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Les notes de lecture

 

fleche Des adolescents contre le fascisme

Jean-Claude Mourlevat, Le Combat d'hiver
Éditions Gallimard Jeunesse

mourlevatc.jpgGageons que bien des adolescents (des adultes aussi peut-être) aimeraient avoir une « consoleuse » capable de leur offrir un moment d’écoute sans passion, une attention chaleureuse et simple. Mais pour les héros de ce roman exigeant, les moments passés avec leur « consoleuse » sont bien rares. Ils sont orphelins et ne savent rien de leur vie d'avant. Les jours n’en finissent plus d’apporter leur lot de grisaille et d’incompréhension.
C’est presque par hasard qu’ils apprennent que leurs parents ont été éliminés par la Phalange qui dirige le pays d’une main de fer. Cet héritage leur donne le courage d’abord de fuir l’orphelinat puis d’affronter une réalité sinistre. Poursuivis par les « hommes-chiens », aidés par les « hommes-chevaux », ils affronteront la dictature et parviendront à trouver la liberté, mais à quel prix. Il y aura le monstrueux « combat d’hiver », parodie des jeux du cirque, il y aura la mort pour certains aussi. Car l’affrontement entre le bien et le mal est ici rien moins que manichéen et c’est sa force. Même les pires brutes ont des sentiments et des passions. Les héros sont particulièrement attachants et on les suit dans leurs luttes, leurs hésitations et leurs rêves comme autant d’amis lointains.
Réalisme et fantastique se mêlent sans fausses notes. Pas de magie, pas d’armes improbables, de situations invraisemblables, juste une sorte de décalage ou d’anticipation qui semble nécessaire et ne pèse jamais. « Consoleuses », « hommes-chiens », « hommes-chevaux » sont des créations remarquables mais la ville et le pays où se passe l’action, pour imaginaires qu’ils soient, rappellent des réalités récentes ; ils sont décrits avec un réalisme efficace. Le moindre détail touche : un geai qui par sa présence aide à espérer, le souvenir d’un chant qui fait trembler jusqu’au désespoir, un autre chant qui entraîne une foule dans un combat nécessaire.
Si l’on voulait qualifier ce roman c’est en le disant « généreux » que l’on trouverait sans doute le mot juste. Ils ne sont pas si nombreux les livres qui méritent ce terme. Et en plus l’écriture est à la fois simple et poignante.
C’est un ouvrage dont on a hâte qu’il paraisse en collection de poche pour pouvoir le faire lire. Le faire lire, pas nécessairement l’étudier ou l’analyser. La lecture est ici un plaisir grave et une sorte de nécessité.
Jean-Claude Mourlevat est un auteur passionnant et ses livres sont variés.
On ne présente plus la magique réécriture du Petit Poucet qu’est l’histoire de L’enfant-océan à présent bien connue des enseignants de collège. Mais il faut rappeler le petit livre (petit parce que court) paru chez Arléa Je voudrais rentrer à la maison. Ce sont les souvenirs bien réels de l’auteur. Tout y est dit avec pudeur, humour parfois, simplicité. L’internat où se languissait Mourlevat petit garçon a sans doute fait naître les images de l’internat du début du « combat d’hiver ».
Dans cette belle œuvre autobiographique, on trouve des souvenirs que l’on partage souvent, des pages sur la lecture (« Robinson, mon frère ») qui touchent et le jeu de la mémoire y est puissant :
« Les métaphores de la mémoire sont jolies : la tablette de cire sur laquelle se gravent les images mentales ; le grenier où elles sont en attente, empoussiérées ; la bibliothèque où elles sont rangées comme des livres ; ou encore (ce qui me convient mieux) la volière où elles évoluent tels des oiseaux de toutes couleurs.
« J'ai de la mémoire une représentation plus vertigineuse : je me figure le temps qui passe comme une soufflerie constante qui emporterait tout. Quelques morceaux de tissu se prendraient dans les branches d'un arbre et y resteraient accrochés. Ce sont nos pauvres souvenirs. Ils s'entêtent et résistent à tous les vents. On les connaît, ils nous deviennent familiers ; on leur rend visite parfois. Et s'ils viennent à s'envoler à leur tour (bourrasque plus violente), ou bien s'ils tournent lambeaux (usure), alors on se souvient qu'on se souvenait, et c'est presque la même chose. Quant aux autres images, elles sont entraînées toujours plus loin par le souffle éternel (Mon Dieu !). Plus le temps passe et plus elles s'éloignent de nous ; elles se perdent dans les abysses (brr...). »

Décidément il faut lire et faire lire Jean-Claude Mourlevat.
On peut aussi lui rendre visite ici :
http://www.jcmourlevat.com/

Roger BERTHET - 11 mars 2007



Commentaire

  • Par conejero corinne - 07/02/2008
    ma fille de 13 ans l'a lu, relu, rerelu et ... le relira sûrement.

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