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Les notes de lecture

 

fleche Un dossier sur Jacques Roubaud

La Femelle du Requin, n° 31
Automne 2008

femelledurequin3.jpg Certaines revues littéraires méritent bien mieux qu’une diffusion confidentielle. Ainsi en est-il de La Femelle du Requin au titre ducassien.
Le numéro paru en automne 2008 est exemplaire. Un long dossier est consacré à Jacques Roubaud. Une « traversée des œuvres » liste, en les commentant, l’essentiel des titres publiés par l’auteur. Roubaud étant un écrivain aux passions et intérêts multiples, oulipien et féru de mathématiques, poète et curieux de poétique, romancier à la veine parfois autobiographique, on y trouve aussi bien Mathématique que La Belle Hortense (roman à l’humour décalé), La Fleur inverse (essai sur l’art formel des troubadours), Quelque chose noir (hélas proposé pour le concours d’entrée de l’EN en 2008 ; tant de commentaires pédagogiques n’ajoutent rien à la force de ce texte), La Vieillesse d’Alexandre (sur l’alexandrin évidemment), ou La Dernière Balle perdue (un court roman poignant).
C’est l’occasion de découvrir des titres moins connus. Et ce parcours très complet est suivi d’une longue interview où Roubaud se livre un peu et parle de son travail avec précision et humour. On peut ainsi relever une de ses idées sur le roman :
« Le roman est menacé par un contresens qui consiste à penser que ce qui est essentiel c'est le réel vécu, la confession, l'autobiographie. Le travail de transformation du réel vécu du romancier dans la grande forme roman, qui est un long travail difficile, tend à être gommé. De plus en plus de romans sont de simples transpositions d'une expérience, de préférence horrible... d'inceste. Ce n'est pas bon pour la forme roman car ça tend à le transformer en une sorte d'article de magazine allongé. Par ailleurs, dans la même ligne, à cause de cet amour des choses advenues réellement, le récit de voyage entre en concurrence avec le roman. Il y a un troisième élément qui ne va pas servir la forme roman, c'est la progression de l'informatique au détriment de la publication sur papier. Je n'ai encore rencontré personne lisant un roman sur le Net. » Belle occasion de discussion sur la forme romanesque.

Suivent trois articles critiques.
Enfin,« Entrecimamen », une page admirable de Roubaud lui-même émerveille par sa façon de parler du vent et de l’« entrelacement » poétique.
Ce numéro de La Femelle du Requin est enrichi d’un entretien avec Jorge Volpi, écrivain mexicain, auteur d’A la recherche de Klingsor et de La Fin de la folie entre autres romans bien éloignés de la veine autobiographique qui nous lasse aujourd’hui chez nombre de romanciers hexagonaux. Et Volpi parle aussi, dans un article plein de ferveur, de Roberto Bolaño, auteur chilien récemment disparu en laissant un fabuleux roman qu’on ne peut que recommander : 2666 (éditions Christian Bourgois, 2008).

Mais on n’aura pas tout dit de cette revue si l’on omet qu’elle propose un « Cahier de création » avec des inédits. Parmi ceux-ci, on peut retenir un texte de Marie-Pierre Vinas, « Le jeu des syllabes mortes ». Simplement parce que ce texte peut toucher tous ceux qui, enfants, ont joué avec les mots : « C’est pendant l'enfance. Le jeu consiste à répéter un mot jusqu'à ce qu'il se décolle de la chose et tombe. » Mais aussi parce qu’on y retrouve, comme en écho, une page de Marthe Robert : « Étant enfant, il m'arrivait souvent de prononcer un mot – Paris, par exemple, mais n'importe quel autre faisait l'affaire, pourvu qu'il fût très courant – en détachant chacune de ses syllabes et en les maintenant séparées, jusqu'au moment où le mot réduit à deux ou trois tronçons, devenait non seulement inintelligible, mais étrange, étranger, de plus en plus inquiétant. » (La Vérité littéraire, Grasset, 1981). Et les deux textes seraient à rapprocher d’une drôle de « recette » de Roger-Pol Droit « Vider le sens d'un mot » (101 expériences de philosophie quotidienne, Odile Jacob, 2001) et d’une nouvelle amusante de Peter Bichsel « Une table est une table » (Histoires enfantines, Gallimard, 1971). On pourrait trouver ainsi une intéressante amorce pour une séance d’atelier d’écriture.

Pour en terminer, et compléter le dossier sur Jacques Roubaud, on s’en voudrait de ne pas citer un numéro à peine plus ancien d’une autre revue à lire absolument, Le Matricule des anges, numéro 90, février 2008. (À la une, Jacques Roubaud – Poète, prosateur, essayiste, membre de l’Oulipo, il compose une œuvre foisonnante et exigeante, curieux des formes et des langues, explorant sans fin les territoires de la mémoire.)

Sur le Net :
La Femelle du Requin
http://lafemelledurequin.free.fr/
Le Matricule des anges
http://www.lmda.net/index.php


Roger Berthet - 28 octobre 2008


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