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Les notes de lecture

 

fleche Une détestation pleine de sens

Éric Chevillard, Démolir Nisard
Editions de Minuit, 2006

nisar.jpg Mais que lui a donc fait Désiré Nisard pour qu'Éric Chevillard le démolisse ainsi, avec l'énergie d'un Frère Jean des Entommeures éblouissant de fureur et de verve ?
Il a été tout simplement un des critiques littéraires les plus en vue et les plus honorés (sinon appréciés) du XIXe siècle. Il a surtout soutenu imperturbablement que la littérature française n'avait cessé de décliner depuis le XVIIe siècle. Il a prétendu que la littérature se devait d'être morale alors qu'il a soutenu sans vergogne que la morale des Princes n'est pas celle du Monde. Il a dénoncé les meilleurs écrivains de son temps pour finir à l'Académie, auteur malheureux de discours de réception insipides (on peut en juger sur le site de l'Académie française justement).
Et Chevillard de partir à l'assaut avec l'aide opportune de Pierre Larousse et de son Grand Dictionnaire. C'est pour faire de Désiré Nisard la plus belle tête de turc qui soit, le parangon de la bêtise satisfaite, le responsable absolu de tous les malheurs du monde. Autant le dire le lecteur est comme abasourdi de plaisir devant de telles attaques car tout y passe :
- énumérations savoureuses, de vautours ou de chapeaux :
« Vous souhaitez acheter un feutre mou pour avoir un peu plus d'allure, un sombrero pour améliorer votre espagnol, une bombe pour pousser votre cheval dans la plaine, un melon pour ressusciter le burlesque, une casquette pour rajeunir, une cagoule pour que les choses changent, un bibi pour laisser parler la femme, une couronne pour être obéi, un canotier pour vos parties de campagne, un haut-de-forme pour épouser Métilde, désolé, la chapellerie Nisard ne vend que des bonnets de nuit.»
- pastiches de textes littéraires (surprenant ce poème avec des rimes en « outre » !),
- détournements de dépêches de presse où le nom de Nisard remplace celui des abuseurs et autres malfaisants de tout poil (oui c'est lui qui nous a fait perdre la Coupe Davis !),
- description du ténia, avatar de Nisard ou de l'isard (!) son contraire...
Chevillard rêve d'un livre, d'une littérature, d'un monde garantis sans Nisard. Et c'est un festival de formules à l'emporte-pièce : « Si mon mépris était un moulin, Nisard serait tout le blé de France. »
On finit par se dire qu'on remplacerait bien Nisard par son propre pire ennemi. Mais non, Nisard devient un absolu et, pire que le Monsieur Panado de Vialatte ou la Madame Gribiche de Gripari, il est le mal qui nous accable sans cesse.
Ce petit livre plein d'humour est le blâme par excellence et ce dès les premières mots : voir les pages 8 à 10, admirable mise-en-bouche de ce festin de méchancetés accablées. Ne pas rater non plus la diatribe contre l'adolescent au téléphone portable (page 169). Mais dira-t-on, quel rapport avec le sujet ? Le mal, sous toutes ses formes, et l'humour. Il suffit d'aller voir. Encore ne vous a-t-on rien dit des interventions agréables de Métilde, douce compagne du narrateur.

Pour compléter ce « l'ai-je bien descendu ? », on peut aussi lire avec intérêt le petit volume paru aux éditions Mille et une nuits sous le titre Contre la littérature facile qui contient, outre ce texte de... Nisard, la réponse que lui a faite Jules Janin et quelques détails non dénués d'intérêt.
Roger Berthet, 10 novembre 2006



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