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Les notes de lecture

 

fleche Boîte à trésors

Jean-Noël Blanc, Couper court
Éditions Thierry Magnier, 2007

blanccoupercourte.jpg C’est comme une boîte à trésors.

D’abord il y a la nouvelle « La nouvelle » qui parle d’une nouvelle (élève) et de la nouvelle (comme genre). Elle n’était disponible que dans une revue déjà ancienne alors qu’elle est précieuse pour faire réfléchir les élèves sur la définition d’un genre, tout en leur parlant d’eux avec justesse. Écrite en collaboration avec Annie Saumont elle ouvre avec énergie ce recueil savoureux.

Il y a ensuite des nouvelles en quatre lignes (trois et quelques) à la manière de Félix Fénéon (Nouvelles en trois lignes, Mercure de France). Excellent exercice de style à pratiquer sans modération, mais non sans rigueur et précision, avec les élèves. Un exemple :
« Tombés du camion : telle était la réputation des écrans plats vendus à Dallas (Texas) par des receleurs indélicats. Quelques dizaines de clients auraient ainsi acquis, pour peu de dollars en effet, de tristes portes de four. »

Il y a des nouvelles courtes, des « expressos » comme les appelle l’auteur. On recommandera « Discours impraboble » (sic) qui est comme un clin d’œil aux professeurs de Français, « L’expérience » au narrateur inattendu (un gorille ! Tant pis, vous le savez !), ou « Moins » sur l’anorexie. Sur les ateliers d’écriture, on ne manquera pas « Séductrice » où il est question de l’histoire des « Trois merveilleuses crottes de nez » (faites excuse !). Pour prendre quelque recul avec le métier, et notre déplorable obstination à imposer des consignes, la lecture de « Classe de français » est recommandée. Quant à l’éternelle question « Qu’a voulu dire l’auteur ? », elle trouve une réponse amusée dans « Cher auteur ».
« - Cher auteur, j'ai été passionné par votre dernier roman comme tous nos auditeurs sans doute. Mais en même temps je me pose des questions. Par exemple, quand vous terminez l'ouvrage par cette phrase que je cite, “le miel lui laissa dans la bouche un goût qui mit longtemps à s'effacer”, que vouliez-vous dire exactement ?
- Le personnage dont il est question à ce moment dans le roman vient d'avaler du miel de bruyère. Vous en avez déjà mangé ? Le goût reste longtemps dans la bouche, n'est-ce pas ?
- Certes. Mais enfin, vous vouliez dire autre chose, non ?
- Quoi d'autre ? Je voulais souligner que le goût du miel, et de ce miel-là en particulier, ne disparaît pas vite. Il est long en bouche, comme on dit.
- Mais il y a forcément un sens derrière vos phrases, sinon vous ne seriez pas écrivain. Vous avez bien une intention lorsque vous alignez les mots ? »


Il y a une superbe nouvelle sur les mots « Passe-moi la vitonnière », comme un clin d’œil à Jacques Perret avec son « vistemboir ». Et « Recette pour homme de lettres » fait penser avec ses jongleries sur l’alphabet, à Hugo ou Le Clézio :
« Le Q : monsieur tire sur une clope depuis longtemps éteinte.
Le M : hirondelle dessinée d'un trait; ou héron cendré plutôt : il en a le vol cassé caractéristique, avec ses ailes interminables et le bec qui pointe. »


Comme on le voit Jean-Noël Blanc est tout sourire, mais il sait parfois se faire grave. Le texte intitulé « Les gros mots » est comme un écho à la nouvelle de Vercors « Ce jour-là ». L’émotion vient d’un coup.

Plaisir de la lecture garanti avec ce recueil qui montre superbement l’efficacité des textes courts et qu’on a envie de partager aussitôt. C’est fait !


Roger Berthet - 5 novembre 2007


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