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Les notes de lecture

 

fleche « Des criminels impunis se dissimulent dans les livres. »

Pierre Bayard, L’Affaire du chien des Baskerville
Minuit, 2008.

bayard.jpg La réputation qu’a value à Pierre Bayard la publication de Comment parler des livres que l’on n’a pas lus est trompeuse. Par légèreté, certains magazines qui n’avaient jamais parlé de ses ouvrages et qui n’en parleront plus jamais ont pris le titre à la lettre. Il est vrai qu’il manie le paradoxe, mais de manière un peu plus subtile, et son dernier titre paru donne une occasion de revenir vers un auteur qui n’avait déjà pas hésité à répondre, très sérieusement et avec un humour très personnel, à la question Comment améliorer les œuvres ratées ?
Dans L’Affaire du chien des Baskerville, il reprend le procédé qu’il avait utilisé dans Qui a tué Roger Ackroyd ? et dans Enquête sur Hamlet : il démontre minutieusement que les écrivains se trompent dans la résolution de leurs énigmes, il chasse l’invraisemblance, reprend l’enquête à zéro et déniche le vrai coupable. Même la culpabilité d’Œdipe dans le meurtre de Laïos lui paraît douteuse, c’est dire qu’il ne respecte rien.
« Des criminels impunis se dissimulent dans les livres. » Et des innocents sont injustement accusés. Malheureux Stapleton ! Brave chien des Baskerville ! Pauvre Conan Doyle à qui il est moins reproché de s’être trompé lui-même que d’avoir été incapable d’empêcher son détective de se tromper aussi souvent. Un Sherlock Holmes qui s’émancipe et échappe au contrôle de son inventeur.
Pierre Bayard pratique ce qu’il appelle la « critique policière » qui « vise à tenter d’être plus rigoureux que les détectives de la littérature et les écrivains, et à élaborer des solutions plus satisfaisantes pour l’esprit. » Cela fonde une démarche ludique, mais qui se réfère à la théorie littéraire et s’accompagne d’une relecture scrupuleuse des romans analysés.
Quant à l’enseignant qui souhaite mettre en évidence les règles mises à mal dans l’évolution des genres, l’autonomie relative des personnages fictifs, le plaisir à dissoudre la frontière entre réel et imaginaire – et la liberté d’interprétation qu’il convient de garder devant les textes –, il ne se privera pas de raconter les meurtres symboliques de Bayard pour réjouir les jeunes lecteurs et inspirer de nouveaux disciples dans l’art de l’assassinat littéraire.
Michel Bézard - 9 mars 2008


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