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Les notes de lecture

 

Catégorie : Littérature de jeunesse


fleche Des tas de questions et leurs réponses

Marie-Claire Martin et Serge Martin, Quelle littérature pour la jeunesse ?
Klincksieck, Collection 50 questions, 2009

martin.jpgParce que certains ouvrages semblent faits n’importe comment, on a envie de les lire n’importe comment. Et on a raison, un peu, au début !
S’agissant de littérature jeunesse, on peut avoir quelques idées et des questions. Justement le livre de Marie-Claire Martin et Serge Martin en proposent cinquante (50 !). On cherche les siennes dans la table des matières et on est surpris par celle-ci : question 20 « Que faire quand un livre vous saute à la figure ? ». Comment résister ? On lit alors une présentation palpitante d’un roman d’Hubert Mingarelli, Vie de sable, qu’on ne connaît pas et qu’on lit donc dans l’urgence. C’est une découverte. Une voix, une présence, une écriture ; on est bien loin d’une définition de la littérature pour la jeunesse convenue.
Il faut revenir à notre étude : dans la réponse à la même question (20) nous sautent aussi à la figure les livres-objets, livres animés qui se déploient en découpures magiques. Mais pourquoi Mingarelli et ces ouvrages-ci ? Ah ! il est aussi fait appel à Mallarmé et à Michaux. Ouf !
On cherche donc sagement une de « nos » questions, les auteurs l’abordent : question 6 « Qu’est-ce qu’un classique en littérature jeunesse ? ». Trois pages plus tard on n’est guère avancé, déconcerté sûrement. Il ne reste plus qu’une chose à faire : reprendre au début : question 1 « La littérature jeunesse est-elle un genre ? »
Alors les questions s’enchaînent et avec elles les réponses dont chacune contient l’analyse d’un ou plusieurs livres connus ou inconnus du lecteur. C’est tout l’enjeu du livre : « Rendre compte de ce qu'on appelle la littérature de jeunesse c'est se situer au carrefour de la rencontre avec tel ou tel livre pris à la production pour la jeunesse qu'on aimerait considérer à chaque fois comme une œuvre vivante, et de l'interrogation qui, partant de cette vie des œuvres, engage une perspective anthropologique, pour le moins interdisciplinaire. »
Les présentations sont claires, les commentaires bien plus touffus. On croit un moment se perdre dans un jargon d’analyse, mais l’ensemble est construit, cohérent alors même que la suite des questions paraît bizarre ou hasardeuse. C’est que les auteurs connaissent la littérature de jeunesse ET ses commentateurs les plus pointus. Ils n’hésitent jamais devant tel ou tel rapprochement avec la et les critiques. Les questions sont de quasi prétextes mais le plan est habile.
Il faut s’efforcer, relire parfois, mais à chaque page ou presque vous naît une envie de lecture, même la lecture d’albums pour les petits qui ne vous auraient jamais arrêtés en librairie (Monsieur le lièvre voulez-vous m’aider ?). La notion d’album est d’ailleurs éclairée, celle d’autofiction aussi, en lien avec les souvenirs d’enfance ; on comprend l’importance du rythme, celle de la voix, des voix comme notion centrale de cette étude, et celle des images, de la moralité, de la construction de l’identité, du racontage et du « Encore ! » à la fin de la lecture du soir…
Quant à savoir si « la littérature est vouée à la scolarisation », la question est évidemment posée (question 11). La réponse (mais ici on simplifie) parle d’une « situation de pédagogisation généralisée » et est en grande partie contenue dans une citation : « Une tendance lourde de la littérature de jeunesse est à une sur-instrumentation pédagogique et éducative. » (Paul Garapon, revue Esprit, 2002). On comprend pourquoi un Dictionnaire de la littérature jeunesse à l’usage des professeurs des écoles paru récemment n’est qu’un catalogue doublé d’un lexique sommaire de linguistique et d’analyse littéraire. Il peut au mieux servir… de catalogue. Mais on se rappelle aussi le numéro 462 (avril 2008) des Cahiers pédagogiques qui propose un ensemble de réflexions fort utiles sur les liens entre littérature pour la jeunesse et l’école. On y trouve en particulier des idées sur l’interdisciplinarité (« Chercher le vrai dans la littérature jeunesse » de Michel Zakhartchouk) et des propositions d’activités très intéressantes et diverses. De belles perspectives donc.
Avouons ! Le lecteur sort un peu étourdi de cette série de cinquante (50 !) réponses mais il est bien décidé à lire Momo, l’intégrale (Nadja) et à (re)lire Blanchot (convoqué entre autres détails pour commenter l’histoire de la souris Abel), à reprendre pour la énième fois Pinocchio et à utiliser à bon escient le numéro 462 des Cahiers pédagogiques.
Une dernière question : on se demande « Pourquoi Perec, pourtant cité, n’apparaît ni dans l’index ni dans la bibliographie ? » Mais cette disparition l’aurait sans doute amusé. Allons, ce qui est dit de lui vient, sauf erreur, de Penser/Classer paru chez Hachette en 1985.


Roger Berthet - 12 février 2009

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fleche Échanges culturels autour de la Méditerranée

Isabelle Giafaglione, Marie Magellan, Le Vénitien et le Maure
Éditions du Jasmin, 2008

giafa.jpg Giacomino, un jeune Vénitien orphelin de père, est très inquiet pour sa mère qui souffre d’une maladie que les médecins sont incapables de soigner. En 1190, les connaissances scientifiques des médecins chrétiens sont très minces. C’est alors qu’il entend parler du Canon de la médecine d’Avicenne. Il décide donc de partir à la recherche de cet ouvrage, ou de savants capables de le lire et le comprendre. Il embarque sur une nef en partance pour Constantinople dans l’espoir de rejoindre ensuite Tolède, où Gérard de Crémone a rassemblé et traduit des manuscrits venus d’Orient. Mais Zita, sa jeune amie saltimbanque, n’entend pas rester à Venise à l’attendre. Elle embarque clandestinement. Après une traversée riche en rebondissements – tempête, accusation de sorcellerie, ordalie, attaque de pirates – les deux jeunes gens arrivent finalement en Sicile où ils vont donc croiser des personnages de fiction – un nain monstrueux et puissant, des mendiants, des savants à la cour de Palerme – mais aussi des personnages historiques comme Richard Cœur de Lion, le roi Philippe Auguste et Tancrède.
Ce roman historique permet aux jeunes lecteurs de découvrir un autre Moyen Âge, celui du pourtour de la Méditerranée, où chrétiens et musulmans se rencontrent et vivent ensemble. Il rappelle aussi comment le monde musulman a transmis au monde chrétien l’héritage culturel de la Grèce. Les élèves pourront suivre avec plaisir les multiples aventures des personnages attachants et hauts en couleurs. Dans le récit principal sont également enchâssés de courts récits (histoires de marins, où le merveilleux du Moyen Âge fait son apparition, histoires de personnages secondaires), mais aussi des chansons de cette période. Un glossaire en fin de livre et des notes de bas de page aident le lecteur.
La richesse du vocabulaire et les procédés littéraires (changements de point de vue, portraits délicieux, dialogues vifs, récits de batailles ou art du conte) permettent une intéressante exploitation en classe de cinquième. Il est possible de l’étudier avec le professeur d’histoire qui traite en cours cette période. Les élèves pourront jouer à distinguer personnages historiques et personnages de fiction.
On peut souligner enfin l’aspect du livre, une belle couverture, un format original, un papier de qualité.




Isabelle Fossard - 19 janvier 2009

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fleche Au pays de Beatrix Potter

Marie-Aude Murail, Miss Charity
Ecole des loisirs, 2008

missch.jpg Miss Charity est tout d’abord un livre qui attire le regard sur les rayons d’une librairie : une couverture d’un rose passé, une petite fille modèle tenant dans les bras un lapin en guise d’illustration et surtout, 600 pages. On se demande alors qui ose proposer un tel pavé à de jeunes lecteurs… Il s’agit d’un nom bien connu de la littérature jeunesse : Marie-Aude Murail, auteur de La fille du docteur Baudoin, Oh boy !, L’Assassin est au collège
Si le nombre de pages surprend, la présentation elle aussi sort de l’ordinaire : de nombreuses illustrations de Philippe Dumas jalonnent le texte et le dialogue est présenté comme dans un texte théâtral :

Une autre fois, Mary partit avec moi acheter un lapin au marché.

Mary
Votre père les aime beaucoup.

Mais c’était en pâté. Sur un geste de la cuisinière, le marchand attrapa un lapin par la peau du cou. Il était bien dodu, bien joufflu, et avait l’oeil brillant. Il aurait fait un bon petit compagnon autant qu’un bon pâté. Je joignis les mains.

Moi
Oh, Mary, ne le tuez pas tout de suite.

Le lapin eut droit à un sursis et, dès qu’il fut en sûreté dans la nursery, je lui cherchai un nom.

Tabitha
Appelez-le Pâté. Ça l’habituera.


Miss Charity est une petite fille de cinq ans, élevée dans la bonne société anglaise en 1880. Elle ne s’intéresse pas aux mêmes jeux que ses cousins et passe pour une originale. Passionnée par les animaux, elle s’instruit seule, se cultive, dessine, installe une véritable ménagerie au troisième étage de sa maison. Si cette occupation peut paraître passionnante, il n’en est rien de la vie de la petite fille, que ses parents délaissent. Seul comptera pour la mère de Cherry que sa fille lui tienne compagnie et qu’elle parvienne à trouver un mari.
Alors, Cherry s’élève seule, se cultive seule ; dans la mesure où elle reste « respectable », ses parents la laissant se passionner pour ces « broutilles ». Alors, elle peint ses animaux, habillés de petits tabliers, de petits bonnets.
Mais la jeune fille restera-t-elle respectable lorsque ses aquarelles intéresseront les éditeurs et que peu à peu, elle sera amenée à publier les aventures de Master Peter, son lapin humanisé ?
C’est tout le parcours de la création, de l’édition, de ses embûches que retrace Marie-Aude Murail ; le monde du théâtre est également évoqué puisqu’au détour de ses sorties, Charity croise Georges Bernard Shaw et Oscar Wilde.
Une jeune femme peignant des animaux qu’elle humanise, des petits lapins portant de petits vêtements, des souris avec un tablier : cela ne vous rappelle rien ? Effectivement… Beatrix Potter. Le roman, écrit à la première personne, est très librement inspiré de la biographie de l’auteure anglaise.
On se laisse facilement entraîner dans cette histoire qui évoque l’Angleterre victorienne, l’éducation superficielle des jeunes filles de l’époque, leur unique condition de femme à marier ; le lecteur se prend d’amitié pour cette petite fille qu’il regarde grandir jusqu’à l’âge adulte.
Il se dégage de ce roman une atmosphère particulière, différente des romans à la mode pour adolescents : les lecteurs nostalgiques de Dickens et de la Comtesse de Ségur y retrouveront l’ambiance des contes pour enfants bien écrits.


Catherine Briat - 11 décembre 2008

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fleche Jeux de piste en Europe

Maureen Johnson, Treize petites enveloppes bleues
Gallimard Jeunesse

treiz.jpg
Quelque temps après la mort de sa tante adorée, Virginia, dite Ginny, seize ans, reçoit un curieux héritage : un paquet contenant treize petites enveloppes bleues, à n’ouvrir qu’une par une… et ce colis va changer à jamais la vie de jeune fille sage et timide de Jenny.
Les règles sont claires :
1 : Tu ne peux emporter que ce qui tiendra dans ton sac à dos.
2 : Tu ne dois emporter ni guides de voyage ou de conversation, ni aucune aide pour les langues étrangères.
3 : Tu ne peux pas prendre d’argent en plus, ni de carte de crédit, de chèques de voyage, etc.
4 : Pas d’expédients électroniques. Ce qui signifie pas d’ordinateur portable, de musique, d’appareil photo.

Étrange. Tante Peg était tout sauf une passionnée des règles… La première enveloppe contient 1 000 dollars : départ de New York, destination Londres. Commence alors pour Ginny un voyage initiatique, loin d’être de tout repos pour cette jeune fille plutôt introvertie. Tout au long de ce périple, sur les pas de sa « tante en cavale », Ginny apprendra à la fois qui elle est et qui était cette tante si farfelue, passionnée de peinture, libre et amoureuse. La jeune fille, qui se croyait banale, grandit, s’ouvre aux autres grâce à des rencontres extraordinaires : Richard, l’amoureux de sa tante, qui la lui fait découvrir sous un jour nouveau ; Olivia, qui lui avoue son homosexualité ; ou bien Keith, qui l’aidera à se découvrir elle-même. C’est bien là le but que s’était fixé tante Peg : former sa jeune nièce, lui faire découvrir le monde et les gens qu’elle a aimés et l'aider à découvrir son propre univers, à entrer dans l’âge adulte.
Certes, l'histoire paraît parfois invraisemblable et loin de la réalité, mais il n’en reste pas moins que le texte de Maureen Johnson entraîne le lecteur dans un voyage plein de fraîcheur dans toute l’Europe, de Londres à Amsterdam en passant par Rome et Athènes. Ce roman permet une découverte originale de l’Europe mais peut également servir de lecture complémentaire sur l’épistolaire en 4e. Le thème du deuil est aussi abordé de façon originale car, pour une fois, le deuil ne se construit pas en essayant d’accepter la perte ; au contraire, tante Peg est encore plus présente grâce à ses lettres. Elle accompagne Ginny dans son parcours, la guide, l’aide à grandir comme si elle lui tenait la main. C’est donc par cette nouvelle présence, ce dialogue entre Peg et sa tante qui s’installe par-delà la mort que la perte est finalement vécue comme quelque chose de constructif.
Cette lecture est une lecture-plaisir, sans mièvrerie, et la découverte par une jeune fille de plusieurs pays d’Europe est intéressante, précise et juste. Le roman rappellera au lecteur des lieux visités ou lui donnera l’envie de les découvrir.


Catherine Briat - 23 septembre 2008

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fleche Dans les pas de Molière

Jean-Claude Noguès, L’homme qui a séduit le Soleil
Pocket jeunesse, 2008

solei.jpg « Gabriel en laissa tomber trois des quatre pommes.
- Le sieur Molière de la salle du Palais-Royal ?
- Du Palais-Royal.
- De la troupe de Monsieur ?
- De la troupe de Monsieur. »

C’est par cet échange que Gabriel, un jeune garçon qui rêve de devenir comédien, fait la connaissance de celui qu’il admire tant et qui va changer le cours de sa vie.
Tous les jours, Gabriel se rend sur le Pont-Neuf à Paris pour tenter de gagner les quelques piécettes qui lui permettront de payer sa croûte à la mère Catoche, sa logeuse. Mais la vie est dure en ces années 1660 et l’argent est difficile à rapporter, pour lui comme pour les autres bonimenteurs, saltimbanques, baladins, médecins qu’il côtoie sur le pont. Heureusement, Gabriel a pour amis la belle Amapola et Beppino, le saltimbanque ambulant, qui lui offre de temps à autre le petit rôle de Picotino, ce qui enchante littéralement Gabriel et le transcende car « par la magie d’un vêtement d’emprunt, il est un autre. »
Un beau jour, parmi les spectateurs, se trouve le fameux Molière qui, intéressé par la prestation de Gabriel, lui propose de l’engager dans sa troupe. Pour le jeune garçon, une nouvelle vie commence : il apprend à connaître les autres comédiens : Madeleine Béjart, la Du Fresne, les Du Parc, les De Brie, La Grange, la jeune Armande que Molière veut épouser. Le jeune garçon se voit déjà en comédien reconnu.
Hélas, Molière a décidé que Gabriel commencerait par être « moucheur de chandelles » et l’adolescent se contente d’observer les représentations de la compagnie du Palais-Royal. Moucheur de chandelles, ce n’est pas assez et Gabriel tente par tous les moyens d’avoir son rôle, de briller sur les planches, de déclencher les rires, ce qui n’ira pas sans provoquer l’hostilité de certains membres de la troupe, comme la jalouse Armande.
Pourtant, suivre la troupe de Molière permet de bien belles rencontres, et le lecteur n’est pas en reste : Colbert, Jean de la Fontaine, Fouquet, la reine-mère, le roi Louis XIV se succèdent sous ses yeux.
Ce roman historique peut être pour le professeur l’occasion d’aborder la notion d’intertextualité (les raisons pour lesquelles Molière écrit L’Ecole des maris, notamment) et d’étudier une courte mais assez riche période de la vie de Molière. Ce dernier commence à connaître le succès et il pourrait être intéressant de voir la vie qu’il menait alors qu’il écrivait Les Fâcheux, L’Ecole des maris puis L’Ecole des femmes. La dimension personnelle n’est pas oubliée : Molière n’est pas seulement considéré comme dramaturge, mais aussi comme un homme, agité de doutes et de tracas, ce qui le rendra plus proche pour des collégiens.
Il sera également possible d’aborder l’œuvre sous l’angle historique puisque le roman débute par la gloire de Fouquet et finit par son emprisonnement à la forteresse de Pignerol. On s’attardera sur le jeune roi Louis XIV et son souci de gloire, sur le mécénat, la vie des écrivains de l’époque, la fête que donna Fouquet à Vaux-le-Vicomte et qui le mena à sa perte. Si tout est parfaitement bien documenté, rien n’est pesant dans ce texte qui permet à tous ces personnages historiques de prendre vie.
Un livre à conseiller pour des collégiens amateurs de romans historiques et de romans d’apprentissage.


Catherine Briat - 22 juillet 2008

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fleche Des amours contrariées

Élisabeth M. Rees, Le Choix de Giovanna
Nathan

giovann.jpg C’est une nouvelle collection que lance Nathan intitulée « À la rencontre de… » : une bien belle idée que d’écrire des romans autour d’une célèbre œuvre d’art.
Le premier d’entre eux dévoile l’histoire de cette jeune femme à la robe verte du tableau de Jan Van Eyck, Les époux Arnolfini. Savez-vous quelle est son identité et ce que traduit son regard : la peur, la soumission, la tristesse, l’amour ? Est-elle amoureuse de celui dont elle tient la main ?
Nous sommes à Bruges, en 1432 et Giovanna Cénami a 14 ans. Ce que la jeune fille ne sait pas encore, c’est que sa vie va basculer ce soir où elle sera invitée à la fête donnée en l’honneur du duc Philippe Le Bon. Le jeune troubadour dont elle tombe amoureuse va changer l’avenir que son père a déjà fixé pour elle. Car le jeune homme se nomme Grimaldi, patronyme haï de la famille des Cénami. L’histoire de Roméo et Juliette va-t-elle se reproduire ? Pourra-t-elle l’épouser malgré la volonté de son père qui, lui, a prévu de marier sa fille à son riche associé, marchand de tissu, afin d’éponger ses dettes ?
Giovanna est une jeune fille rebelle, bien décidée à ne pas céder à son père mais déterminée à suivre son cœur et son troubadour. Mais c’est là que le parallèle avec Roméo et Juliette s’arrête car le bel Angelo Grimaldi fomente en réalité une odieuse machination qui vise à déshonorer la famille de Giovanna.
Le célèbre tableau de Van Eyck, aujourd’hui exposé à Londres, trouve ici son histoire dans une libre interprétation ; l’auteur l’a imaginée dans un roman au style simple et fluide. Le rythme est soutenu, les aventures s’enchaînent sans temps mort et les dialogues ne sont pas sans consistance.
Élisabeth M. Rees a su réutiliser chaque élément du tableau, y compris les plus infimes détails, pour construire son intrigue et le lecteur s’attache rapidement aux personnages, qui appartiennent à des types précis : la jeune fille innocente et romantique, le père sévère et obtus, la servante complice, le jeune troubadour beau et passionné ; toutefois, on se tient loin de la caricature.
Ce roman d’aventures, qui nous entraîne de Bruges à Lyon et à Lucques, pourra être étudié ou donné en lecture cursive afin de familiariser les élèves avec le XVe siècle, surtout lors d’un travail mêlant littérature et peinture, à la manière de La Jeune fille à la perle, de Tracy Chevalier ou de L’Arrière-saison de Philippe Besson. On pourra également aborder d’autres thèmes tels que la condition féminine au XVe siècle, le mariage forcé, le monde de la peinture ou la société des marchands.


Catherine Briat - 23 mai 2008

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fleche L'angoisse distillée

Anthony Horowitz, Raven’s gate
Hachette

horowitz.jpg
Les professeurs de collège connaissent bien Anthony Horowitz ; il est l’auteur d’un roman à succès, L’Ile du crâne, particulièrement bien adapté aux élèves de sixième.
Son dernier roman, Raven’s gate, ne décevra pas ceux qui ont apprécié les thèmes et l’écriture d’Horowitz. Ils y retrouveront de nombreuses similitudes avec les précédents : un jeune garçon, Matt Freeman, ne donne guère satisfaction à sa famille. Sombrant peu à peu dans la petite délinquance, il est arrêté pour complicité d’assassinat lorsqu’un cambriolage tourne mal.
Tout va s’enchaîner très vite à partir de là : Matt échappe à la prison à condition qu’il accepte de participer au programme E .L.A. Pour lui, il s’agit de s’éloigner de la ville et de ses tentations pour travailler et apprendre la vie dans une ferme. Accompagné par Jayne Deverill qui accepte de l’héberger, il voyage en train, est accueilli par une sorte d’homme de ferme monstrueux et surtout, découvre qu’il est tombé dans un piège. Matt découvre peu à peu avec stupeur que ceux qui l’entourent ne sont pas ce qu’ils ont l’air d’être et lui-même ne semble pas avoir été envoyé dans ce petit village du Yorkshire par hasard.
Des bruits, des chuchotements, des chants, des prières, un chat noir qui ressuscite… Matt est cerné par les sorciers.
Pourquoi lui ?
Les actions s’enchaînent de nouveau très vite : Matt tente de s’enfuir mais est forcé de revenir sur ses pas car les chemins ne mènent nulle part. Manque de chance, lorsqu’il trouve une personne pour l’aider, cette dernière meurt, horriblement assassinée… Quelle est cette centrale nucléaire près de laquelle se retrouvent les villageois ? Pourquoi Matt a-t-il retrouvé des photos de lui, enfant, chez celle qui le loge ? L’adolescent parviendra-t-il à sauver le monde des Anciens si la porte des ténèbres s’ouvre ?
Sorciers, rites, environnement hostile, enfant porteur d’un don particulier : les motifs qui ont fait le succès de L’Ile du crâne se retrouvent dans ce roman fantastique. Mais Horowitz a su tirer un autre parti de ces ingrédients à succès et l’angoisse est soigneusement et progressivement distillée jusqu’à la scène finale, où le surnaturel apparaît à son paroxysme.
Ce roman est une reprise modernisée d’un autre titre, Les Portes du diable (Hachette), datant de 1983, et le début d’une série à venir.
Les collégiens amateurs de fantastique, d’aventure et de science, y trouveront leur bonheur.

Catherine Briat - 21 janvier 2008

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fleche Le temps d’une bougie

Bernard Friot, Rien dire
Actes Sud Junior, mars 2007

riendire.jpg « Stage de préparation au bac de français » ou, en d’autres termes, prendre la parole le temps qu’une bougie se consume.
« Règle du jeu : un élève vient s’asseoir sur une chaise, au centre de la pièce, devant les autres, disposés en demi-cercle. Et il parle. De ce qu’il veut. Enfin, pas vraiment. Il faut parler de soi, de sa situation, de ses projets, de ses passions. »
Ce jeu ne devrait pas poser de problème à Brahim dont le débit et la tchatche énervent sa mère : « Brahim, ferme ton robinet ! ». Demain, ce sera à son tour de prendre la parole.
Mais Brahim ne veut pas parler : il n’a rien à dire. Lui, le bavard, ne parlera pas.
« Quand je parle, c’est pour ne pas entendre les mots dans ma tête. Je les noie en disant n’importe quoi. »
Pourtant, dans la tête de Brahim, les mots se bousculent : les trous dans sa chaussette qui l’obsèdent, les punitions récoltées pour « exhibitionnisme pédestre », sa mère qui marchande comme au souk et surtout, surtout… les gâteaux allemands. Brahim en est passionné. C’est lors d’un séjour en Allemagne, chez son oncle Walid, que le jeune garçon a découvert la douceur des gâteaux allemands. Et il en parle divinement, d’autant qu’il s’est également découvert de véritables dons pour la langue allemande, lui que l’on a tenté de détourner de cet apprentissage parce qu’ « un Arabe, ce n’est pas censé faire d’allemand » d’après le directeur du collège.
Brahim goûte autant les mots allemands que les gâteaux et il raconte…. le « stollen » : « La première syllabe est gourmande, presque affamée, la seconde légère et rassasiée. » Et pour remplir le silence et son creux au ventre, Brahim donne la recette. Il décrit la « konditorei », pâtisserie où il apprend à réaliser ses gâteaux préférés.
Brahim parle. Pourtant, le mal de ventre ne disparaît pas, la douleur est toujours présente.
Cet adolescent, malade de ses mots, malade de ses racines, malade du racisme latent ou plus violent, parviendra-t-il à dire ce qu’il a dans le ventre ?

Connu pour ses courtes nouvelles amusantes et ses romans plus graves pour adolescents, Bernard Friot nous offre ici un très beau texte, plein de miel et de violence, paradoxalement rempli de silence et de mots, qui pourrait convenir à des élèves de troisième, dans le cadre de l’expression de soi ou bien en lien avec d’autres thèmes tels que le racisme ou la découverte d’une passion.


Catherine Briat - 5 novembre 2007

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fleche Des adolescents contre le fascisme

Jean-Claude Mourlevat, Le Combat d'hiver
Éditions Gallimard Jeunesse

mourlevatc.jpgGageons que bien des adolescents (des adultes aussi peut-être) aimeraient avoir une « consoleuse » capable de leur offrir un moment d’écoute sans passion, une attention chaleureuse et simple. Mais pour les héros de ce roman exigeant, les moments passés avec leur « consoleuse » sont bien rares. Ils sont orphelins et ne savent rien de leur vie d'avant. Les jours n’en finissent plus d’apporter leur lot de grisaille et d’incompréhension.
C’est presque par hasard qu’ils apprennent que leurs parents ont été éliminés par la Phalange qui dirige le pays d’une main de fer. Cet héritage leur donne le courage d’abord de fuir l’orphelinat puis d’affronter une réalité sinistre. Poursuivis par les « hommes-chiens », aidés par les « hommes-chevaux », ils affronteront la dictature et parviendront à trouver la liberté, mais à quel prix. Il y aura le monstrueux « combat d’hiver », parodie des jeux du cirque, il y aura la mort pour certains aussi. Car l’affrontement entre le bien et le mal est ici rien moins que manichéen et c’est sa force. Même les pires brutes ont des sentiments et des passions. Les héros sont particulièrement attachants et on les suit dans leurs luttes, leurs hésitations et leurs rêves comme autant d’amis lointains.
Réalisme et fantastique se mêlent sans fausses notes. Pas de magie, pas d’armes improbables, de situations invraisemblables, juste une sorte de décalage ou d’anticipation qui semble nécessaire et ne pèse jamais. « Consoleuses », « hommes-chiens », « hommes-chevaux » sont des créations remarquables mais la ville et le pays où se passe l’action, pour imaginaires qu’ils soient, rappellent des réalités récentes ; ils sont décrits avec un réalisme efficace. Le moindre détail touche : un geai qui par sa présence aide à espérer, le souvenir d’un chant qui fait trembler jusqu’au désespoir, un autre chant qui entraîne une foule dans un combat nécessaire.
Si l’on voulait qualifier ce roman c’est en le disant « généreux » que l’on trouverait sans doute le mot juste. Ils ne sont pas si nombreux les livres qui méritent ce terme. Et en plus l’écriture est à la fois simple et poignante.
C’est un ouvrage dont on a hâte qu’il paraisse en collection de poche pour pouvoir le faire lire. Le faire lire, pas nécessairement l’étudier ou l’analyser. La lecture est ici un plaisir grave et une sorte de nécessité.
Jean-Claude Mourlevat est un auteur passionnant et ses livres sont variés.
On ne présente plus la magique réécriture du Petit Poucet qu’est l’histoire de L’enfant-océan à présent bien connue des enseignants de collège. Mais il faut rappeler le petit livre (petit parce que court) paru chez Arléa Je voudrais rentrer à la maison. Ce sont les souvenirs bien réels de l’auteur. Tout y est dit avec pudeur, humour parfois, simplicité. L’internat où se languissait Mourlevat petit garçon a sans doute fait naître les images de l’internat du début du « combat d’hiver ».
Dans cette belle œuvre autobiographique, on trouve des souvenirs que l’on partage souvent, des pages sur la lecture (« Robinson, mon frère ») qui touchent et le jeu de la mémoire y est puissant :
« Les métaphores de la mémoire sont jolies : la tablette de cire sur laquelle se gravent les images mentales ; le grenier où elles sont en attente, empoussiérées ; la bibliothèque où elles sont rangées comme des livres ; ou encore (ce qui me convient mieux) la volière où elles évoluent tels des oiseaux de toutes couleurs.
« J'ai de la mémoire une représentation plus vertigineuse : je me figure le temps qui passe comme une soufflerie constante qui emporterait tout. Quelques morceaux de tissu se prendraient dans les branches d'un arbre et y resteraient accrochés. Ce sont nos pauvres souvenirs. Ils s'entêtent et résistent à tous les vents. On les connaît, ils nous deviennent familiers ; on leur rend visite parfois. Et s'ils viennent à s'envoler à leur tour (bourrasque plus violente), ou bien s'ils tournent lambeaux (usure), alors on se souvient qu'on se souvenait, et c'est presque la même chose. Quant aux autres images, elles sont entraînées toujours plus loin par le souffle éternel (Mon Dieu !). Plus le temps passe et plus elles s'éloignent de nous ; elles se perdent dans les abysses (brr...). »

Décidément il faut lire et faire lire Jean-Claude Mourlevat.
On peut aussi lui rendre visite ici :
http://www.jcmourlevat.com/

Roger BERTHET - 11 mars 2007

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fleche La résistance à la tyrannie peut s'apprendre dès le lycée

Yi Munyol, Notre héros défiguré
Actes Sud, 1990 pour la traduction

yimunyol.jpg Ce très court roman, écrit en 1987, par le plus célèbre auteur sud-coréen renouvelle de manière heureuse le genre de l’apologue et il peut être lu sans problème par de jeunes adolescents. La littérature asiatique est très méconnue en France ; la littérature coréenne présente l’intérêt que son pays s'est trouvé au croisement de plusieurs influences culturelles et religieuses, et le christianisme s’y est superposé aux spiritualités orientales. Cet aspect de l’histoire fait de la Corée une passerelle entre l’Orient et l’Occident et on ne peut que regretter que ce grand classique (mais petit livre – 113 pages dans un petit format) ne soit pas reconnu en France.
L’histoire se passe dans un collège : le narrateur évoque un souvenir vieux de trente ans, l’expérience vécue dans sa classe de la naissance d’un phénomène totalitaire. Le chef de classe, Om Sokdae, impose sa loi par la violence, l’humiliation, avec la complicité du maître et des élèves. Dans un premier temps, le narrateur se soumet, malgré sa soif de le combattre, et cherche à obtenir les faveurs du chef : c’est l’époque « du doux fruit de la soumission », jusqu’à ce que le nouveau maître découvre, comme le narrateur, que Sokdae triche aux examens en se servant des autres élèves.
À l’heure où on vient de traduire le deuxième ouvrage de Ian Kernshaw sur le charisme d’Hitler, il n’est jamais trop tôt dans un classe pour inviter les futurs citoyens que sont nos élèves à réfléchir au mystère de la « servitude volontaire » dénoncée en son temps par La Boétie. La morale est explicite : un tyran n’existe que parce qu’on le laisse faire et son « charisme » peut être démonté. Le narrateur comprend la fascination que peut exercer le tyran et il s’y laisse d’abord prendre…

Danièle Langloys, 5 novembre 2006

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