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Les notes de lecture

 

fleche Le temps d’une bougie

Bernard Friot, Rien dire
Actes Sud Junior, mars 2007

riendire.jpg « Stage de préparation au bac de français » ou, en d’autres termes, prendre la parole le temps qu’une bougie se consume.
« Règle du jeu : un élève vient s’asseoir sur une chaise, au centre de la pièce, devant les autres, disposés en demi-cercle. Et il parle. De ce qu’il veut. Enfin, pas vraiment. Il faut parler de soi, de sa situation, de ses projets, de ses passions. »
Ce jeu ne devrait pas poser de problème à Brahim dont le débit et la tchatche énervent sa mère : « Brahim, ferme ton robinet ! ». Demain, ce sera à son tour de prendre la parole.
Mais Brahim ne veut pas parler : il n’a rien à dire. Lui, le bavard, ne parlera pas.
« Quand je parle, c’est pour ne pas entendre les mots dans ma tête. Je les noie en disant n’importe quoi. »
Pourtant, dans la tête de Brahim, les mots se bousculent : les trous dans sa chaussette qui l’obsèdent, les punitions récoltées pour « exhibitionnisme pédestre », sa mère qui marchande comme au souk et surtout, surtout… les gâteaux allemands. Brahim en est passionné. C’est lors d’un séjour en Allemagne, chez son oncle Walid, que le jeune garçon a découvert la douceur des gâteaux allemands. Et il en parle divinement, d’autant qu’il s’est également découvert de véritables dons pour la langue allemande, lui que l’on a tenté de détourner de cet apprentissage parce qu’ « un Arabe, ce n’est pas censé faire d’allemand » d’après le directeur du collège.
Brahim goûte autant les mots allemands que les gâteaux et il raconte…. le « stollen » : « La première syllabe est gourmande, presque affamée, la seconde légère et rassasiée. » Et pour remplir le silence et son creux au ventre, Brahim donne la recette. Il décrit la « konditorei », pâtisserie où il apprend à réaliser ses gâteaux préférés.
Brahim parle. Pourtant, le mal de ventre ne disparaît pas, la douleur est toujours présente.
Cet adolescent, malade de ses mots, malade de ses racines, malade du racisme latent ou plus violent, parviendra-t-il à dire ce qu’il a dans le ventre ?

Connu pour ses courtes nouvelles amusantes et ses romans plus graves pour adolescents, Bernard Friot nous offre ici un très beau texte, plein de miel et de violence, paradoxalement rempli de silence et de mots, qui pourrait convenir à des élèves de troisième, dans le cadre de l’expression de soi ou bien en lien avec d’autres thèmes tels que le racisme ou la découverte d’une passion.


Catherine Briat - 5 novembre 2007


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