Renoir fait son cinéma

Une belle femme, une belle maison, de la belle vaisselle, de belles paroles...

Par madamecuicui - publié le samedi 4 novembre 2017 à 09:39

Brooklyn Yiddish est le premier film de Joshua Z Weinstein. Il dépeint le quotidien de Menashe (Menashe Lustig), un employé d’une épicerie dans Borough Park, quartier juif ultra-orthodoxe de Brooklyn. Suite à la disparition de sa femme, il se bat pour la garde de son jeune fils Ruben. Il se bat car la tradition hassidique lui interdit de l’élever seul. « Une belle femme, une belle maison, de la belle vaisselle » tel est le but à atteindre dans la vie d’un juif hassidique. Dans un quartier où la religion est constamment présente, Menashe possède, lui, un point de vue singulier, unique et très particulier, du fait qu’il ne se fond pas totalement dans le milieu hassidique, ainsi, il baille lors de ses prières à la synagogue...



Menashe s’occupant de son fils un soir ©SophieDulacProductions


       Dans la catégorie des films réalistes, Brooklyn Yiddish peut s’identifier à Après la tempête de Hirokazu Kore-Eda. Il fait partie de ces films intimistes où le contact avec la vie des gens du coin ne peut être évité. Z Weinstein offre alors à son film un côté optimiste par la douce mise en scène. Il jongle avec une sensation de légèreté et d’étouffement complet. La relation entre Menashe et son fils, très fragile, donne l’impression de pouvoir se briser à tout instant et nous retient en haleine tout au long du film.

      Réalité et désillusion, drame et documentaire, Joshua Z Weinstein décide d’associer ces deux registres afin de donner à son film, joué en yiddish, une dimension documentaire qui peut rappeler par moment celle des frères Dardenne. Le réalisateur veut faire comprendre la société et en particulier l’univers hassidique. Lui qui, au départ est documentariste, affirme avoir filmé : « un monde à part, fascinant, moins fermé que capable de s’abstraire avec une impressionnante facilité de la modernité, et de son environnement ». Dans un microcosme auquel il appartient malgré lui, Menashe est une porte entre le Brooklyn connu des touristes et celui plus intime, voire inaccessible. Nous avons accès à la religion sans poser de regard critique ou accusateur mais seulement humain.

       Le réalisateur inscrit donc ses personnages dans un univers qui est le leur au quotidien : le lavage des mains dès le réveil, l’habillage, la coiffure, la prière, shabbat le vendredi  soir … Néanmoins, le traitement de la lumière esthétise les plans, comme pour adoucir la réalité. Des longs plans séquences montrent la lenteur des gestes. Nous suivons les personnages dans leur sphères les plus intimes. Le réalisateur ne cherche pas à embellir ses protagonistes ; il cherche la présence corporelle et travaille la façon d’occuper l’espace. Il compose son cadre de manière à mettre en avant ce qu’il souhaite : il privilégie les gros plans pour les détails des gestes (la lavage de mains, la coiffure) et filme avec délicatesse l’expression de ses acteurs amateurs. Se dresse alors le portrait d’autant plus réel de Menashe que ce n’est pas un rôle de composition : c’est sa vie, son histoire, son propre rôle. L’une des dernières scènes, le Mirkvé (bain rituel qui permet la purification dans le judaïsme) fait référence au symbolisme de l’eau. Se laver est lié à une forme de renaissance. Le corps se met en accord avec l’esprit.


Brooklyn Yiddish est l’histoire d’une personne que nous pourrions croiser dans la rue. Comme vous et moi. Ce film nous permettra de voyager dans un microcosme empli de culture et tradition, à Borough Park. L’émotion est très retenue.


                              Lucile, première spécialité cinéma-audiovisuel.


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