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Les notes de lecture

 

Catégorie : Essais

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fleche À la cueillette des mots

Daniel Percheron, Bruits de la langue
Le Passage, 2007

percheron.jpgVous aimez les mots ? Daniel Percheron aussi, au point de les collectionner, ou devrait-on dire de les épingler ? Il offre dans ce petit livre à picorer une série de petits textes souvent très drôles où sont analysées vite fait bien fait ses trouvailles les plus diverses. Du goût moderne pour la parataxe à l’emploi inattendu d’un mot qu’il pensait connaître, d’un alexandrin impromptu sur un panneau de gare aux subtilités des diminutifs, de la litote d’un marchand de tapis aux synonymes de « café », tout y est l’occasion d’un petit développement jamais pédant, toujours souriant.

« Et moi, de mon côté, oualou ! » sort une ado à sa copine, rue de Liège. Ce « oualou » me fait chaud aux oreilles, que je n'ai pas entendu depuis ma propre adolescence. Il me remet à l'heure de ma seconde à Orléans, au début des années 60, car il faisait partie du stock de mots et d'expressions que nous sortions à tout bout de champ. C'est synonyme de « ceinture » ou de « tintin ». D'après un dictionnaire d'argot, c'est vieux d'un siècle et ça vient de l'arabe algérien walo : « rien, zéro ».

Est-ce qu’on ne pourrait pas trouver ainsi une belle occasion de « chasse aux mots » ? Les élèves s’y prêtent volontiers ; si l’on n’en fait pas un exercice noté, évidemment, mais un simple moment de partage. Seule exigence : on dit les circonstances précises dans lesquelles on a déniché le mot et on explique ce qui a plu, surpris ou amusé. On ne s’épargne pas non plus une recherche dans les dictionnaires. Une autre façon de commencer un cours avec une petite minute de presque rien qui donne à penser.

Roger Berthet - 16 février 2007

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fleche La littérature comme lieu de désordre

Jean-Marie Laclavetine, Petit éloge du temps présent
Gallimard, 2007, collection Folio, 2 euros

laclavetine.jpgLes écrivains devraient plus souvent pratiquer les « exercices d’admiration ». Ils y sont souvent excellents. Et Laclavetine est vraiment excellent dans ce court recueil de textes inédits que Gallimard offre pour deux euros !
Qu’il réhabilite avec délicatesse Anatole France (avec en prime quelques rosseries méritées envers Aragon ou Valéry) ; qu’il nous rappelle, si on l’avait oublié, qu’il faut lire et relire Rabelais, lire ou relire Roger Grenier ; qu’il évoque Georges Lambrichs avec émotion ; qu’il reconnaisse une sorte de dette presque tendre envers Cortazar, Pinget ou Beckett ; qu’il dise même la stupeur de celui qui a la chance d’entrevoir un martin-pêcheur, la merveille du premier film vu à sept ans, les charmes de la Touraine, l’histoire de sa ville perdue, Bordeaux la magnifique où son enfance a passé ; oui décidément, Laclavetine est excellent.
Et l’on apprécie de retrouver le souvenir de Francis Lemarque aussi doux et obstiné que l’air d’une de ses chansons, on peut aimer tout particulièrement un Petit éloge des mots des autres, qu’on n’attend pas vraiment sous la plume d’un écrivain.
Au point qu’on a envie aussitôt de partager nombre de ces pages, ce qui est facile quand on traite de l’éloge, et heureux quand on veut juste offrir une lecture à voix haute sans autre but que le plaisir.
La diversité des textes et des idées renouvelle ce plaisir.
On trouvera ainsi la présentation efficace (et pour le coup moins élogieuse) du Nouveau Roman et de son mentor le Structuralisme. La littérature d’aujourd’hui est jugée sans plus de complaisance : « Une partie de la production contemporaine relève, plutôt que de l'autofiction, de l'auto-journalisme : le tour de mes fesses en quatre-vingts pages. Peu importe la médiocrité, la banalité, la bêtise même des existences ainsi étalées à l'envi. L'important est que leur récit soit détaillé et crédible. Le roman nouveau est arrivé, il s'intitule : Viande, Fornication, La Vie sexuelle de Margot, Mes hôpitaux, Mon couple, Mon divorce. La vie, enfin, comme si on y était. Mon père se drogue, mon petit frère prostitue ma soeur, les loyers parisiens sont trop chers, j'ai quitté la ville, mon existence est aussi vide que mon frigidaire, heureusement j'ai le sida... Le réel, décidément, il n'y a que ça de vrai. »
L’évocation malicieuse de Pivot et de sa (depuis longtemps déjà) défunte émission dit juste ce qu’il faut sur la littérature à la télévision. Tout comme en quelques phrases l’essentiel est dit sur la censure et la démocratie.
Une défense de la littérature noire et des raconteurs d’histoire semble bienvenue :
« Raconter des histoires : l'expression s'avère parfois lourde d'ironie, voire de mépris. Dans la hiérarchie des travailleurs de la phrase, les conteurs sont au bas de l'échelle. Et c'est précisément cette position que revendiquent les auteurs "noirs", impénitents constructeurs d'histoires. Contrairement à certains, ils n'ont pas perdu de vue ce que cette activité a de consubstantiel à l'homme et à la littérature, ni le plaisir essentiel qui l'accompagne. »
Un rappel judicieux des rapports entre lecture et écriture ramène à l’essentiel en matière d’analyse de textes ou simplement de réflexion sur ce qu’est la littérature, ou ce qu’elle devrait être :
« C'est banal à écrire : les livres nous font tels que nous sommes. Lire est un travail, lire travaille. […] La fabrique de tout écrivain se trouve dans les livres des autres aussi bien que dans les siens propres. Lectures imposées par l'époque, lectures de hasard, lectures contre, qu'importe : tant de rencontres, tant de chances, tant de possibles font fermenter d'imprévisibles alchimies d'où naît en permanence la littérature. »
Quant à la somptueuse métaphore filée qui fait de la Littérature une pension aux hôtes si divers, elle donne envie d’y habiter, c’est peu dire ; car « On ne peut lui reprocher d’être un lieu de désordre, puisque c’est sa raison d’être. »
Un livre très court, un tout petit prix (ce n’est pas si fréquent), de grands bonheurs, de quoi affronter bien des sottises, raideur obtuse des censeurs, prétentions des « théoriciens illuminés » ou « philanties couilloniformes », mais surtout de quoi goûter la vie et les livres, les livres et la vie.



Roger Berthet - 28 janvier 2007

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fleche Inconnus, pas lus, oubliés…

Pierre Bayard, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?
Minuit, 2007

bayard.jpgQuel enseignant de français (quel enseignant tout court ?) pourrait résister à un titre pareil ? Cela nous arrive si souvent ! Et notre usage immodéré des morceaux choisis n’arrange pas les choses. On aura bien raison de parcourir le petit ouvrage de celui qui nous avait déjà dit Comment améliorer les œuvres ratées ? (Minuit, 2000).
Après un prologue qui ne déroge pas à la coutume de parler de son enfance, l’auteur évoque les livres que l'on ne connaît pas, les livres que l'on a parcourus, les livres dont on a entendu parler, les livres que l'on a oubliés. Il explique ensuite comment se débrouiller quand on n’a pas lu le livre dont on parle dans des situations comme la vie mondaine, face à un professeur, devant l'écrivain lui-même et aussi avec l'être aimé. C’est pour mieux affirmer enfin qu’il ne faut pas avoir honte, ne pas hésiter à imposer ses idées ou à inventer les livres et bien sûr à parler de soi. (Les expressions en italiques se trouvent dans la table des matières de l’ouvrage, il faut bien que la leçon serve !) L’épilogue affirme que « parler des livres non lus est une véritable activité de création » et en tire les conclusions qui s’imposent pour l’enseignement.
Robert Musil, Proust, Anatole France, Bergson, Balzac, Umberto Eco, Shakespeare, Pierre Siniac ou Sôseki aident à comprendre tout cela. C’est assez dire que l’auteur n’a pas que de vaines lectures et que s’il n’a pas tout lu, il a bien lu ; il nous entraîne dans sa réflexion avec une assurance sympathique dans une langue claire et précise. L’humour ne manque pas. On sort de là, un peu ahuri mais surtout réjoui.
Deux morceaux choisis pour goûter (et parce que ce livre de Pierre Bayard, nous l’avons lu, peut-être) :
« Ce que nous prenons pour des livres lus est un amoncellement hétéroclite de fragments de textes, remaniés par notre imaginaire et sans rapport avec les livres des autres, seraient-ils matériellement identiques à ceux qui nous sont passés entre les mains. »
« On l'a vu, parler d'un livre a peu de choses à voir avec la lecture. Les deux activités sont tout à fait séparables, et je m'exprime pour ma part d'autant plus longuement et d'autant mieux sur les livres que j'ai pratiquement cessé d'en lire, cette abstention me donnant toute la distance nécessaire […] pour m'exprimer à leur propos avec justesse. La différence tient à ce que parler ou écrire sur un livre implique un tiers, présent ou absent. L'existence de ce tiers déplace sensiblement l'activité de lecture en y introduisant un intervenant majeur qui en structure le déroulement. »


Roger Berthet - 18 janvier 2007

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fleche Ne se croisent pas dans le noir (mots)

Michel Laclos, Le dico des mots croisés
Le Seuil, collection Points, Le goût des mots, 2006

dico.jpg Il ne s’agit pas d’un dictionnaire de mots croisés où les mots sont donnés par ordre croissant en fonction du nombre de lettres, où toutes les formes fléchies et conjuguées sont répertoriées. Il s’agit d’un dictionnaire des mots croisés, un inventaire de 8000 définitions pour amateurs de « mots en croix » comme disait un certain Georges Dubosc en 1925 dans un article amusant qu’on trouve sur le site de la bibliothèque de Lisieux :
http://www.bmlisieux.com/archives/dubosc01.htm
Mais que peut-on faire d’un tel ouvrage ? D’abord lire la préface qui nous apprend de bien jolies choses sur les mots eux-mêmes, Jules Renard ou les carrés magiques, et qui se termine ainsi :
« Comment utiliser [ce livre] ? Le mieux, je crois, est de l'ouvrir au hasard et de le refermer avant l'indigestion. On peut en faire la base d'un jeu de société en proposant des définitions autour d'une table, à la fin d'un repas. Pas besoin alors de papier ni de crayon pour trouver les solutions : on garde les mains libres pour achever son verre. Enfin, on peut aussi s'en servir comme d'une cale si on possède un meuble vraiment trop boiteux. »
C’est exactement ça : grappiller pour le plaisir, en faire un jeu de société ou un jeu en classe pour une heure de fin de trimestre.
Mais on peut aussi s’intéresser aux définitions et à leur fonctionnement, leur logique.
On y découvre :
– des métaphores peut-être : « nid de coucou » (pendule) ;
– des périphrases : « tour des bords de mer » (phare) ;
– des homéotéleutes et autres rimes ou assonances : « tifs rétifs » (tignasse) ;
– des allusions culturelles ou littéraires : « appendice d’une tirage » (nez) ; « sacré en musique » (printemps) ;
– des réseaux lexicaux : « brûler sans arrêt » (étape) ;
– des connotations : « feu vert » (permis) ;
– des mots anciens réhabilités : « bouquin de cuisine » (lièvre à la royale) ;
– des doubles sens :« bâton de jeunesse » (tuteur ou réglisse…) ;
– des évidences utiles : « décapiter la tête » (pléonasme) ;
– des termes polysémiques évidemment : « emporter dans un sac » (piller) ; « timbre rare du Vatican » (castrat) ;
– des presque synonymes : « java espagnole » (fiesta) ;
– des confusions de nature : « passe dans l’illégalité » (rossignol) ; « enceinte d’un petit enfant » (parc).
Une plaisante abondance de jeux de mots, de jeux avec les mots. Voilà une amusante façon de réviser quelques notions utiles au cours de Français. Avec les élèves, on n’est pas obligé de parcourir les « pages roses » en fin de volume, mais elles donnent bien du plaisir (si l’on peut dire) : « glisse ou se roule » (patin).
Décidément on trouvera mieux pour caler ses meubles !

Roger Berthet - 20 décembre 2006

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fleche Des recettes très littéraires

Mark Crick, La soupe de Kafka
Une histoire complète de la littérature mondiale en 16 recettes
Flammarion, 2006

kafka.jpg Seize textes, seize pastiches - de Chandler à Pinter en passant par Sade ou Virginia Woolf –, 17 traducteurs. Dans chacun des textes, une recette de cuisine, comme pour truffer le texte. Et des photos qui pastichent des œuvres d’art – un vase grec, une gravure de Hogarth, un dessin de Schiele… Comme on a lu récemment un gros livre sur les supercheries littéraires, on en soupçonne une. Pas du tout, l’auteur Mark Crick existe bel et bien. Il est photographe et cette Kafka’s soup (son unique livre) est parue en anglais en 2005. Internet est catégorique et on peut visiter le site minimaliste du monsieur ici : http://www.markcrick.com. Minimaliste car on y trouve une biographie qui n’en est pas une, de rares citations et quelques photos, mais superbes les photos (dont celle du faux vase grec).
La belle idée de l’éditeur français est d’avoir fait appel à des traducteurs différents, tous passionnés de l’auteur pastiché. Et cela donne des textes savoureux, d’autant plus savoureux qu’ils sont accompagnés de recettes : sole à la dieppoise (Borges) ou Tiramisu (Proust)…
On peut analyser un pastiche en le comparant avec l’œuvre de l’auteur, jouer avec les recettes (une bonne façon de travailler sur la lecture des consignes), s’essayer au « truffage » de texte ; on se rappellera peut-être le livre d’Hervé Le Tellier « Sonates de bar », dans lequel chaque nouvelle contient la recette d’un cocktail bien réel – et qui est reparu au Castor Astral en 2001 (auparavant chez Seghers).
Et, tant qu’on y est, on n’oubliera pas que les auteurs aiment bien intégrer des recettes à leurs textes. Ainsi celles de la Série noire ont été rassemblées dans « Le livre de cuisine de la Série Noire » (Gallimard, 1999), celles des auteurs de science-fiction dans « Les nourritures extra-terrestres » (Denoël, Présence du futur 1994). On peut apprécier aussi dans les aventures de Nicola Le Floch racontées par Jean-François Parot de superbes recettes du XVIIIe siècle (collection 10/18, « Le crime de l’Hôtel Saint-Florentin », par exemple).
Cela dit pour citer d'autres textes truffés, et non pour détourner le lecteur de « La soupe de Kafka », véritablement goûteuse.
Une petite dégustation ?
« MOULES MARINIÈRE
à la Italo Calvino
500 g de moules par personne (approximativement) •
50 g de beurre • 4 échalotes • une gousse d'ail
100 ml de vin blanc • une branche de thym frais
25 g de persil plat frais • poivre selon votre goût •
crème fraîche (facultative)
Je rédige cette recette sans savoir où ni quand elle trouvera un public, mais pour l'heure, lecteur, tu es là. Quelle forme a pris ce récit pour venir jusqu'à toi, je l'ignore. Peut-être as-tu trouvé un manuscrit dans le grenier de ta nouvelle demeure, qui a su éveiller ta curiosité; ou bien la recette s'est-elle retrouvée publiée dans un périodique, ou peut-être même sous la dure et respectable couverture d'un livre. Il est possible que tu aies tourné les pages à la recherche d'une indication relative à son auteur, lequel a peut-être savouré la recette pour la dernière fois tandis que toi, lecteur, l'approche pour la première. Par bonheur, les recettes ne sont pas aussi périssables que les plats ou les écrivains, bien que celles d'Aristophane, si toutefois il en a laissé, ne semblent pas s'être aussi bien conservées que ses pièces. »

En plus, ce livre est relié, joli, et pas cher !

Roger Berthet, 2 décembre 2006

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fleche Parodies, pastiches, plagiats et autres faux

Philippe Di Folco, Les grandes impostures littéraires
Éditeur : Écriture, diffusion Hachette, 2006

impostures.jpg Parodie, pastiche, plagiat, apocryphe et autres faux en littérature, on a parfois bien du mal à s'y retrouver. Non dans la question de l'authenticité (bien peu de faux n'ont pas été démasqués apparemment), mais dans celle des définitions. Dans son livre sous-titré « Canulars, escroqueries, supercheries et autres mystifications », Philippe Di Folco prend la peine d'expliquer avec précision les différences. C'est pourquoi on conseillerait volontiers d'en commencer la lecture par la seconde partie intitulée « Petit guide à l'usage des futurs imposteurs ». C'est à la fois drôle et utile pour comprendre tous les exemples répertoriés dans la première partie.
Pour présenter plusieurs dizaines d'histoires plus ou moins connues, l'auteur a choisi l'ordre alphabétique, qui permet de lire au hasard puisque rien n'est plus illogique que cet ordre-là. On savoure tel épisode de l'histoire littéraire (le théâtre de Clara Gazul, les Chansons de Bilitis, le Goncourt d'Émile Ajar…), on découvre des affaires récentes (Les 22 lycéens, Benjamin Wilkomirski s'inventant un passé d'enfant juif…), on redécouvre des histoires anciennes (Shakespeare et ses doubles, Corneille et Molière, Dumas et ses nègres…). Et finalement on a envie d'en savoir plus.
On aurait aimé pouvoir « goûter » tous les textes cités. Internet permettra de le faire en partie et on se reportera au livre de Jean-François Jeandillou Supercheries littéraires, la vie et l'œuvre des auteurs supposés, paru en 2001 chez Droz . Di Folco considère qu'il s'agit d'une « anthologie très universitaire ». Il est vrai que les commentaires sont parfois bien sérieux, mais les extraits cités sont alléchants. Les deux ouvrages ont leur intérêt.
Dans celui de Di Folco, on peut également regretter l'absence d'un index ( qui ira cherchez Botul à l'entrée Pagès, par exemple ?), la brièveté de tel article (celui sur la Bible semble bien léger), quelques approximations, quelques coquilles. Pour l'essentiel, le livre est un vrai plaisir de lecture d'autant que l'auteur ne manque pas d'humour. Un plus : la bibliographie propose des informations sur les émissions de radio et les films ayant traité des supercheries.

Retrouvez l'auteur sur son site :
http://www.philippedifolco.info/
Il y propose un complément bibliographique pour son ouvrage :
http://www.philippedifolco.info/article-4042955.html

Un numéro du Français dans tous ses états, disponible en ligne, propose des pistes intéressantes sur le sujet : le n° 40, « Faux et usage du faux ».
http://www.crdp-montpellier.fr/ressources/frdtse/frdtse_accueil.html

Si le pastiche scientifique vous intéresse une synthèse de WebLettres vous sera peut-être utile:
http://www.weblettres.net/spip/spip.php?article64


Roger Berthet, 2 décembre 2006

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fleche En écrivant, en dessinant

Matt Madden, 99 exercices de style
Éditeur L'association et Oubapo, 2006
99 ways to tell a story, traduction Charlotte Miquel

exercices.jpg
Vous appréciez les Exercices de style de Queneau. Vous connaissez peut-être les versions graphiques de ses textes par Massin (Gallimard, 1979 et 1995) ou par un collectif de créateurs (un superbe album paru chez Gallimard en 2002) ; mais on a dans les deux cas affaire à des illustrations. Il y a maintenant en français quelque chose de différent : des exercices de style dessinés. Voici le livre de Matt Madden 99 exercices de style, traduction de 99 ways to tell a story paru l'an passé en anglais et disponible en partie depuis longtemps sur Internet.
Un homme quitte sa table de travail, il s'adresse à sa compagne qui se trouve à l'étage pour lui demander l'heure. Elle lui répond. Il va à la cuisine où il ouvre le réfrigérateur et se demande alors ce qu'il est venu chercher.
On le voit, l'histoire de départ est encore plus linéaire que celle de Queneau, mais Madden la décline d'une façon époustouflante, en 99 versions allant du récit le plus simple au pastiche le plus drôle, avec une version manga qui devrait séduire nos potaches.
Dit-on encore « potache » quand ils lisent des mangas ? Peu importe, il existe aussi une version « ligne claire ». Et une autre à la manière de Winsor McCay.
Les élèves aiment souvent dessiner, ils apprécient la bande dessinée. Vous allez pouvoir à la fois utiliser leurs talents, travailler sur la BD peut-être, mais surtout (puisqu'on parle de pédagogie du français) aborder avec eux des notions difficiles à expliquer : le schéma narratif, le point de vue, l'emploi des temps, la subjectivité, l'ellipse… et aussi le calligramme, le mode d'emploi, le palindrome… sans parler du minimalisme ou de la Tapisserie de Bayeux !
Faire écrire des variations sur un texte peut être passionnant. Certaines contraintes de Queneau sont faciles à imiter, d'autres ne sont que des trucs formels, voire des rédactions systématiques. Chez Madden, vous trouverez de ces espiègleries, mais aussi des règles créatives tirées de l'analyse de ses planches et à appliquer en écrivant, en dessinant.
Voyez, par exemple, ce que l'on peut faire avec une planche qui rassemble en une seule case toute l'histoire de départ : l'équivalent littéraire serait une longue phrase remplaçant un récit plus fragmenté. L'exercice ne manque pas d'intérêt. N'hésitez pas à vous lancer dans des exercices moins scolaires comme… un très court roman-photo (avec les téléphones qui font tout, ça va très vite, on peut l'assurer).
Le livre est à tous égards stimulant pour faire écrire et créer. Et on peut imaginer un travail commun avec le professeur d'anglais. Vous cherchiez justement des idées pour les modules en seconde ? Ne cherchez plus.

Présentation de Matt Madden (en français) sur DU 9 l'autre bande dessinée :
http://www.du9.org/mot.php3?id_mot=137
Des exemples de planches (texte en anglais) sur le site de Matt Madden lui-même :
http://www.mattmadden.com/
Une présentation d'exercices de style variés et des exemples de travaux d'élèves ici :
http://www.ardecol.ac-grenoble.fr/titivillus/

Roger Berthet, 25 novembre 2006

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fleche Rire, s’exercer

Gérard Genette, Bardadrac
Éditions du Seuil, 2006

bardadrac.jpg Parmi les raisons de lire le Bardadrac de Gérard Genette paru au printemps dernier et déjà abondamment commenté, j’en retiendrai deux, qui nous intéressent directement sur ce site.

1. Ce livre sans équivalent constitue une bonne introduction à la lecture d’une œuvre déformée par son succès universitaire, puis scolaire. Personne n’est responsable de ses disciples et, de ce point de vue, Bardadrac est bienvenu en ce sens qu’il anéantit l’idée, paresseusement reprise depuis quelques années, d’un Genette auteur d’un système rigide dont il ne faudrait retenir que quelques concepts traînant dans des manuels obligatoires.
Or, non seulement Genette est un théoricien brillant, mais, dans Bardadrac, ouvrage assez proche de Roland Barthes par Roland Barthes dans lequel RB avait lui aussi repris sa liberté, il se révèle à ceux qui ne le connaissent pas, ou mal : qu’il s’agisse de politique, de théorie littéraire ou d’autobiographie, humour savant, notations pince-sans-rire et récits drolatiques surprendront ceux qui avaient manqué le chapitre « Morts de rire » dans Figures V.

2. « … je découvris très vite que l’enseignement est plus agréable à donner qu’à recevoir. Et plus profitable : le peu que j’ai appris, ce fut d’abord, comme élève, en désertant des classes inutiles pour lire en cachette des livres plus instructifs, mais surtout et plus tard, comme professeur, en préparant des cours qui, juste retour des choses, ne l’étaient peut-être, instructifs, que pour moi. » … et aussi, comme écrivain, en proposant, par exemple, aux enseignants qui souhaitent intéresser leurs élèves au Dictionnaire des idées reçues (entrée Médialectes), à Je me souviens (entrée Souvenances) ou aux mots-valises (entrée Mots-chimères), des suites fournies et contemporaines qui se prêtent à comparaison avec leurs premiers auteurs et à prolongement dans des exercices libérateurs.

Des exemples ? Comme il est exclu de citer in extenso l’épisode dans lequel Genette a pris au piège François Truffaut quand celui-ci s’occupait encore du courrier des lecteurs aux Cahiers du cinéma (p. 49), voyons comment certains mots peuvent être lus comme s’ils étaient des mots-valises : « Courtisane : infusion rapide ; Crépuscule : petite crêpe tardive ; Libellule : tout petit livre ; Matricule : toute petite mère ; minuscule : toute petite mine ; Palliatif : fétu resté dans la chevelure après une sieste à la grange… »




Michel Bézard, 18 novembre 2006

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fleche Mètre-étalon ?

André de Peretti et François Muller, Contes et fables pour l'enseignant moderne
(approches analogiques en pédagogie)
Éditions Hachette éducation, 2006

perettimuller.jpg Avouons-le, après trente ans (et un peu plus) de pratique, l’auteur de ce billet n’a qu’une passion modérée (c’est un euphémisme) pour les ouvrages de pédagogie. Il les trouve le plus souvent inutiles (c’est peut-être une litote). C’est pourquoi il leur préfère les contes et d’abord les contes d’animaux. C’est en traquant cette sorte de textes sur Internet qu’il est tombé par hasard sur les Contes et fables pour l'enseignant moderne d’André de Peretti et François Muller.
Des animaux il y en a, et des plus singuliers, dans ce qui s’avère être un ouvrage destiné à tous les enseignants.
Du colibri au cheval – en passant par le porc-épic, Hokusai, Œdipe, les deux nigauds (quand on vous disait qu’il y a de drôles d’animaux), le limaçon et même une écluse – sont abordés les problèmes les plus divers. En procédant par analogie (ils le revendiquent), les auteurs nous poussent à réfléchir sans moralisme ni dogmatisme à nos pratiques : rapport avec les élèves, hétérogénéité des classes, hiérarchie, objectifs, la liste est longue.

On ne saurait trop recommander, par exemple, le chapitre sur la notation et l’évaluation (l’animal convoqué est le mètre-étalon qui nous conduit au « maître-étalon » !).
« L'axiome intouchable ? Tout se passe dans l'imaginaire scolaire habituel comme si l'acte évaluateur était réputé absolu, intouchable, sacré et ne pouvant être discuté. C'est très net à l'université. Ce besoin de sécurité républicaine et d'authenticité affirmée aboutit à l'idée que, quand un enseignant note, n'importe quel autre enseignant en n'importe quel lieu et n'importe quelle circonstance aurait appliqué rigoureusement la même notation. Une copie quelconque présentée en un lieu quelconque permettrait automatiquement à tout enseignant de mettre exactement la même note. La croyance ici centrale, c'est bien l'idée qu'il y a, comme toujours en France, législatrice universelle, un modèle unique d'enseignant qui serait déposé dans un lieu de référence universel auprès du “mètre étalon”. C'est bien le sous-entendu du “maître étalon” universel ! » (page 78)
Même l’évaluation des enseignants est abordée avec tous les problèmes qu’elle pose. On a d’ailleurs eu une pensée émue pour Le Petit Livre rouge des écoliers et des lycéens, (horresco referens), paru en 1971 et aussitôt interdit. L’analyse des pratiques docimologiques nous avait bien réjouis.

On en prend, on peut en laisser, on ne reste jamais indifférent.
Avec son « pour l’enseignant moderne » le titre vous a un côté début de siècle (le XXe évidemment !) et cela montre assez l’humour des auteurs qu’on retrouve à chaque page, alors que l’information donnée est des plus sérieuses et qu’on y apprend bien des détails, et pas seulement sur le colibri. Ce sont bien les enseignants du XXIe siècle qui sont visés ici.

Les auteurs n’hésitent pas à renvoyer à de nombreux sites sur Internet pour que l’exploration, la réflexion s’élargissent encore.

Plusieurs passages du livre sont abondamment cités à l’adresse
http://francois.muller.free.fr/contes/index.htm
On y trouvera aussi une présentation des auteurs :
– André de Peretti qui est à l’origine des MAFPEN et des IUFM. Mais est-il besoin de le présenter ?
– François Muller, agrégé de grammaire et auteur du salutaire Manuel de survie à l’usage de l’enseignant paru aux éditions de l’Étudiant en 2005.

Roger Berthet, 18 novembre 2006

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fleche Des mots d'autrefois pour un plaisir d'aujourd'hui

Jean-Claude Raimbault, À la recherche des mots perdus
Éditions Mots et Cie, 2006

raimbault.jpg Un petit livre délicieux pour les nostalgiques ou les amateurs de mots. L’auteur s’amuse à rassembler dans des dictées « de grand-mères » des mots oubliés : échandole, happelourde, lantiponnage, omophage, riblette... ; il donne ensuite la version moderne du texte et quelques explications bien utiles. C’est plein d’humour et sans doute absolument inutile en cours, sauf par hasard pour une précision qui nous aurait échappé. On peut aussi imaginer une belle partie de scrabble à l’ancienne (on interdit tous les mots qui sont dans le dictionnaire courant !).

Ci-après un échantillon digne d’un Trivelin…

G comme « goddam ! »

Dictée de nos grand-mères
Le gindre, gaudissart à souhait, comptait sur son état de gaveau pour contrer le génovéfain : un gonin contre un gloseur, voilà qui nous promettait des gourmades.
Le premier, gâte-pâte, gourait régulièrement en secret, quand il ne confectionnait pas des gobes.
Le second hantait les guenipes, gobichonnait et gouapait à longueur de journée, c’était un gastrolâtre accompli, qui récupérait même les gringuenaudes des galimafrées dans un gamelot.

Version XXIe siècle
L'ouvrier boulanger, un pitre du genre gonflant, comptait sur son adhésion au syndicat pour contrer le chanoine : un roublard contre un parano, ça promettait de faire des étincelles.
Le premier, qui bossait très mal, trafiquait régulièrement des drogues en secret, quand il ne confectionnait pas des croquettes pour animaux.
Le second faisait la nouba et fréquentait des traînées dans des endroits glauques à longueur de journée, c'était un morfal, qui récupérait même les restes d'un ragoût infect dans un doggy bag.

Roger Berthet, 10 novembre 2006

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