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Les notes de lecture

 

fleche Un livre a-t-il une âme ?

Paul Desalman, Le Pilon
Quidam Éditeur, 2006

desalman.gif Étonnant le héros de ce livre qui bavarde, bavarde, raconte sa vie et s’intéresse à tout. Il nous tient en haleine avec ses aventures picaresques pour le moins et ce d’autant plus que ce héros-narrateur est… un livre.
Autobiographie fictive (tant pis pour l’oxymore !), s’il en est, d’un ouvrage qui comme tous ses semblables est voué à plus ou moins brève échéance au pilon. Autant dire à la mort. Et elle viendra, mais pas comme ça, pas sous cette presse monstrueuse qui, nous dit le narrateur, dévore un cinquième de la production annuelle des éditeurs. Non, la mort du héros ne sera pas banale ou ignominieuse et elle vaut au lecteur la dernière page du livre, superbe.
Auparavant le livre bavard nous dit tout de ses aventures (bien plus variées que celles de la plupart de ses semblables il est vrai). Cela permet au lecteur de découvrir les coulisses de l’édition, et de la librairie, les plaisirs de la lecture et même de savoureuses anecdotes.
Paul Desalmand est passionné par l’écriture (voir son ouvrage Écrire est un miracle). Le livre auquel il prête sa voix sait être drôle, intelligent sans pédanterie, coquin à l’occasion. On apprend ce qu’est le « désherbage » d’une bibliothèque, l’origine d’une trop célèbre citation de Voltaire ou l’existence d’un Club des Amateurs de Citations (le CAC 40, mais si !). On y lit un superbe pastiche de Malraux interrompu par l’impertinence de Mauriac : « Et dire qu’il a écrit Les Voix du silence » ! On y découvre les dédicaces de certains auteurs à Mitterrand. Il y a de belles pages sur les femmes écrivains et les femmes en général, « coquin » on vous dit. Mais surtout on y croise bien des écrivains aimés, un peu oubliés voire contestés.
Et le plaisir de lire, si bien évoqué dans ces pages, est encore accru par ce livre malin où la voix du narrateur est celle d’un livre mais l’intelligence et l’humour celles de l’auteur qui nous fait partager ses passions, son engagement et apprécier ses convictions d’honnête homme..
C’est bien une autobiographie fictive avec toutes les ambiguïtés du genre, pour notre plaisir. Après tout l’empereur Hadrien a pour nous aujourd’hui l’accent de Marguerite Yourcenar, qui s’en plaindrait ?

Les premières phrases :
« Un roman doit commencer par une gifle et se terminer par un coup de poing, me dit un frère de papier. Pour un autre, il faut impérativement un cadavre dans le premier chapitre. Tous se méprennent sur mon projet. Je souhaite uniquement raconter ma vie de livre d'une façon linéaire. J'ai donc tout banalement commencé par l'entrepôt à la sortie des presses pour continuer par les librairies et les bibliothèques où j'ai vécu, qui furent le lieu de longues discussions entre compagnons de rayonnage. »

Le site de l’éditeur :
http://www.quidamediteur.com/NewFiles/livres/Pilon.html
Roger Berthet, 10 novembre 2006


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