous donc, chère âme, et suivez-moi.
-
Vous suivre ? déjà ? Attendez un peu. Il y a sans doute plus d'une chose
tentante parmi tout ce que vous m'offrez, mais savez-vous si, pour
l'obtenir, il ne me faudrait pas quitter mieux ?
- Que voulez-vous dire, princesse ?
-
Je dors depuis un siècle, c'est vrai, mais, depuis un siècle, je rêve.
Je suis reine aussi, dans mes songes, et de quel divin royaume ! Mon
palais a des murs de lumière; j'ai pour courtisans des anges qui me
célèbrent en des musiques d'une douceur infinie, je marche sur des
jonchées d'étoiles. Si vous saviez de quelles belles robes je m'habille,
et les fruits sans pareils que l'on met sur ma table, et les vins de
miel où je trempe mes lèvres ! Pour ce qui est de l'amour, croyez bien
qu'il ne me fait pas défaut; car je suis adorée par un époux plus beau
que tous les princes du monde et fidèle depuis cent ans. Tout bien
considéré, monseigneur, je crois que je ne gagnerais rien à sortir de
mon enchantement; je vous prie de me laisser dormir.
Là-dessus,
elle se tourna vers la ruelle, ramenant ses cheveux sur ses yeux, et
reprit
son long somme, tandis que Pouffe, la petite chienne, cessait de
japper, contente, le museau sur les pattes. Le prince s'éloigna fort
penaud. Et, depuis ce temps, grâce à la protection des bonnes fées,
personne n'est venu troubler dans son sommeil la « Belle au bois rêvant
».
TEXTE C : Paul Valéry, « La Belle au bois dormant », La Conque, 1891.
LA BELLE AU BOIS DORMANT
La Princesse, dans un palais de roses pures
Sous les murmures et les feuilles, toujours dort.
Elle dit en rêvant des paroles obscures
Et les oiseaux perdus mordent ses bagues d'or.
Elle n'écoute ni les gouttes dans leurs chutes
Tinter, au fond des fleurs lointaines, lentement
Ni s'enfuir la douceur pastorale1 des flûtes
Dont la rumeur antique emplit le bois dormant.
... O belle ! suis en paix ta nonchalante idylle
Elle est si tendre l'ombre à ton sommeil tranquille
Qui baigne de parfums tes yeux ensevelis :
Et, songe, bienheureuse, en tes paupières closes
Princesse pâle dont les rêves sont jolis
A l'éternel dormir sous les gestes des Roses !
1- Douceur pastorale: qui évoque la campagne et les plaisirs champêtres des bergers.
TEXTE D : Paul Valéry, « Au bois dormant », Album de vers anciens, 1920.
AU BOIS DORMANT
La princesse, dans un palais de rose pure,
Sous les murmures, sous la mobile ombre dort,
Et de corail ébauche une parole obscure
Quand les oiseaux perdus mordent ses bagues d'or.
Elle n'écoute ni les gouttes, dans leurs chutes,
Tinter d'un siècle vide au lointain le trésor,
Ni, sur la forêt vague, un vent fondu de flûtes
Déchirer la rumeur d'une phrase de cor.
Laisse, longue, l'écho rendormir la diane1,
O toujours plus égale à la molle liane
Qui se balance et bat tes yeux ensevelis.
Si proche de ta joue et si lente la rose
Ne va pas dissiper ce délice de plis
Secrètement sensible au rayon qui s'y pose.
1- La diane : sonnerie d'instrument à cuivre (cor, clairon... ).
I- Après avoir lu tous les
textes du corpus, vous répondrez â la question suivante (4 points)
:
Quelles constantes et quelles variantes repérez-vous dans ces différentes versions ?
II. Vous
traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :
- Commentaire
Vous commenterez le premier texte de Valéry (texte C), LA BELLE AU BOIS DORMANT. - Dissertation
Pensez-vous que la réécriture porte atteinte à l'œuvre dont on s'inspire ?
Vous répondrez à cette question de manière organisée, en vous
appuyant sur les textes du corpus, sur les œuvres étudiées en classe,
ainsi que sur vos lectures personnelles. - Invention
Le
Prince de « La Belle au bois rêvant» (texte B), déçu, s'efforce de
détourner la Belle de son projet de rester endormie. Rédigez son
discours.
Read more: http://www.site-magister.com/sujets29.htm#LPol#ixzz2VzopmX4b
Médée de Corneille dans la mise en scène de Paulo Correia
Un article publié sur le blog d'une classe qui a assisté au spectacle avec différentes critiques dans la presse: https://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=Parolesdegelee&e_id=66430
Des extraits de captations: http://www.youtube.com/watch?v=IRzxUA41o-Q
http://www.youtube.com/watch?v=jPYQBwBD3CM
http://www.youtube.com/watch?v=xH5HP8P1gwI
http://www.youtube.com/watch?v=fJm7O3ZH4kE
http://www.youtube.com/watch?v=-vOdIOgspzw
Une présentation video de la pièce qui donne la parole au directeur du théâtre national de Nice, au comédien qui joue Créon, à la comédienne qui incarne Médée. http://www.youtube.com/watch?v=BmtdT0DO5b4
Salomé
http://www.mediterranees.net/mythes/salome/: vous trouverez là les nombreuses réécriture du mythe de salomé et surtout l'hypotexte biblique. Pour une étude du poème d'Apollinaire: http://enseignerpartager.free.fr/documents/textes/apollinairesalome.pdf
Novarina à propos de Rabelais
" CHAOS « Soubdain la mer commença à s'enfler et tumultuer du bas abysme... » J'aime les tempêtes chez Rabelais, tous les moments de fort tohu-bohu. J'aime m'y retremper. Il me rappelle que ma langue (que j'ai à désapprendre, réapprendre et oublier tous les jours, que je n'ai jamais possédée), ce français qu'on dit parfois inaccentué, raisonneur et guindé, est une langue très invective, très germinative, très native, très secrète et très arborescente, faite pour pousser. Le français, c'est la plus belle langue du monde, parce que c'est à la fois du grec de cirque, du patois d'église, du latin arabesque, de l'anglais larvé, de l'argot de cour, du saxon éboulé, du batave d'oc, du doux-allemand, et de l'italien raccourci. Celle qui résonne le mieux au monde, la plus sonore de toutes avec ses dix-sept voyelles, trois semi-voyelles, dix-neuf consonnes et quatre-vingt-dix-huit suffixes, très souple, très rythmique, très impure et très croisée. On entend ses racines qui viennent de partout, à peine visibles, très usées, très avalées, très fines, seulement présentes en silhouettes. Un grand théâtre d'ombres, de transformismes, de variétés rythmées... Lire Rabelais, c'est une navigation très épuisante, très fatigante. Tout le corps doit rejouer, ça redéfait toutes les idées. C'est une dépense usante : c'est redécouvrir sous la langue française toute une profondeur respirée qu'on avait oubliée, qu'on voulait nous faire oublier, tout un orchestre intérieur et des muscles chanteurs qui travaillaient plus. C'est dur... J'aime me jeter vraiment dedans tout seul, sans traduction, sans guide, sans notes, faire le voyage oral avec lui. Trouver comme il respire. Chercher à le respirer. Le rejouer. Lire, c'est changer de corps ; c'est faire un acte d'échange respiratoire, c'est respirer dans le corps d'un autre. Il n'y a pas de lecteur, d'écrivain, mais deux voyageurs arrachés à un monde, départis, l'un et l'autre vêtus de langues, toute leur chair n'étant que de mots. Entre les deux, en lisant, en écrivant, il se produit de l'homme, il naît de l'homme en parlant. Il y a une naissance et une renaissance, un croisement d'amour, et un resurgissement perpétuel dans l'écriture. L'écriture est résurrectionnelle. Rabelais entraîne très loin, très en arrière, très en avant de notre actuel français littéraire plat, linéaire B, très loin de cette petite langue française guindée de la radio, qui est comme une petite-bourgeoise qui s'étrique, un pauvre petit idiome laïc, un espéranto de plus en plus étroit. Une langue qui perd au moins un son par jour, une langue de dictée, une langue pour des sourds, pour des chanteurs culs-de-jatte, pour des danseurs seulement bicordes : français civique, médiagogique, morse inodore plat. Une langue de sondés, de dicteurs dictés, de porte-parole, pas d'animaux comme on devrait. Car ce qu'il faut qu'on entende, quand on parle, c'est que ce sont encore des animaux qui parlent et que ça les étonne énormément. Il y a ça chez Rabelais, mais aussi chez La Fontaine ou Bossuet... Mais c'est quand même dans le Quart Livre qu'on entend le mieux que parler est vraiment catastrophique... Que nous ne sommes pas des sujets qui utilisent une langue-outil, ou des esprits ayant en sons quelque chose à dire, mais des animaux qui sont dressés pour renaître en parlant. C'est des paroles que nous prononçons, de la manière dont elles nous traversent, que tout dépend. Nous sommes dans les mots. Les mots sont, à la fois, la forêt où nous sommes perdus, notre errance, et la manière que nous avons d'en sortir. Notre parole nous perd et nous guide. Rabelais mime la Bible et questionne la parole. Son livre est lumineusement incompréhensible. C'est un chaos très nécessaire aujourd'hui, où il y a un mystère de la langue qu'on voudrait nous enlever. Nous sommes faits pour être en animal, des fils du son, nés d'une parole, appelés à parler, des danseurs-nés, des appelants, et non des bêtes communicatives. Valère Novarina, Théâtre des paroles P.O.L. (éd.2007), pp.221 sqq
Le poème en prose
A propos du poème en prose de Francis Ponge, "La valise" nous avons parlé du poème en prose en général: http://www.lyceegervillereache.fr/spip.php?article715 Les poèmes en prose de Baudelaire: http://baudelaire.litteratura.com/le_spleen_de_paris.php#.UbCFgth3dxo Exemple "Un hémisphère dans une chevelure" Un hémisphère dans une chevelure Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air. Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! tout ce que je sens! tout ce que j'entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique. Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine. Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur. Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes. Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco. Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs. Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris Pistes de commentaire: http://jocelyne.vilmin.free.fr/wp-content/Lecture%20analytique%203%C2%A0Baudelaire.pdf
Le thème avait d'abord été traité dans Les Fleurs du Mal dans un poèmes en vers intitulé "La chevelure"
XXIII - La Chevelure O toison, moutonnant jusque sur l'encolure! O boucles! O parfum chargé de nonchaloir! Extase! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure Des souvenirs dormant dans cette chevelure, Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir! La langoureuse Asie et la brûlante Afrique, Tout un monde lointain, absent, presque défunt, Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique! Comme d'autres esprits voguent sur la musique, Le mien, ô mon amour! nage sur ton parfum. J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève, Se pâment longuement sous l'ardeur des climats; Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève! Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts: Un port retentissant où mon âme peut boire A grands flots le parfum, le son et la couleur Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur. Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse Dans ce noir océan où l'autre est enfermé; Et mon esprit subtil que le roulis caresse Saura vous retrouver, ô féconde paresse, Infinis bercements du loisir embaumé! Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond; Sur les bords duvetés de vos mèches tordues Je m'enivre ardemment des senteurs confondues De l'huile de coco, du musc et du goudron. Longtemps! toujours! ma main dans ta crinière lourde Sèmera le rubis, la perle et le saphir, Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde! N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde Où je hume à longs traits le vin du souvenir? Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire
Lecture analytique de ce poème: http://www.matisse.lettres.free.fr/epiphanies/l_a_chevelure.htm
Apollinaire et le metteur en scène Meyerhold
Merci à Marie de m'avoir permis de combler une lacune. Apollinaire et Meyerhold se connaissaient, il existe même une photo d'eux: http://www.brissonneau.net/html/fiche.jsp?id=2199506&np=1&lng=fr&npp=20&ordre=1&aff=1&r= C'est Apollinaire qui a fait connaître à Meyerhold le conte des trois oranges que Prokofiev mettra en musique et dont Meyerhold assurera la mise en scène. http://www.theatre-du-soleil.fr/thsol/vsevolod-meyerhold « Les Mamelles de Tirésias »
La volonté d'Apollinaire de faire
naître la surprise se reflète aussi dans « Les Mamelles de Tirésias »,
pièce de théâtre controversée lors de sa réception, tiraillée entre le
dénigrement et l'enthousiasme. Scandaleuse par son sujet ainsi que par
son audacieuse mais spectaculaire mise en scène, « Les Mamelles de
Tirésias » relève de l'ambition d'Apollinaire de renouveler le théâtre.
L'enjeu est de créer un théâtre nouveau, antiréaliste, qui soit plus
proche de la réalité en sapant le concept de mimesis. W. Bohn
met à jour l'existence de sources extra‑littéraires, plus précisément
l'attachement d'Apollinaire pour des formes de théâtre populaire comme
le cirque, le music‑hall, le film muet ou les marionnettes. Centrée
autour des thèmes de la repopulation et du féminisme, la pièce favorise
l'expérience humaine plus que la perception visuelle. L'originalité de
la pièce ne réside pas dans son intrigue (le destin d'une femme devenue
homme), mais dans son caractère absurde et provocateur. Écrite après la
guerre, on lui donne souvent une coloration patriotique, Apollinaire
souhaitant attirer l'attention sur les risques de dépopulation. Conçue
pour amuser et surtout pour instruire, son message demeure pourtant
ambigu. W. Bohn nous invite toutefois à ne pas prendre trop au sérieux
la thèse patriotique, car l'emploi de la parodie, des jeux de mots et du
burlesque n'y sont que le signe de la démystification mise en place par
Apollinaire. Ce dernier pourrait bien avoir eu recours à la subversion
afin de cacher un autre message, plus léger peut‑être, une célébration
de la sexualité et une invitation à la procréation.
Emission de radio sur l'actualité de Rabelais
http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-actualite-de-francois-rabelais-2012-12-22
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