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Groupe de travail Terminale L

La Bruyère - Notes sur la Société de cour de N.Elias


Par rondou micheline | Mis en ligne le 12-11-2004

Poly distribué aux élèves à lire attentivement , avant la projection de la dernière demi-heure du film de Rossellini Prise du Pouvoir par Louis XIV

La société de cour Norbert Elias ( notes sur 3 chapitres)

Résumé de la préface La société de cour est indissolublement liée à la construction de l'Etat absolutiste, caractérisé par le double monopole fiscal et militaire, qui dépossède l'aristocratie des fondements anciens de sa puissance et l'oblige à vivre près du Grand Dispensateur des rentes, le Roi.
Ce processus de monopolisation se poursuit depuis le 12° jusqu'au 16°, des prétendants multiples ( 5 seulement au 12°) à la seule domination « française » au 16°s. ; dès le début, la monarchie s'affermit ainsi que la bourgeoisie robine pour contrer et contrôler les prétentions nobiliaires
La Cour devient donc une pièce fondamentale dans la stratégie monarchique de reproduction des tensions : le Roi (absolu) n'appartient pas à un groupe donné, mais se trouve en position de manipuler l'équilibre des tensions qui sont à l'origine même de son pouvoir.
Dans le processus de civilisation, évolution majeure car il va falloir maîtriser ses pulsions et contrôler strictement ses émotions.
La société curiale repose sur 3 paradoxes :a) le plus grand écart social dans la plus grande promiscuité (domestiques et maîtres vivent ensemble d'où une absence de séparation entre le public et le privé .b) l'individu est un être social, et sa construction se fait au croisement de la représentation qu'il donne de lui et du crédit que les autres accordent à cette représentation, d'où une économie de l'ostentation. c) la supériorité sociale s'affirme dans la soumission politique et symbolique ; la Distinction se fait par la Dépendance ! notons que le Roi lui-même est enchaîné par la « mécanique » qui assure son pouvoir.
La vie curiale développe des propriétés spécifiques : l'art d'observer et de s'observer / l'autocensure des sentiments / la maîtrise des passions.
Le Classicisme est la mise en relation des formes esthétiques et des structures psychologiques : ainsi la tragédie est liée à la rationalité courtisane ; le roman pastoral est l'expression d'un groupe frustré qui a perdu face au roi ; voir aussi l'évolution du paysage de Poussin à Watteau.
Les manières aristocratiques vont diffuser vers les couches bourgeoises, ce qui oblige les nobles à adopter alors des manières plus exigeantes.
Sous Louis XIV, les tensions entre les groupes sociaux se maintiennent en équilibre, mais se figent en cérémonial au cours du XVIII°, d'où une rupture forte et une nouvelle configuration, la société est désormais marquée par l'obligation générale du travail, la séparation public/privé, le primat de la réussite économique.

Le chapitre I est consacré à l'habitat
La Cour est à la fois Maison et ménage des rois de France ; ainsi à Versailles, les actes les plus privés prennent le caractère cérémonieux d'une action d'Etat, où chaque action d'Etat devient accomplissement personnel du Roi.
La majorité des nobles avaient un appartement à Versailles et un « hôtel » en ville ; dans les antichambres, des armées de laquais attendent un signe du maître ; à Versailles, ce sont les nobles qui font figure de serviteurs !
L'habitat des Grands est un habitat de représentation sociale - partie centrale du bâtiment, appartement de parade, où en fin de matinée sont reçues les visites « officielles » pour « affaires » / à distinguer de l'appartement de société où l'on reçoit les intimes, plus confortable avec une étiquette plus souple.
Ainsi la vie sociale et mondaine est non seulement une vie de divertissement mais aussi une vie « professionnelle où l'on défend et promeut le prestige de sa Maison .Un Grand n'a pas d'autre choix que de « tenir son rang ».

Le chapitre II est consacré au système des dépenses

Système social exigeant auquel on ne peut se soustraire sans renoncer à l'appartenance au groupe ; celui qui n'a pas les moyens de tenir son rang perd la considération des autres, d'où l'obligation de dépenser pour le prestige
( cf. anecdote sur l'éducation du jeune Duc de Richelieu p.48)
Or interdiction est faite à la Noblesse française de se livrer au commerce, ce que justifie d'ailleurs Montesquieu par la circulation des richesses.
Louis XIV a compris avec la Fronde le danger de collusion Nobles/Magistrature et aussi avec l'exemple anglais (décapitation du Roi), il met donc en place une stratégie de domination qui repose sur l'existence de rivalités entre les deux ordres et au sein de ces ordres. C'est lui qui contrôle et dirige l'ascension ou la chute de certaines familles, qui par sa bienveillance permet d'échapper à l'appauvrissement causé par les dépenses de prestige : il obtient ainsi la plus extrême soumission « on pense comme il veut » (Montesquieu)
Dans cette société qui place plus haut que les richesses l'acquisition d'un titre de noblesse, où l'accès au Roi ouvre des perspectives sociales, nul ne peut se soustraire à cette compétition. Toute perte de prestige prive la vie de sens.
(actuellement ces valeurs ont perdu tout prestige et tout sens, sauf dans les œuvres artistiques qui demeurent.)



Le chapitre III est consacré à l'Etiquette et à la Logique de prestige
Versailles est un immense complexe pour loger plus de 10 000 personnes ( N.R. film de Rossellini); on doit y avoir un appartement .
L'étendue de l'autorité royale se manifeste dans l'organisation des fonctions domestiques : ainsi le cérémonial de la Chambre à coucher suit-il une ordonnance méticuleuse non rationnelle, mais symbolique ; même si le cérémonial est pesant aux Nobles, le refus impliquerait un renoncement aux privilèges, leur dégradation à leurs yeux et à ceux des autres, bref à l'abdication de leur valeur…rares sont ceux qui fondent leur identité sur d'autres titres et peuvent échapper au système !
Louis XIV utilise subtilement l'étiquette pour déterminer la part de prestige de chacun ; la position réelle d'un homme dans le tissu social dépend à la fois de son rang mais aussi de sa puissance effective ; en effet l'équilibre à la Cour est très fluctuant, l'ascension de l'un entraînant la dégradation de l'autre ; des secousse imperceptibles modifient la position sociale, c'est pourquoi il peut être dangereux de manquer d'égards à un homme dont le « cours » est en hausse, de marquer sa préférence à un homme dont le « cours » est à la baisse – comme à la Bourse !.
Ce système engendre donc une rationalité de Cour ( jugée irrationnelle par la Société Bourgeoise qui ne voit que « bagatelles » dans les attributions de tel ou tel privilège) , rationalité = planification calculée du comportement de chacun en vue d'assurer ses chances de prestige.
Dans une telle société, il faut que les autres soient convaincus de l'appartenance à « la bonne société », c'est l'opinion sociale qui fonde l'existence de chacun. Etre un homme de cour est donc une fin en soi ( cf. La Bruyère » la vie de cour est un jeu sérieux… »
C'est une vie épuisante car chacun dépend de chacun, tous dépendent du Roi ; il n'y a nulle sécurité, il faut constamment conclure des alliances, éviter des inimitiés, doser chaque mouvement d'approche, il faut absolument cultiver certaines qualités :
1- l'art d'observer ses semblables : cette faculté naît de la nécessité de s e rendre compte avec précision du caractère, des motivations des limites des autres (cf.La Bruyère « qu'un favori s'observe… »)
L'art de s'observer soi-même (« un homme qui sait la Cour est maître de son geste… ») On doit connaître ses passions pour les dissimuler.
Cette observation constante a pour corollaire la faculté de décrire les hommes, puisque l'Homme de Cour se représente par des actes et des paroles ;les aristocrates ont poussé à la perfection l'art du portrait
2- L'art de manier les hommes : par un calcul stratégique (cf. les recommandations de Gracian) il faut amener l'autre à penser selon ses désirs.
3- La « rationalité curiale » et le contrôle des affects : dans cette lutte pour le prestige, chaque détail a valeur d'arme ; la réglementation vise donc la représentation extérieure et marque les distances qui séparent les membres de la société
(Le Classicisme est dans les mêmes dispositions d'esprit : on y retrouve la même ordonnance claire et rationnelle des structures, le même calcul de l'effet à produire et la valeur de prestige de l'ensemble, l'absence d'ornementation spontanée, de tout étalage non contrôlé de sensibilité)


Il nous faut faire un sérieux effort pour percevoir cette manière de vivre qui nous est fort lointaine ( porter sur elle un regard d'ethnologue) ; contrairement à nos sociétés bourgeoises, qui distinguent l'homme public du privé, le contrôle social s'exerçait sur toutes les sphères d'activité et des comportements, avait prise sur l'homme dans sa totalité.

Micheline Rondou rondou@yahoo.com


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