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Les notes de lecture

 

fleche Est-ce que vous conjuguez ?

Florence Inoué, David Poullard, Guillaume Rannou, Précis de conjugaisons ordinaires, tentative d’étirement du français figé
Editions Xavier Barral, La Ferme du Buisson, 2006

precis.jpg Avec son titre austère, sa couverture toilée rose mais sobre et ses 376 tableaux de conjugaisons non illustrés, l’ouvrage cache bien son jeu. Qui pourrait se douter en effet que ces conjugaisons-là ne sont vraiment pas « ordinaires » ?
« La langue a du jeu c’est pour cela qu’on peut jouer avec », écrit Jean-Claude Guillon dans sa préface. Le jeu, que n’auraient pas désavoué les Oulipiens, consiste dans ce nouvel « Art de conjuguer » à « casser le figement » de certaines structures verbales en les conjuguant, en les mettant littéralement « sous le joug ». Ainsi l’expression « ça me pend au nez » se décline au présent de l’indicatif : « je me pends au nez, tu te pends au nez… ». D’autres formes telle « quoi que ce soit » deviennent parfaitement burlesques lorsqu’on les conjugue. L’indicatif, « quoi je suis, quoi je fus, quoi j’étais » et l’impératif « quoi sois ! » semblent des facéties de Jean Tardieu : « A’xiste[nt] pas ! »
Les auteurs, non contents de tordre le nez à la langue, opèrent une classification rigoureuse de leur corpus ; ils déterminent trois groupes eux-mêmes divisés en sous-groupes : les « verbes Pertinents », composés des « évidentivés » et « infinitivés », les « verbes Impertinents » et les « Insolents », catégories dont je vous laisse découvrir les subdivisions. Les notes de bas de page relèvent d’un remarquable humour pince-sans-rire (voilà une expression qui n’eût pas déparé dans cet ouvrage !). Le lecteur est invité à découvrir l’existence d’un mode nouveau : le subjonctif subjectif. Un supplément, en fin de volume, est consacré à quelques formules célèbres, « être ou ne pas être », « être un autre », et s’achève par l’amusant « wagon-lire » passé comme les autres « à la moulinette » de la conjugaison.
Cette « tentative d’étirement du français figé » n’a pas de fin. Jean-Claude Guillon invite d’ailleurs à la poursuivre : « La balle est dans votre camp cher lecteur. À vous de jouer. » Sans porter ombrage au Bescherelle dont on célèbre les 163 années d’existence et de succès jamais démenti, ce livre rose divertira les amoureux de la langue et les professeurs de Lettres en tireront parti. S’il n’est pas sûr que les adolescents d’aujourd’hui connaissent toutes les expressions citées (« Faire le cake » ou « Et crier, crier Aline ! »), on peut s’attendre à ce qu’ils en trouvent d’autres… Mais sauront-ils les conjuguer ?

Michèle Granier, 5 novembre 2006



Commentaire

  • Par conejero corinne - 07/02/2008
    ce livre fait suite à une expo rafraîchissante à la Ferme du Buisson (77) dans laquelle les plasticiens avaient créé une cosmogonie des expressions toutes faites, perequien

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