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Groupe de travail Agrégation

A propos de Cybèle et de la grenade… »

Par Chantal Schaefer | Mis en ligne le 18-11-2006

A propos de Cybèle et de la grenade… »
CHRONIQUE II pages 89,90. Saint-John Perse.
Les extraits :
« …route de braise… » ; «…face ardente… » ; « Claquements du fouet… » ; « …basaltes… » ; « O Mort parée… » ; «…nous vivrons d'outre-mort, et de mort même vivrons-nous.» ; « Les chevaux sont passés qui couraient à l'ossuaire… » ; « Et la grenade de Cybèle teint encore de son sang la bouche de nos femmes. » page 89 et p.90 « ..l'enfantement des œuvres de la femme…»
Essai d'interprétation :
Les hommes, et le poète, sont mortels, et se trouvent aux portes de l'enfer :« route de braise » . Mais si l'homme est mortel, il est par là régénéré, car la nourriture et la vie existent grâce à la mort d'autres êtres et de végétaux. Donc nous vivons par- delà la mort et elle nous fait vivre : « nous vivrons d'outre-mort et de mort même vivrons-nous ». Ainsi nous pouvons nous aussi remonter des Enfers comme Perséphone, et ceci grâce à Cybèle.Or cette mort qui est associée aux enfers par les expressions « route de braise, face ardente, basaltes, O Mort parée », appelle aussi l'idée de chaleur, de brasier ardent, de volcan, de magma brûlant et rouge feu. (basaltes, sang). Ces enfers sont par ailleurs à relier à la mythologie grecque et aux enfers d'Hadès, ainsi qu'à Perséphone, d'une part grâce à la « grenade », d'autre part grâce à l'évocation des « chevaux ».A relier aussi à l'image de la résurrection(+grenade= = L'Eglise).
En effet, d'après la légende, quand Hadès a su que Perséphone voulait retourner auprès de sa mère Déméter et que celle-ci s'était adressée à Zeus, il a fait manger à Perséphone un grain de grenade. Or la grenade a plusieurs valeurs symboliques. C'est d'abord un symbole de fécondité (mais pas aux Enfers puisque Perséphone restera stérile tant qu'elle sera sous terre), et le pépin de grenade symbolise la faute et la douceur maléfique. Associé à la couleur rouge, c'est le grain brûlant, le fruit infernal. Donc cet acte signifierait que Perséphone aurait succombé à la tentation et aurait été séduite par Hadès.
Hadès fait ensuite préparer son chariot d'or* et Hermès, prenant les rênes, mène les chevaux noirs droit au temple où se trouve Déméter : « Claquements du fouet… », « Les chevaux sont passés qui couraient à l'ossuaire… »Perséphone et sa mère Déméter se retrouvent, pleurent sur le sort de la jeune fille, et Déméter comprend, quand celle-ci évoque l'épisode du pépin de grenade, qu'elle ne récupèrera pas sa fille. Zeus pour l'aider lui envoie alors leur mère à tous deux, CYBELE, mère vénérée, doyenne des dieux, nommée aussi Rhéa, (femme de Cronos, son « épouse-sœur »,qui a sauvé ses enfants en faisant avaler à Cronos une grosse pierre…) Cybèle est la déesse de la terre, fille du ciel, elle symbolise l'énergie enfermée dans la terre, elle est la source primordiale, chtonienne, de toute fécondité.
Cybèle décide que Perséphone vivra avec Hadès un tiers de l'année et avec Déméter le reste du temps : c'est le cycle des saisons. Cybèle est donc celle qui donne la vie, et son pouvoir est associé à la couleur rouge et donc au sang par analogie, chez SJP : « Et la grenade de Cybèle teint encore de son sang la bouche de nos femmes.». De plus, on peut aussi assimiler le pépin de grenade rouge brûlant, fruit infernal, à une parcelle de feu que Perséphone donnerait aux hommes et à la nature au printemps, en été et en automne, pour les nourrir et les réchauffer.
La grenade de Cybèle serait alors le feu, le magma terrestre provenant des Enfers, associé à la couleur rouge, symbole aussi de la tentation féminine (« teint encore de son sang la bouche de nos femmes ») et de la fécondité : « l'enfantement des œuvres de la femme….. ». La forme de la grenade et le fruit coupé en deux ne sont pas sans évoquer la terre dont une coupe transversale montre le magma en fusion, les deux milieux étant aussi rouges l'un que l'autre. C'est donc en faisant appel au végétal, par des combinaisons et des analogies portant sur sa couleur et les éléments qui le constituent et par des évocations de la mythologie grecque et d'images cosmiques significatives et profondes que Saint-John Perse écrit un hymne à la nature et à la création et apprivoise et exorcise ses tourments.
*Voir aussi p. 116 « …j'entends crier les essieux d'or du dieu qui passe notre grille. »

 


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