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Les notes de lecture

 

fleche Une quête de sens

Nancy Huston, L’espèce fabulatrice
Actes Sud, 2008

hustoncouverture.jpg L’espèce fabulatrice, c’est la nôtre.
« Nous sommes incapables, nous autres humains, de ne pas chercher de Sens. C’est plus fort que nous. »
Le petit d’homme se construit grâce au langage en général – à commencer par ses prénom et nom aussi contingents que possible – et grâce à la fiction. Question de sens, de « Sens » écrit Nancy Huston. Et le tout est lié en particulier dans l’éducation puisque « l’être humain naît prématurément, plusieurs mois avant terme. »
Donner du Sens permet aux groupes humains de survivre, et l’homme est un animal essentiellement grégaire. D’où les dangers de l’individualisme contemporain et de « la fiction moderne : celle de l’autonomie absolue, de l’être qui n’a pas besoin de liens. »
La démonstration de l’auteur est claire et fort agréable à lire. Elle s’appuie sur une connaissance rigoureuse de l’histoire de l’Humanité, de la psychologie et même de la biologie ; ce dont témoigne la riche bibliographie qui clôt l’ouvrage.
Cette quête de sens passe évidemment par la littérature et par le roman. Le roman et ses personnages. Avec des exemples précis tirés de fictions contemporaines, Nancy Huston dit l’importance de la lecture de romans. Ceux-ci offrent des modèles et des anti-modèles :
« C'est cela : les personnages des romans, à l'instar de ceux des récits religieux mais de façon bien plus complexe, nous fournissent des modèles et des anti-modèles de comportement. Ils nous donnent de la distance précieuse par rapport aux êtres qui nous entourent, et – plus important encore – par rapport à nous-mêmes. Ils nous aident à comprendre que nos vies sont des fictions – et que, du coup, nous avons le pouvoir d'y intervenir, d'en modifier le cours. »
Rappelant le souvenir de passionnés de lecture, tous ouverts aux autres cultures que la leur propre, l’auteur montre à quel point cette qualité leur a permis de survivre ou de mieux vivre.
Cela lui donne l’occasion de fustiger la tendance des enseignants à ne proposer que des textes dans la langue du groupe culturel auxquels ils appartiennent. Et ce n’est évidemment pas un phénomène seulement hexagonal. On apprécie d’ailleurs qu’elle choisisse ses exemples dans la littérature anglo-saxonne, nous donnant ainsi au passage des envies de relire Dickens ou de découvrir le Mister Pip du néozélandais Lloyd Jones.
Nancy Huston fait dans ce livre un éloge argumenté du roman. Elle n’est pas naïve et sait bien que les romanciers eux ne sont pas toujours exemplaires et que tous les romans ne se valent pas, mais elle n’hésite pas à affirmer : « les caractéristiques du roman – sa façon de mettre en scène la tension entre individu et société, entre liberté et déterminisme, sa manière d'encourager l'identification à des êtres qui ne nous ressemblent pas – lui permettent de jouer un rôle éthique. »
On apprécie aussi une page sur l’autofiction et ses rapports avec la télé-réalité ou la courte allusion au storytelling si bien expliqué aujourd’hui par Christian Salmon (voir Storytelling, La Découverte, 2007 et la chronique hebdomadaire de cet auteur dans Le Monde).
Le livre s’ouvrait sur une question très simple : « À quoi ça sert d’inventer des histoires, alors que la réalité est déjà tellement incroyable ? ». Il s’achève avec la réponse (l’auteur parle d’une « ébauche de réponse ») : « C'est parce que la réalité humaine est gorgée de fictions involontaires ou pauvres qu'il importe d'inventer des fictions volontaires et riches. »
Mais cette réponse vaut d’abord par l’argumentation de l’auteur que l’on suit avec bonheur.



Roger Berthet - 28 octobre 2008


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