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Les notes de lecture

 

fleche Les mots ont tous un goût différent

Rémi Bertrand, Un bouquin n’est pas un livre
Points Seuil, septembre 2006, 184 pages, 6 €

bertrand.jpgDans l’excellente collection « Le goût des mots », dirigée par Philippe Delerm, Rémi Bertrand propose un essai sur les nuances des synonymes, présenté comme un florilège de bonbons… Croisant finement histoire des mots, analyse de leurs nuances et réflexion sur la morale ou la métaphysique qu’ils sous-tendent, il nous rappelle ainsi qu’étymologiquement savoir, sagesse et saveur ont la même origine latine. Comme sur la couverture, les mots-bonbons vont par deux, parfois par trois, et se découvrent l’un par l’autre.
Rien ne vaut des exemples.
En ces temps de lutte officielle contre les méfaits du tabagisme actif et passif, je vous invite à lire l’entrée « clope / cigarette » : la cigarette est un objet de mort, dit Bertrand, la clope un objet de plaisir, ou la clope c’est du temps en plus, la cigarette du temps en moins ; « le temps de la clope s’ajoute aux heures réservées à soi , […] le temps de la clope se retranche de celui qui reste à vivre. »
L’homme « content » découvre la plénitude : il ne lui manque rien, l’individu « satisfait » reste sur sa faim. L’étymologie de satisfaction ou plutôt son usage théologique ancien est édifiant : c’était le geste minimal à exécuter pour donner réparation à Dieu de l’offense du péché et on était absous… Mais si on approfondit, on peut être aussi content par résignation, et si les grévistes ont obtenu satisfaction c’est parfois que la surenchère s’est révélée payante… Que les mots sont donc diaboliques, dès qu’on trouve un semblant de nuance définitive, celle-ci vous échappe…
La désinvolture est « un art, une sorte de je-m’en-foutisme gentil et élégant », la négligence est « un tort », la désinvolture « un style de vie », la négligence « une vie sans style ».
Une fine remarque sur le couple penser/réfléchir : penser ne suffit pas à être libre, il faut réfléchir c’est-à-dire revenir sur ses pensées, étymologiquement, les mettre en question ; or on parle de liberté de pensée et pas de liberté de réflexion ; serait-ce à dire que la pensée reste une activité dominée par des besoins, des attentes ou des aliénations collectifs ? Que la subjectivité libératrice de la réflexion est un luxe ou une exigence difficile à tenir ?
Et pour tous les accros de la messagerie électronique, que dit-on ? Mail, courriel ? Le premier, dit Bertrand, a la convivialité peu soignée de ce qui va vite (d’ailleurs, on finit par dire mèl), le second impose le protocole du courrier ; et l’histoire dit que mail vient du français malle, mot vite spécialisé dans le sens de valise de courrier, qui a traversé l’Atlantique et que courriel est du franco-québecois formé à partir de la déformation du mot américain mail. Si le courrier était à l’origine le porteur de dépêches, il devient plus délicat de parler de courrier électronique. On devrait plutôt dire e-mail, message électronique mais le mot a tendance à signifier adresse électronique, c’est donc sans solution.
La réflexion sur les nuances des mots ne nous laisse ni contents, ni satisfaits, mais surpris, heureux de cette dégustation et sûrement plus circonspects dans notre façon d’accorder les mots aux choses.


Danièle LANGLOYS - 25 février 2007


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