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Les notes de lecture

 

fleche Quand le paratexte s’anime

Marie-Joëlle Guillaume, Un printemps de gloire
La Table Ronde, 2007

guillaume.jpg Guez de Balzac, Bérulle, Vincent Voiture, Vaugelas… bien sûr tous ces noms nous les connaissons ; mais Boisrobert, Gombault, Jean Chapelain, Marino Marini, Mademoiselle Paulet… ? Quand on les croise, les notes de nos manuels sont bien utiles pour rappeler à notre mémoire défaillante qui ils étaient. C’est dit en une remarque, un titre, une étiquette. Et c’est tout. Décevant, trop rapide, insuffisant souvent. On passe.
Quel plaisir alors d’ouvrir les mémoires imaginaires de la Marquise de Rambouillet que nous offre Marie-Noël Guillaume ! Tout s’anime dans ces pages qui nous restituent toute la première moitié du XVIIe siècle avec des couleurs, des odeurs, des voix surtout. Les destins rapportés tristement dans les notices des dictionnaires deviennent des vies.
Notre goût trop classique nous fait souvent préférer le temps de Louis XIV. Et pourtant que de bonheurs dans ces années qui ne sont pas seulement celles d’un baroque plus ou moins bien défini (et évidemment jamais nommé ici) !
Catherine de Vivonne, Marquise de Rambouillet par son mariage, transforme l’Hôtel du Halde qui change de nom. Elle a un goût certain et de l’imagination, la célèbre Chambre bleue en témoigne.
« Ma Chambre bleue tirait son nom tout neuf de cette magnifique étoffe de soie mêlée de lin que venait de m'offrir mon mari. Avant d'être ainsi revêtue d'amour et de gloire, cette chambre avait été, assez souvent déjà, le décor d'élection et d'apparat de nos poèmes, de nos dîners et de nos jeux. J'allais bientôt faire aménager, dans la garde-robe y attenant, une petite chambre à alcôve pour les solitudes d'hiver et l'accueil de quelques intimes, près de l'oratoire où j'aimais à prier et dont Marc de la Vergne a dessiné le dôme. Mais je savais qu'au coeur de l’Hôtel la scène brillamment parée de la Chambre bleue concentrait seule chaque soir les rêves de nos assemblées. Portant d'or et d'azur, elle était la voile tendue pour l'invitation au voyage. »
Dans cet Hôtel de Rambouillet, la marquise attire tous ceux qu’elle aime pour des soirées amicales, des joutes littéraires, des fêtes (où l’on pouvait avoir jusqu’à trois services de vingt-quatre plats chacun). Au gré des difficultés du siècle, révolte de Gaston d’Orléans, règne et succession de Louis XIII, Fronde, les rencontres sont plus ou moins importantes mais seuls les deuils trop fréquents les suspendent. (Les pages sur la maladie du petit Alexandre ou sur la mort de Léon marquis de Pisani, un des fils de la Marquise, sont poignantes.)
Quel tourbillon pendant ce demi-siècle où l’Hôtel de Rambouillet accueille tous ceux qui comptent dans les Lettres mais aussi en politique, et ce sont souvent les mêmes ! On pourrait se perdre avec tant de noms illustres ou moins connus, mais l’auteur sait rappeler le détail qui permet au lecteur de ne pas confondre tous ces Grand changeant de patronymes au gré des mariages, des successions ou des fantaisies d’une soirée littéraire. Voiture est ainsi un moment « El Rey Chiquito ».
On croise tellement de monde ! Y compris Vincent de Paul et d’autres hommes d’Eglise qui nous rappellent s’il en était besoin l’importance de la religion en ces temps, pourtant violents (les duels en témoignent aussi bien que les innombrables batailles qui marquent le demi-siècle). On voit s’épanouir l’esprit précieux qui finira par se faner dans quelques excès de complications (mais la Marquise n’assistera pas à la représentation des Précieuses Ridicules). Éclate dans ces pages le rire de Julie d’Angennes, précieuse s’il en est, et qui prendra tellement de temps pour accepter d’être duchesse de Montausier ; on nous dit sa « Guirlande » et la fierté complice de sa mère.
Sous la plume de la Marquise, que guide si précisément l’auteur, on découvre son quotidien, son amour pour son mari et ses sept enfants, son inquiétude et sa fidélité pour ses amis, son attention pour chacun. On reçoit aussi l’écho des grandes fêtes du Royaume, du « Ballet des nymphes bocagères » (1627) aux « Plaisirs de l’Ile enchantée » (1664) en passant par « La Comédie des Tuileries » (1635). En quelques lignes parfois, tout et dit avec élégance.
On assiste à la naissance de l’Académie Française, à la première de Cinna, à la Querelle des sonnets, à l’apparition de la gazette de Théophraste Renaudot… On ne peut tout citer.
Il faut redire le plaisir de la lecture qui tient d’abord au récit à la première personne. On dirait des confidences douces et passionnées. L’auteur alterne dialogues imaginaires, évocations des grands moments du demi-siècle et tableaux des petits incidents de la vie quotidienne.
Et on sourit de ce que l’on pourrait appeler des « citations par anticipation ». Au fil des pages on reconnaît les mots de Voltaire, Goethe (« L’esprit qui toujours nie »), Stendhal, Madame de Staël (« La gloire est le deuil éclatant du bonheur »), Francis Jammes et même Camus…
On aime enfin que la Marquise avoue :
« Je découvrais la vie dans les livres ; elle était belle. »
Et dans ce livre-ci, la vie est belle.

Roger BERTHET - 25 mars 2007



Commentaire

  • Par Sabine Hurel - 09/03/2008
    Pour le courrier électronique, pourquoi ne pas adopter mél ou mel, abréviation simple, courte et française de messagerie électronique?

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