Comme il voulait faire les choses correctement, le Major
décida que ses aventures commenceraient
cette fois à la minute précise où il rencontrerait
Zizanie.
Il faisait un temps splendide. Le jardin se hérissait
de fleurs fraîchement écloses, dont les coquilles
formaient, sur les allées, un tapis craquant aux
pieds. Un gigantesque gratte-menu des tropiques couvrait
de son ombre épaisse l'angle formé par la rencontre
des murs sud et nord du parc somptueux qui entourait
la demeure - l'une des multiples demeures - du Major. C'est
dans cette atmosphère intime, au chant du coucou séculier,
que, le matin même, Antioche Tambretambre, le bras droit
du Major, avait installé le banc de bois d'arbouse
de vache peint en vert que l'on utilisait en ces sortes
d'occasions. De quelle occasion s'agissait-il? Voilà
le temps de le dire : on était au mois de février,
en pleine canicule, et le Major allait avoir vingt et
un ans. Alors, il donnait une surprise-party dans sa
maison de Ville d'Avrille.
Boris
Vian, Vercoquin et le plancton, © Éd. Gallimard