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- 01-11-2004: Le forum est ouvert

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[118] - Etudier Le Malade imaginaire en Première

La question était de savoir si l’on peut envisager l’étude en Première du Malade imaginaire et de connaître d’éventuelles références pour mener cette étude.

Synthèse mise en ligne par Corinne Durand Degranges

 

De la pertinence du choix

Les avis réservés

-  Le seul intérêt que j’y vois, serait que vous ayez à disposition l’enregistrement d’au moins deux mises en scène différentes (et suffisamment intéressantes) de la pièce, ce qui permettrait de la faire passer au bénéfice de l’orientation suggérée par l’objet d’étude « texte et représentation ». Sinon, je ne vois pas, a priori en tout cas, quelles problématiques suffisamment intéressantes on pourrait élaborer sur cette pièce pour un travail en Première. Mais d’autres collègues apporteront peut-être des idées différentes.
-  Il me semble que votre démarche n’est pas très bonne, si vous me permettez une critique. Au lieu de vouloir démontrer aux autres avant tout que cette pièce peut tenir la route au lycée, je me demanderais surtout en quoi elle peut correspondre aux apprentissages que je veux dispenser à mes élèves de Première et si elle est adaptée à mon projet, à une intuition et à leur niveau. Une fois les réponses trouvées à ces préalables, les « critiqueurs » se trouvent balayés d’office. Ceci dit, on peut même étudier les Contes de Perrault à l’Université. Tout dépend de ce que l’on met dans la boite, si je puis dire. Mais inversement, je ne crois pas comme l’affirmait une de mes ex-collègues que l’on peut faire la même chose de la maternelle à la Terminale. C’est pousser le bouchon un peu loin, non ?

Les avis positifs

-  Il me semble que la précaution essentielle consiste à vérifier que les élèves ne l’aient pas déjà étudié (du moins pas un trop grand nombre d’entre eux). Ensuite, dans la mesure où vous allez les faire travailler sur la mise en scène, vous saurez adopter une démarche conforme à leur niveau et aux attentes de l’examen. Il faut aussi être certain que vous ayez un support d’étude concernant la mise en scène (un spectacle vu ensemble, une ou plusieurs vidéos).
-  Non je n’ai pas bondi devant mon écran, faisant partie en tant qu’enseignante et en tant que formatrice de ceux qui souhaitent ne pas « saucissonner » la littérature !!! Oui à votre choix.
-  Je vous approuve sans réserve. Il m’arrive d’étudier ces textes que l’on « réserve » bizarrement aux élèves plus jeunes. [...] Avez-vous pensé par exemple à utiliser quelques textes écrits par des médecins au XVIIe ou la biographie de Harvey « l’inventeur » de la circulation sanguine ? Voyez aussi La Bruyère pour l’hypocondrie.
-  Je vous encourage dans votre entreprise, que j’ai déjà tentée (et réussie) il y a une dizaine (voire plus) d’années. [...] J’avais construit le cours « moi-même » à partir des notions clefs de l’étude de texte de théâtre (scène d’exposition, dénouement etc.) constructions de schémas actantiels (je sais très à la mode alors... mais j’opérais de façon dynamique, en les limitant parfois à une seule scène et en les faisant établir du point de vue de chaque personnage, ce qui rendait les choses parfois étonnantes).
-  Tout à fait d’accord avec vous, nombreux sont parmi mes élèves de Seconde ceux qui n’ont pas étudié un « Molière » durant leurs années-collège.... Petite remarque au passage : le titre de cette pièce lu à l’envers donne « L’Imaginaire Malade ».... !!! Dans son obsession de « santé » dans son « angoisse de mort » notre personnage montre bien qu’il est en panne d’imaginaire, de désir d’où le monologue inaugural de la pièce très « beckettien » avant la lettre. c’est une parole « malade », autiste. Il serait intéressant d’observer les manifestations de cette « contamination » dans la pièce, tant dans le langage que dans la dramaturgie.
-  Le choix du Malade imaginaire est tout à fait intéressant en première, et je l’ai déjà étudié dans cette classe il y a une dizaine d’années. Non seulement il peut s’inscrire dans la problématique « texte et représentation » mais il permet l’étude d’autres problématiques classiques de l’étude des textes théâtraux, avec une certaine originalité, même.

Quelques références pour mener l’étude

Des ouvrages

-  Avec peut-être une aide du côté du Parcours de lecture de Jean JORDY si mes souvenirs sont bons, chez Bertrand-Lacoste...
-  Il y a le livre de RYNGHAERT lire le théâtre contemporain collection « Lettres sup » édition Dunod qui aborde bien (je trouve) les pistes d’étude de « tout texte théâtral » sans présupposé de niveau de récepteur :.

Des liens

-  Vous trouverez un secours sur ce site. Cliquez « En 1ES » puis sur « Théâtre ». Un paragraphe justifie ce choix. Voici un fragment de l’argumentaire : « Outre la satire de la médecine, la science ici réduite au charisme, ne serait-ce pas plus profondément l’intolérance qui est visée et combien défaite ? On croit tous, derrière Hugo, qu’une tête bien pleine est propre à la réflexion, à l’écoute, à la paix sociale. Or Molière met à mal de telles œillères. » Cette étude n’a pas posé de problème à ma hiérarchie, ni à mes chers collègues. N’étudie-t-on pas les Fables de la Fontaine du primaire à l’université, sans coup férir ?
-  Le texte de la pièce est en ligne
-  Sur la mise en scène de Nauzyciel on trouve des choses sur theatreonline
-  On peut aussi consulter le site du théâtre de Montreuil
-  Il existe une autre mise en scène qui doit tourner en France, celle de Philippe Faure, voir les lieux et dates sur ce site portail de la culture

Réflexions

-  On peut y analyser diverses « représentations » du pouvoir, dont sa contestation selon la thématique « maître et valet » avec le couple infernal Argan / Toinette, tout aussi pertinent que le couple « Dom Juan / Sganarelle » et qui ajoute la dimension « sexiste ». Cette contestation atteint son apogée lors de la scène I, 5 à propos du mariage contre-nature d’Angélique, dont Toinette prend évidemment le parti. Cette scène, qui comporte de nombreuses didascalies de mouvement, explicites et implicites dans le dialogue, se prête à des hypothèses de représentation).
Mais on peut aussi étudier le pouvoir spectaculaire et charlatanesque des médecins sur les malades à la fois d’un point de vue textuel (en comparant les scènes qui mettent Argan aux prises avec son médecin à qui il obéit aveuglement et la scène de parodie-détournement, celle du poumon (III,10, voire la série III,8-10) et d’un point de vue « représentation » (même sans voir de vidéo ou d’images réalisées). Faire réfléchir à la représentation du fauteuil, du lit, des potions, des médecines, du clystère (qu’on peut d’ailleurs rendre « fantastique » et « symbolique » de l’envahissement du pouvoir des médecins dans la maison, invasion marquée par l’apparemment heureuse fin du IIIe intermède, qui s’il résout les douleurs sentimentales d’Angélique, n’en atteste pas moins qu’il a fallu passer par la dictature de la médecine, même en la parodiant). Imaginer le déguisement de Toinette, la mise en scène de ce IIe intermède : tout cela relève d’une étude de la représentation, et selon les réponses, on ira vers une lecture farcesque, comique, ou tragique de la pièce : car cela peut amener, entre autres, à un débat (pascalien) sur les signes spectaculaires du pouvoir et l’illusion de force qu’ils donnent.
Cela nous mène à une autre piste : le pouvoir illusoire d’Argan sur Toinette et sur sa famille (évidemment la scène I,5, mais aussi les scènes de la fausse mort III,12-14.) qu’on peut étendre au pouvoir illusoire des « puissants » face au monde « réel » (les Diafoirus père et fils incapables de mener leur entreprise matrimoniale, en dépit de leur latin, de leur science, et Argan qui se ferait rouler par sa femme sans le bon sens de Toinette).
Cela mène au thème-structurant la pièce celui du masque et de l’hypocrisie. (Montrer par l’étude du texte dit et des situations mises en jeu, comment à un moment ou à un autre, tous les personnages « masquent leurs intentions réelles » et jouent une comédie aux autres, quelles que soient la « justesse » de leurs intentions !)
Dans la représentation, cela se voit par les costumes, et les scènes de « théâtre dans le théâtre » (Cléanthe en maître de chant pendant la scène des Diafoirus (II,5), la scène du poumon, les fausses morts d’Argan, le IIIe intermède cérémonie finale)
A cette série on ne manquera pas d’ajouter la scène II,8, où Louison, « petite masque » (sic) vient faire sa « récitation » : « Je vous dirai, si vous voulez, pour vous désennuyer, le conte de Peau d’Ane, ou bien la fable du « Corbeau et du Renard », qu’on m’a apprise depuis peu. »). L’adverbe « Assurément » qu’on peut entendre « Assure et ment » est employé à deux reprises, par le père et sa fille qui jouent aussi à qui trompe qui. (On trouve cet adverbe 9 fois dans toute la pièce dont les deux emplois savoureux de Béline et Toinette en III, 12, à propos de la fausse mort d’Argan) : ça en dit long sur ce thème du masque !
-  Arthur Nauzyciel a mis la pièce en scène il y a 5 ou 6 ans et la reprend cette année (au CND de Montreuil du 3 au 16 mai 2004). L’intérêt en est le suivant : on joue la pièce de Molière mais comme une répétition à laquelle Molière participe en acteur et directeur (rôle dédoublé), et on y ajoute un texte d’un livre qui s’appelle Les silences de Molière. Cette scène précède la scène de Louison qui est jouée par la même actrice adulte : elle est très belle et émouvante. (A l’origine c’était Catherine Mouchet la Thérèse d’Alain cavalier qui a créé le rôle).
Molière-Argan est assis dans un fauteuil placé au centre exact des gradins dont on a ôté les sièges placés entre son fauteuil et la scène et il regarde entrer sa fille jouée par une actrice adulte (Catherine Mouchet à la création en 99) qui est à la fois la fille de Molière, celle d’Argan, et l’actrice qui vient « réciter » au père-acteur-metteur en scène sa scène. A la fin de la scène, l’acteur reste sur son fauteuil immobile, tandis que l’actrice, tout en transformant le lieu scénique de chambre en maison entière dit un long monologue extrait du Silence de Molière où la fille de Molière qui joua effectivement cette scène, raconte combien ce moment qui précéda de peu la mort (réelle) de son père la marqua pour la vie qu’elle mena recluse dans un couvent. Elle sortait et Béralde entrait pour l’acte III.
On peut comparer cette mise en scène « décalée » avec les images attendues qu’on trouve dans les petits classiques, pour montrer cette dimension de la pièce qui montre que même ce moment édénique d’une vraie entente entre le père et la fille (image rare chez Molière) est « gâté de l’intérieur » par celui des intrigues (le père qui utilise sa fille comme espionne, la fille qui protège et trahit en même temps sa sœur, la sœur qui désobéit à son père dont l’ordre est contre-nature), scène prélude à l’acte des révélations, bien plus tragiques !
On peut opposer « la belle mise en ordre mathématique », qui ouvre la scène initiale : « Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix font vingt ; trois et deux font cinq. » au burlesque désordre du ballet final qui semble dire « tout est bien qui finit bien » alors que les derniers mots entendus sont : « Et seignet et tuat ! » dont la traduction est évidente et rime avec la fin du monologue d’Argan qui ouvrait la pièce : « Ah ! Mon Dieu ! Ils me laisseront ici mourir. Drelin, drelin, drelin », dans un ballet de clochette tout aussi burlesque et tragique.
Du reste Arthur Nauzyciel finissait sa mise en scène en laissant Argan seul sur le plateau, dire en boucle cette phrase, assis dans le « vrai fauteuil de la comédie française » et agitant en vain la sinistre clochette, tandis que le noir se faisait lentement. ».
Enfin, dernière remarque, Arthur Nauzycuel faisait remarquer qu’on disait beaucoup « naturel- ment » dans cette pièce, et qu’il avait « nourri » les acteurs de ce jeu de mot.
Plus tard j’ai étudié ce texte en parallèle avec Le Roi se meurt (pour la critique des médecins).


Ce document correspond à la synthèse de contributions de collègues professeurs de lettres échangées sur la liste de discussion Profs-L ou en privé, suite à une demande initiale postée sur cette même liste. Cette compilation a été réalisée par la personne dont le nom figure dans ce document. Ce texte est protégé par la législation en vigueur. Fourni à titre d’information seulement et pour l’usage personnel du visiteur, il est protégé par les droits d’auteur en vigueur. Toute rediffusion à des fins commerciales ou non est interdite sans autorisation.




Dimitri Roger

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