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Les notes de lecture

 

fleche La littérature remonte le temps

Pierre Bayard, Le Plagiat par anticipation
Éditions de Minuit, 2009

bayard2.jpg Voltaire a plagié Conan Doyle dans Zadig ; Freud et le roman policier ont exercé leur influence sur l’Œdipe de Sophocle ; Beckett a inspiré Kafka. Dans ce sens. Pierre Bayard se propose de prouver que certaines sources littéraires remontent le cours du temps.
Son argumentation repose principalement sur ce qu’il appelle la dissonance : les passages plagiés par anticipation sont reconnaissables à ce qu’ils ne trouvent pas vraiment leur place dans leur œuvre, ce sont des corps étrangers à l’origine mystérieuse, ils paraissent anachroniques, ils transportent le lecteur dans une autre époque littéraire que celle de leur publication.
Dans sa démonstration la plus spectaculaire, Pierre Bayard présente un passage de Proust, d’une très grande proximité avec ceux de la petite madeleine ou des pavés disjoints de la cour de l’hôtel de Guermantes et il ajoute : « Le problème est que cette page si parfaitement proustienne n’est pas de Proust. » Mais de Maupassant, que l’on n’attendait pas sur une telle thématique.
Cette démarche est susceptible d’entraîner deux réactions, non contradictoires :
– la première, qui concerne le lecteur, consiste à retrouver dans la fiction proposée une subtile réflexion sur l’intertextualité, comme y incite l’auteur lorsqu’il avance que le passage de Maupassant n’existait pas vraiment avant l’apparition de l’œuvre proustienne et qu’un écrivain crée ses précurseurs ;
– la seconde, qui concerne l’enseignant, à s’inspirer des procédés d’un si habile rhétoricien pour agrémenter sa propre démarche pédagogique de quelques tours propres à captiver son auditoire.
Libre ensuite au lecteur-enseignant de découvrir quelques-uns des paradoxes dérivant des axiomes du plagiat par anticipation : comment mettre à profit la remontée des thématiques dans le temps pour inspirer délibérément les écrivains du passé ; ou bien comment anticiper la littérature à venir en recherchant dans les textes d’aujourd’hui quels seront les passages plagiés dans ceux de demain ; ou, mieux encore, attribuer à Laurence Sterne sa véritable époque littéraire : c’est en 1959 qu’est paru Vie et opinions de Tristram Shandy.
La sagacité de Bayard est sans limite : il sait qu’il a lui-même été plagié dans le passé.


Michel Bézard - 20 janvier 2009


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