banniere

Les notes de lecture

 

fleche Une formidable machine à jouer

Ionesco, La Cantatrice chauve
SCÉRÉN-CRDP de Franche-Comté, 2008

ionesco.jpg Edité dans la collection « Œuvres accompagnées » , le coffret La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco s’adresse principalement aux enseignants de lettres et de théâtre du second cycle et à leurs élèves.
Le DVD comporte tout d’abord la captation de la pièce dans la mise en scène de Jean-Luc Lagarce à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet en 2007. Celle-ci est complétée par quatre bonus particulièrement intéressants : Ionesco évoqué par sa fille, la comparaison de quatre mises en scène de La Cantatrice chauve, des indications sur la mise en scène de J.-L. Lagarce et enfin des explications sur la réalisation de la captation et ses aspects techniques. Ce DVD est accompagné d’un livret pédagogique.
Ce qui frappera d’emblée le spectateur, c’est l’originalité de la mise en scène : on évolue ici dans un univers qui hésite entre Jacques Tati et Hitchcock, entre un dessin animé (Les Simpsons ?) et un feuilleton télévisé américain.
Le décor lui-même est assez déroutant. Point « d’intérieur bourgeois anglais » ici, avec « des fauteuils anglais et un feu anglais », comme le demandait Ionesco, mais un gazon (anglais, quand même), un petit jardin et au fond, une maisonnette blanche avec ses petites fenêtres. Devant ce décor évoluent les Martin et les Smith, en costumes assez « kitch » : cravates orange, chapeaux à fleurs…
Au texte absurde de la pièce se surajoutent – sans lourdeurs inutiles cependant – des gags visuels ou sonores parfois comiques, souvent déroutants, mais toujours plaisants. Sans remettre totalement en cause la pertinence des choix de mises en scène, on peut toutefois s’interroger sur l’efficacité immédiate de certains de ces effets. En effet, il n’est pas évident du tout que le spectateur capte immédiatement la raison d’être des rires enregistrés, par exemple, qui participent en fait d’une volonté de parodier les séries américaines. Certes, cette prise de conscience se fera progressivement, mais il n’en reste pas moins que cela pourra déconcerter, tout au moins au début.
Quoi qu’il en soit, cette version décapante de la pièce dépoussière totalement celle du Théâtre de la Huchette et Jean-Luc Lagarce réussit l’exploit de surprendre tous les spectateurs, y compris ceux qui auraient déjà vu, lu ou étudié la pièce à plusieurs reprises… Quelques exemples suffiront à illustrer l’originalité de la mise en scène : l’intégration dans la pièce elle-même des notes de bas de page, tout d’abord ; ainsi la bonne nous annonce-t-elle doctement que « dans la mise en scène de Nicolas Bataille, on n’embrasse pas le pompier » (!). Ensuite, l’explosion du décor qui accompagne l’explosion du langage à la fin ou bien encore le prolongement de la pièce par la présentation, par les comédiens, d’autres fins possibles… avec la complicité d’une partie du public, invité à monter sur scène.
Les bonus sont d’une utilité incontestable, puisqu’ils offrent la possibilité de comparer différentes versions de la pièce et éclairent judicieusement les choix de mises en scène et ceux liés à la technique (tournage, prise de son, lumières etc.). On prendra ainsi conscience de la minutie avec laquelle la réalisation est effectuée, puisque chaque plan est pensé à l’avance pour rendre la captation la meilleure possible.
Le livret constitue quant à lui un outil pédagogique très riche pour approfondir l’étude de l’œuvre et les liens entre texte et représentation. Gilles Scaringi (professeur de lettres et de théâtre) et Frédérique Toudoire-Surlapierre (maître de conférences en littérature comparée) y proposent des séquences en relation avec les programmes, un décryptage précis de la captation vidéo ainsi qu’une analyse judicieuse et éclairante des partis pris scéniques des quatre metteurs en scène.
En fin de compte, il s’agit d’un coffret très utile et fort bien fait, qui réjouira tous les enseignants rêvant de longue date d’une captation efficace et aisément exploitable en classe.
Le DVD apporte, s’il en était besoin, la preuve que La Cantatrice chauve est, selon le mot de Jean-Luc Lagarce, « une formidable machine à jouer, une machine à faire du théâtre ».
http://www.theatre-contemporain.net/Accueil-distribution,694
http://www.sceren.com/cyber-librairie-cndp.asp?l=la-cantatrice-chauve-de-eugene-ionesco-mise-en-scene-par-jean-luc-la&prod=87388

Jean-Eudes Gadenne - 7 novembre 2008


Aucun commentaire

Ajouter un commentaire...

 
Votre nom [Respect de la vie privée]
Votre adresse mail [Confidentialité]  *   
Recopier le code de sécurité * 

Fil rss de la catégorie Le fil RSS de la catégorie


contact Contact - Qui sommes-nous ? - Album de presse - Aider WebLettres - S'abonner au bulletin - Faire un lien - WebLettres sur Twitter


© WebLettres 2002-2017